L’homme devant l’Eternel
F∴ M∴
Quel que soit le rite pratiqué, le premier pas vers la F.:M.: représente sans nul doute la plus belle mise en scène de l’homme devant l’éternel; « heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ».
Ainsi, l’impétran, privé de ce que l’on appelle vulgairement la « lumière », se retrouve dans les mains de la loge symbolisant l’autorité de Dieu, par l’intermédiaire du Roi Salomon.
Les voyages, la purification, la question du V.:M.: « Croyez vous vraiment que vous mettez votre main sur l’évangile de Saint Jean? », visent à faire ressentir au récipiendaire la base essentielle à son rôle d’humain et à sa carrière maçonnique. Remettre sa confiance en l’éternel, descendre au plus profondément en soi, pour se rapprocher de la parcelle de divinité qui nous habite.
Antoine de St Exupéry écrivait : « on ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».
Comme suite à cette initiation, le Rite Français ( souche partielle d’inspiration du RER), conclut sur la colonne de Gauche, le mot JAKIN et donne pour explication;
« ma force est en Dieu », cette notion de force divine et absolue que nous retrouvons chez nous dans nos loges de M.:E.:S.:A.:.
Comme l’alpha et l’oméga, point de départ et d’arrivée d’une vie d’homme et de Maçon, tout repose sur la force de l’éternel, et par émanation, sur la foi de l’homme. On y trouve ici un parallèle évident entre le 1 er et le 4é degré des rites de souche moderne.
Toute la démarche Chrétienne et Maçonnique trouve en grande partie sa source dans l’évangile selon Saint Jean ( nos loges bleues quel que soit le rite, sont des loges de St Jean)
Exemple éloquant et riche de méditation; le moment ou Jésus dit à Nicodeme (Chapitre 3) »En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. » Lorsque celui ci semble confus, il rajoute: « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu Car ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit: il faut que vous naissiez de nouveau. »
La chair quitte les os, l’esprit est esprit, il restera esprit, nous parlons alors parfois de « mort profane », et toujours de naissance spirituelle et Maçonnique.
La notion même d’immortalité est reprise, lorsque nous créons une brèche dans le temps pour ouvrir les travaux à midi et les fermer à minuit.
Entre midi et minuit les maçons travaillent et reçoivent leur alimentation spirituelle, aussi pure que l’eau puisée du fonds des roches, du nadir, aussi vraie que la parole divine venue du zénith.
Toujours dans l’évangile d’après Saint Jean, Chapitre 4, c’est à la sixième heure que Jésus rencontre une Samaritaine devant le puits de Jacob et lui dit « Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif; Au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant jusqu’à la vie éternelle. »
L’on peut alors penser qu’entre midi et minuit, il y a l’instant présent, instant d’amour et de fraternité qui doit nous rapprocher de l’être éternel, également l’instant où Jean déclare « Voici celui dont je disais: Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. »
Le « avant » faisant référence à Midi, le « après » à Minuit, le « moi », à l’instant présent, élément que nous retrouvons également sur certains tableaux de loges décrivant 3 fenêtres au Nord, au Sud et au Midi.
Le « moi », en loge, c’est nous même, Maîtres Maçons, voyageant de l’orient vers l’occident, cherchants et souffrants à rassembler ce qui est épars en nous, entre notre corps et notre esprit.
C’est parce que cette souffrance est permanente tant que nous existons dans la chair que nous persévérons vers la lumière, espérant chaque jour décrypter un peu plus de nous même.
L’origine de cette souffrance, vient à mon sens de la notion d’ »ego », comme le noir et le blanc; « l’égo » et le « moi » s’affrontent en permanence.
Le « moi » est la conscience de l’homme, attentive à lui même, éveillée vers le monde mais également d’une cruelle partialité, ce qui l’amène en quête de lumière et de vérité ( lorsqu’il le veut bien…)
L’ »égo », est la partie enfouie de l’iceberg, l’individu, tel qu’il est devant Dieu, imposant ces fameuses règles partiales à l’homme, auxquelles il obéît très souvent sans les comprendre.
Naît alors le conflit qui est en chacun de nous: « Je voudrais être…., mais je ne suis pas », c’est d’ailleurs peut être même ce conflit commun qui nous lie dans notre condition humaine.
Nous appartient alors de polir notre pierre brute, monter l’escalier du temple par 3,5 et 7 pour revenir au 1, un état de « moi » perfectionné par le labeur, sublimé par la
parcelle divine qui est en nous.
La règle est absolu et universelle, l’homme peut se mentir à lui même, élever des temples et des royaumes à la gloire de Dieu, si l’équilibre entre « l’égo » et le « moi Saint Enfant de Dieu » est absent ou rompu, le temple tôt ou tard se désagrège, et l’homme se retrouve au point de départ du compas, condamné à exécuter une nouvelle révolution dans le même usage.
Ce principe de base, aussi simple qu’il y paraisse se complexifie en permanence car il évolue par strates, par niveaux, la Franc-Maçonnerie nous le montre bien, chaque frère, à chaque niveau, essayant malgré les inégalités spirituelles et matérielles de créer une communauté, un microcosme dans un macrocosme.
Lorsqu’un niveau de perfection est atteint, l’âme humaine se retouve face à un autre, une force supplémentaire lui est acquise, l’équilibre avec la sagesse devient de plus en plus délicat, c’est probablement la raison pour laquelle, les hommes le plus puissants de cette terre dévient souvent de la vertu et bousculent le monde dont nous dépendons.
Difficile donc d’admettre dans son « petit ego » que nous ne sommes que les instruments d’autres instruments au milieu d’un univers régit par des principes divins et parfaits aucours de millions d’années et sur des millions d’années lumières, alors qu’ils paraissent parfois si imparfaits dans l’instant présent, incarnés dans notre chair et notre vie du quotidien.
Encore plus difficle d’intégrer que parmi toutes ces inégalités et toutes ces forces qui se déchaînent, le premier artisan du petit monde qui nous entoure, dans notre petite vie, c’est nous même, face à la perfection d’un éternel qui nous parle tous les jours et que nous voulons, ou non écouter.
Pour conclure sur mes propres sentiments, à l’évidence Dieu est notre seul juge, rien n’arrive par hasard, le chemin vers la Jérusalem Céleste est long et délicat, autant en admirer les vallons, et champs fleuris en le traversant.
L’individu est ainsi fait, son ego le trahit en permanence, il préfère souvent pester sur le caillou sur lequel il vient de trébucher, alors que sa chute l’a amené vers une magnifique fleur en éveil, une fleur qui pourrait au contraire ravire ses sens, entretenir l’espoir, âme de la constance.
Chacun avance à son rythme, sur des milliers de niveaux spirituels différents. Mais j’ai la conviction que la vie ici bas n’est qu’un passage, d’autres niveaux nous attendent ensuite.
Plus près du Royaume de Dieu, là où « l’ego » et le « moi » auront fusionné pour redevenir une âme, le chemin continuera.