L’heure d’ouverture des Travaux, au 4ème Degré
P∴ M∴
A l’ouverture des Travaux, le T F P M
interroge :
« Frère Premier Inspecteur,
quelle heure est-il ? »
Le Premier Inspecteur répond :
« L’éclat du jour a
chassé les ténèbres et la grande
Lumière commence à paraître. »
Les travaux vont ainsi s’ouvrir
après que le T F P M se soit assuré de la
qualité de M S des FF Inspecteurs reçus sous
le Laurier et l’Olivier, en passant de l’Equerre au
Compas, après avoir vu le tombeau de notre R M Hiram et
avoir pleuré en compagnie des FF et du Roi Salomon.
La quête s’avère être la
Vérité et la Parole Perdue.
Et seulement après cette reconnaissance l’heure
est annoncée.
Il faut attendre l’heure avec patience pour se mettre au
travail que nous glorifions car seul le Travail nous permet de nous
réaliser.
Remarquons que nous ne travaillons plus de midi à minuit. Cette heure du M S est l’aube, au moment subtil où le soleil, emplit le ciel obscurcit par la nuit de son puissant rayonnement qui apporte au monde la grande Lumière. C’est la naissance d’un nouveau jour.
On peut entendre cette phrase de plusieurs façons : réaliste, spirituelle, symbolique…
– Réaliste
La lumière physique émise par le soleil, sous la forme d’ondes vibratoires de photons, rend les objets visibles. Nous ne voyons pas la Lumière, elle nous donne la Vision de ce qui nous entoure, du monde visible.
En Loge bleue, les travaux s’ouvrent à midi, heure à laquelle le soleil étant au zénith, l’ombre disparaît. Le monde devient transparent et translucide. Ceci correspond à l’initiation où l’Apprenti perçoit la Lumière, physiquement puisqu’il perd le bandeau, mais réellement elle décline car à minuit il fait nuit. Nous sommes revenus à l’obscurité.
Au 4è degré,
concrètement nous quittons l’ombre pour une
lumière de plus en plus vive jusqu’à
son extinction, à la fin du jour. Nous sommes alors dans le
cadre de la journée telle qu’elle se
déroule pour chacun d’entre nous.
Il ne vous échappe pas que cette distinction n’est
pas due au hasard et que la symbolique va nous apporter son
« éclairage ».
Dans ce cadre réaliste une bouffée
de poésie avec ce texte, probablement d’un F,
exprimant son expérience du chemin vers St Jacques de
Compostelle.
« Cette joie intense
éprouvée lorsqu’on démarre au petit
matin, lorsque l’éclat du jour a chassé les
ténèbres et que la grande lumière
commence à paraître. Cette euphorie qui nous
envahi lors de chaque lever du soleil, le plus souvent dans la brume du
matin. Ce plaisir de nettoyer nos chaussures lors de nos premiers pas
dans la rosée. Cette sensation de
légèreté renouvelée chaque
jour par la conscience de la liberté retrouvée.
Ce ravissement offert par la nature qui se renouvelle au printemps, les
couleurs des fleurs qui transforment le paysage en tableau de
maître. L’enchantement procuré par le chant des
oiseaux qui nous interprètent un concerto avec le coucou au
fond des bois comme soliste. La sensation
d’élévation que l’on ressent en admirant la
splendeur des chapelles, églises et cathédrales
rencontrées sur le chemin. »
« Ainsi que ces rencontres avec ces autres
pèlerins si différents de nous mais qui cheminent
tous, portés par la Foi, par l’Espérance d’un
monde meilleur, par le désir d’une humanité plus
fraternelle, par d’autres attentes plus personnelles et plus intimes
qui leur appartiennent et que nous pressentons sans les
connaître parce que tout simplement nous avons
cheminé avec eux. »
Cette lumière, annoncée dès l’ouverture des travaux, est l’objectif qui ne quittera plus désormais le M S qui en bénéficie depuis l’instant ou le voile transparent noir avec l’équerre argentée lui a été ôté. Il est ébloui, comme Jason par la toison d’or ou Hercule par les pommes d’or du jardin des Hespérides, hommes et héros tous deux devenus archétypes par la grandeur de leur quête et la force du mythe qu’ils incarnent.
– Spirituel
D’un point de vue spirituel
qu’évoque La Lumière sinon le Verbe de
l’Evangile de St Jean :
« Au commencement, la parole
La parole avec Dieu
Dieu, la parole.
Elle est au commencement avec Dieu.
Par elle tout est venu
Et sans elle rien n’a
été de ce qui fut.
En elle, la vie
La vie, lumière des hommes
Et la lumière brille à travers la
nuit
La nuit ne l’a pas saisie.
Il y eut un homme envoyé par Dieu
Nommé Jean
En tant que témoin il est venu
Témoigner de la lumière
Afin que tous par son intermédiaire, aient
foi.
Il n’était pas la
lumière
Mais il s’en portait témoin. »
Nouvelle traduction de la Bible de 2001, éditée
chez Bayard.
La parole nous renvoie au silence de
l’Apprenti, ou du M S auquel le T F P M clôt
la bouche. Silence d’avant la création, silence du
cosmos, silence de l’infini.
Silence de l’initié qui a
prêté serment de taire les secrets qui lui ont
été confiés, par
l’initiateur, par l’ami…
« La vie,
lumière des hommes », la vie
nous renvoie à la Mort.
Naître ou mourir.
Ces deux termes sont-ils opposés, contraires ou
réversibles ?
Dans le monde profane, je suis né à la vie, venu
au monde, sorti de quels limbes ?
Avec la Lumière du jour, je suis alors mort à la
Vie éternelle.
Quand je mourrai à la vie, peut être
naîtrai-je à la vie éternelle.
Peut-être ou sûrement ?
Dans ma vie initiatique je nais à la Lumière, je
meurs avec l’obscurité. Le M S voit
s’ouvrir les travaux comme une re-naissance qui sera
insuffisante car l’obscurité reprendra la suite et
ainsi de suite, cycliquement, comme le jour et la nuit comme les
saisons, comme les civilisations…
Mais « je » chemine vers la
Connaissance et à la mort matérielle, la grande
Lumière révélera la
Vérité à mon âme.
Plus prosaïquement cette Grande
Lumière permet la mise au jour des virtualités du
nouvel initié. Elle lui redonne la vie en lui
permettant de découvrir celui qui s’est
enfanté en lui dans le cabinet de réflexion. Elle
le fait renaître dans le Maître Hiram.
C’est le problème de la connaissance de
l’être qui se pose maintenant. L’ego
apparaît à la naissance,
« moi »,
« je ». L’ego
m’enferme et me coupe de la Lumière, entrave ma
quête de l’UN sans limite, CELA qui ne peut
être nommé.
Il faut prendre conscience que
« moi »,
« je » n’a aucune
réalité en soi, c’est un artefact issu
de la Conscience. Je dois découvrir ma véritable
nature originelle – CELA qui EST –
l’éveil du cœur profond ;
est-ce le secret d’une nouvelle naissance ?
– Symbolique
Le M S aborde maintenant le chemin de la Perfection.
Il pourrait se croire ayant accédé à
la Maîtrise arrivé à un point de
connaissance satisfaisant sur lui-même. Non sa
tâche n’est pas finie. Il lui faut
maintenant réfléchir la lumière
qu’il reçoit sur ses FF et sur le monde.
Ce n’est qu’à cette condition
qu’il méritera
d’être couronné du laurier et
de l’olivier. Digne dès lors d’entrer
dans le Saint des Saints dont chaque degré est une
des marches du sanctuaire, il porte sur lui le signe de son
pouvoir : cette clé d’ivoire (y voir) dont le
panneton s’orne de la lettre Z, première lettre du
mot hébreux ziza, qui signifie splendeur. Cette
clé est celle de la Jérusalem Céleste
que nous promet Saint Jean. Celle où tous les
hommes peuvent entrer, pour peu qu’ils aient enfin
trouvé leur chemin intérieur.
Mais le Maître Secret n’est pas au bout de ses
peines, rien n’est définitivement
gagné. Il doit aussi se taire à l’image
de Job sur son fumier. En effet ses lèvres
sont closes par « la Main de Justice
».
Si le maître secret pêche il
s’écarte du chemin du milieu, il demeure alors
dans le monde de la séparation, celui de l’oubli
de la lumière. La « Main
de Justice » devient alors la « Main
de Rigueur » symbolisée par
sa propre main qu’il applique sur ses
lèvres. Ce message est inscrit dans l’autre
facette de cette lettre Z qui se présente alors comme
un avertissement.
Ce silence est néanmoins un silence particulier,
c’est celui qui résulte
de l’inexprimable par des moyens dialectiques. Le
Maître Secret l’est devenu par la force du
mythe qui suggère et qu’il a
intégré par correspondance analogique,
et non pas par son intelligence. Le mot analogique est forgé
à partir de « ana,
en haut » et de « agogos,
qui conduit ». La lumière dont
il s’agit alors n’est pas celle qui aveugle les
yeux, mais celle qui maintenant remplit son
cœur. En témoigne
l’œil d’Horus, et aussi
l’œil de Ré, qui enfin
mêlés orne son tablier.
L’œil de Ré est un œil
magique. Il rappelle la nécessité de
la lumière pour que le monde des hommes existe.
Je cite le livre des pyramides : « Chou
le rayon lumineux et Tefnout la lointaine (ils engendrèrent
Geb et Nout) rapportèrent mon œil avec
eux après que j’eus rassemblé mes
membres. Je pleurait sur eux, et ainsi naquit
l’humanité ». C’est
Ré qui s’exprime ainsi après
avoir crée le monde à partir du Noun, et
expectoré les jumeaux, manifestant ainsi la
mystérieuse tri unité.
Plus loin, il ajoutera : « Tout ce qui a
été crée retournera dans le noun,
…moi seul persiste, inconnu et invisible
à tous ».
Rappelons-nous les pénombres de l’initiation
à ce degré. Rien n’est
possible sans cette lumière qui irradie autour de
l’œil qui orne nos tabliers et que le
maître secret doit répandre. Cela
n’est-il pas semblable à ce vers
célèbre de Victor Hugo : «
l’œil était dans la tombe
et regardait Caïn » et qui
évoque lui aussi la réalité de ce qui
en nous est plus grand que nous ?
Mais né des larmes du soleil,
l’homme s’emplit maintenant de la mesure
dont témoigne l’œil
d’Horus. Blessé par Seth, c’est Thot, le
trois fois grand qui le reconstitue et forme ainsi
l’œil oudjat, qui signifie
entier et en bonne santé, œil dont les
usages mathématiques sont bien connus. Horus,
gardien des secrets et aussi celui qui les
révèle à ceux qui sont dignes.
Etre en bonne santé, c’est ainsi avoir
unifié son « soi »
intime avec son « je »
et pouvoir témoigner. Le maître secret
est à la fois Ré et Horus
! Cela nous fait beaucoup de choses pour un seul
homme, même s’il a reçu
la lumière !
Devoir témoigner ainsi de ce qu’il est et de ce
qu’il a reçu ne peut que
l’obliger en effet à demeurer dans le silence.
– Conclusion
Maître certes, mais maître silencieux. Ayant compris la loi il peut maintenant accéder à la connaissance. C’est là le secret qui lui est révélé et qu’on retrouve dans les mots muet et mythe dont la racine mu est coïncidente au grec muthos, au latin mutus, et au verbe mueo qui signifie « s’initier aux mystères ».
Cette connaissance, il doit la restituer à
ceux qui en sont dignes, et qu’il saura guider sur
le chemin qu’il suit lui-même. Par son exemple,
il témoignera de la réalité
de l’échelle de Jacob et aussi de
l’échelle initiatique des hauts
grades.
Disciple bien aimé de la vraie lumière
qu’il rencontre maintenant en
ce quatrième degré, il peut enfin
rencontrer l’âme de l’âme.
J’ai dit T F