La Clé d’Ivoire

Auteur:

P∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Il fallait choisir un sujet : la clef s’est presque imposée à moi tout naturellement. Je ne pensais pas à ce moment-là que j’allais rencontrer autant de difficultés pour en parler. Dès mon entrée en Loge de Maître Secret, mon regard a immédiatement été attiré par une clef qui reposait sur l’Autel des Serments.

Sur cet autel est sacré l’équerre est remplacée ici par un instrument. Que devait-elle ouvrir ? Puis on m’a remis un cordon avec une clef dont on me dit qu’elle est l’emblème de la discrétion. Cet outil de construction que nous manions depuis notre Initiation n’est plus l’outil du bâtisseur, c’est la clef du cherchant.

Tout au long de ma réflexion je me suis interrogée. Posséder la clef me servirait à progresser avec plus de « lumière » sur la voie mais c’est tout l’inverse qui s’est produit : encore plus de mystères et de questionnement.

Cette clef va-t-elle me permettre de franchir des étapes, de prendre conscience de cette résonnance inexprimable qui correspondrait à un problème personnel ? Va-t-elle me permettre de m’extraire de ce « tombeau-prison » qui me renvoie à moi-même ? A quel lieu fermé correspond cette clef ? Le sanctuaire ? Le tombeau d’Hiram dans lequel je me trouve ?

Examinons à présent notre clef.

Le panneton de la clef est gravé de la lettre « Z ». Le « Z » dans les mots profanes, est rarement utilisé. Pour ma part, il me fait immédiatement penser à puzzle, à un zigzag…

Puzzle symbolisant la réunion de pièces disparates qui, pour former un tout, doivent être assemblées !

Zigzag, symbole de la foudre ou de l’éclair nous indiquant que le chemin initiatique n’est pas linéaire, mais fait d’allers et de retours.

Le « Z » se rencontre pour la première fois dans BOAZ, mot sacré de l’App, puis deux fois dans ZIZA.

« Z » est aussi la septième lettre de l’alphabet hébraïque mais 7 est également le chiffre du Maître : ne sommes-nous pas ici pour perfectionner la Maîtrise ? La réitérer ?

« Z » composés de deux 7 inversés nous rappellent que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

ZIZA, mot de passe du M S, dont la signification, nous dit le mémento, est « éclat de lumière » est à mettre en relation avec la lumière que nous portons lors de la prestation de serment, même si en raison du voile qui couvre nos yeux, nous ne la distinguons qu’imparfaitement.

« Z » m’apparaît prometteur d’espoir et de lumière, puisque le rituel nous dit : « L’éclat du jour a chassé les Ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître ».

Se libérer des doutes, des craintes, à moi de me défaire de la corde qui m’enserre, d’aller au-delà, sans ignorer « l’Alliance », celle conclue avec tous les M S, c’est prendre enfin confiance en moi.

Les sentences nous exhortent à puiser la force et la persévérance, à percevoir l’infime lumière qui brille en nous dans ce grade.

De quelle Lumière s’agit-il ?

D’abord lumière matérielle dans le Cabinet de Réflexion, elle devient lumière spirituelle tour à tour donnée, perdue puis regagnée chaque fois avec plus d’éclat, de force et d’intensité : de la chambre noire au temple noir, de la lumière voilée à la lumière resplendissante, au cours de laquelle la Parole, la manifestation du Verbe est perdue, substituée, nous voici ici à sa recherche.

La Lumière est en chacun de nous et se dévoile progressivement par paliers d’ouverture de conscience.

Cette clef sur l’Autel des Serments, place privilégiée, me montrerait une voie nouvelle, voire un sésame pour travailler différemment. Je la vois comme me permettant de déverrouiller des blocages.

Mais cette clef, je la porte également sur moi, pendue à mon sautoir. Chaque M S détient la même. Détenir la clef indique à la fois l’entrée dans un lieu mais aussi l’accès à un état.
Terminant le sautoir, elle donne un droit légitime sur la porte qu’elle ouvre et le lieu symbolique auquel elle donne accès. Elle m’indique que c’est sur moi et à moi de travailler. Il ne s’agit plus de tailler sa pierre mais d’aller au plus profond de soi, d’ouvrir à la conscience ce qui n’a pas encore été exploré.

Dans un ancien catéchisme de « l’Examen d’un Maçon », nous pouvons lire, je cite :

  • Votre Loge a t’elle une clef ?
  • Oui.
  • Quelle est-elle ?
  • Une langue bien pendue.
  • Où est-elle gardée ?
  • Dans une boîte d’ivoire entre mes dents, là où sont gardés les secrets de mon cœur…

Nous sommes à la recherche de la Parole perdue. Ici, pas de vaines paroles : les sentences nous le rappellent comme les doigts sur le cœur lors du serment. Ce qui nous est demandé, c’est l’authenticité.

Cette clef n’est pas en métal mais en ivoire, matière organique, symbole de la force que représente l’éléphant. Mais cette matière organique renvoie également à l’ivoire des dents, symbole d’assimilation de la Connaissance qui nous montre à quel point les nouvelles connaissances doivent être assimilées avant d’aller plus loin. Cette clef d’ivoire n’ouvre aucune porte matérielle, mais représente le moyen, l’outil, le sésame qui ouvre les portes menant à cette Connaissance.

Au 4ème degré, notre bouche deviendrait-elle la Porte de notre Temple intérieur, de notre Saint-des Saints qui est dans chaque être et, comme le dit Vassal « personne n’a le droit d’entrer excepté celui qui possède la clef, parce qu’il en est le véritable maître et dont lui seul a la clef des secrets qu’elle renferme ».

Comme la clef de voûte dévoile les secrets dans le même temps qu’elle soutient l’architecture du Temple, la clef du M S en matière organique est ce qui doit permettre à notre ossature de nous tenir debout.

Elle met sur la voie de la Parole Perdue qu’il nous appartient de retrouver, de reconstruire en nous.

Toutefois, ce n’est pas parce que l’on tourne une clef dans une serrure que la porte s’ouvre pour autant. Encore faut-il tourner le loquet et pousser la porte pour en franchir le chambranle. La porte qu’on nous demande d’ouvrir n’est-elle pas cet obstacle entre soi et ce qui nous est inconnu, inaccessible ou tout simplement ce que l’on ne veut pas voir ?

La clef ne suffit pas si l’on n’a pas le courage d’oser aller vers l’inconnu ni celui d’affronter ce qui peut apparaître comme dangereux de l’autre côté. La porte n’est fermée et interdite qu’aux autres puisque moi seule, peut dans le secret et la méditation, ouvrir cette porte. Cela ne relève que de ma seule responsabilité, mais j’ai dans le même temps le devoir d’utiliser le pouvoir de la clef.

Si nous possédons tous la même clef, chacun aura ses propres portes à ouvrir. Cela relève de notre propre liberté. Cette clef me permet de m’interroger sur mes propres obstacles : qu’il s’agisse de la confiance en soi ou de la parole à maîtriser. La détenir m’oblige à une responsabilité de travail en profondeur. Elle enferme en moi le Secret dont je suis le gardien. Elle m’a permis de franchir le seuil entre les Loges Bleues et le 4ème degré. Elle donne l’entrée, permet de franchir un seuil, nous met sur le chemin de passages successifs vers quelque chose d’inconnu à assumer. Accéder à une « terre inconnue », à une connaissance nouvelle n’est utile que si l’on est en mesure et capable de l’exploiter, d’en appréhender toutes les subtilités, toute la substance ésotérique.

La clef d’ivoire est le bijou qui vient éclairer le grade de M S. Depuis mon initiation, à chaque franchissement de grade, des clefs m’ont été données par les Rituels. Au 4ème degré, c’est la seule fois où cette clef est matérialisée. Elle est bien le signe qu’à ce grade, il s’agit du symbole majeur dans la voie du perfectionnement parce qu’elle ouvre des portes successives qui ne sont que le dévoilement de notre inconscient.

Au travers de cette planche, j’ai pris conscience de mes difficultés et de mes blocages. Dans le même temps, où j’ai pu retrouver un peu plus de confiance en moi, si cette clef n’a pas encore tout ouvert, elle a au moins commencé…

J’ai dit.

T F P M

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