Quelle relation faut-il établir entre la quête de la Parole perdue et le Devoir du MS ?
Non communiqué
Nous avons explicitement la réponse à cette question dans le rituel : « la parole perdue est la connaissance du Devoir complet connu des anciens initiés » ou encore dans la cérémonie d’initiation « notre Devoir, c’est la Parole Perdue ». Si le lien est établi par la bijection Parole perdue-Devoir, il n’en donne pas pour cela la signification. Alors explorons !
La quête de la Parole perdue
Il y a souvent confusion entre la Parole perdue et la perte des secrets véritables du M M. Ce sont deux notions fondamentalement différentes. La perte des secrets au 3ème degré est « résolue » par le mot substitué, la Parole perdue est tout autre, elle est la représentation symbolique des secrets perdus des M M. Elle n’est abordée qu’au 4ème degré, venant en prolongement du 3ème degré, renforçant ainsi la complémentarité de ces 2 degrés, comme le sont les 1er et 2ème. Au 4ème, nous explorons une nouvelle dimension, une dimension supérieure, celle de l’esprit et de l’Être.
La perte de la Parole par la mort d’Hiram représente une chute à l’instar de celle du paradis perdu. Cette perte a été causée par une transgression, celle d’Adam dans la Bible et celle des 3 mauvais compagnons représentants de nos démons intérieurs, dans la F M. On retrouve aussi cette perte dans le mythe de la Tour de Babel qui symbolise la perte de la Connaissance. Dans ces grands mythes, l’Être perd son état d’unité, pour devenir multiple, chaque humain en détenant une parcelle, d’où cette recherche par l’homme de cet état perdu, symbolisé en F M par la Parole perdue. Cette perte de l’unité a rompu le lien permanent entre l’homme et l’univers et le Divin.
La Parole perdue est tout d’abord l’Être universel, celui à l’origine de ce que nous sommes, c.à.d. le Tout. C’est l’état originel (d’ailleurs, y a-t-il eu une origine ?) dans lequel l’homme avait la Connaissance qu’il a perdue. La Parole perdue, c’est aussi cet état que je possède en moi, qui est là mais que je n’ai pas encore trouvé car je ne vois pas bien, il ne s’est pas encore développé, ni manifesté, ni prononcé. Il s’agit de mon Être. Mon Être et l’Être universel ne font qu’un, ils constituent l’Unité, la Source, car notre univers intérieur est une parcelle du divin. Hermès le Trismégiste ne dit-il pas : « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » ?
La quête a pour finalité de faire passer du monde binaire de l’esprit et la matière à l’Unité première, pour tendre vers la Plénitude. Cette quête est le travail que j’effectue dans ma quête de perfectionnement, c’est le travail à l’éveil de mon Être. Il s’agit de reprendre contact avec mon Être intérieur dont j’ai pressenti l’existence au 3ème degré. C’est la recherche de l’ordre caché dans le chaos du monde, de mon esprit et de mon cœur. C’est une recherche infinie, qui a pour but de développer cette connaissance, la Connaissance primordiale ou métaphysique déposée en moi qu’il me faut cultiver pour la faire grandir. C’est une quête initiatique, propre de tout ordre initiatique, qui me permettra d’avancer en gravissant les degrés successifs de l’initiation.
Mais cette Connaissance est inexprimable en elle-même, elle ne peut trouver d’expression que par l’intermédiaire du langage symbolique de l’initiation. Cette connaissance est donc intransmissible par le langage verbal, instrument de la pensée discursive et rationnelle, car elle est tout simplement au fond de nous-mêmes, bien enfouie. Plusieurs méthodes permettent de sonder et d’approcher cette Connaissance : le mysticisme, le gnosticisme, l’ascétisme, etc. mais celle qui me parait la plus adaptée, et peut-être la plus proche de la méthode maçonnique, est celle de Socrate avec sa maïeutique, l’art de poser les questions pour apporter les réponses qui sont en nous. Comme la Connaissance est ineffable, ce n’est pas tant la connaissance en tant que telle qui est transmise, mais les moyens de recherche de la connaissance, et c’est le lien que je vois avec le Devoir.
Le Devoir du M S
Les devoirs du maçon évoluent avec les grades, en se complétant degré après degré.
Au 1er degré, il s’agit du devoir de la connaissance du soi, première étape pour progresser car comment prétendre s’améliorer et faire évoluer le monde si on ne se connait pas soi-même.
Au 2nd degré, il s’agit du devoir de la connaissance du monde et de soi dans le monde, afin d’élargir son champ de conscience pour pouvoir commencer à agir.
Au 3ème degré, il s’agit des devoirs d’humanisme et de fraternité. Les devoirs concernant nos obligations en tant que citoyen du monde pour vivre en société sont nos devoirs de base. C’est en ce sens qu’ils sont dettes, racine du mot devoir, car il s’agit non seulement de faire ou encore de donner, mais comme ils sont basés sur la réciprocité, il s’agit de rendre, de restituer comme un remboursement. Les devoirs du M M vont plus loin, ils concernent nos engagements vis-à-vis de l’humanité en général et de notre prochain, de notre frère, en particulier. Ce sont nos devoirs fondamentaux, ceux de nos engagements vis-à-vis de l’autre en tant qu’être humain, et pas seulement en tant que citoyen.
Pour prétendre faire son Devoir au 4ème degré, il faut d’abord bien faire ses devoirs des 3 premiers degrés, les devoirs de base et les devoirs fondamentaux, dans et en dehors du temple, ceci pour aspirer à des niveaux supérieurs de conscience et de connaissance. Il ne sert à rien de professer de beaux discours, avec de belles paroles, manier de beaux concepts si tout cela n’est pas vécu sincèrement et concrètement aux niveaux inférieurs. Cela ne reste que des mots représentant l’acceptation d’idées ou d’opinions non vérifiées par l’expérience, ce ne sont que des conjectures, pour donner et se donner bonne conscience.
Le 4ème degré change de dimension, il permet de passer de la matière du corps à l’esprit. C’est là qu’apparaît le Devoir avec un « D » majuscule, qui va au-delà des devoirs avec un « d » minuscule. Des différentes significations du Devoir dans le rituel, partons de celle qui m’a interpellée, elle est donnée dans la réponse à la question posée sur comment accomplir le Devoir du M S : « le M S doit être prêt à accomplir son devoir parce qu’il est le Devoir, sans songer à sa récompense… ». Ainsi, je suis le Devoir, à l’opposé des devoirs que j’ai. C’est la différence entre l’être et l’avoir. Le Devoir est dans l’être, c.à.d. dans la vie qui me permet d’exister dans un état, ce que ne permettra jamais l’avoir. Etre c’est agir, être c’est déclencher cette étincelle intérieure, être c’est travailler sur moi-même, être c’est progresser, être c’est avancer. Toutes ces actions ne peuvent s’enclencher que si il y une motivation, une volonté, une inspiration, une impulsion intérieure. C’est dans ces moteurs des actions que je vois le Devoir. Le Devoir n’est plus alors une contrainte, une dette comme celle des devoirs, mais un choix délibéré, une volonté, une nécessité. C’est ce dont chaque initié en recherche de perfection doit faire preuve, c’est son devoir envers lui-même !
Conclusion
Ainsi pour moi, la relation entre la quête de la Parole perdue et le Devoir s’éclaircit : la Parole perdue est cet état d’Unité, de perfection et de Connaissance intérieure et divine, présente dans mon Être vers lequel je tends en me perfectionnant ; la quête est le travail d’éveil pour ordonner mon chaos intérieur, l’unifier, en rassemblant ce qui est épars ; le Devoir est cette impulsion intérieure, cette volonté nécessaire pour partir sur ma quête, et agir, c’est mon moteur intérieur.
En cherchant à nous améliorer, nous faisons notre Devoir, mais nous le savons, se connaitre soi-même est la plus difficile des choses car notre Être est difficilement accessible, insaisissable et évolutif. C’est pour cela que le rituel nous donne cette phrase à priori énigmatique « il est parfois plus facile de faire son Devoir que de le connaître », car connaitre son Devoir c’est se connaitre soi-même. Et se connaitre soi-même met sur la voie de la Parole perdue : « connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux ».
Ainsi, je crois sincèrement que le Devoir est la clé de voute de cette quête, car sans Devoir la quête ne peut pas commencer, ni se poursuivre.
T F P M, j’ai dit !