Les sentences et l’engagement Maçonnique au 4e degré
P∴ D∴
Trois fois Puissant
Maître,
vous tous mes F M,
vous tous mes F M,
Les
sentences
et l’engagement
Maçonnique
au 4e degré
Pour rappel, les sentences du 4e degré sont :
–Malheur à celui qui assume une charge qu’il ne peut porter !
–Malheur à qui accepte légèrement des devoirs et ensuite les néglige !
–Le Devoir est pour nous aussi inéluctable que la fatalité, aussi exigeant que la nécessité, aussi impératif que la destinée.
–Sachez que les meilleurs de la Maçonnerie sont ceux qui le mieux travaillent, et le mieux s’entendent avec les hommes.
Même si ces injonctions semblent métaphoriques, elles nous renvoient tout droit à notre engagement Maçonnique.
Engagement que nous avons pris dès le jour de notre initiation et qui depuis nous guide.
Bien sûr, au fur et à mesure de notre parcours, nous avons taillé notre pierre et progressé sur le chemin de la lumière, mais notre quête reste la même, nos engagements aussi.
Au grade de Maître Secret, l’engagement se précise, je dirai même, s’alourdit.
L’engagement prend dès lors une valeur morale, on parle alors de Devoir.
Dans les quatre sentences énoncées en tête de cette planche, le terme de devoir revient deux fois, on parle de charge, mais aussi on retrouve la notion déjà bien connue de travail et de fraternité envers les hommes (dans la 4e sentence).
Ce que l’on constate dans ces sentences, c’est leur caractère impératif. Il n’est pas question de discuter, le couperet est tombé comme une sentence, dans le sens de jugement.
Ce double sens est intéressant car derrière lui transparaît le sens profond des ces phrases, il s’agit autant de maximes que de jugements !
En face à ces jugements, il n’est pas question de faire appel, la sentence est inéluctable. L’engagement que nous avons pris ne permet pas d’autre choix !
Nous sommes presque dans la même position que lors de l’initiation ou face aux glaives dressés, l’apprenti ressent le poids de l’engagement qu’il prend à ce moment.
De la même façon, la menace est réelle : Malheur à celui… Malheur à qui…
Que va-t-il donc nous arriver ?
La construction et l’ordre des sentences m’interpellent. Pourquoi donc commencer par des menaces pour ensuite poser le principe de l’engagement puis le but à atteindre. En dehors de l’aspect dramaturgique, je ne perçois pas d’autre sens à cette construction.
Après ce tour d’horizon général, je voudrais m’attarder un peu plus sur les notions que véhiculent ces sentences.
« Malheur à qui assume une charge qu’il ne peut porter ! »
Ma grand-mère me disait lorsque j’étais enfant « Il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre ». Soit, cette citation est moins prestigieuse que celle de grands philosophes mais j’essaierai de faire mieux ensuite.
Toutefois, dans sa grande sagesse, je pense que ma grand-mère faisait état de cette sentence !
Effectivement, le sens premier de cette phrase est clair : si tu ne peux pas faire ce que l’on te demande, n’en prend pas la responsabilité.
Encore une fois, la portée symbolique est très forte, même si elle peut se heurter aux réalités. L’engagement qui est pris l’est d’abord avec soi-même. Mais les conséquences d’une défaillance peuvent aussi rejaillir sur l’environnement. Dans cette situation, la volonté de bien faire peut se heurter à l’ampleur de la tache. On peut ainsi se retrouver écrasé sous la charge.
On peut donc bien involontairement être face à cette injonction. Assumer une charge ne veut pas pour autant dire l’avoir choisie. Dans ce cas, quel inconfort, tant face à soit même que face aux autres.
« Malheur à qui accepte légèrement des devoirs et ensuite les néglige ! »
Dans la sentence nous trouvons le terme de devoirs.
Il s’agit ici de devoirs que l’on accepte, dans un sens très proche de celui de charge tel que l’on a pu le voir précédemment.
Nous sommes ici dans une démarche volontaire d’acceptation de ce qui nous incombe.
Dans le mémento du grade, on peut lire : « Il n’y a de devoir qu’envers soi-même, le soi-même étant la lumière, si petite fût-elle, qui réside au fond de tout être quelle que soit sa condition. » puis « Ce Devoir, primordial, unique, entraîne inéluctablement tous les autres devoirs, ceux que concernent le monde dans ses multiples aspects. »
De cette interprétation, on voit que le reflet dans le miroir de notre morale doit rejaillir autour de nous. Que ce combat permanent avec nous-même pour être meilleur et atteindre cet objectif que nous nous fixons nous-même est la quête permanente du Franc-Maçon.
Les devoirs que nous acceptons sont des outils pour élaborer et tracer cette route en nous-même. C’est également le moyen de diffuser autour de nous cette philosophie.
Mais attention, pour réussir cette ambitieuse entreprise, il ne faut pas faillir, manquer à ses devoirs, négliger ses devoirs. Dans ce cas, le but n’est pas atteint. Peut-être alors peut-on dire que l’on a accepté trop « légèrement » ces devoirs…
Chateaubriand, dans les Mémoires d’outre-tombe, nous dit « …la fidélité au serment passait encore pour un devoir, aujourd’hui, elle est devenue si rare qu’elle passe pour une vertu. »
« Manquer à son devoir était l’impiété la plus grave que l’on pût commettre » Fustel de Coulanges, La Cité antique.
On voit ainsi que cette notion de devoir accompli est également présente chez ces auteurs du XIXe siècle.
« Le Devoir est pour nous aussi inéluctable que la fatalité, aussi exigeant que la nécessité, aussi impératif que la destinée. »
Dans cette sentence, le Devoir avec un D nous apparaît comme un postulat incontournable et indiscutable.
Inéluctable, exigeant et impératif. Ainsi est qualifié le Devoir.
On se trouve ici dans ce que l’on doit faire, l’obligation éthique particulière définie par le système moral que l’on accepte.
Que le devoir soit un impératif signifie qu’il se présente comme un commandement, comme une obligation à laquelle nous devons obéir, mais sans que nous y perdions notre liberté (ce n’est pas une contrainte).
Nous sommes alors dans la logique de Kant qui défini le devoir comme un impératif catégorique.
L’aspect inéluctable du Devoir l’impose à nous. Puisque l’on ne peut l’éviter, servons-nous en. Contrairement à la fatalité que nous subissons, soyons résolument positifs face au Devoir. Nous devons (tiens, une déclinaison de devoir) assumer totalement cette notion de Devoir. Il convient de puiser au fond de nous-même ce sentiment, cette lumière qui permettra d’éclairer notre chemin.
Le Devoir est exigeant, mais nous sommes exigeants. Envers nous-même et envers les autres. Le besoin qui nous transporte, qui nous a fait Franc-Maçon, qui nous pousse à parcourir ce chemin initiatique exige le meilleur de nous-même chaque jour. Notre place unique et en même temps faisant partie d’un tout, être à la fois le centre et le contour, être en nous-même et avec les autres, tout concours à ce haut niveau d’exigence que nous souhaitons pour chacun d’entre nous.
Cette notion de devoir qui marque profondément le 4e degré Maître Secret est un point fondamental de l’engagement à ce grade. Sa puissance symbolique et philosophique se combine avec une vision pragmatique du rôle du Franc-Maçon parvenu à ce grade.
« Sachez que les meilleurs de la Maçonnerie sont ceux qui le mieux travaillent, et le mieux s’entendent avec les hommes. »
Cette sentence combine les deux aspects de la vie maçonnique, celle qui se passe dans le temple mais aussi en dehors du temple.
Par le travail, on entend le travail maçonnique tel qui est pratiqué dans notre enceinte avec notre rituel, mais aussi le travail maçonnique que l’on peut porter hors de nos murs, dans la cité.
Par l’entente avec les hommes, bien sûr on parle des Francs-Maçons mais pas seulement.
N’oublions pas que la Franc-Maçonnerie travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité.
Chaque homme doit se découvrir lui-même, prendre conscience de ses idées, de ses capacités pour en faire l’examen critique et voir si sa pensée est en adéquation avec son action et réciproquement.
Comme le dit notre rituel, le Franc-Maçon doit « répandre les vérités qu’il a acquises », ces vérités sont le fruit de notre enseignement maçonnique et de notre recherche intérieure.
Chaque homme doit se découvrir lui-même, prendre conscience de ses idées, de ses capacités pour en faire l’examen critique et voir si sa pensée est en adéquation avec son action et réciproquement.
Comme le dit notre rituel, le Franc-Maçon doit « répandre les vérités qu’il a acquises », ces vérités sont le fruit de notre enseignement maçonnique et de notre recherche intérieure.
À quoi sert d’être maçon seulement pour soi-même ?
Le vrai pouvoir de la Franc-Maçonnerie est de diffuser ses idées de fraternité, de tolérance et d’amélioration de l’humanité. Pour cela, elle ne doit compter que sur le travail incessant des frères dans l’accomplissement de cette tâche.
Je pense que l’engagement Maçonnique est à ce prix.
J’ai dit.