Le Maître Secret
Non communiqué
Aujourd’hui
pratiqué par toutes les obédiences* françaises, ce grade est une sorte
de
propédeutique des hauts grades*. Vers 1725-1730, le système maçonnique
anglais
compte « sûrement deux, très probablement trois. et peut être déjà
quatre »
degrés* (R. Dachez) et, à la même époque il est très difficile de
savoir quel
système se pratique en France. Puis, vers 1743-1745, apparaissent ce
qu’il ne convient
pas encore d’appeler des « hauts grades », notamment celui de Maître
Parfait,
qui demeure dans presque tous les systèmes du XVIIIe siècle le premier
degré
après celui de « maître* bleu ». Le grade de Maître Secret est
postérieur à de
nombreux autres degrés écossais (Élus, Architectes…).
Il semble naître à Bordeaux* au milieu du siècle et apparaît, sous sa
forme
présente, au début de la décennie 1760 lors de la première synthèse
écossaise
effectuée par le Grand Conseil d’Augustin Chaillon de Jonville. Il ne
figure
pas cependant dans les deux tiers des systèmes écossais, mais constitue
en
revanche le 4° du Rite de Perfection. En 1783 le manuscrit Francken*
présente
la quasi-totalité du modèle du grade. « La loge des maîtres secrets
doit être
tendue de noir semé de larmes. Le maître représente Salomon [.. ]. » 11
n’y a
qu’un seul surveillant, qu’on appelle Adonhiram. « Adonhiram doit être
décoré
d’un large ruban blanc bordé de noir, qu’il porte en sautoir*, et
auquel est
suspendue une clef d ivoire, la lettre Z figurant sur le panneton.
Tous les
frères doivent être décorés de même, porter des gantS* blancs et un
tablier* de
la même couleur attaché par des cordons noirs. Le blanc annonce la
candeur de
l’innocence des maîtres, le noir rappelle le deuil de leur chef défunt.
La
bavette du tablier est bleue et un oeil ouvert est peint ou brodé sur
cette
bavette. La loge* devrait être illuminée par 81 lumières portées par 9
chandeliers. Mais, en général, par dispense, on se contente de 3
chandeliers à
3 branches. »
Après l’ouverture, la réception est sommaire: elle prévoit
l’obligation, la
réception d’une couronne de laurier et d’olivier, de la clef d’ivoire,
des
gants et du tablier et communication du mot de passe* (Zizon), du signe
dit «
du Silence », de l’attouchement, des mots sacrés (lod, Adonaï, Ivah) et
du «
grand mot […] sacré et mystérieux ». L’instruction est longue et
minutieuse.
El le mêle au mythe d’Hiram* des références vétéro testamentaires,
parfois mal
comprises, des allusions kabbalistiques et de l’hébreu approximatif: «
Qu’avez-vous vu de plus ?
– Neuf
mots d’ordre en
caractères hébraïques.
– Où cela ?
– Dans les neuf rayons lumineux issus du triangle
flamboyant.
– Quelle est la signification
de ces neuf noms ?
– Ce sont les neuf noms par lesquels Dieu lui-même
se nomma lorsqu’il parla à
Moise sur le mont Sinaï, en lui donnant l’espoir qu’un jour son Nom
véritable
serait révélé à ses descendants.
– Donnez-moi ces neuf noms et leur signification.
– Éloah, Adonaï, Jehovah, Jahvé, Job, Aloin Achab,
Osem et Jesous. Chacun de ces
noms comprend 8 attributs de la Divinité, composés en tout de 888
lettres
formant 72 noms qui sont reçus comme le Nom de la Divinité, selon
l’alphabet
des anges et l’Arbre cabalistique. »
Globalement, le texte est une préparation aux degrés suivants. La
fermeture est
très sobre. Le surveillant rappelle les Maîtres Secrets à « pratiquer
la vertu,
fuir le vice et demeurer en silence ».
Le Maître Secret conserve sa 4e place dans le Rite Écossais Ancien et
Accepté*
de 1805, qui reprend presque intégralement le manuscrit Francken et,
depuis, le
modèle du grade a peu varié. Au XIXe, le grade de Maître Secret semble
de moins
en moins usité jusqu’au succès et au renouveau de l’écossisme dans la
seconde
moitié du siècle.
Y. H.M.