Les lévites
S∴ W∴
Avant 1805 il n’y a pas de cérémonie du 4ème degré, il n’y a qu’une réception dans laquelle je cite « le récipiendaire s’agenouille sur le genou droit, il a la tête inclinée comme si ses yeux étaient éblouis par l’éclat de la grande lumière, il a la main droite qui forme équerre sur le front », Equerre que nous retrouvons sur le bandeau transparent actuellement. Un voile épais les sépare du Saint des Saints remplacé aujourd’hui par une balustrade. Dans cette position, il va pouvoir contempler des trésors et accéder au rang de Lévite parmi les Lévites. Le 4ème degré s’inscrit dans la continuité du troisième avec la nécessité de continuer le chantier. Le décor de la loge en témoigne avec Salomon dans le Saint des Saints et Adoniram comme inspecteur qui vont nommer et instruire sept lévites préposés à la garde du Saint des saints, sept Lévites requalifiés de nos jours Maîtres secrets. En quoi le maitre secret ressemble-t-il à ce curieux personnage biblique et à sa tribu ? Quelle leçon le maitre secret peut-il tirer de la vie de ces Lévites, de leurs valeurs. Voila les questions auxquelles je vais m’efforcer de répondre.
Mais tout d’abord, qui est Levi ?
Référencé dans la bible, Levi est le troisième fils de Jacob et de Léa. Nous pouvons lire dans la Genèse que Jacob dit être consterné en parlant de Lévi qui dans un jour de paix a agi abominablement et s’est montré d’une grande cruauté, car l’histoire des Lévites commence ainsi. Le peuple juif conduit par Moïse avait été aux soins de la grâce divine depuis la sortie d’Égypte jusqu’au Sinaï. Ce peuple avait ensuite reçu la loi et s’était engagé à l’accomplir. Or il viole son premier commandement, quand Moïse est encore sur la montagne pour y recevoir les ordonnances écrites et tout le détail de l’organisation du culte terrestre. Au moment de rentrer au camp, Moïse voit le désordre idolâtre et le veau d’or ; il brise les tables de la loi, se tient à la porte du camp et s’écrie « à moi quiconque est pour l’eternel » seuls les fils de Lévi se rassemblent alors autour de lui. S’ensuit un massacre de plus de 3000 hommes. Moise, écœuré, prend alors une tente et la dresse pour lui hors du camp. Il l’appelle « tente d’assignation ». Il y met à l’abri le tabernacle. Les Lévites qui étaient au service du grand prêtre Aaron, le frère de moise, et de toute l’assemblée, seront désormais dévolus au service de la tente d’assignation. De combattant, les lévites deviennent serviteurs et mettent leur glaive au service de Dieu.
Les Lévites étaient recrutés dès l’âge de un mois, les autres Israélites ne l’étaient qu’à vingt ans. il faut le plus souvent bien des années de formation jusqu’au début du service effectif. À l’âge de vingt-cinq ans, les jeunes Lévites entraient en service à la tente d’assignation. Ils n’étaient pas encore mûrs pour porter le tabernacle, mais pouvaient commencer à y travailler. Cet « apprentissage » était nécessaire pour les rendre aptes. A trente ans, Un jeune frère (c’est le mot exact employé par la bible) commencera à être utile dans l’assemblée et dans le service dans une mesure d’abord limitée, réunion de prière, questions dans les réunions d’étude, visites aux malades. Petit à petit, gagnant en expérience et en maturité, il pourra être pleinement employé pour le bien des siens. À cinquante ans, le Lévite se retire du service actif mais il ne devient pas inutile ; il passe en quelque sorte sur un plan supérieur pour s’employer avec ses frères à la tente d’assignation, pour garder ce qui doit être gardé. Il faut alors une pleine maturité et une grande force spirituelle. La limite de cinquante ans nous rappelle que le service ne dure pas toujours, il n’est que pour un temps, et peut être arrêté par la maladie ou par la mort.
Le mot « Lévi » veut dire « attaché, adjoint ». Les Lévites étaient adjoints aux sacrificateurs pour tout le service de la tente d’assignation. Le Lévite devait prendre une position d’humilité, de petitesse et d’infériorité à l’égard de cette famille sacerdotale. Seuls les sacrificateurs pouvaient s’approcher de l’autel et entrer dans le lieu saint au-dedans du voile. Entièrement donnés à Aaron, les Lévites consacraient tout leur temps au tabernacle. Lors du partage du pays, ils n’eurent pas d’héritage, car l’Éternel lui-même était leur part. Pour qu’il soit pourvu à leurs besoins matériels, les Israélites devaient leur donner la dîme des récoltes.
L’entrée du Tabernacle étant toujours laissée du côté du Levant, soit l’orient, les fondements en étaient solidement posés. Les Lévites, ayant fini leur service dressaient leurs tentes autour du Parvis, tandis que les tentes des douze tribus formaient comme une garde tout autour. Ce devait être un spectacle d’une admirable grandeur au milieu de ce désert de ces lieux inhospitaliers que la vue de plus de 600000 hommes au-dessus de l’âge de 20 ans, outre les femmes, les enfants, et les Lévites en tout plus de deux millions d’âmes mais par-dessus tout le reste, Dieu habitait au milieu du Camp et marchait au milieu du camp, pour délivrer son peuple et le garder de tout. il y avait toujours de la lumière et une bonne odeur de nourriture dans le lieu Saint. L’eau pure pour se nettoyer était toujours dans la cuve. Les lévites y veillaient. Les objets du sanctuaire : l’arche, la table des pains de proposition, le chandelier à sept branches, l’autel d’or, ainsi que l’autel d’airain entouraient le tabernacle. Sans les Lévites portant le tabernacle, le peuple n’aurait pu poursuivre sa route. Rien ne devait être oublié ou endommagé. Entre deux étapes, la responsabilité incombait donc aux Lévites de maintenir le tabernacle intact et prêt pour la halte suivante. « Porter » le tabernacle à travers le désert, c’était maintenir intact la tradition écrite et orale de l’enseignement à la personne et à l’assemblée.
Le Lévite nous montre que dans Le monde se côtoie Le meilleur et le pire de l’homme et qu’en un seul homme peut cohabiter le blanc et le noir. Le maçon, en taillant sa pierre brute, en passant de l’équerre au compas aspire comme le lévite à passer de l’homme sanguinaire et vengeur au serviteur de l’humanité. Il parvient alors au grade de maitre secret et commence à percevoir les nombreuses qualités que devaient posséder les lévites pour exercer leur service, qualités qu’il doit s’efforcer d’acquérir.
La tente d’assignation est pour le lévite ce que le sanctuaire est pour le maitre secret tous deux s’isolent pour fuir le chaos et chercher la lumière.
Si Le lévite doit faire preuve de courage chaque jour pour démonter, transporter et remonter l’arche d’alliance, le maitre en devenant maitre secret se donne le courage de tenter une expérience nouvelle et d’y travailler chaque jour sans relâche. Comme le lévite qui accepte de passer de soldat fier et avide de pouvoir à un serviteur modeste, le maitre secret doit faire preuve aussi d’humilité en acceptant de passer du degré le plus haut de sa loge bleue au degré le plus bas des hauts grades. C’est le thème du premier voyage lors de la réception du Maitre secret, Soumission aux lois de la nature, Humilité devant les secrets de la vie.
Comme le lévite qui monte et démonte chaque jour le tabernacle, il faudra beaucoup de persévérance au maitre secret pour traverser ce désert, faire, défaire et refaire chaque jour, car si les Lévites n’avaient pas été là pour rassembler autour de leur temple tout le peuple israélite, combien auraient suivi Moise dans ce long périple plein d’embuches, comme combien de maitres continueraient de suivre leur chemin initiatique si les hauts grades n’existaient pas.
Comme le lévite qui ne reçut pas de terres en héritage lors de son arrivée en Israël, le maitre secret est plus que jamais détaché des métaux.
Apprentissage et obéissance sont les deux piliers fondamentaux de la vie du Lévite, de même pour le maitre secret, l’obéissance lui sera à nouveau sollicitée lors de son serment, obéissance à la loge et à l’ordre tout entier, obéissance au respect de ses engagements déjà pris dans les trois grades précédents. Non pas une obéissance bornée, stupide et sans discernements mais une obéissance au devoir librement acceptée par sa conscience, une obligation de soi envers soi.
Dans cet engagement de Lévite comme dans celui de maitre secret, Il y a tout ensemble, mais surtout, activité intense et poids des responsabilités. C’est le thème du quatrième voyage de réception au grade de Maitre secret Aimer la justice et la servir, avoir le sens du devoir et des responsabilités. Nul ne saurait avoir à cœur l’intérêt du travail sans ressentir le « fardeau » qui s’y rattache. Mais personne ne doit se charger seul de la totalité et de nous rappeler l’une de nos sentences « Malheur à qui assume une charge qu’il ne peut porter ».Les Lévites étaient très nombreux en comparaison du volume et du poids à transporter ; huit mille cinq cent quatre-vingt avaient plus de trente, et moins de cinquante ans; personne n’était surchargé; chacun accomplissait sa tâche et sans doute pouvaient-ils se relayer fréquemment dans le transport. Il en va de même pour le Maître secret, si le poids de la tache semble trop lourd, rien ne l’empêche de se faire aider par un autre maître secret qui se fera un devoir de l’assister.
Lorsque le camp partait, les sacrificateurs démontaient le voile et en couvraient l’arche. Les Lévites ne devaient la voir. Ceux qui plus tard ont voulu la toucher, ou y regarder, sont morts. Le jour de l’expiation, (10ème jour du mois de Tischri), le grand prêtre prononçait le tétragramme ou mots sacrés et les lévites faisaient du tapage pour empêcher que le nom ne soit entendu. Comme pour les Lévites, le maitre secret a les lèvres closes par le sceau de Salomon, sceau du secret ou main de justice, rappel à notre discrétion que nous a déjà appris la pratique du silence de l’apprenti. Il nous permet de passer de l’action à la méditation, de la méditation à la contemplation et de la contemplation, pourquoi pas, à la lévitation.
Dans le tabernacle brillait la lumière du chandelier, montrant que la purification des Lévites devait avoir lieu. Ce chandelier présent sur le plateau de notre trois fois puissant maitre laisse la lumière éclairer les raisons de notre cœur ainsi que toutes les raisons de nos actes. La purification était La préparation morale indispensable au service, elle est la préparation indispensable à nos tenues. Elle consistait en l’aspersion d’eau, le rasage qui correspondait au jugement de soi-même toujours à renouveler, et le lavage des vêtements. Cette coutume ne nous est plus adaptée, notre purification passe maintenant par une écoute attentive de notre rituel et la suite des symboles qui y sont évoqués.
Lors de l’arrivée à Jérusalem, le service des lévites devenait différent de celui du désert. Ils n’avaient plus à porter le tabernacle. Le temple de Salomon n’est pas encore construit ; Salomon est déjà établi roi, mais il ne règne pas encore seul. C’est le temps du repos. Israël est maintenant réuni, paisible autour d’un centre. Les Lévites ont des fonctions correspondantes à remplir.
Le temps du repos est marqué par la vigilance ! Veiller au service, veiller aux portes, veiller aux trésors. Trente-huit mille Lévites assuraient cette tâche. Ils devaient d’abord veiller sur les parvis. Le parvis sépare le sanctuaire du brouhaha de la vie journalière. Veillons, Maîtres secrets, à ne pas laisser les occupations quotidiennes envahir ce qui doit être réservé à la méditation. Tenir le mal à l’écart, de sorte que rien ne vienne souiller les choses saintes. Pas de faveur accordée aux uns aux dépens des autres. l’équilibre devait être maintenu. Au grade de maitre secret, la clef confiée au corps des gardes soumis à l’autorité de l’inspecteur Adoniram ouvre le saint des saints. La clé symbolise la fidélité, l’innocence et la discrétion. Ce lieu contient outre la dépouille du maitre, les lois secrètes révélées à moise. La dépouille du maitre est donc associée à l’arche d’alliance construite pour protéger les tables de la loi. Le maitre secret devient le fidèle gardien du saint des saints, il accède ainsi à une fonction sacerdotale. Il a étudié les outils, il sait s’en servir et sait tracer des plans. L’initiation sacerdotale le fait passer de la maitrise de l’outil à maitrise du verbe. L’œil au milieu du tablier nous rappelle que nous devons veiller continuellement à la conduite de l’ouvrage. Il est l’image parfaite de notre vigilance.
Tant que l’arche voyageait à travers le désert, le peuple ne chantait pas, mais depuis que l’arche fut en repos, David institue le chant. La musique est liée aux paroles, sinon il n’y aurait pas chant. Toute l’action des chantres est de proposer un cantique dans les réunions de l’assemblée et dans le culte qui « cadre » avec le courant des pensées du moment. Chanter avec l’esprit, mais chanter aussi avec l’intelligence. Rôle identique est du maitre secret de proposer une planche avec cette même intelligence, fort heureusement pour nous, elle n’est plus chantée. Comme le chant, l’importance de la planche ne sera pas ce qu’elle est mais bien les questions qu’elle soulève et la réflexion qu’elle engendre.
Certains Lévites étaient aussi Portiers. Les portiers étaient des hommes forts et vaillants. Cette charge était des plus importantes. Veiller à l’entrée des portes de la maison de Dieu demande un discernement qui n’est pas le fait de tous. Discernement quant aux personnes qui désirent s’approcher du saint des saints, mais surtout discernement aussi et vigilance quant à l’enseignement qui est apporté, aux doctrines qui se répandent, aux habitudes qui pourraient s’infiltrer. Rôle que remplit maintenant notre Sœur ou frère inspecteur, mais qui, on ne le dira jamais assez est la tâche d’un bon couvreur de loge bleue que l’on a trop tendance à négliger.
Les Lévites étaient aussi Intendants, Administrateurs et juges, Fonction indispensable afin que toute chose se fasse avec ordre. À chacun de discerner à quoi il est appelé et à remplir avec zèle la fonction confiée. « Zèle » ce mot étrange qui revient si souvent dans le rituel de ce degré, tellement souvent que lorsque j’ai été reçue au quatrième degré, j’ai tout de suite pensé qu’il était le Z représenté sur le tablier. Tout le monde peut se tromper ! Z voulait dire ziza un mot bien trouble qui semble signifier balustrade, d’autres y trouvent comme sens la splendeur, personnellement, j’y vois le nom d’un des fils de Levi. Zèle signifie l’ardeur au service par le dévouement. Si le zèle se veut une qualité, il est malgré nous devenu souvent péjoratif. Le Zèle se transforme en excès de zèle, l’opposé de la paresse. Souvent, nous entendons ces réflexions sur nos parvis, il ne planche pas, il ne visite pas, il ne travaille pas. A l’inverse, les mêmes de dire, il planche trop, il visite trop, il en fait trop. Pourquoi ne laissons nous pas nos sœurs et frères travailler à leur rythme propre ? Laissons à chacun le choix, certains opteront pour le TGV, d’autres pour le train de banlieue, le principal étant de ne jamais laisser un maçon sur le quai.
Ne nous trompons pas. Les lévites ne sont pas une élite, comme les maitres secrets n’en sont pas non plus. Et pourtant, combien de fois avons nous entendu dans nos loges bleues des maitres dire qu’ils ne s’en sentaient pas le niveau intellectuel pour y accéder, sans qu’ils pensent un seul instant que le niveau était simplement maçonnique, à contrario, combien de fois, avons-nous vu des hauts grades se jeter leurs équerres et leurs compas à la tête. C’est toute la différence entre le chien savant et le philosophe, toute la différence entre l’homme de pouvoir et l’homme sage, toute la différence entre le tablier et le cordon. Bien sûr, les lévites comme les maitres secrets ont une position bien en vue, mais l’apparence est toujours une illusion, Les maitres secrets doivent s’attacher au fond, pas à la forme.
Le beau temps de Salomon fut court. Déjà de son vivant, le déclin avait commencé. Sa mort entraina la division du royaume. Les sacrificateurs et l’idolâtrie régnaient en plus hauts lieux. Les Lévites abandonnèrent les lieux qui leur étaient chers, les dimes étaient beaucoup plus restreintes. Sur un plan parallèle, le simple changement de domicile est un problème actuel, soit pour les jeunes aux études ou en apprentissage, soit pour les plus âgés en quête d’une résidence pour leur famille ou pour des raisons professionnelles. Quels que soit la contrainte par les circonstances, la seule importance est qu’il se trouve toujours un atelier pour nous recevoir, convivial, accueillant, voila le fait de la Franc Maçonnerie et n’est-il pas un facteur de la plus haute importance ?
Nous voyons les Lévites exercer une nouvelle fonction. Ils font le tour de toutes les villes et instruisent le peuple. Les portiers reçoivent la mission particulière d’empêcher les marchands de pénétrer à Jérusalem le jour du sabbat. Mais la dime se faisant plus rare et les alliances idolâtres interdites beaucoup plus fréquentes, ne nous étonnons pas qu’ils aient disparu. Le fait que Nous ayons droit nous maitres secrets à un salaire et une famille dans la vie profane devrait nous mettre à l’abri de cette décadence car l’ouvrier est digne et fier de son salaire ainsi que de la famille qu’il a fondé.
L’arche et le tabernacle ont disparu. Le temple de Salomon a été détruit. Le service des Lévites s’est éteint. Tout cela n’était que l’ombre des biens à venir, non l’image même des choses. Les lévites nous ont enseigné des dons pour que s’accomplisse le service. L’exercice pour chacun est de savoir comment il y répond et si, mieux que les Lévites d’autrefois, ce sera une bénédiction ou une entrave.
J’ai taillé ma pierre brute, J’ai contemplé l’étoile flamboyante, Je suis passée de l’équerre au compas, J’ai vu le tombeau du respectable Maitre Hiram habif, J’ai éssayé de rassembler ce qui était épars. Comme les lévites et le peuple israelite ont cherché la terre promise, je continue à chercher la lumière, Maîtres secrets, comme les lévites, vous tous ici rassemblés, aidez moi à retrouver la parole perdue, symbole de la vérité.
Trois fois puissant Maître
J’ai dit.