Pourquoi la Bible est-elle ouverte au premier livre des rois en loge de perfection ?
J∴ P∴ D∴
Rite écossais ancien et accepté
Ordo ab chao
Au nom et sous les auspices du Suprême conseil de France
Liberté, égalité, fraternité
Trois fois Puissant Maître et vous tous maîtres secrets.
Je vous propose de découper la question en trois parties :
·Toujours la question de la bible qui me poursuit depuis avant mon initiation et que peut être, je viens d’évacuer.
·Ensuite, le fait qu’elle soit ouverte, ce qui me sollicite fortement à voir les textes qu’elle contient, qui ne m’avaient jamais passionné mais dont j’ai commencé la lecture. (ouverture spirituelle sans limite)
·Enfin le livre des rois sur lequel s’appuie la légende d’Hiram.
Il
m’a fallu plus d’une année pour
me décider à demander mon initiation aux Egaux
simplement parce que dans les
obligations, il fallait prêter serment sur la Bible. Le fait
que la Bible
pouvait dans certains cas être remplacée par la
Thora, le Coran, ou d’autres
livres de la tradition m’a rassuré et
j’ai pu prêter serment sans problème. Le
terme de volume de la loi sacrée pour désigner
ces livres me permet de penser
raisonnablement que ma liberté n’est pas
entravée. Je n’avais pas compris
encore qu’elle l’était par beaucoup
d’autres choses.
L’équerre et le compas restaient le garant de
cette liberté. J’avais compris
que les serments ne pouvaient en aucun cas entraver ma
liberté d’opinion et que
je conservait intacts, mes droits de citoyen libre
En loge bleue,
le vénérable maître est
le témoin de la Lumière, comme le trois fois
puissant maître incarnera Salomon
en loge de perfection. La bible est là pour nous rappeler
que nous sommes les
héritiers d’une longue tradition.
Au
rite écossais Ancien et
accepté, dans les ateliers de perfection, le choix du volume
de la loi sacrée
n’existe plus. Comme nous l’indique
l’instruction du 4°me
degré : « Le volume de
la loi sacrée est ouvert, dans chaque
atelier sur l’autel des serments. Ce volume est la bible
considérée comme symbole
de la plus haute spiritualité. »
Ce sontles
spécificités du rite
entretenues et conservées par le Suprême conseil
de France qui nous commandent
d’utiliser la Bible ouverte sur l’autel des
serments lors de l’ouverture de la
Loge. En effet, ce dernier tire son enseignement de légendes
se référant à la
Bible, à commencer par le temple de Salomon et
s’organise autour de la quête de
la Parole perdue qui pour le monde judéo chrétien
se trouve dans la Bible. Il
faut se rappeler que le rite écossais ancien et
accepté est né en France à une
époque où la spiritualité
était presque exclusivement de nature religieuse. Il
était donc logique que ses légendes et ses
symboles soient extraits de la
Bible. Cependant, ce livre n’est pas pour moi un texte de loi
mais plutôt un
message de lumière et d’amour- on y trouve aussi
beaucoup d’horreurs, de trahison
et de lâcheté-.
La conception même de notre quête, notre engagement
dans la suite de la
démarche initiatique proposée par le rite,
impliquent que tous les serments
soient prêtés sur la Bible. Le serment est bien
sur une nécessité
administrative, initiatique mais aussi un engagement. Il est donc
nécessaire le
voir dans la Bible autre chose d’un manuel favorisant le
recrutement écrit pour
permettre aux chrétiens d’affirmer et
d’étendre leur religion sans doute au
cours de la captivité babylonienne.
Il
s’agit d’y voir un document de
tradition basé sur de nombreuses histoires anciennes qui se
sont
transmisesde
génération en génération
sous forme orale avant que les scribes ne les fixent par
écrit sur des papyrus.
La Bible s’appuie sur le recueil d’une
pensée philosophique dont le berceau se
situe à la fois à Sumer et en Egypte.
L’homme a toujours inventé des Dieux et
des religions pour désigner ce que nous ne comprenons pas
mais au-delà de la
lecture exotérique des textes, il est peut-être
possible d’affiner et de
découvrir une partie du savoir des hommes, un inconscient
collectif,
l’accumulation d’un patrimoine longuement
mûri par les expériences, les
découvertes, l’instruction,
l’éducation, la vie… C’est
dans cet esprit que dans
notre rite la bible trouve sa place sur l’autel des serments.
Elle est là en
dehors de toute référence religieuse.
Au-delà
de l’écrit et du matériel, il y a des
symboles à redécouvrir, des
manifestations attribuées au Divin. Nous
découvrirons peut-être comme
l’écrit
Albert Chevrillon que « Dieu n’est autre
que l’ensemble harmonieux des
choses ; que l’Univers, en tant qu’il est
régi par un principe
intelligent ; que Dieu et Nature sont deux noms qui
désignent la même
réalité universelle ».
La bible étant ouverte sur l’autel des serments, j’ai répondu à l’invitation et me suis plongé dans la lecture du livre des rois et de quelques autres passages référencés dans l’histoire de Salomon.
Au
début des temps, l’homme était
en relation directe avec son Dieu. La séparation se fait,
mais Dieu continue
cependant à parler aux hommes par
l’intermédiaire des prophètes.
Pour les chrétiens, cette parole s’exprime dans la
bible et par les évangiles.
La rupture du contact avec le principe divin s’exprime pour
le franc-maçon par
la formule : « La parole est
perdue »
Dans
l’enseignement de
l’histoire des religions, il est bien retenu que la Bible
concerne par la
succession d’Abrahamtrois
religions : le judaïsme, l’islam et le
christianisme ce qui permet de
penser que chacun l’interprète comme il le
souhaite. Mais au-delà, la Bible
participe à l’histoire tout court et à
la civilisation car c’est une source
documentaire inépuisable et un vecteur
d’universalisme.
Elle exprime pour le
Franc-maçon que la tradition repose sur une
pensée universelle, structure
harmonieuse et rationnelle du monde, divine organisation du cosmos que
les
anciens appelaient le verbe ou logos. C’est le logos qui
communique avec
l’homme par l’intermédiaire de la
tradition, du sacré, du symbole. Notre
parcours initiatique est là pour rétablir en
chacun la communication entre le
monde humain et la monde divin.
La bible est un recueil qui conserve les potentialités de la
parole
perdue et permet, derrière les symboles, leur
ordonnancement et leur
logiqueà
chacun d’entre nous d’actualiser
cette parole pour lui-même. Si Divin il y a, le contenu de la
Bible, s’il n’est
pas pris à la lettre, peut permettre d’approcher
l’inaccessible.
Sur
l’autel des loges bleues, au
rite écossais ancien et accepté,
l’équerre du monde matériel et le
compas du
monde spirituel peuvent peut-être se rejoindre par le chemin
d’accès à la
parole symbolisé par la Bible. Contrairement au dogme, le
Franc-maçon affirme
avec optimisme, que l’homme peut parvenir à la
vérité par ses propres forces.
La quête de vérité est
épanouissante et libératrice, elle nous aide
« à
travailler sans relâche au bonheur de
l’humanité » et correspond bien
à ma
vocation première d’instituteur, celui qui met les
hommes debout.
Si l’on garde à l’esprit que dans la
Bible tout est symbole, si l’on ne se
laisse pas enfermer dans un cadre rigide et dogmatique, si
l’on garde l’esprit
aussi ouvert que le livre l’est sur l’autel des
serments, si nous trouvons la
clef qui permet d’avancer, alors peut-être ne
resterons nous pas à un doigt de
la vérité.
La
Franc-Maçonnerie s’est appuyée
sur la Biblepour
illustrer le voyage initiatique par la légende
d’Hiram, ce qui
paraît incontournable et porteur à
l’époque.
En 1730, le document Prichard découvre la
légende d’Hiram. Elle accompagne
la naissance du grade de Maître et il était
nécessaire de créer cette légende
pour soutenir le grade. Il semble que cette légende soit le
fruit d’un travail
collectif dans les loges qui ont fait preuve d’imagination en
adaptant pour les
maçons des récits remontant loin dans
l’histoire. Cette légendeest devenue une œuvre universelle pour les
maçons de tous les temps.
Les grades de perfection
en
sont la continuité et donnent à
méditer sur des questions essentielles telles
que « faire son devoir, observer la
fidélité à l’engagement
pris, rendre
justice, exercer sa curiosité à bon escient,
s’efforcer de construire, être
obéissant mais aussi être placé devant
la nécessité de transgresser la loi par
un mobile estimé
supérieur… »Salomon, par sa
sagesse, là aussi sert de modèle.
Bien
que la notion de devoir
semble aller de soi, je me suis souvent posé la question du
pourquoi. Quelle
force me pousse à participer à un travail
collectif au profit de tous ?
Travail dont on ne voit pas toujours distinctement
l’aboutissement souhaité ?
J’espère
un jour trouver la
réponse, en passant de l’équerre au
compas, en essayant de transiter du
superficiel à l’essentiel, en passant du profane
au sacré. En engageant ses
actions dans l’amour de l’autre,on peut participer
à l’évolution de
l’humanité,même
si c’est un grand mot et que l’on en est bien
conscient .On donne plus
facilement un sens à sa vie en s’associant,
même un petit peu, à l’œuvre
créatrice universelle.
Les
thèmes et les légendes
développésdans
les grades de
perfection sont inspirés pour la plupart de
l’ancien testament et cette source
nécessite donc d’être prise en compte
pour une bonne compréhension.
Les livres des rois
rapportent
l’histoire des rois d’Israël et de Juda de
la mort du roi David jusqu’à l’exil
de Babylone. Le premier livre sur lequel nous prêtons serment
raconte
l’histoire de Salomon en commençant par son
accession au trône, la construction
du temple, la description détaillée de ce temple.
Salomon est le
maître d’œuvre,
les plans ayant été donnés
à sonpère
David. David, selon la légende avait conquis
Jérusalem et fondé le royaume
d’Israël mais n’était pas
parvenu à construire le temple.
Salomon, homme de paix, (Shalom) avait
reçu directement de Dieu sa science
et sa sagesse. Il était l’interprète
direct de Dieu depuis l’épisode de Gabaon
Salomon
se rendit à Gabaon où se trouvait
l’arche d’alliance. Dieu lui apparut en songe
et lui dit : « demande ce que tu
désires de moi. »
« Je
ne suis qu’un adolescent qui ne sait se diriger. Cependant,
je
me trouve au milieu d’un peuple très nombreux.
Veuille donc donner à ton
serviteur un cœur docile, capable de juger son peuple et de
discerner le bien
du mal. »
Le seigneur lui donne un cœur sage et intelligent si bien que
tu n’auras pas eu
d’égal avant toi et que tu n’en auras
pas après toi. Je te donne en outre,
richesse et gloire.
Il s’éveilla car ce n’était qu’un songe.
C’est donc dans la paix qu’il bâtit le temple ; il le fit collectivement avec Hiram, roi de Tyr et Hiram, le spécialiste du Bronze. Dieu lui promit alors de s’installer dans ce temple. La bible rapporte que lors de la Dédicace du temple, lors de l’introduction de l’arche dans le Saint des Saints,la nuée,signe sensible de la présence de Dieu envahit le temple.
Salomon par sa filiation étaitroi, de même, comme David, il est prêtre selon l’ordre de Melchisedech, par sa rencontre avec Dieu il est prophète. Il est maître de la parole sur le chantier qu’il dirige. On trouve dans la légende tous les éléments de la Bible concernant Salomon.
Derrière ces écrits, je vois dans le symbole de Salomon le Maçon, homme de paix, oeuvrant au bien de la collectivité avec d’autres qui en construisant leur temple pendant 7 ans (et plus) participent à un meilleur bien-être de l’Humanité. Seul, Salomon n’est rienet c’est avec les deux Hiram et leurs ouvriers qu’il peut agir. Salomon, Hiram de Tyr et Hiram Habi sont rendus solidaires par un même secret. C’est encore solidaires que trois autres maîtres pourront agir dans les grades de perfection.
J’aime assez sa filiation avec Dieu qui me permet de penser que si quelque chose existe, j’en suis une parcelle.
Dans la Bible, Salomon est chargé de mission et construit le temple de Dieu et notre devoir nous dicte de nous perfectionner pour œuvrer au profit d’une humanité meilleure.
Le constructeur du temple sert aussi de modèle pour les compagnons et les maçons opératifs d’où nous tironsnotre naissance. Il saitet choisit l’emplacement du centre symbolique du cosmos. C’est lui aussi qui le consacre avant de le remettre aux prêtres. Par ses différentes fonctions de bâtisseur, de roi, de prêtre, de prophète, Salomon est une illustration de l’homme universel qu’un maçon peut souhaiter devenir en se débarrassant de ses métaux. Il semble donc normal une fois encore que la Bible soit ouverte à la première page du livre des rois.
C’est encore le roi Salomon qui sert de base à la légende Arthurienne quand Galaad découvre la Nef imputrescible qu’il avait fait construire deux mille ans auparavant et contenantune épée célèbre. Les maçons ne sont donc pas seuls à s’appuyer sur ce passage de la Bible.
Arrivé à cette partie de la planche, commencée depuis longtemps, agrémentée de lectures, mûrie par la réflexion, je me rends compte que la plus grande difficulté a été de remettre en ordre mes idées, que je ne suis pas satisfait et que tout reste ouvert pour continuer. Je crois que je vais devoir continuer à utiliser ma façon de voir la clé qui m’a été donnée et qui repose sur le volume de la loi sacrée.
Pour résumer, Trois fois puissant maître, je dirai que la Bible est ce qui nous rattache à la tradition primordiale; que ces mémoires anciennes servent à conserver des points de repère, des landmarks comme disent lesMaçons Ecossais ; que c’est la sagesse qui nous indique qu’il faut regarder vers le passé pour en retenir ce qu’il y a de permanent et d’essentiel, pour l’actualiser à notre monde. Je n’en ai fait qu’une lecture partielle, exotérique, un peu ésotérique mais je n’ai pas encore été capable de découvrir le sacré qui y est caché.
C’est par la maîtrise des «signes » de l’architecte, la maîtrise des « mots » propres au roi, et la maîtrise de l’attouchement, tel que l’évoque le tableau de Michel Ange que le Franc-maçon atteindra la vérité. Peut-être suis-je à un doigt de la vérité mais je n’ai pas encore la capacité de mesurer la distance qui me sépare de ce doigt.
J’ai dit.