De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien

Auteur:

R∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Que se passe t il ? Où suis-je ? Que fais-je ? Je déambule un voile noir transparent devant les yeux, dans un espace sacré. Je ne perçois rien qui ne ressemble au temple de mon atelier en loge bleue. Je suis Maître Secret, je suis un cherchant. Je suis un cheminant en pleine interrogation et j’entends le trois fois puissant maître préciser « De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien. »


Pourquoi ce voile devant les yeux !


Un voile devant les yeux, attaché à mon jumeau, je fais mon 1er voyage. Le 3 fois puissant Maîtrepropose de « Découvrir l’idée sous le symbole. » Le symbolisme ne s’apprend pas, ilse vit. Le cherchant, par intuition, tente de pénétrer l’intérieur du symbole.Le second voyage m’engage à ne pas accorder une confiance aveugle, mais écouter avec attention. Nous verrons plus loin une approche de l’Attention. Au 3ème voyage, il m’est annoncé que l’homme ne peut voir l’Univers dans sa totalité, seule la loi cosmique est admirable. Si l’initié ne peut voir tout ce qui est en haut, il doit essayer de voir tout ce qui est en bas et surtout ce qui est au plus profond de lui. Promouvoir la justice est le mot d’ordre du 4ème voyage. L’initié continue son introspection. L’idée de justice prend toute sa dimension. L’homme doit mesurer la conformité de ses actes, la pulsion de ses désirs et la pureté de ses paroles et ses intentions envers les autres. La justice ouvre la voie de l’altruisme, c’est le don de soi sans contrepartie.



Pour l’instant, un voile trouble ma vue. Je dois prendre conscience qu’une nouvelle étape m’élève vers le haut. L’ascension est symbolisée par les 4 voyages.


La4ème lettre hébraïque est Daleth, qui signifie « porte du monde. » Le 4e jour de la création correspond à l’apparition des corps lumineux rythmant les saisons, les jours et les années. La séparation de la lumière et des ténèbres. Si je ne vois pas bien, c’est peut être parce que je n’ai pas encore totalement maîtrisé mes ténèbres. Mais une chose est sure, la Lumière créée le premier jour est autre chose, bien au-dessus de l’aspect physique des deux luminaires.


Le voile serait-il le symbole de l’aveuglement spirituel du cherchant ?


Ce voile sépare la vision du maître et le Saint des Saints d’une part et d’autre part, ce même voile les unit. C’est parce que le récipiendaire ne voit pas bien, qu’il va devoir travailler et avancer sur la route du Devoir, à la recherche de la parole perdue. Ce voile est une sorte de levier qui va permettre au nouveau Maître Secret d’entrevoir une prise de conscience. Le maître a remplacé l’Architecte Hiram. Le maître secret réalise que le drame s’estpassé à l’intérieur du temple, dans son cœur, à l’intérieur du nouveau Maître. Il va devoir continuer la construction du temple, de son temple.


Que penser du verbe voir dans cette phrase?Je peux donner deux significations à l’expression « vous ne voyez pas bien. »


La première approche est le regard physique, la perception par la vue. Je regarde autour de moi et je découvre ce qui m’entoure. Le constat détermine une chose ou un objet. Je reste dans le matériel et mes sens peuvent troubler ma vision. De cette action « voir », implique une mise en œuvre, un acte volontaire. Je pourrais me contenter de fermer les yeux et donc de fermer mon esprit.


Je ne vois pas bien car il n’y a pas assez de luminosité. Pas cet éclairage matériel ou artificiel que le profane recherche mais la Connaissance, la Lumière, avec un Grand L ou Grande Lumière. Cette dernière est étroitement liée à la Liberté. Je suis Franc-maçon et je suis « libre et de bonnes mœurs.» Liberté d’agir, de penser et de choisir.


Je sais que l‘éclairage profane ne me sert à rien, seule la Lumière peut m’aider.


Cette Lumière qui éclaire mon chemin, est-elle constructive, la connaissance acquise dans les degrés précédents est-elle suffisante ?



« Penser c’est voir». La liberté est un travail sur soi, sur les comportements et les conditionnements de notre inconscient. Je dois me libérer de toute influence extérieure. Faire le vide des préjugés et idées préconçues.


L’autre possibilité est la perception par l’esprit, c’est le regard intérieur. Il permet soit d’imaginer, soit de concevoir. Le résultat entraîne une action, une réflexion sur la notion de symbole. Je quitte le monde sensible. Je cherche l’idée derrière le symbole. La perception se construit sur un va et vient entre réflexion et besoin de s’élever. Le désir (avoir envie de) et la volonté permettent de réunir les deux regards pour accéder à la prise de conscience de vouloir connaître. Connaître c’est pénétrer la chose en son intérieur. C’est mon chemin parcouru lors des trois premiers degrés.


Le rituel du 4ème m’ouvre sur plusieurs réflexions.



L’heure d’ouverture des travaux au grade de Maître Secret est différente de celle des degrés précédents. L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître. Nous passons de l’obscur au clair, nous devenons des passeurs de lumière.


Le regard doit se tourner vers cette Lumière, une Lumière qui est autre de celle des luminaires du ciel. C’est une Lumière de l’esprit.


Un autre Devoir m’incombe, rechercher la Vérité et la parole perdue. La Vérité est la Lumière placée au plus profond de l’être, dans son cœur, pour celui qui veut ouvrir les yeux. Ce n’est qu’une fois lorsque j’aurai retrouvé la capacité d’entendre parler de l’amour véritable, cette générosité du cœur qui ne demande aucun remerciement et qui voit l’autre s’épanouir, que je pourrai être en harmonie avec moi-même et voir avec l’œil intérieur.


Ce voile est-il un frein à ma recherche spirituelle ?


Dans mon vécu personnel j’ai déjà rencontré une telle barrière. La barrière des langues étrangères. Jeune collégien, en vacances pour quatre semaines au Royaume Uni, j’ai visité le pays, je n’ai pas tout vu et je n’ai certainement pas tout compris. Plus tard en tant qu’employé, la barrière de langue était encore là, plus diffuse, mais elle m’empêchait encore de tout comprendre. Rapidement j’ai dû admettre qu’il me fallait oublier toutes les connaissances acquises, quelles soient scolaires ou livresques. Je devais m’imprégner de la culture et de la musique de cette langue. Ne pas me forcer à essayer de traduire du français en anglais mais au contraire essayer de penser en Anglais. Ecouter avec attention etme laisser bercer en toute quiétude.


Selon Simone Weil : L’attention est une des facultés les plus fécondes de l’esprit.


L’attention est active certes, mais pour ainsi dire à la manière passive du désir. Elle ne consiste pas à subir passivement les sensations, mais elle ne consiste pas davantage en un effort de volonté semblable à celui qui permet de lever un poids.

Très souvent on confond « attention » et « effort musculaire». La fatigue n’a aucun rapport avec le travail maçonnique. Le travail est l’effort utile, qu’il soit fatigant ou non. Le désir est à l’étude ce que la volonté est au travail manuel.
Quel est le rôle de l’attention dans notre quête maçonnique ?
L’attention peut être divisée en deux dimensions, sélective et intensive. Je fais une sélection lorsque je choisis un élément parmi tant d’autres. Généralement cela se traduit par une nouvelle image dans un cadre habituel ou non. Je me laisse envahir par cette chose pour mieux l’appréhender. La dimension d’intensité est en fonction de l’état général dans lequel je me trouve. Cet état est fonction de l’éveil, de la vigilance et la persévérance que j’exerce. Je reprends mon fil à plomb et me replonge dans le cabinet de réflexion. Lieu dans la pénombre où mon attention est exacerbée.


L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet, et en même temps, maintenir en soi-même, à proximité de la pensée, mais à un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu’on est forcé d’utiliser.


Porter attention à quelque chose et totalement différent de faire attention. Cela n’entraîne aucune idée de volonté. La volonté se trouve essentiellement dans les deux premiers degrés. Je pense plutôt au lâcher-prise, savoir de ne pas désirer, arriver à maîtriser ses envies, se détacher des biens matériels et des idées et surtout se laisser porter par les énergies qui nous entourent.


Il est vrai que le voile fait barrière à la vue. Ce voile sur les yeuxincite à un nouvel apprentissage. Ne nous enlève t–on pas tablier et autre décor. La lumière que le maître secret recherche, est déjà en lui, il ne pourra mieux la voir et donc mieux comprendre qu’en ouvrant son cœur. Si je fais référence à mon expérience, je devrais m’en remettre à ce nouvel atelier, écouter et travailler avec attention.


Pourquoi le qualificatif de « bien » ? Je qualifie de « bien » tout ce qui est juste. L’adverbe « bien » marque un certain degré de perfection. Il qualifie l’importance et l’intensité des verbes d’action voir et comprendre. Le plus important n’est pas le bien que l’on possède, le plus important est, que le bien nous possède.  


Si le mal représente les Ténèbres, le Bien est le symbole de Lumière. Le bien est là, il est à portée de main. Si le mal nous talonne comme un compagnon qui s’immisce dans nos pensées et nos projets, nous devons aller chercher le Bien à l’intérieur de soi.



Je ne vois pas bien, je ne comprends pas bien. A travers le voile, j’aperçois l’équerre, symbole de la terre, de la matière. Cette équerre posée sur mon front, je la vois, au-dessus de mon champ de vision physique. Cela éveille en moi l’idée que je dois animer la matière, je dois lui donner un souffle de vie, un mouvement. Je suis à la recherche du centre. Le Maître Secret passe de l’équerre au compas, de la ligne droite à la courbe, du terrestre au céleste, sur la route de la spiritualité.


Comprendre en latinse traduit par Comprendere « saisir ensemble, prendre avec soi ». En fait le voile exacerbe la perception. Je développe mes sens. J’ai reçu la Lumière, on a posé un voile devant mes yeux, symbole des préjugés et a priori, puis on a retiré ce voile. Je dois continuer de chercher pour mieux percevoir.


Que peut nous apporter l’action d’enlever le voile ? Mais l’enlève t-on réellement ?


Le dévoilement est la révélation de l’être, de son essence propre. Le FM entreprend de combattre sa propre Ignorance. Il prend conscience de l’activité de son être, le but de sa vie. On passe d’une vision horizontale à une vision verticale. Lors de mon initiation au grade de maître secretje me suis trouvé devant le Saint des Saints. J’ai reçu une clé d’ivoire et le mot de passe Ziza. Je dois chercher l’ouverture de la porte et passer la balustrade. Je ne vois pas bien et ne comprend pas bien, je dois encore travailler et marcher sur la voie de la lumière. Le maître ne doit-il pas quitter ce monde créé et tenter de pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle et appréhender la métaphysique ?


Comme pour l’apprentissage des langues, il faut mettre de côté tous les principes profanes. Tel un disque dur, il faut sauvegarder toutes les lois humaines, les approches philosophiques et les préceptes religieux, afin de laisser de la mémoire pour une approche de laspiritualité. Le franc-maçon qui a travaillé sur lui, qui a la maîtrise de soi et qui a su harmoniser son être avec l’extérieur, avec la nature et le monde, doit être en accord avec la loi universelle, celle du cosmos.


« Vous ne voyez pas bien donc vous ne comprenez pas bien. »


Il faut accepter de voir ce que l’on est, si l’on veut avancer sur la voie. Chacun progresse vers la connaissance en pleine conscience de ce qui « vit » en lui, autour de lui et au-dessus de lui.



Le Maître secret, possédant cette connaissance de soi et habité par l’amour pourra espérer se rapprocher de la vérité absolue. Il sera un homme d’action, apte à s’inscrire dans un projet universel et prêt à accomplir son Devoir. Il sait qu’il n’est qu’un infime atome dans l’univers mais il s’inscrit dans la hiérarchie cosmique.


Je conclurai par une citation de St Exupéry qui me semble résumer le travail de ce soir « On ne comprend bien qu’avec le cœur».



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