Solitude et silence du maître secret
A∴ G∴
La solitude, lorsqu’elle est délibérée, plonge l’homme qui la souhaite dans la félicité et la liberté, liberté de ne pas avoir à communiquer, liberté de laisser son esprit vagabonder où il veut mais, plus égoïstement, d’éviter l’autre, son semblable. Est-ce un bien, est-ce un mal ? la misanthropie a ses adeptes et ses détracteurs. Mais, combien le silence est confortable… Il abstient de rendre compte, d’expliquer, de justifier et surtout d’éviter de proférer des banalités, des vérités dont nous sommes seuls convaincus.
En fait, cette solitude du M S n’est-elle pas la continuité de ce que je vis depuis mon passage au grade de Maître il y a maintenant quelques années ? Le troisième grade, lorsque nos frères maîtres nous le confèrent, ne sonne-t-il pas la fin d’un soutien pédagogique et intiatique fraternel dont nous avons pu bénéficer pendant nos périodes d’apprentissage et compagnonnage ? Cette solitude se vit comme l’ascension d’un escalier que nous gravissons en faisant une pause à chaque palier.
Nous avions l’impression que l’arrivée au premier palier constituait l’essentiel de notre ascension et voilà qu’il nous faut reprendre notre souffle pour entamer notre progression vers le 2ème palier car le temple est haut et que ce tablier rouge que nous avions reçu comme un bâton de maréchal s’avère d’une futile vanité car nous avions oublié de lever les yeux vers le ciel afin de mesurer la hauteur de l’édifice.
Passer du 3ème au 4ème degré c’est comme passer du plus haut degré de loge bleue pour accéder au plus bas degré des hauts grades. C’est tuer l’illusion d’être celui qui semblait savoir pour redevenir l’apprenti cherchant sans déshonneur dans une dimension qu’il n’appréhendait pas. C’est au grade de Maître secret que cette pédagogie initiatique est engagée. L’étude des notions de DEVOIR, DE SECRET et de SILENCE propres au grade de M S ne sont envisageables que dans l’esprit de la valeur initiatique, de la méditation, du silence et du secret ; démarche si individuelle qu’elle ne peut s’opérer que dans un environnement de SOLITUDE.
Si il y a une créature à redouter, c’est soit même, sa conscience qui, si nous l’écoutions serait le récectaple de reproches impérieux et c’est pour ne pas l’admettre que nous usons trop souvent à profusion de la parole. Voila pourquoi la SOLITUDE est la demeure des forts.
Pour le SILENCE, dès la cérémonie d’accession au 4ème degré, l’un des aspects du chemin est clairement tracé.
Le signe du silence, par lui-même, entraîne une retenue du discours puisque le maître secret s’impose volontairement cet état de mutisme propice à la rencontre avec soi-même. Notre devoir de rechercher la parole perdue implique aussi la découverte de la vérité qui est en nous, homme multiple et épars qu’il faut rassembler et transformer pour être prêts à changer les autres. Et nous ne pourrions accomplir ce devoir sans le silence imposé par le sceau. Pour conclure, il est dit que « quand se taisent les bruyantes passions du monde, celui qui cherche peut enfin écouter ».