Le sceau et le signe du secret

Auteur:

M∴ L∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le sceau dont le nom latin sigillum vient de signum, la marque, est défini par le dictionnaire comme tout à la fois : « le cachet qui authentifie un acte, l’empreinte même de ce cachet, mais aussi un caractère distinctif du commun. »

Matériellement, le sceau est l’empreinte en relief laissée sur une matière malléable (en général la cire) par la pression d’une matrice en matière dure (pierre ou métal) sur laquelle sont gravés en creux des caractères et/ou des images.

Les premiers sceaux étaient en pierre et remontent à 4000 ans avant notre ère, ils évolueront ensuite sous forme de sceau-cylindre et de cachet en métal.

L’utilisation du sceau n’est pas circonscrite à une région donnée. Elle semble universelle dans les civilisations connues. Les Egyptiens utilisaient la bague-scarabée qui pivotait sur un axe et dont la face interne était gravée d’un sceau. Les Crétois, Grecs et Romains scellaient avec des cachets. Les chancelleries Byzantines et pontificales se servaient d’une sorte de pince pour apposer les « bulles » de plomb. Mais c’est à l’époque des premiers Capétiens que l’on trouve le sceau dans le sens de la définition commune. Il connaîtra un essor croissant pendant les XIIème et XIIIème siècles pour n’être pratiquement plus utilisé au début du XVIème siècle quand se développa le notariat et renaquit l’alphabétisation.

En ce sens, le sceau est jusqu’à cette époque, le prolongement matériel de la parole et du verbe. Le sceau est essentiellement un moyen de preuve compréhensible de tous par son aspect imagé. S’il sert à identifier et authentifier les actes, il garantit aussi la parole donnée et rappelle l’engagement pris. C’est un signe qui va au delà de la simple signature qui doit toujours être accompagnée, elle, de formules juridiques diverses pour valider un acte écrit. Le sceau est un symbole qui se suffit en lui-même. Il est partie intégrante de son propriétaire. A tel point que le sceau matrice, gardé précieusement pendant toute sa période d’utilisation, était souvent brisé à la mort du possesseur.

Le sceau du secret donné par le Trois Fois Puissant Maître est le symbole du pouvoir et de l’autorité qu’il détient. Avant d’imprimer le sceau du secret, le sceptre est posé sur ces propres lèvres. Bien qu’étant le « plus puissant des Rois », il s’applique lui-même le sceau en descendant de son trône, pour marquer ses propres obligations et son propre attachement aux principes supérieurs qui régissent la Loge. Le sceau marque ainsi le récipiendaire comme appartenant à la Loge avec les devoirs et les droits qui y sont liés. Le sceau est symbole d’appartenance légitime.

Avant d’appliquer le sceptre le Trois Fois Puissant Maître précise en outre :
« …mais avant tout, vous devez savoir que la discrétion maçonnique à laquelle vous vous êtes engagé par serment lors de votre première initiation et de chacune de vos augmentations de salaire, est encore plus stricte au 4ème degré. Pour vous en manifester le symbole, nous allons vous clore les lèvres avec le sceau du secret. »

Cette application est faite après que le récipiendaire ait été dépouillé de ses décors de vénérable maître et avant qu’il commence son premier voyage. Il retourne en quelque sorte à son état d’apprenti puisque les lèvres closes, il ne peut parler. Le sceau est appliqué directement sur lui. Il est symboliquement la matière molle dans laquelle le sceau va imprimer son message.

Ce sceau est à l’image de celui qui jadis était porté sur les testaments. Le secret qu’il clos n’est pas définitif : le sceau préserve d’une publication ou diffusion anticipée pendant le temps nécessaire. Le sceau est alors symbole de secret.

Au quatrième degré, ce temps nécessaire peut être rapproché de celui du deuil et de l’introspection après la découverte du corps d’Hiram. C’est le premier temps du deuil, celui où l’on ne fait rien, où l’on pleure le disparu, où l’on subit la mort de l’Autre. En Occident, les morts ne sont pas immédiatement enterrés ou incinérés. Ce délai n’est pas, comme certains peuvent le croire, celui de la préparation matérielle des obsèques mais plutôt celui du silence, de l’inaction extérieure et du chagrin intérieur. C’est ce que le récipiendaire fera avec les six autres maîtres et Adoniram devant le Sacta Sanctorum où Hiram était censé reposer dans les anciens rituels.

Juste avant le serment et la réception du récipiendaire comme « Maître secret », le Trois Fois Puissant Maître lui rappelle d’ailleurs :
« Si vous voulez trouver la vraie lumière et la parole perdue, inclinez vous devant notre autel sacré ; contractez une sincère alliance avec nous ; prenez obligation de garder fidèlement les secrets et de remplir fidèlement les devoirs du 4ème degré. »

Cette phase comparable au 1er degré du rite écossais, est l’étape qui permet de prendre du recul et de la hauteur, de remettre les choses à leur véritable place dans le chaos de la mort et de se préparer ainsi à une nouvelle naissance.

Depuis ce premier degré, le récipiendaire a accompli un tour de la spirale qui le mène vers la Connaissance.

Un sceau ne peut pas s’ouvrir et se refermer comme une serrure. Comme la rose qui ne dévoile son cœur qu’au moment de sa mort, il ne permet l’accès au contenu qu’il protège ou qu’il interdit de s’épandre que lorsqu’il est brisé.

Le récipiendaire étant lui-même la matière du sceau, il lui faudra donc, après avoir compris que tout ce qu’il a appris jusque là n’est rien au regard de ce qui lui reste à apprendre, mourir au niveau initiatique pour se libérer de l’asservissement de l’esprit à la matière. C’est seulement à ce prix qu’avec la clé d’ivoire, il pourra entreprendre la recherche de la Connaissance et de la parole perdue.

Le signe du secret nous rappelle ces obligations. Comme l’évoque Raoul Berteaux dans « La voie symbolique » : « La technique initiatique consiste à concentrer son attention sur l’un de ces gestes, à l’exclusion de toute autre chose. De ce fait, chacun des gestes rituels a une valeur de symbole et constitue une base de méditation. »

Le signe du secret se fait, selon le manuel d’instruction du 4ème degré, en portant sur les lèvres fermées l’index et le majeur de la main droite, puis en laissant retomber le bras le long du corps.

Ce signe, en interposant la ligne horizontale de la bouche fermée avec les deux doigts verticaux forme une croix. Si c’était cette évocation symbolique qui était recherchée, un seul doigt aurait suffit. Ce n’est donc pas dans cette voie qu’il faut chercher.

Ce signe est véritablement un sceau qui clôt les lèvres pour garder le secret. Nul signe ou attitude ne peut le trahir. Ce secret ne peut s’exprimer que par la puissance du verbe, de la parole donc de l’esprit et de la réflexion.

Il est curieux de noter que pour les Dogons l’index représente la vie et le majeur la mort. Parallèlement, pour l’astrologie traditionnelle, l’index est le doigt de Jupiter qui porte le nom de « grand bénéfique » et le majeur celui de Saturne qui porte le nom de « grand maléfique ». Cette association de deux extrêmes qui me fait penser au cercle composé du Ying et du Yang est, tout comme cette figure symbolique d’Asie, un symbole d’équilibre parfait.

C’est cet équilibre même qui scelle les lèvres et empêche le déferlement plus ou moins réfléchi et ordonné de la parole qui n’est elle-même que l’expression de l’esprit. Le yoga indien compare l’esprit humain et sa propension à créer, à une troupe de singes qu’il faut sans cesse discipliner et empêcher d’aller en tout sens, particulièrement avant de commencer à méditer correctement. Cette métaphore très imagée remet un peu en cause la perception occidentale où l’esprit avec un « E » majuscule, est mis sur un pied d’estale et confronté directement avec la matière d’une manière presque caricaturale. Cette image nous permet de ne pas oublier que la réflexion, les idées et l’esprit lui-même ne sont rien si ils ne sont mis en ordre et utilisés pour un objet précis. Cette vision pragmatique a le mérite de resituer la méditation dans le cadre d’une pensée organisée et constructive plutôt que dans une espèce de folklore exotique constitué de divagations plus ou moins philosophiques mais surtout non maîtrisées.

En opposition aux trois premiers degrés, le Franc-maçon qui souhaite prendre la parole n’a pas à la demander. Les interventions se font dans une certaine liberté. Contrairement aux signes de ces trois degrés que le Franc-maçon doit strictement observer pendant tout le temps qu’il s’adresse au Vénérable de la Loge, le signe du secret ne peut se conserver pour prendre la parole. Le Maître Secret se lève, deux doigts de la main droite sur les lèvres puis laisse retomber son bras le long du corps sans adopter de tenue particulière du corps ou des jambes.

Dès qu’il quitte le signe du secret, rien ne lui rappelle plus le grade auquel il est, sauf peut-être justement cette absence de contrainte physique qui est aussi un signe en soit : le signe du chaos environnant, de la préparation du futur recommencement, de l’attente méditative et de l’introspection nécessaire à tout nouveau départ.

Cette introspection, semblable en apparence à celle du premier degré, est plus complète. Elle en diffère par son aspect volontariste et le rappel du signe du secret au Maître Secret de la nécessité pour l’esprit qui n’est plus encadré par des signes ostentatoires de se rassembler face à ce chaos. L’expérience acquise dans les premiers degrés lui permettra de mieux maîtriser cette introspection en contrôlant ses pensées, en les ordonnant pour le conduire à faire naître l’Ordre du Chaos.

J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître.

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