Ordre ou Beauté, Ordre et Beauté ou Ordre pour Beauté ?

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Le sujet qu’il m’est demandé de traiter se décompose en trois phases ou étapes. Il apparaît dans un premier temps, comme le cheminement proposé par notre rite REAA au nouvel initié. Nous pouvons y voir les trois premiers degrés en concordance avec les trois piliers de la loge « Sagesse, Force et Beauté ».

Je pense qu’il ne faut avoir aucune prétention à vouloir définir les deux termes que sont Ordre et Beauté, il ne s’agit pas, en l’occurrence, de l’acception que l’on peut en avoir, englué dans notre vie matérielle, mais deux concepts pratiquement insaisissables par l’esprit humain si on ne dépasse pas les limites de notre matérialité que nous impose notre état. Nous avons chacun une interprétation différente de ce qu’est l’ordre et la beauté par une approche subjective dictée par nos sens.

Le sujet nous fait aborder une autre conception, hors de nos sens, donc plus objective. Peut-être serait-il opportun de s’intéresser aux liaisons «ou» «et» «pour» qui donnent l’essence de chacune de ces étapes constituant le chemin vers la complétude.

Vous avez surement constatez une légère inversion dans l’intitulé du sujet, mais c’est ainsi que l’ordre m’est apparu.

Trois phases ou trois étapes, vous disais-je. Voilà encore et toujours le ternaire !

Dès l’initiation l’impétrant subit des voyages qui recèlent déjà cette notion d’Ordre ou de Beauté. Comment peut-il en avoir conscience ? Comment faire le choix entre l’Ordre qu’il peut percevoir et la Beauté qu’il peut ressentir ?
En effet les voyages sont effectués dans un certain ordre, le premier périlleux et bruyant, le deuxième moins difficile et plus calme et le troisième libre et silencieux.
Ce cheminement n’est pas anodin, la symbolique très forte et axée sur l’intention d’inventer, au sens de découvrir, l’Ordre (du tumulte à la paix).
Jusque-là pas de choix !
Ordre ou Beauté ; La Beauté lui est présentée lorsqu’on lui enlève le bandeau pour recevoir la Lumière. Cette Lumière, qui à ce stade, ne peut lui être que subjective. Dans ce degré tout est présent mais très confus pour qui ne s’y attend pas. Ordre ou Beauté ? Le choix en est cornélien.

Le second degré vient faire mon support pour la deuxième étape.

« Ordre et Beauté » !

Qu’est-il dit à l’apprenti ?

« Dans les épreuves de compagnons, vous êtes mis en possession des moyens et des objets de la connaissance pour vous réaliser en employant les outils symboliques et vous exprimer en utilisant les moyens représentés par les Arts libéraux. »

Cette tirade renferme en filigrane l’esprit de « Ordre et Beauté ».

En effet « moyens et objets de la connaissance » figurent ici l’Ordre. « Les moyens représentés par les Arts libéraux »  révèlent la Beauté. La liaison « réaliser et vous exprimer »  renforce l’idée de complémentarité des deux concepts. Il est demandé au récipiendaire l’édification du Temple. De toute évidence la symbolique fait appel à l’idée de construction.  Mais les mots si bien choisis soient-ils ne peuvent que réduire le vrai concept. Il s’agit, pour moi, davantage d’inventer au sens premier et non de créer, un espace sacré en soi, une fenêtre vers la Vérité.

Le précepte « Connais-toi toi-même » incite à découvrir l’Ordre, parcelle par parcelle.

L’Architecture, les Arts libéraux, les Grands initiés sont à la fois l’expression de l’idée d’Ordre et de Beauté. Ici l’un ne peut être dissocié de l’autre sans perdre toute essence.

Enfin le troisième degré va me permettre d’aborder la dernière étape.

« Ordre pour la Beauté »

L’Ordre n’est pas toujours l’agencement que l’on croit connaître, il est parfois déroutant voire opposé. L’entrée à reculons dans le temple ! Par exemple.

Il peut paraître décevant, terrible ou encore funeste.
Les trois Lumières de la Loge ne seraient que les trois mauvais compagnons ? Ceux qui donnent la mort en tuent le Maître HIRAM ?
Nous voyons bien que l’Ordre peut-être repoussant sorti de son contexte. Il demande une compréhension plus approfondie et un élargissement du champ de la connaissance symbolisée par l’ouverture du compas maintenant placé au-dessus de l’Equerre. Cet Ordre va petit à petit nous conduire vers l’idée de Beauté par la renaissance du Maître qui comme nous dit le rituel : « Il reparait plus radieux que jamais. »

Nous sommes bien dans l’idée, quelle que soit la parcelle d’Ordre révélée, qu’elle est pour le rayonnement de la Beauté.

Au-delà de la notion d’Ordre pour la Beauté et sans même pouvoir l’embrasser en sa totalité, elle nous confère l’Harmonie. Cet instant, car il s’agit bien d’un moment qui ne peut-être quantifié, intemporel, cette exaltation, ce point d’équilibre n’est autre que l’expression de l’Eternité.

Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, nous en sommes à inventer des substituts pour combler le vide abyssal creusé par nos questionnements. L’homme a ainsi crée les religions pour épauler sa foi, sa foi en un Ordre dont il ferait parti, afin de tenter de donner un sens intelligent à son existence. Qu’a fait le Roi SALOMON ? Il a édifié un temple à la gloire du GADLU, il le fait construire en prenant soin que ce monument soit ordonné et chargé de symboles propices à générer une réflexion. Et lors d’une visite, après avoir fait une commande particulière, il aura un comportement et des mots particuliers laissant  penser que plus que la beauté il avait perçu l’Harmonie.

Aujourd’hui où en est le MS que je suis ? Mon parcours maçonnique a été comme un révélateur. En effet, si mon chemin a croisé celui de la Franc-maçonnerie ce n’est pas le fruit du hasard.

Très vite dans ma vie j’ai dû apprendre à ordonner, à décorer mon espace pour donner un sens à mon existence. L’intuition qui me menait, est devenue insuffisante face à l’afflux de questions de plus en plus affirmées. J’avais bien compris que ce mode de fonctionnement ne reposait que sur ma perception de l’instantané, l’idée qu’il devait exister un autre mode, qui lui régissait l’ensemble de la création, s’est fait jour. Un Ordre que je percevais comme brutal, immuable et austère. Un Ordre qui fait et guide l’univers. Je ne comprenais pas !

La franc-maçonnerie et le REAA, dont la pratique m’a ouvert à une spiritualité affranchie de religiosité, m’ont donnés quelques clés pour affronter ce monstre, encore me faut-il trouver les serrures qui y sont associées. Oui ce montre, car ma frayeur n’avait d’égal que mon ignorance. Petit à petit la pratique du REAA, m’a permis de découvrir ce qui me tient et relie au concept de l’Ordre et en particulier la Beauté qui s’en dégage dès lors que la Lumière éclaire notre discernement. Cette Beauté, en définitive, n’est autre que l’idée de la Vérité.

Chaque étape, chaque degré, m’ont permis de découvrir quelques parcelles de l’Ordre que, telles des pièces d’un puzzle, je dois mettre en jonction pour en révéler sa part de Beauté. Beauté qui pour moi est aussi synonyme de compréhension, de connaissance.

J’allais dire que tout cela m’avait permis d’amorcer la construction un nouvel espace, mais je n’oublie pas qu’il m’a fallu passer par la démolition de l’édifice que j’avais pu concevoir, certes de bric et de broc, mais aussi par la mort de l’architecte, pour entrevoir le saint des saints, symbole de l’Ordre sublimant la Beauté, prémices de l’expression de l’Harmonie.

Au-delà du monde matériel perceptible, alors que nous commençons l’exploration des hautes sphères de la connaissance, là où il ne peut y avoir d’approximation, l’idée d’Ordre et de Beauté sont des éléments fondateurs d’un état, Harmonie, sans qui rien ne serait.

Notre ignorance est totale, nous sommes en présence de la Vérité et nous ne la comprenons pas. Voilà notre Chaos ! Le Maître secret n’est-il pas devant le Saint des Saint où est gardée l’arche d’alliance, véritable expression de l’Ordre pour la beauté.

Ordre, beauté au sens commun ne sont qu’illusions éphémères, au sens absolu  suprêmes et éternels.

Il ne faut pas négliger l’illusoire et l’éphémère, ils sont l’éveil qui nous permet d’apprécier l’éclat que l’artiste a voulu donné à son œuvre. Ainsi par petites touches notre perception s’aiguise. La nature nous gratifie, nous éduque et ouvre  une porte, mais la question nous rattrape ; qui est donc cet artiste qui a œuvré pour notre émerveillement. Ce que nous pouvons alors concevoir d’ordonné et de beau dépasse notre entendement. Nous sommes obligés, devant cette complexité, de nous tourner vers un domaine extérieur, irrationnel, le domaine de la spiritualité.

Certains scientifiques et non moins philosophes en sont les rapporteurs. LAPLACE  exprime, je site : « Les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain… et l’avenir, comme le passé, serait présent.» Tout obéit à une même loi !

Le 3ème voyage du MS met en exergue cette conception qui, à mon sens, est essentielle. « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez –vous que vous l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité.Il n’y a de réellement admirable que la Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail. »

L’Ordre, alors fondement de la Beauté, génère ainsi l’émergence de l’Harmonie ultime.

Chaque parcelle de l’ordre dévoilée est l’Ordre tout entier d’où émane la Beauté. Difficile à concevoir pour l’homme prisonnier dans ces certitudes et limité par ses moyens d’expression. Les mots en deviennent inaptes à décrire l’Harmonie qui s’en dégage.

Je vous livre une citation d’ Henry MILLER qui me semble intéressante : « Le monde n’a pas besoin qu’on y mette de l’ordre ; Le monde est l’Ordre incarné. C’est à nous de nous harmoniser avec cet Ordre. »

TPM

j’ai dit.

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