Silence ou secret
Non communiqué
Depuis mon initiation silence et secret jalonnent mon parcours maçonnique, ils sont omniprésents mais pourquoi ont-ils tant d’importance dans notre démarche initiatique ? Ils sont tellement présents, qu’on ne les remarque plus, on les respecte sans toutefois faire attention à eux, c’est la raison pour laquelle je me suis octroyée un temps de réflexion sur l’importance de ces 2 mots, de ces deux concepts.
Silence et secret sont deux mots extrêmement liés car détenir un secret c’est bien faire silence sur ce secret. Un secret est toujours entouré de silence.
Pour illustrer mes propos, une citation de François Maynard, poète (16-17ème siècle), je cite :les belles choses qu’il pense,
dis-moi qui peut t’empêcher
de te servir du silence ? »
Le silence, c’est le fait de ne pas parler, c’est l’attitude de quelqu’un qui reste sans parler. C’est aussi l’absence de bruit, d’agitation, c’est l’état d’un lieu où aucun son n’est perceptible. Silence vient du latin silere qui signifie : rester silencieux. Mais parler du silence c’est déjà faire du bruit. Vous allez m’écouter dans le silence mais pourtant il ne sera pas présent. Quelle contradiction ! je dois vous parler du silence tout en ne le respectant pas ! Comment concilier ces deux exigences, l’une m’ordonnant de faire exactement le contraire de l’autre ?
Le silence et le mutisme sont de signification très différente. Le silence est un prélude d’ouverture à la révélation, soit par refus de la recevoir ou de la transmettre, soit par punition de l’avoir brouillée dans le tapage des gestes et des passions. Le silence ouvre le passage, le mutisme le coupe. Le silence donne aux choses grandeur et majesté, il marque un progrès tandis que le mustisme les déprécie, les dégrade, il marque une régression.
Le silence est la pause du temps, la demi-pause de l’écriture musicale, la face blanche du bruit, l’écrin du son. Il est la discrétion, l’oubli, l’interruption, le secret. Il est ordre ou prière, il sait se faire lourd ou léger, éloquent, mortel, glacial, respectueux, boudeur ou pudique, approbateur, consterné… Message universel du doigt posé sur les lèvres, il est pourtant une rareté de notre langue car il est le seul nom masculin à s’achever en « ence ».
Je vous livre un proverbe extrait du Soufisme : « Si le mot que tu vas prononcer n’est pas plus beau que le silence, alors ne le dis pas ! »
Savoir se taire est une force, c’est aussi une vertu.
Dans le cadre d’une initiation maçonnique, le silence revêt une importance particulière au même titre que bien d’autres instruments de connaissance et de recherche à la disposition du FM, il peut être considéré comme un véritable outil de formation initiatique. En ce sens, le silence apparaît comme un facteur d’équilibre fondamental pour qui est en quête d’une élévation spirituelle et intellectuelle. S’initier c’est absorber des informations et de la connaissance, mais aussi, surtout ingérer patiemment ces nouvelles données, les analyser aussi longtemps qu’il le faut en son for intérieur et les faire siennes… autant d’étapes qui, pour acquérir une véritable valeur, doivent se vivre au plus profond de chaque individu. Car c’est là, au plus intime de l’être (loin des agressions bruyantes et des dérives superficielles de la vie quotidienne) que le silence ouvre la porte à l’essentiel, à la véritable maturation intérieure qui seule peut replacer l’individu face à sa propre trajectoire.
La loi du silence veut qu’à la fin de chaque tenue maçonnique, les FM réaffirment publiquement leurserment de ne pas divulguer les travaux maçonniques auxquels ils ont participé, ce aussi bien au monde profane qu’aux FF et SS qui ont été absents à la réunion.
Le silence de l’Apprenti s’applique au nouvel initié à qui il est demandé « d’écouter et de se taire », afin de s’imprégner pleinement des us et coutumes maçonniques, jusqu’à ce qu’il parvienne au grade de Compagnon.
Le silence règne sur l’une et l’autre colonne : Expression désignant le moment au cours de tenue, où l’on parvient au passage d’un point de l’ordre du jour à un autre. Lorsqu’un sujet a été abordé et qu’il ne reste rien à dire, le 1er Surveillant prononce les mots rituels sans lesquels il est impossible de passer à la suite.
Secret vient du latin : secretus qui veut dire séparé, c’est le participe passé de secernere qui veut dire écarter. Un secret n’est connu que d’un nombre limité de personnes, un secret est ou doit être caché des autres. Un secret c’est aussi un ensemble de connaissances, d’informations qui doivent être réservées à quelques-uns un et que les détenteurs ne doivent pas révéler.
Le secret est l’une des principales obligations auxquelles doit se soumettre toute personne entrant dans la FM. Le nouveau prend l’engagement solennel de garder secret tout ce qui concerne la Maçonnerie et de n’en rien révéler à qui que ce soit appartenant au monde profane. On ne transmet pas à qui n’est pas officiellement habilité à recevoir. Le secret tient également une part importante dans les rapports entre les F.°.M.°.. Le secret maçonnique peut alors revêtir trois formes :–le secret d’appartenance : il consiste pour un Maçon à ne rien révéler de son grade et de tout ce qui s’y rapporte à un autre Maçon n’étant pas encore parvenu à ce niveau d’élévation initiatique. Par serment, un Maçon ne doit jamais révéler à qui que ce soit l’appartenance de telle ou telle autre personne que lui-même à la Franc-Maçonnerie.
–Le secret des rites.
–Le secret des délibérations. Il concerne tout ce qui se dit lors des tenues d’une Loge, d’un obédience ou d’un Conseil. La seule trace tangible doit rester la planche tracée qui sert de compte-rendu officiel.
En outre, par-delà les considérations de pure forme touchant aux rites, aux rituels ou à l’organisation de la vie maçonnique, force est de reconnaître que le secret est omniprésent car inhérent à la dynamique et à l’initiation maçonnique : fondamentalement, l’essence véritable de la démarche initiatique n’est pas transmissible par des mots, même venant d’un Maçon, la voix initiatique ne peut se limiter à être entendue, elle doit être vécue, c’est une question d’expérience strictement individuelle, des plus intimes, que personne ne peut traduire par des mots (donc par une levée de secret) simplement parce que chaque individu est différent de son voisin et vit autrement son élévation symbolique et son accession à la Lumière de la Connaissance. Si bien que parler de la Franc-Maçonnerie, ce n’est jamais que toucher à « l’environnement » des choses, jamais au cœur même de ce qu’elle est réellement, car cela ne peut être révélé, en une sorte de mystérieuse alchimie intime , qu’au plus profond de chaque individu.
La dénomination du grade de Maître Secret confirme l’importance de la notion de secret et de silence en maçonnerie.
Le grade de Maître Secret est placé sous le signe du silence ou du secret, matérialisé lors de la cérémonie de réception par l’apposition du sceau du secret sur les lèvres de chaque candidat. Du silence de l’Apprenti à l’intégration dubon usage de la Parole du Maître, la nouvelle gestation s’opère dans le silence. A la menace du signe pénal de l’Apprenti, le Maître Secret substitue un pouvoir d’action autonome. Il y a une démarche volontaire du Maître qui en mettant ses deux doigts au coin de la bouche et non en couvrant celle-ci, prouve sa maîtrise du verbe par une retenue significative. Le silence du Maître Secret est différent de celui de l’Apprenti : il ne lui est pas imposé, il se l’impose à lui-même. Il l’assume, pleinement conscient de ce qu’on lui a appris et de ce qu’il lui reste à apprendre. A ce degré, le silence est une discipline intérieure pratique, qui suggère et favorise la méditation. Cette puissance du silence volontairement observé n’est pas un rejet de la parole, bien au contraire, elle confère à celui qui l’observe une qualité d’écoute, de disponibilité et de réceptivité accrue, dépouillée de toutes sortes de parasites extérieurs indésirables. En Loge de Perfection, le Maître Secret ne parle pas pour parler. Il s’exprime debout sans mise à l’ordre extérieure, si ce n’est par le signe du secret au début et à la fin de ses interventions. Sa mise à l’ordre étant intérieure, il n’a plus besoin de la manifester constamment par un signe extérieur. Au commencement du chemin initiatique, le silence est tout d’abord l’apprentissage de l’écoute de l’autre. Son approfondissement s’avère comme étant un outil de discernement pour assumer et surmonter la contradiction. C’est un rappel de ce que l’itinéraire maçonnique est constitué de cycles où l’on est remis dans des situations apparemment semblables sans être identiques, puisqu’on progresse enrichi des acquis extérieurs. Aux trois premiers grades, les Apprentis, les Compagnons et les Maîtres se retirent à la clôture des travaux sous le serment du silence. Le secret au 4ème degré donne son nom au grade dont il est l’élément principal. Si l’Apprenti est astreint au silence absolu, le Maître Secret se tait, en observant le devoir de conserver le secret. Le secret est la confirmation d’un cheminement intérieur qui a progressivement gagné en acuité.Je terminerai par deux citations, la premièrede Voltaire, je cite :
« Surtout de vos secrets soyez toujours le maître : qui dit celui d’autrui doit passer pour un traître ; qui dit le sien, mon fils, passe pour un sot »
et la deuxième tirée d’un proverbe chinois : « Celui qui connaît le secret ne le trahit pas, celui qui trahit le secret ne le connaît pas. »
J’ai dit trois fois Puissant !