Le Franc-Maçon face aux problèmes d’insécurité
P∴ B∴
J’ai beaucoup hésité
avant de traiter devant vous un sujet aussi brûlant
qu’actuel parce qu’il déclenche des
discussions sans solutions faciles et parce qu’il
s’y mêle souvent beaucoup d’affectif.
Je souhaite ce soir que nous puissions traiter ce
sujet : « Le F
M et les
problèmes
d’insécurité »
plutôt que de sécurité avec le recul,
la tolérance qui nous sont habituels.
Il faut reconnaître en effet, qu’à
l’heure actuelle, les problèmes qui touchent
à la sécurité représentent
la préoccupation majeure de nos concitoyens.
Le terme
« sécurité »
concerne bien des domaines, qui vont de la
sécurité des Etats, collective, à la
sécurité du travail, en passant par la
sécurité informatique, sujet complexe et
technique qui mérite à lui seul une longue
planche.
Ce soir je vous propose de traiter du sujet qui nous touche
directement, la sécurité des personnes et des
biens.
Nous rentrons, semble-t-il de plus en plus dans une
période de notre civilisation où un climat
d’insécurité grandit insidieusement.
Pour nous, provinciaux et de surcroît dans une
région calme, certains de ces problèmes sont
relativement abstraits.
Toutefois de temps à autre, un témoignage
d’un ami, d’un parent nous alerte sur un fait
divers significatif.
Quel constat pouvons nous faire ?
Quelles propositions, nous autres maçons, sommes nous en
mesure d’avancer ?
Le problème de
l’insécurité n’est pas
nouveau. Depuis plus de trente ans, insidieusement, elle monte, monte,
gagnant des zones autrefois paisibles et qui aujourd’hui sont
devenues dangereuses.
Car l’insécurité engendre la peur et la
peur peut se montrer elle aussi dangereuse, répondant
à la violence, par d’autres violences. Les
Pouvoirs Publics – dont la première mission est
d’assurer la protection des citoyens, ne se sont certainement
pas rendus compte de l’évolution de la situation
et les remèdes ou les palliatifs utilisés,
n’ont pas suffit à enrayer le
phénomène et à faire reculer
l’insécurité.
Le sentiment profond que j’ai, est que
certaines politiques menées à certaines
époques lointaines, ont eu des conséquences
imprévisibles, surtout pour ceux qui ne voulaient pas les
mesurer à l’époque et qui font
qu’aujourd’hui la marche arrière
n’est plus possible.
De fait c’est tout notre système social qui a
évolué, sous des influences diverses internes ou
externes.
Ce qui me paraît le plus évident, c’est
la disparition progressive des systèmes moraux –
je parle ici de l’éthique –
qu’ils soient laïcs ou religieux. La morale avec un
grand M qui s’enseignait dans la famille et à
l’école est devenue
« ringarde », sujet de
plaisanteries et de railleries.
Surtout parce qu’elle était suivie d’un
cortège de règles, d’obligations et
surtout parce qu’elle imposait une certaine discipline. Je
sens que j’ai lâché là, le
mot clé, « La
discipline ».
Aujourd’hui toute forme d’autorité est
devenue suspecte et même ceux qui devraient naturellement en
exercer une part n’osent plus le faire que cela soit dans la
famille dans l’entreprise, dans la cité.
Souvenez-vous de la célèbre
formule : « Il est
interdit d’interdire ! »
Aujourd’hui j’ai le sentiment que le terme de
« droits », droit individuel
– s’entend – a pris une ampleur
considérable.
J’ai vécu une grande partie de ma vie
professionnelle face à des hommes, ou des femmes qui ne
savaient que me parler de leurs droits – de leurs droits
acquis – et auxquels je ne cessais de
répéter qu’à mon sens, il
n’y avait jamais de droits définitivement acquis.
Par contre, le terme de devoir est devenu insupportable et sauf dans
nos loges maçonniques et surtout dans nos rituels, il est de
moins en moins prononcé.
Second constat, le besoin de liberté, le rejet de toute
contrainte, qui s’exerce dans tout domaine = je suis libre,
donc je fais ce que je veux et je ne me préoccupe pas de mon
voisin. Exacerbation des égoïsmes individuels qui
conduisent forcément à
l’intolérance et souvent à
l’agressivité.
Bien sûr, tous les individus ne sont pas comme cela, dieu
merci, et il y a encore beaucoup d’honnêtes gens
soucieux de respecter leurs voisins et qui savent rester calme devant
les provocations de toute nature.
Je viens de prononcer là un autre mot
clé = « le respect ».
Car finalement l’insécurité
résulte, du fait qu’à un certain
moment, dans certaines circonstances, un individu ou un groupe
d’individus transgresse une règle sociale, un
règlement, une loi et agresse d’autres personnes,
parce qu’elle ne les respecte plus.
Dans ce constat, j’ai évité –
sans les ignorer – de parler du problème des
banlieues, des zones de non-droit où s’installent
comme une gangrène les trafics en tout genre – de
drogue en particulier, le vol, la rapine, le viol, les crimes de sang.
Si nous voulons parler de remèdes
envisageables il est peut être utile de nous attarder
quelques instants sur les causes du développement de
l’insécurité.
Parce que nous savons, et cette démarche est très
maçonnique, que c’est en partant de la cause que
nous pourrons construire ou tout au moins jeter les plans
d’une construction. Je m’exprime ainsi parce que je
pense qu’il faudra du temps, peut être beaucoup de
temps pour redresser cette situation par des voies
démocratiques, sans passer par la violence d’une
répression inintelligente.
Parmi les causes essentielles,
m’apparaît la démission, je
dis bien la démission de nombreux parents.
Le refus, je dis bien le refus,
d’éduquer leurs enfants dans le respect de
certaines règles élémentaires, le
non-contrôle de leurs gamins au sortir de
l’école, l’absence de concertation
« positive » avec les
enseignants, cet ensemble de dérives est fondamental dans le
comportement des « jeunes ».
Je n’ai jamais oublié le récit que
m’avait fait un jour aux agapes, l’un de nos FF ;
il lui avait fallu intervenir dans une classe en tant que
représentant de l’autorité publique
pour contrôler un gamin de treize ans qui semait la terreur
dans sa classe.
Avant-hier, à la télévision, une
enseignante relatait une scène semblable dans une classe de
maternelle où un caïd de six ans semait la terreur.
Donc premier point, évident, criant, la
responsabilité des parents.
Deuxième point, le comportement de
l’Education Nationale. Je n’ai pas dit des
enseignants ! Nuance. Je mets en cause
l’Administration et son fonctionnement.
Je ne parlerai pas des changements perpétuels de programmes,
ou consignes données, ni de l’ingérence
des parents d’élèves, mais
j’insisterai sur l’organisation
d’abord…
Sans vouloir ramener tout à mon expérience
personnelle, je me souviens que lorsque j’étais
maître d’internat, puis adjoint
d’enseignement, il y avait dans nos lycées, une
structure, chargée de la discipline, oui de la
discipline, n’ayons pas peur des mots.
Aujourd’hui, il n’y a presque plus rien.
Pourquoi ?
Pourquoi dans les banlieues difficiles, nomme-t-on de jeunes
professeurs inexpérimentés, mal
préparés, qui sont obligés de se
« débrouiller » comme
ils le peuvent ?
Qu’envisage l’Administration pour se faire
respecter ?
Comment réagit-on devant les refus de
scolarisation ? (il s’agit là tout
simplement du non respect de la loi républicaine). Je pense,
très sincèrement que la défaillance de
notre système éducatif est là au
confluent de la démission des parents et de
l’impuissance de notre machine éducative.
Mais je voudrai aussi, souligner d’autres
facteurs générateurs de cette montée
de la violence, j’oserai dire de cette banalisation de la
violence.
Au premier plan, l’univers médiatique et surtout
la télévision, avec la masse
d’information parlée, commentée, les
images violentes passées et repassées.
Y a-t-il dans notre monde moderne, un processus
délibéré d’escalade dans
l’horreur, dans le macabre, le pervers, le sadique ?
Est-ce pour faire de l’argent ?
Il y a une chose qui m’a frappé ces jours
derniers : c’est le rétablissement de la
télévision en Afghanistan. Eh oui ! les
talibans – que je ne considère pas comme des
modèles par ailleurs ! –
l’avaient interdite au nom d’un puritanisme moral
excessif.
Je ne suis pas non plus partisan du rétablissement de la
censure.
Mais sans tomber dans ces excès, ne peut-on un peu mieux
contrôler ce que regardent nos enfants ?
Sous l’influence également des
médias, il y a aussi ce que j’appellerai le
phénomène de la
« désacralisation » de
notre société.
En mettant en exergue le curé pédophile, le
député ou le maire détourneurs de
fonds publics, le chef d’entreprise véreux, on
oublie aussi trop vite qu’ils ne représentent
qu’une infime minorité, et qu’il y a
aussi très nombreux des curés, des hommes
politiques et des entrepreneurs, honnêtes,
généreux et dévoués
à ceux dont ils ont la responsabilité. Je ne
saurai trop dire combien je pense que la manipulation de
l’opinion est désormais une science qui atteint un
niveau d’efficacité
inégalée, pour peu qu’elle ait des
moyens financiers. Entre les mains d’individus,
privés ou publics, elle peut faire beaucoup de mal et de
dégâts. Comment conserver son libre arbitre et sa
faculté de jugement lorsque les
éléments (informations) que l’on nous
propose pour le faire, sont truqués, tronqués,
amplifiés ou gommés.
Sur le plan simplement du développement du sentiment
d’insécurité, les médias
peuvent selon le cas amplifier le phénomène
– ce qui n’est pas le cas je le pense –
ou le minimiser et le réduire à
l’anecdote.
Il ne faudrait pas oublier non plus
l’inadaptation de notre système pénal
et les difficultés considérables que rencontrent
ceux qui sont chargés de faire respecter – en
particulier dans le domaine de la sécurité
– les Lois de la République. Je veux parler ici
des juges et des policiers.
Est-il acceptable qu’un juge se fasse insulter eu pleine
salle d’audience, qu’un policier soit abattu par
balle sur un simple contrôle
d’identité ?
Il y a quelques jours j’interrogeai un proche parent
commissaire responsable du SRPJ de l’Essonne sur ses soucis
actuels : il me
répondit : « Pour
moi, rien de changé, c’est Vigipirate toute
l’année et les moyens dont je dispose sont
dérisoires face aux missions que mes hommes et moi avons
à remplir ». Pour les juges ce
qui semble le plus évident c’est que
l’outil juridique dont ils disposent n’est plus
adapté aux cas qu’ils rencontrent.
Alors face à tel problème,
très grave à mon avis car il sape les fondements
de notre société, que pouvons-nous
proposer ?
Tout d’abord le problème est urgent car nous
sommes assis sur une véritable bombe à
retardement et il suffirait qu’une cité
s’enflamme pour déclencher par contagion une
véritable révolution, que nous
n’aurions pas les moyens d’enrayer.
Tout d’abord, il convient certainement de rendre les parents
responsables des délits de leur progéniture,
responsables pénalement, financièrement.
Il convient de créer une
législation spécifique donnant aux juges le moyen
d’agir vite sans être obligés de
relâcher trop vite un délinquant. La loi sur la
présomption d’innocence mérite
d’être amandée, car dans son texte
actuel, elle permet aux criminels véritables de se jouer de
la justice. Donner à nos polices urbaines des effectifs et
des moyens appropriés. Le récent conflit social
qui a opposé pour la première fois dans
l’histoire de notre République les policiers
(Sûreté Nationale et Gendarmerie) et les pouvoirs
publics.
Assurer également une formation adaptée de nos
policiers.
Donner aux maires des pouvoirs qu’ils n’ont
malheureusement pas.
Peut être faut-il éviter le monde
carcéral classique, qui aggrave le problème sans
le résoudre, en créant d’autres formes
de sanctions avec rattachement à des
établissements spécialisés
où les jeunes délinquants auraient obligation de
se former et d’apprendre un métier dans des
branches où l’on manque cruellement de main
d’œuvre. Les établissements doivent-ils
dépendre de la justice ou d’une instance mieux
adaptée ?
Enfin ne faut-il pas s’attaquer au problème des
ghettos que constituent les cités où personne
n’ose plus mettre les pieds ?
Il faut enfin se pencher sur le problème –
mal résolu – de l’intégration
des gens venus d’autres continents, avec des cultures, des
religions très différentes des nôtres.
Puisqu’ils ont choisi de venir dans notre pays il faut faire
en sorte qu’ils puissent devenir des Français
à part entière en assimilant notre langue, notre
culture, pour éviter que ne se constituent des
« poches »
d’émigrés n’ayant fait que de
venir avec leur langue, leur culture, leurs lois occuper un morceau de
territoire français.
Je n’ai pas la prétention d’avoir
été exhaustif, mais si je n’ai fait que
vous sensibiliser à un problème essentiel,
j’aurai atteint mon but !
V M, j’ai dit.