Le Temple de Salomon

Auteur:

J∴ G∴ D∴ H∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
DEUS MEUMQUE JUS
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
ORDO AB CHAO
AU NOM ET SOUS LES AUSPICES DU SUPREME CONSEIL DE FRANCE
LIBERTE EGALITE FRATERNITE

Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secrets en vos degrés et Qualités, je vais vous lire de Morceau d’Architecture que m’inspire le sujet intitulé :

Pour le rédiger, je me suis documenté par la lecture d’ouvrages et revues suivants :
. Symbolisme Maçonnique et Tradition chrétienne de Jean TOURNIAC paru aux éditions DERVY Livre.
. Mystères et Significations du Temple maçonnique de Patrick GEA Y aux éditions DERVY
. Le Temple et sa symbolique de Patrick NEGRIER paru chez ALBIN Michel
. Les PHENICIENS de Gerhard HERM paru chez F A YARD
. Instruction à l’usage des APPRENTIS paru chez DERVY
. ORDO AB CHAO N° 2 ; 11 ; 25 ; 26 ; 29 ; 34 ; 36.
PREAMBULE

LE TEMPLE DE SALOMON
L’homme ne peut se passer de mythes.
Aujourd’hui les mythes ne sont plus des récits imaginaires comme dans l’antiquité. Ils sont inclus, cachés dans les idées d’aspirations ou « valeurs ».
La notion de valeur implique de donner une substance affective et nominative très forte à un certain nombre de principes. Les termes « fraternité » ou « égalité » représentent par exemple depuis le 18e siècle des aspirations et des valeurs. Ces idées contiennent une composante mythologique. Certes, l’homme ne peut vivre sans croyances.
Mais il convient d’introduire un doute dans toutes nos croyances. La façon moderne de traiter la foi a été introduite par Pascal, qui l’a appliquée à sa religion mais dont le principe est valable pour toutes nos croyances ainsi que pour les idées dans lesquelles nous avons foi.
Pascal a constaté qu’aucune preuve logique et ontologique ne pouvait être apportée concernant l’existence de Dieu et par conséquent, concernant la vérité de sa religion. Il a conservé ce doute et l’a surmonté sans le détruire, dans l’idée du pari.

La façon moderne de vivre avec nos idées est d’être conscients que nous parions sur elles dans la mesure où nous nous trouvons dans un monde d’incertitudes et où nous pouvons obtenir des résultats contraires à ceux que nous souhaitons.
Chacun d’entre nous a donc besoin de concrétiser sa façon de croire et de faire l’exercice d’une pensée vigilante. Pascal disait : « Travailler à bien penser, voici le premier principe de la morale ».
On ne peut réduire cette dernière à bien penser mais on peut en revanche affirmer qu’un manque de lucidité peut conduire à se tromper totalement et à croire que l’on agit pour le bien de tous et de l’humanité, alors que l’on fait le contraire.
Il convient donc d’introduire, dans sa façon de penser, le doute et l’examen.
En d’autres termes, nous ne devons pas nous borner à être possédés par nos idées, mais nous devons en quelque sorte discuter avec elles. Sans cesser d’être possédés par nos idées, nous devons les contrôler, les vérifier et le cas échéant, les abandonner.

La Franc Maçonnerie a puisé dans le grand Trésor Symbolique de la Bible. Pour y trouver surtout deux joyaux :
Le prologue de l’évangile selon saint Jean et le récit de la construction du Temple par le roi Salomon.
Selon un catéchisme maçonnique du XVIIIème siècle, la Bible fait partie « des autres meubles de la loge, avec le compas et l’équerre ». Elle l’est encore aujourd’hui sauf dans les loges qui refusent l’invocation du grand architecte de l’univers.

La Bible représente « la loi qui se trouvait conservé dans le sanctuaire du temple de Salomon et que tout maçon doit méditer ». Comme le dit un ancien catéchisme maçonnique. La Bible de papier fait mémoire des fameuses tables de la loi donnée par Dieu à Moïse au Sinaï, puis abritées dans le temple de Jérusalem avec l’Arche d’Alliance.
En fait, la loge est un décalque du temple bâti par le fils de David, le Roi Salomon.
Toutes les civilisations, toutes les sociétés ont donné naissance à des rites d’initiations, tant les hommes – quelles que soient leurs conditions, sont naturellement friands de mystères, de secrets d’exception…d’élitisme.

Diversement liées aux mœurs, aux superstitions et aux croyances du moment, les cérémonies initiatiques ont été essentiellement à l’origine des cultes rendus au soleil, à la lune, aux phénomènes incompris et pour cela même redoutés de la nature.
Ils le seront ultérieurement aux innombrables Dieux mythiques et demi-Dieux de légende que se sont inventés les Grecs, les Romains, les Egyptiens, les Perses, les Chinois, les Hindous, et comme eux, bien d’autres encore. C’était le temps où l’on concevait l’univers comme un espace clos, un monde fini dans un temps fini.
Vint la croyance en un seul Dieu. Le sens de l’initiation prit alors une autre din1ension sous tendue non plus par des pratiques ou des coutumes mais par des valeurs touchant à l’essentiel, c’est-à-dire touchant à la spiritualité et à la conscience de tous comme de chacun.
L’instinct s’était conceptualisé, le concept s’était moralisé.

Les religions du livre, comme on les appellera, allaient véhiculer chacune à sa manière une histoire universelle, sans commencement ni fin, dont à chaque fois, l’humanité et l’homme, se découvriront et être l’enjeu.
L’intelligence venait de s’ouvrir à l’éternité et l’infini ! La raison autant que la foi en appelaient désormais à la loi morale construite autour d’une vérité révélée dans une espèce de sublimation instinctive, de sur conscience collective du sacré, pour que triomphent l’ange sur la bête, les forces du bien sur celles du mal, la lumière sur les ténèbres, souvenez-vous des tables de la loi et des dix commandements, souvenez-vous de l’ancien testament, du nouveau, du Coran, de leurs préceptes ou de leurs versets.

Pour m’en tenir aux Trois grandes religions monothéistes ! souvenez-vous des prophètes et des apôtres !
Tous en des temps différents, ne parlent-ils au nom de leur Dieu pour dire d’une seule voix ce qui est mal et pour dire ce qui est bien ?
La peur, le fatalisme et l’obscurantisme primaire, les pratiques tribales à des actes rituels de l’ordre du sacrement destinés à sanctifier l’homme aux différents âges de sa vie à le rapprocher ainsi du Dieu de sa foi, jusqu’à confondre dans l’ultime communion de la mort le haut et le bas, le ciel et la terre, l’esprit et la matière.

LE TEMPLE DE SALOMON DEPUIS LES TEXTES BIBLIQUES
L’arche d’alliance qui abritait la présence de Dieu était incorporée dans un sanctuaire mobile nommé « tente du témoignage » ou de la « réunion », qui convenait parfaitement à un peuple nomade. Mais Israël était devenu sédentaire par son installation en terre promise, il lui fallait un sanctuaire pour révérer l’Eternel.

Le grand roi David depuis Jérusalem se morfondait « voilà que j’habite une maison de cèdre et l’arche de Dieu une maison de toile » pensait-il.
Alors le roi décida de construire un temple pour la divinité, mais cette dernière refusa cet hommage par la bouche du Prophète Nathan. La raison en était que David avait répandu le sang en grande quantité en raison des guerres qu’il avait mené.
Néanmoins, David prépara le plan des bâtiments, laissa des instructions précises sur les classes des prêtres et des lévites, le détail du mobilier.
En outre il réunit l’or, l’argent, le bronze, le fer, les pierres précieuses destinées à embellir le temple.

Après la mort de David, Salomon entreprend la construction de l’édifice, Salomon est bien embarrassé concernant le choix des dimensions du bâtiment, « Notre Dieu est plus grand que tous les autres Dieux dit-il. Et qui serait capable de lui bâtir une maison quand les cieux et les cieux des cieux ne peuvent le contenir ? ».
Salomon s’associa avec le Roi phénicien HIRAM DE TYR, vieil ami du Roi David pour construire le temple.

HIRAM DE TYR devait fournir des bois de cyprès et de cèdre, en échange de provisions de blé et d’huile. Salomon envoya en Phénicie, l’actuel Liban des ouvriers pour y êtres initiés à l’art de l’architecture et de la maçonnerie s’adjoindraient à eux des maçons phéniciens, dont un homme d’exception, un initié par excellence, HOURAM ABI ou HIRAM DE TYR, à ne pas confondre avec le monarque du même nom.

HOURAM ABI était habile au travail des métaux et à l’art de graver, autrement dit il était alchimiste et maçon, ce n’est pas un hasard si la mythologie maçonnique en a fait un personnage central, pour ses mystères initiatiques.

Conformément aux prescriptions de la loi, le temple fut bâti de pierres non taillées, les tailler eut été les profaner, aussi aucun outil de fer ne fut entendu dans la maison quand on bâtissait.
Le bâtiment était de taille modeste contrairement à ce que l’on pourrait croire, de forme rectangulaire, il avait 60 coudées de long soit environ 30 mètres, 20 coudées de large soit environ 10 mètres et 30 coudées de haut, soit 15 mètres.
On estime généralement que les travaux commencèrent en 959 avant l’ère vulgaire, et devaient durer 7 ans pour le temple.

Le temple était divisé en trois parties : le ULAM ou Vestibule, le HEKAL ou Saint et le DEBIR ou Saint des Saints.

Devant le ULAM s’élevait deux colonnes qui devaient avoir une formidable destinée en Franc-maçonnerie, BOAZ et y AKIN, une tradition, nous apprend que ces colonnes étaient creusés et qu’elles contenaient des livres écrits avant le déluge, contant 1’histoire de connaissance oubliée et cachée.
Les augmentations de salaire en maçonnerie ont lieu près des colonnes réplique de celles du temple de Salomon, on transmet effectivement de manière symbolique le savoir aux mythes, un savoir antédiluvien…
Le vestibule donnait accès au saint qui lui-même précédait le saint des saints ou était déposée l’arche d’alliance.
Par une double porte en bois de cyprès dont, l’huisserie était en bois d’olivier décorée de chérubins et de palmes, on pénétrait dans le HEKAL. Vaste salle de 20 mètres sur 10, lambrissée de planches de cèdres recouvertes d’or et parquetée de cyprès. Les boiseries étaient décorées de motifs floraux sculptés.

Le HEKAL et le DEBIR étaient entourées au nord, à l’ouest et au sud, par un déambulatoire de trois étages, plus large au sommet qu’à la base.
Le déambulatoire possédait 33 chambres de service par étage, destinées aux prêtres et aux magasins. On accédait à ces salles par un escalier, situé sur le côté droit du sanctuaire.
C’est par cet escalier en colimaçon, que l’on accédait à ce que le livre des chroniques nomme  « la chambre du milieu » qui deviendra dans la franc-maçonnerie le lieu où les maîtres se réunissent.

L’accès au Saint des Saints était fermé par les vantaux de bois d’après le livre des rois de part et d’autre de cette ouverture, dans le HEKAL, étaient placés dix candélabres d’or, dont les lampes brûlaient la nuit en l’honneur d’Adonaï.
L’autel des parfums était placé devant la porte du débir, dans l’axe du temple.
De forme rectangulaire, l’autel des parfums était en bois de cèdre, revêtu d’or, à ses angles était suspendu divers ustensiles culturels: bassins, couteaux, coupes, cassolettes. A sa droite était la table des pains de propositions, ces pains au nombre de 12 étaient des gâteaux de fleur de farine, qui étaient « proposés » à Adonaï.

Les pains étaient changés chaque sabbat et seuls les prêtres pouvaient les consommer.
Le Débir, le saint des saints était une pièce cubique de 10 mètres de côté sans fenêtre.
Adonaï le Dieu vivant, présent dans l’arche d’alliance, y demeurait dans l’énigmatique « sombre nuée ». Deux chérubins, les ailes déployées, à face humaine, protégeant l’arche de part et d’autre hauts de 5 mètres, ils avaient une envergure de 10 mètres paire d’ailes contre paire d’ailes.

L’ensemble du sanctuaire était tapissé de boiseries sculptées de chérubins, de coloquintes, de guirlandes de fleurs le tout revêtu d’un placage en or. Le tout était probablement en terrasses, soutenues par des poutres en bois de cèdre.

Sur le parvis, face à l’entrée tournée vers l’orient, s’élevait l’autel des holocaustes, on y montait probablement par degré, et était en bronze. Ses dimensions auraient été de 20 coudées de côté et 10 coudées de haut, la tradition situe cet autel des holocaustes sur le rocher actuellement inclut dans la mosquée d’Omar.
Près de cet autel, s’élevait une estrade de bronze de S coudées de côté et de 3 coudées de haut, qui servait de tribune au Roi Salomon au jour de la dédicace. Il s’y tenait debout et il est probable qu’au cours de la cérémonie, il s’y agenouillait.

Du côté de la colonne YAKIN, au sud-est était placée la « mer d’airin » énorme bassin de bronze de 10 coudées (5m) de diamètre et S coudées (2, SOm) de haut. Cette mer d’airin reposait sur 12 bœufs de bronze répartis en 4 groupes tournés vers chacun des points cardinaux. Cette vasque prodigieuse pouvait contenir près de 72 000 litres d’eau qu’elle était la fonction de ce bassin ?
Il est probable qu’il servait à l’ablution des prêtres.

La mer d’airin évoque le lac sacré des temps égyptiens, et le bassin du même type des temples mésopotamiens. S’y ajoutaient dix bassins montés sur roues ornés d’une faune symbolique et où on lavait ce qui servait à l’holocauste.
Chacun de ces bassins pouvaient contenir 14S6 litres d’eau.
Non seulement la mer et les bassins mais les ustensiles du culte, comme les colonnes et les chapiteaux étaient en bronze poli, exécutés par HIRAM le bronzier, HIRAM l’alchimiste.
Il faut souligner que les 2 colonnes YAKIN et BOAZ, n’avaient aucune utilité architectonique, leur fonction semble bien être emblématique, symbole d’une connaissance évanouie dans le brouillard de l’histoire.

La division intérieure du sanctuaire correspondait à 3 fonctions précises :
1ère fonction : le vestibule ou ULAM, constituait une zone de transition entre le monde profane et l’univers sacré, le monde du surnaturel. Pour employer un langage familier à nous, francs-maçons, disons qu’il fallait laisser les métaux à la porte du temple, pour pouvoir entrer dans une autre réalité, une autre dimension, celle de l’espace sacré.
2ème fonction : le saint ou HEKAL était le lieu de l’accomplissement du rituel du service de la divinité, de la présentation des offrandes, où se déroulait le culte quotidien.
3ème fonction : le saint des saints ou DEBIR, était le point sacré ou entre les ailes des chérubins, sur le propitiatoire, se tenait la gloire d’Adonaï, sous la forme d’une nuée. Ce qui rendait ce lieu inaccessible pour l’homme.

LE SYMBOLISME DU TEMPLE :
Le symbolisme du temple s’enracine dans le mouvement de sacralisation de l’espace à l’œuvre dans toutes les cultures humaines même les plus primitives et mis en évidence par Mircea Eliade dans ces divers travaux.

La sacralisation de l’espace consiste à ordonner le chaos, à construire un cosmos. Pour l’homme des sociétés traditionnelles l’espace n’est pas homogène : il s’organise autour d’un centre d’un point fixe d’origine sacrée ~ à l’endroit précis où la plupart du temps un Dieu s’est manifesté, de ce centre s’élève l’axe du monde, reliant le ciel et la terre, symbolisé par un arbre, une montagne, un autel, une ville, un temple.
Cet espace est délimité : il peut avoir la forme soit du cercle, symbole de la totalité (orbis terrarum), soit du carré, correspondant aux quatre points cardinaux et récapitulant toutes les portions de l’espace. Cet espace sacré est enfin orienté à partir d’une direction privilégiée, en général l’est, appelé précisément l’orient.

Pour nous en tenir à la tradition judéo-chrétienne, puisque la construction du temple de Salomon est le point de départ à travers la légende d’HIRAM, de toute la symbolique maçonnique, on peut aisément vérifier la présence de ces caractéristiques générales propres à la construction de tout espace sacré.
Tout d’abord le temple est d’origine céleste : les sanctuaires de l’ancien testament ont été édifiés d’après des prescriptions divines. Moïse reçut de l’éternel des indications précises pour la construction de l’arche. « Ils me feront un sanctuaire et j’habiterai au milieu d’eux. Ils le feront conformément à tout ce que je vais montrer selon le modèle du tabernacle, et selon le modèle de tout son mobilier » ; (exode XXV, 8, 9).

Les chapitres XXV, XXVI, XXVII, contiennent une description précise de ce que devra être la construction du sanctuaire. De même Salomon reçoit de son père David des règles précises, indiquées par Dieu pour la construction du temple « David donna à son fils Salomon le plan du vestibule et de ses bâtiments des magasins, des chambres hautes etc…
Ainsi que le plan de toutes choses qui lui avaient été inspirées par l’esprit, qui était avec lui »
(l chroniques XXVIII, II-12). « Tu m’as ordonné dit Salomon, de bâtir un temple sur la montagne sainte et un autel dans la ville où tu as fixé la tente, d’après le modèle très saint que tu avais préparé dès l’origine » (sagesse IX ; 8).

Dans la vision du temple qu’a le prophète Ezéchiel, c’est un envoyé de Dieu qui lui donne la description précise et les mesures du temple (Ezéchiel, XLXLIII).
Il dit à Ezéchiel : « fais leur connaître toutes ses ordonnances et toutes ses lois, écris-les sous leurs yeux pour qu’ils observent toutes ses lois et toutes ses ordonnances et qu’ils les exécutent. » (EZ ; XLIII ; II).
Le rituel chrétien de la construction des églises insiste sur le parallèle entre le temple de Salomon et le temple chrétien. La tradition chrétienne a toujours considéré que le temple chrétien était comme celui de SALOMON.
Si la forme et les mesures du temple sont données par Dieu, le temple résume et reproduit la structure du cosmos.

Dans l’ordre cosmologique, manifestation du principe, le cercle désigne la forme du ciel, liée à l’activité divine et le carré la forme de la terre, puisque relativement à l’homme, la terre représente l’élément immobile, passif offert à l’activité du ciel. On pourrait s’étonner de l’absence de forme circulaire dans le symbolisme du temple maçonnique, mais le plafond du temple, qui représente la voûte étoilée suggère cette forme circulaire du ciel. On pourrait aussi se demander pourquoi la forme rectangulaire semble s’éloigner de la forme carrée, mais le temple est, selon l’expression rapportée par Ragon, un « carré long », c’est-à-dire un double carré. Le temple maçonnique est donc bien comme tout architecture religieuse traditionnelle, une représentation du cosmos, entendu comme espace sacré, projection du ciel sur la terre.
A ce stade de l’exposé, je voudrais qu’on s’arrête sur Hiram et son assassinat. Hiram était un organisateur, un entraîneur ; mais il était d’abord un créateur.
Il voulait faire passer dans la pensée et l’exigence des hommes, une idée du temple. C’est-à-dire une idée de l’homme et du monde ensemble, sous un certain rapport. Il maintenait et rappelait en permanence, avec foi audace et rigueur cette idée, toujours prête à s’infléchir et à retomber selon les fantaisies, voire la mollesse de chacun. C’était la hauteur et la justesse de son idéal qui impressionnaient, qui séduisaient et entraînaient. Hiram était un éclaireur. La pierre semblait s’animer par avance, sous sa parole et par son geste, d’une philosophie, d’une sagesse.

Le temple rêvé par Hiram n’était pas un lieu où l’on se retire simplement de la dispersion et des entraînements du dehors. Hiram voulait réaliser un lieu symbolique et comme intermédiaire, entre 1’homme et le monde à portée d’homme tout en l’incitant à l’ouverture et au dépassement seuls réalisateurs de l’être. En ce temple, les hommes se relieraient à ce qu’ils sont vraiment ; ils s’établiraient dans le mouvement qui les libère ou les féconde dans leur force la plus intérieure et la mieux unifiée; ils se mettraient ou ils s’inviteraient à se mettre en prise sur leur nature la plus authentique. Hiram est un initiateur qui graduellement, explique, qui obtient que les méfiances se surmontent, qui voudraient éduquer par le temple, faire accepter pour convenable, et fortifier la double idée :
1) d’une infinie exigence de dépassement dans la construction de l’homme même, comme répondant le mieux à sa nature.
2) et l’idée d’une parenté des hommes pouvant s’affirmer comme universelle.
« Plutôt la mort que violer le secret qui m’a été confié ».

Et Hiram ajoute « tu peux me tuer, tu ne me feras pas trahir » : on peut penser ici par exemple, à Epictète au pied enserré dans le brodequin de torture de son maître Epaphrodite qui voulait lui arracher la promesse de ne plus suivre un enseignement stoïcien où on évoquera le sénateur dont Epictète présente le magnifique exemple face à l’empereur Vespasien.

Et le très respectable souligne, aussitôt cet absolu du devoir par ces mots :
« Hiram représente l’homme juste, attaché à son devoir, qu’il accomplit même au péril de sa vie ». Le très respectable maître ajoute enfin : « l’attitude d’Hiram engage (le maçon) à être prêt à tous les sacrifices plutôt que de commettre une lâcheté et de faillir à son devoir ».
Le devoir n’est plus appliqué, ici, à la conservation corporatiste d’un secret de métier ~ il ne veille pas, non plus à ne pas faire rougir de soi les autres compagnons du métier. Il est posé comme un absolu invincible, constitutif de l’homme de volonté. L’obligation du devoir que l’homme de volonté s’impose ressemble à la flèche d’une cathédrale tendue vers l’immensité.
Le respect du devoir, identique à la tenue de l’être affirme en 1’homme un principe qui dépasse toute valeur finie ou calculable : la dignité de la personne qui n’a pas de prix. La personne est un être qui ne se borne pas à recevoir une fonction, mais qui sait tirer de lui, ajuster, et recréer sans fin un rôle. La personne sait trouver en elle même un rôle participateur et transfigurateur en toute situation, même la plus contraire qui se présente, en sorte que, selon le mot de Marc Aurèle, il retourne l’obstacle, toujours plus limité qu’on ne croît, en matière d’une œuvre toujours à reprendre.

Au moment où nous nous interrogeons sur la destruction possible du temple, il est important de signaler un indestructible attaché à la réalité d’une conscience aussi longtemps qu’elle se maintient distincte en elle-même.
L’homme doit sa dignité et son tragique ensemble, au fait qu’il porte un monde et qu’il résume en lui un monde ~ ce monde tend à être plutôt qu’il n’est réalisé :
il se trouve et se perd il atteint sa maîtrise ~ et pourtant il retombe dans le chaos d’où il doit continuellement reparaître, selon le mouvement d’un univers éternel et, ainsi se créant.

Mais comment un homme Hiram pouvait-il avoir une telle avance de conscience sur d’autres hommes travaillant, au surplus, quotidiennement avec lui, entraînés à la même œuvre fervente ?
Hiram était un vrai maître, un initié lui-même initiant, en même temps qu’initiant, non pas un gourou ou celui qui se laisse nommer improprement un maître à penser.
Hiram était un maître de l’art royal de penser qu’il s’exprimât de préférence par le concept ou par l’image du constructeur.

C’est d’un patient travail sur soi s’accrochant à des outils convenables que se tire, finalement toute lumière. Les vrais maîtres sont vénérés, par ceux qui apprennent à se tenir, avec eux sur les hauteurs. C’est ce style de vie qu’Hiram avait voulu transposer dans le mouvement muet d’un temple. Il entraînait à constituer une présence et, d’abord, de soi-même à soi-même.
Ce n’est donc pas le temple, dans sa construction matérielle, qui a été détruit.
Hiram est, en réalité, un mythe fixateur : il est avant tout la figure d’un maître intérieur, qui a été ternie, rendue opaque ou inconsistante, par la réclamation insensée et aussitôt meurtrière, des mauvais compagnons, c’est cette figure qui a été assassinée. Elle l’a été par la retombée des hommes dans un certain nombre de défauts mortels. Et le rituel va jusqu’à nous dire lesquels.

Hiram n’avait entrepris l’édification d’un temple devant les hommes que pour les inviter à mettre en forme, à rectifier et à refaire sans fin le temple qu’ils pouvaient porter.
La franc-maçonnerie qui s’est développée sur les antiques traditions de corporations de bâtisseurs, a trouvé dans l’exercice de l’art royal, un ensemble de moyens privilégiés pour aider les hommes en quête d’absolu à réaliser la construction de leur temple intérieur.
Construire est pour un maçon, un engagement irréversible. Cela lui devient vite un devoir qui finit par l’imprégner comme une seconde nature.

Si le maçon est invité dès son initiation à tailler sa pierre, c’est pour trouver, au cœur de lui-même le noyau vivant de son être essentiel, enseveli sous la gangue étouffante de ses errements passés.
S’il est invité à construire, c’est avant tout pour se réédifier en pleine conscience, dans le respect des lois de la vie qu’il va découvrir en cheminant sur la voie initiatique.
Mais se construire soi-même est une aventure incomplète si la pierre qu’il est, devenue vivante, libre et responsable ne s’intègre pas à la place qui lui revient dans la construction du temple universel de la communauté humaine.

Dans tous les cas, nous construisons avec des matériaux vivants. Avant de faire œuvre créatrice, il faut nécessairement s’inspirer des lois de la vie qui les animent pour travailler avec elle en pleine harmonie.
Comme dans toute recherche, l’analyse et la synthèse se nourrissent l’une et l’autre mais la synthèse ne peut être valable que si elle se fonde sur la réalité des faits analysés.
En ce sens, le maçon ad’abord tout à découvrir avant de tenter d’imaginer quoi que ce soit à propos de lui-même.

Tailler sa pierre n’est pas lui donner la forme qu’il voudrait qu’elle ait, c’est essentiellement retrouver celle qu’elle a par nature, pour savoir en fin de compte ce qu’il est véritablement et ce qu’il peut devenir.
Construire c’est accompagner la vie dans son vaste mouvement d’évolution vers un plus être spirituel.

CONCLUSION
Le temple de Salomon de l’humanité de la cité idéale, sera dans son ensemble ce que sera le temple d’Hiram que chacun est décidé à construire en lui… En lui, mais dans une relation à l’autre a fin d’être en situation de mieux agir.

Le Temple de Salomon n’a pas fini de faire parler de lui, au cœur de la mythologie maçonnique, repris par Moult Traditions et mouvements spirituels, il est une œuvre supra humaine, éternel, si les pyramides d’Egypte sont toujours présentes. Le temple n’est plus, et pourtant il est plus présent au cœur des hommes que les tombeaux égyptiens.
– Frère 2e surveillant, pourquoi les Francs-maçons ne craignent-ils pas la mort ?
– Vénérable Maître, c’est parce qu’ils savent qu’après leur passage à l’Orient éternel d’autres frères continueront leur œuvre.
– Frère 1er surveillant, quelle est cette œuvre ?
– Vénérable Maître, c’est l’élévation du temple à la gloire du grand architecte de l’univers, qui réunira dans la fraternité 1’humanité entière.
Extraits du rituel de tenue funèbre.

J’ai dit trois fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secrets en vos degrés et qualités.

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