Tableau de Loge au quatrième degrés du REAA
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Le premier regard attentif, porté sur le tableau de loge du quatrième degré, nous enseigne que nous venons de changer de paradigme. Du pavé mosaïque sur le planhorizontal, le tableau de loge s’est déplacé à l’orient pour s’y tenir verticalement. Sa constitution est par ailleurs totalement différente : plus d’outils rappelant le travail des opératifs, mais seulement des figures géométriques tracées. Ces figures, assemblées dans un sens bien défini, symbolisent la construction de l’homme et invitent le maître secret à devenir le bâtisseur de son temple intérieur où réside la lumière de l’être. Cette abondante symbolique géométrique m’amène à penser au précepte de l’école Pythagoricienne : « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », préfigurant une clé d’accès aux mystères du maître secret.
Le cartouche faisant fonction de tableau de loge au degré de Maître secret apparaît comme un résumé symbolique des trois premiers degrés, auquel il convient d’ajouter une perception orientée selon le mode métaphysique propre au 4ème degré. Ce tableau, décrit par la superposition sur un axe commun, un cercle à l’intérieur duquel figure un triangle sacré renfermant l’étoile flamboyante, dont le centre est occupé par la lettre hébraïque yod.
De ce même centre irradient neufs rayons, neuf noms de dieu.
L’axe commun revêt une grande importance. D’abord, en étant un axe vertical il exprime le passage du système plan, bidimensionnel, au système spatial tridimensionnel, à savoir un changement de méthode de réflexion. Il symbolise également le passage du plan humain au plan divin, du terrestre au céleste, et rappel que la perfection s’obtient par l’élévation, c’est-à-dire en passant du monde du psychisme au monde de l’esprit, du monde des sens à celui du verbe.
D’autre part, cet axe inscrit dans un modèle spatial tient le rôle de centre.
C’est ainsi que dans plusieurs traditions, les constructions sacrées sont ordonnées autour d’un axe sur lequel sont repérés des niveaux. Il en sera de même pour l’édification de notre temple intérieur où l’axe vertical évoque la hiérarchie des valeurs, la multiplicité des états et des degrés.
Un simple regard en direction du ciel nous apprend que la notion de centre se conjugue intimement avec la notion de verticale, laquelle relie le monde des hommes à celui de Dieu.
En concentrant les forces qui partent de lui, ou se concentrent sur lui, cet axe privilégié devient conducteur de courants circulant de haut en bas et de bas en haut, porteurs d’échanges permanents entre transcendance et immanence. C’est donc à partir de la verticale que la pensée humaine apprend à structurer, à expérimenter, à rassembler, à définir, à choisir, à discerner. C’est aussi cette station debout qui, en dressant l’homme au centre de son cercle l’a élevé pour le rapprocher de la divinité et lui faire découvrir la prééminence de l’esprit sur la matière.
Chaque progrès effectué, chaque découverte intérieure sur la voie du divin, l’amène un peu plus haut sur la verticalité où le sommet lui paraît toujours différent, plus proche et plus lumineux. Chercher la parole perdue consiste donc à lire le chemin qu’emprunte l’ AXIS MUNDI, chemin de la création ; il s’agit de descendre dans ses profondeurs, pratique du VITRIOL, afin de parcourir l’échelle divine permettant de rejoindre le centre de l’homme, le centre des centres, pour nous rapprocher de notre essence représentée par le monde de l’esprit.
Si la notion de centre est plus que jamais présente à notre regard de maître secret, il apparaît que les notions d’axe, de perpendicularité et même de verticalité, sont dépassées du fait que du centre irradient autant d’axes qu’il en est possibles à l’intérieur de ce point. Cette idée fait référence à l’image du principe absolu, point de départ de toute création, expansion de tout ce qui demande à devenir, succession d’états du principe vers sa manifestation.
En tant qu’élément de cette multiplicité du monde manifesté, le franc maçon, au travers de son ascèse initiatique, cherche le chemin du retour vers le centre par une connaissance approfondie de lui-même, qui, au quatrième degré, devient découverte de l’être intérieur.
Cette recherche à caractère métaphysique, pour connaître les structures de l’âme, doit l’amener à trouver la clé permettant d’accéder au saint des saints, en satisfaisant le besoin essentiel de l’esprit humain, à savoir celui de son intelligence. Besoin de comprendre, besoin d’unir tout ce qui existe en une seule vérité.
Mais comment l’esprit parviendrait-il à cette union, à cette vérité unique, tant qu’il n’est pas lui-même, uni dans l’homme, à ce qui, autant que lui, est l’Être de l’homme c’est-à-dire l’âme.. Ce travail d’union de l’esprit à l’âme dans l’intériorité ne serait-il pas l’idée majeure, de la symbolique du tableau de loge au quatrième degré ?
Au centre du tableau de loge prend place l’homme initié, symbolisé par l’étoile flamboyante exprimant sa quintessence, c’est-à-dire l’essence matérielle dans laquelle l’esprit céleste est enfermé et agit. On constate que pour aller de l’étoile au cercle, il y a un mouvement de déplacement de l’intérieur vers l’extérieur, donc de l’homme sensoriel à celui qui s’initie pour découvrir, en passant par le monde manifesté, le monde de l’esprit. C’est la marche à reculons du maître qui, passant sous l’étoile flamboyante, traverse la chambre du milieu où, enjambant le corps d’Hiram, il passe de l’équerre au compas après s’être substitué à lui. C’est à ce moment que le maître change de monde initiatique et est mis sur la voie permettant d’accéder au saint des saints. Le Maître secret se trouve alors intégré au principe, fondement de sa dynamique d’évolution et point de départ d’une spirale ascensionnelle. Cet état n’est pas sans rappeler le premier degré où, dépouillé de nos métaux et de nos préjugés profanes, nous vivions une nouvelle naissance ; c’est d’ailleurs ce que nous confirme le trois fois puissant maître lorsqu’il dit : « vous allez être dans cette loge secrète, comme un apprenti dans une loge du premier degré ».
Remarquons par ailleurs, que sur les cinq branches de l’étoile flamboyante, quatre sont en contact avec le triangle sacré, c’est dire que l’homme est d’abord en contact avec la matière avant que de pouvoir être en contact avec l’esprit. Triangle et cercle ont un même centre, la matière et l’esprit sont bien en relation intime.
L’étoile flamboyante est également associée à la lumière ; aussi symbolise-t-elle la réunion de toutes les vérités conciliées par cette lumière et la clarté personnelle de la vie intérieure. De plus, elle possède en son centre un caractère hébreu, la lettre YOD, dixième lettre de l’alphabet hébraïque et la première du tétragramme sacré qui, par essence, est imprononçable, puisque appartenant au silence céleste. Ainsi le Yod, signe du futur, est associé au commencement ; non pas au commencement passé, mais au commencement éternel. Cette lettre, en figurant le principe créateur, diffuse une grande et bienfaisante clarté contenant l’ineffable nom du grand Architecte de l’univers, dont seul Moïse connu la prononciation qu’il tenaitde Dieu.
Si par ailleurs, le symbolisme de l’étoile est connu du maître secret, de part son approfondissement au grade de compagnon, le quatrième degré révèle, par l’entremise du nombre cinq, sa relation avec les ennéades pythagoriciennes. Le nombre cinq est en effet le centre de la première ennéade (ou triade de triade).
Ce constat, appel d’autres observations relatives aux propriétés des ennéades singularisant le grade de maître secret. En continuant à disposer les nombres en triade, on obtient une triade d’ennéades de 27 nombres dont la dernière ennéade se termine par 27 (le cube de 3) ; poursuivant ce processus on obtient cette fois une ennéade d’ennéades dont le dernier nombre est 81 (quatrième puissance de trois, et carré de 9).
C’est alors qu’apparaît un nombre caché mais toujours présent, le nombre 9, donné par d’anciens rituels comme étant l’âge du maître secret (9 ans accomplis). Ce nombre est le nombre caché de 27 tout comme celui de81.
En numérologie ésotérique, élever un nombre au carré consiste à le sublimer, à le spiritualiser.
Ainsi, le nombre 9 est-il le résultat de la spiritualisation du nombre 3, et si l’on accepte de considérer que 9 est également l’âge du maître secret, 9 élevé au carré est sublimé par le nombre 81 symbole de la spiritualisation accomplie, de l’accès à la grande Lumière.
En ayant trois fois 27 ans accomplis, le maître secret est bien sur la voie de la spiritualisation accomplie.
De cette lumière de l’esprit, le maître secret n’en percevra cependant pas tout l’éclat ; seulement neuf rayons en émanent, neuf paroles en lettres hébraïques ne dévoilant que partiellement la lumière divine. Le maître secret, en sa qualité de Lévite, est ainsi mis en présence de la Grande Lumière mais sans y être encore intégré.
Continuant l’analyse du tableau de loge, nous observons que le triangle est de forme équilatérale,aux proportions harmonieuses, symbolisant la matière et représentant le monde manifesté révélé. Toute évolution spirituelle doit donc passer préalablement par l’étude de ce monde manifesté, à savoir celui de la nature dans laquelle l’homme trouve sa place en tant que partie la plus caractéristique de la vie. De façon cohérente, l’interprétation maçonnique du triangle nous rappelle également son ternaire cosmique, constitué des ténèbres et de la lumière réunis par la durée, « Ce qui fut en lui était la vie et cette vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne l’ont point arrêtée.». Ce verset du prologue de Jean ne décrit-il pas la surface du triangle sacralisé par la vie, engendrant corps, Ame et Esprit, dont le maître secret génèrera en correspondance sa devise ternaire : Action, Amour et Connaissance.
D’autre part, le symbolisme du triangle recouvre celui du nombre trois, lui-même symbole de vérité, dont on nous apprend qu’elle ne peut être donné aux conceptions humaines, puisque attribut Divin. Nous comprenons que cette vérité, la parole perdue, c’est la réalité de Dieu en l’homme.
Après avoir expérimenté la matière symbolisée ici par le triangle, nous atteignons la circonférence à l’intérieur de laquelle s’inscrit le « Tout symbolique » du maître secret, mais dont l’image circulaire annonce une rupture avec les degrés précédents ; probablement pour rappeler que toute connaissance de soi, processus d’intériorité, nécessite une coupure d’avec la manifestation.
Le cercle, et les figures circulaires en général, sont l’expression géométrique de l’unité, de l’équilibre et de l’harmonie. Rassemblé sur lui-même, accompli, immuable, sans commencement ni fin, de même que dieu dans la métaphysique, l’infini dans l’espace, l’éternité dans le temps, le cercle est le signe de l’absolu. En figurant le monde spirituel, invisible et transcendant, il symbolise l’âme en tant qu’essence universelle que l’esprit emprunte pour sa manifestation dans la matière.
Le maître secret est désormais immergé dans le monde mental où l’âme, située entre matière et esprit, va permettre la rencontre possible entre ces deux contraires qui sans elle ne se percevraient pas, tout comme le monde visible ne peut percevoir l’invisible.
C’est ainsi que l’âme se présente comme étant le levier de l’esprit, tout en étant son guide lumineux dans la matière. Partant du centre, l’âme se diffuse à travers l’univers ; c’est par son intermédiaire que l’homme se trouve en communication avec dieu, c’est par elle que Dieu est présent en tout.
Cette réflexion sur le tableau de loge ne peut trouver sa conclusion sans remarquer que, lui faisant face à l’occident, prend place le tableau de l’ordre rappelant notre appartenance à ce dernier, tout comme notre volonté délibérée d’obéissance et de fidélité.
Entre ces deux systèmes symboliques, mi chemin entre l’orient, point céleste d’où vient la lumière, et l’occident point terrestre, se situe le centre du maître secret semblable à celui entre équerre et compas. Là, le maître secret a amorcé son ascension vers le vrai sens de la vie, « désormais engagé sur une voie où il sait que tout ce qui est à découvrir est en lui. »
Guidé par ADONIRAM dans le monde d’en bas, il est inspiré et éclairé depuis le plan supérieur par le trois fois puissant maître, siégeant dans la verticalité de la loge de perfection.
Ainsi l’initié, devenu sa propre clé, a acquis le pouvoir de se découvrir et, en se perfectionnant, d’accomplir en lui la réalisation spirituelle qui lui ouvrira le saint des saints.
J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître.
H P
Principales références :
– Instruction des maîtres secrets / M. DELAMBRE 32° et Jacques PAYAN 30°
– « Le quatrième degré » / André BUSCAIL 33°
– « Les clefs du maître secret » / Daniel BERESNIAK
– Dictionnaire des symboles / Jean CHEVALIER – Alain GHEERBRANT – Laffont