Rupture et continuité au 4ème degré

Auteur:

E∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

T F P et vous tous mes SS et mes FF Maîtres Secret.



J’ai mené cette réflexion sur le 4ème degré avec enthousiasme et curiosité, convaincue que la recherche de la Parole Perdue est un vrai travail intérieur et une grande aventure, bien au-delà de représenter « un devoir exigeant et impératif »…


J’ai senti ce 4ème degré comme une étape sur le chemin de la connaissance initiatique marquant une inflexion, une pause et même une nouvelle voie dans laquelle j’ai senti mes repères de Loge bleue presque complètement disparaître.



Alors qu’au 3ème degré, le rituel conte le meurtre d’Hiram, nous ne reparlons presque plus de la mort d’Hiram au 4ème degré, ni aux cours des travaux, ni dans l’instruction rituelle. A la fin de la cérémonie d’accession, seuls quelques mots sont prononcés par le TFP pour expliquer le contexte : « Vous avez vu notre Loge en deuil et les FF et les SS plongés dans la douleur que leur a causé la mort de notre Maître Hiram ».


Le Temple est décoré de tentures noires parsemées de larmes blanches. Les travaux de construction sont suspendus et les ouvriers portent le deuil du Maître assassiné. Ils sont parés d’un tablier à bordure noire désormais de soie et non plus de peau. On constate donc une situation de mise en place de nouveaux repères et l’émergence d’une démarche nouvelle. Nous faisons une pause comme celle de la batterie au 4ème degré où un arrêt silencieux se fait après les 6 premiers coups et avant le 7ème. Après le meurtre d’Hiram, nous sommes donc dans un travail de deuil préalable et nécessaire à toute poursuite des travaux.



Pourtant, on voit bien que le 3ème degré marque l’ouverture du cycle de la Loge de Perfection. En effet, au 3ème degré, le peuple d’Israël, construit un temple, un lieu spécifique où la communication avec la transcendance est établie, grâce à Salomon, Hiram, Hiram Abif triangulant la Parole dans le saint des saints. Un évènement catastrophique survient : le meurtre d’Hiram. La Parole est perdue, la relation directe avec « le Très Haut » est interrompue. Pour rétablir la liaison, au 4ème degré, il faut donner une autre orientation à la recherche, plus tournée vers l’intérieur de soi que vers l’œuvre collective. Il y a bien continuité dans l’objectif poursuivi, et rupture dans la voie suivie pour y parvenir.


Je vais essayer de vous expliquer ce qui pour moi a représenté continuité ou rupture dans ce grade.



D’emblée, j’ai été interrogative sur le remplacement du Vénérable Maître par le Trois Fois Puissant et sur la disposition du Temple très différente de la Loge Bleue.



J’ai été surprise par l’âge : 3 fois 27 ans accomplis. Pourquoi une multiplication au lieu d’un nombre ? Pourquoi 27 ? 3 fois 9 ou 3 fois 3 fois 3 ? donc 3 puissance 3 ?


Quel est le rapport avec le Trois Fois Puissant ?


Pourquoi ce grand âge de 81 ans soit 8+1 ? Pourquoi enfin « accomplis » ?


Si jusque là, l’âge apparaît en chiffre simple : 3, 5, 7 et plus, au grade de Maître Secret, le 9, chiffre de la Perfection n’apparaît que voilé, comme le Maître qui postule à ce grade. Tout se joue dans le secret. Le 9 de la Loge de Perfection s’appuie bien sur le 3 de la Loge bleue et il est associé à la couleur OR de l’étoile au centre du synthème, la couleur OR symbolisant aussi la Perfection.



Je remarque que trois candélabres à trois branches éclairent le Temple, ce qui représente en tout 9 Lumières…Déjà, au 3ème grade, 9 « étoiles » décorent le plateau du T R M.


9, c’est aussi la durée de la gestation humaine : 9 mois, c’est l’étape de la naissance. Quelle sera la naissance du Maître Secret ? Celle de l’ouverture des portes de son intérieur, grâce à la clé qui lui est confiée ? Naissance de l’ « Autre » en soi, naissance d’un Maître nouveau libre et autonome ?



Serait-on alors devant des larmes de souffrance d’un accouchement difficile ou des larmes de joie autour de la beauté d’une naissance?


J’ai été étonnée de l’heure du Maître Secret : « l’heure où l’éclat du jour a chassé les ténèbres et où la grande Lumière commence à paraître ». Au 3ème degré, on note déjà une évolution puisque les Vénérables Maîtres : « voyagent vers l’Orient au crépuscule ». Si on ne parle plus d’heures précises d’ouverture et de fermeture des Travaux : midi, minuit, c’est sûrement parce que le Maître Secret construit lui-même sa propre référence à l’ordre du monde et du temps. Chacun aura le temps dont il a besoin, temps variable, pour avancer dans sa recherche intérieure et s’élever vers une quête spirituelle sur le chemin de la Lumière. Ce temps nous est inconnu, il est donc secret pour soi mais l’est aussi pour les autres et marque une liberté totale de durée du cheminement.



On peut penser aussi que si le chemin de l’élévation a commencé au 3ème degré, il nous emmène au dessus de la surface de la terre là où aurore et crépuscule se confondent et se mêlent. La Lumière que recherche tout Maçon s’appréhende donc à plusieurs niveaux.


Ces dénominations en forme de métaphore, évoquent bien la continuité car elles désignent les mêmes réalités, (l’heure, l’âge, le temps), mais aussi la rupture, car elles les expriment différemment et traduisent la nécessité d’une autre voie.



J’ai été aussi intriguée et déstabilisée par l’absence de second Surveillant, autre élément marquant une rupture avec la Loge Bleue et la chambre du milieu. Plus de Surveillant … ou du moins, invisibilité … or même si l’invisibilité n’est pas l’absence, peut-on penser qu’est devenue inutile la présence de ceux qui en Loge Bleue s’assurent que tous les membres de l’Assemblée sont Maçons et sont gardiens de l’ordre sur les colonnes ?



Au 4ème degré, les surveillants ont disparu, remplacés par un Inspecteur Adoniram.


Ainsile triangle, le ternaire formée par les 3 Lumières a disparu… et est remplacé par un face à face entre le Trois Fois Puissant et l’Inspecteur comme si dans ce face à face, il se faisait écho et que cette résonance permette d’accroître la durée ou l’intensité des paroles échangées. Il n’y a plus de triangulation et le ternaire devient ici binaire traçant un nouvel axe de Salomon à Adoniram. Nous sommes bien ici sur un autre plan… avant un travail de reconstruction. J’interprète cette disposition, à la fois comme une continuité et une rupture. Continuité, parce que la disparition d’un maître d’œuvre, Hiram en l’occurrence, est résolue grâce à son remplacement par un autre maître d’œuvre aussi impliqué, Adoniram, responsable de la taille des pierres dans la carrière. Rupture, car le chantier étant arrêté par « l’accident », il est fait appel à celui qui est garant de la qualité des pierres fournies, pour en revérifier à posteriori, la conformité. La préoccupation majeure n’est plus le temple et sa fonction de liaison, mais, la recherche de défauts dans les pierres livrées. C’est l’examen en profondeur de chaque élément constitutif, qui permet d’expliquer l’échec de l’ensemble. D’où le face à face et non la triangulation.



Rupture évidente et surprenante qu’est le nouvel ordonnancement des plateaux :


Si l’Orateur et le Secrétaire sont maintenus à leur place bien qu’ils ne se trouvent plus à l’Orient, il n’y a d’ailleurs plus d’Orient… le Trésorier et l’Hospitalier voient leur plateau inversé, de même que sont inversés les plateaux des Maîtres de Cérémonie et de Grand Expert, chacun l’étant en miroir par rapport à la Loge Bleue. Peut-on penser que le 4ème degré serait le miroir de la démarche du 3ème degré ? Une sorte de chemin en symétrie ?


On constate aussi la présence de deux Couvreurs comme si l’ennemi pouvait encore sévir qu’il soit un dangereux meurtrier ou celui de nos passions conduisant à notre désordre intérieur… double renforcement… double protection … expression de la crainte et de l’âpreté de la démarche intérieure…



C’est bien de désordre dont il s’agit … désordre lié à l’absence du Maître mort, lié au bouleversement du chantier non terminé … comme si dans cette perte de repère, le Maître Secret était autorisé, voire contraint, avec prudence et retenue, à une pensée plus intime et personnelle, à une pensée libre et critique, à une autonomie dans son cheminement psychique de l’ordre au désordre, puis à une intériorisation d’un ordre nouveau. Depuis son passage au grade de Maître, il n’a d’ailleurs plus d’outil. C’est donc un véritable sens de l’adaptation à de l’immatériel qui lui sera nécessaire pour reconstruire son Temple intérieur. Les

Guides, 1er Surveillant et 2ème Surveillant, n’existent plus. Donc il faut un degré de lucidité plus élevé pour progresser avec comme seul fil conducteur le devoir que l’on pourrait qualifier de tuteur virtuel.


Il y a à ce grade, pour le Maître Secret, une notion d’inquiétude, de crainte comme dans tout moment de passage, la crainte de la perte des repères avant que ne se construisent d’autres repères intérieurs, la crainte du chaos du monde, de son esprit et de son cœur mais aussi la crainte de la mort prématurée puisque même l’homme juste, fidèle à son devoir jusqu’à lui sacrifier sa vie, a péri sous les coups des meurtriers envieux. L’accomplissement du devoir ne l’a donc en rien protégé de la mort mais l’y a au contraire entraîné. Le Maître Secret peut être désespéré, il n’a plus de protection, plus de repère, ce qui justifie les larmes versées. Il peut craindre aussi de ne pouvoir achever l’œuvre et n’avoir pas la satisfaction du devoir accompli, alors qu’au degré de Maît, la réussite était proche.



Le caractère de la perte liée au 4ème est bien mis en lumière par le détail caractéristique suivant : au cours de l’élévation au 4ème degré, on enlève au récipiendaire son cordon et son tablier de Maître, c’est le dépouillement des décors comme l’a été celui des métaux au moment de l’initiation. Tel la mue chez certains animaux invertébrés à certaines époques de l’année, un autre cycle de vie commence. De la même manière, au début de la cérémonie d’élévation au 3ème degré, le Vénérable Maître Grand Expert retire au futur Maître son tablier et ses gants pour vérifier qu’ils ne comportent aucune tache.



La continuité au 4ème est donc bien représentée par le dépouillement du tablier et la rupture par la conservation des gants puisqu’il n’y a plus suspicion de participation au meurtre et que l’intention du Maître est devenue pure. Les gants sont donc laissés au futur Maître Secret.


On lui enseigne le signe du secret, et au travers de plusieurs voyages, on lui fait recommencer son instruction Maçonnique à un degré supérieur. Alors, la corde au cou et un flambeau à la main, il part à la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue alors que retentit au travers du Saint des Saints de lancinants appels au devoir… Il reçoit alors une couronne de laurier et d’olivier, seule marque d’espérance de son succès futur. On voit bien la continuité des symboles végétaux aux quatre premiers grades : après la grenade et l’acacia de la Loge Bleue, le laurier et l’olivier appuient sa nouvelle progression en Loge de Perfection.


Il reçoit la clef du mystère. Au cours de la cérémonie au 3ème degré, le Maître Hiram porte un bijou autour du cou, insigne de sa fonction, et il jette le bijou afin que le secret ne soit pas dévoilé… Il n’en a donc plus. Il n’a plus accès à la Parole.


Lors de l’accession au 4ème, Le Maître Secret reçoit de nouveau un bijou, la clé d’ivoire avec un Z au bout de son sautoir, bijou qu’il porte près de son cœur, à la porte de son intérieur … prêt à l’ouverture immatérielle des portes de son inconscient qui l’aidera à retrouver l’Unité. C’est désormais sa démarche. Mais saura-t-il un jour en ouvrir la porte ?


On voit bien là encore,la continuité avec le 3ème degré, le bijou ayant la même signification symbolique d’ouverture et d’accès à la communication privilégiée avec la Transcendance ou la conscience de son for intérieur.



Dans ce désordre : perte de repères dans le temps, dans l’espace, le changement de plan, la mort du Maître en ce qu’il représente le père, nous conduit à une perte de repère intérieur. Associée à l’absence du second Surveillant, cette disparition nous renvoie à une réflexion sur la solitude, l’absence et la mort. C’est une véritable étape de dépression que connaît le Maître Secret. Si cette prise de conscience d’un état autre, nous fait vivre du manque, du vide, elle nous conduit aussi à la liberté et à la force de poursuivre notre construction intérieure. Le travail de deuil se fait, il fait vivre de l’ « Autre » en soi et c’est en l’associant à la fois aux sentences moralisatrices, à la fois à l’intégration du silence et du secret que se construira le Maître Secret avec une nouvelle force intérieure, celle de la force de la vie. 


Ce sentiment de dépression est d’ailleurs accentué par l’annonce faite par le Trois Fois Puissant dès le début de la cérémonie d’accession : « ce que vous avez déjà appris à ce jour en Maçonnerie est peu de chose à côté de ce que vous pouvez encore apprendre »… Inutile de se bercer d’illusion … notre chemin d’apprenant s’infléchit, devient plus ardu et demandera encore plus d’effort …



Si au 3ème degré, la promesse de la « méditation sur le mythe d’Hiram » peut sembler suffisante pour en pénétrer le sens profond, au 4ème degré, seule l’utilisation de la clé permet l’ouverture de la porte sur de l’immatériel, du profond, de l’intime.


Lors de la cérémonie de passage au 4ème degré, le Maître Secret entend : « Vous étiez dans l’obscurité, nous vous rendons la Lumière et vous mettons sur le chemin du devoir ». Pourtant au 3ème degré quand le Maître a été retrouvé, avec lui est reparu la Lumière, mais la Lumière n’était pas en lui. Le verbe « rendre » est clair : le candidat cachait en lui un éclat de Lumière et ne le savait pas puisqu’il était dans l’obscurité en lui-même.



Si au 3ème degré, le maît est avec les autres sur le chantier, au 4ème grade, cette révélation nous fait prendre conscience de la solitude qu’elle engendre, solitude de la quête intérieure, solitude face à lui-même dans la quête spirituelle sur la route du devoir, solitude dans cette « respectable assemblée de Maîtres secrets » avec qui chacun fait solennellement et sincèrement alliance.


Au 4ème degré, il n’y a plus de mise à l’ordre physique, plus de gorge coupée… plus de corps séparé en deux comme au 3ème degré. Seule la corde à nœud coulant passée autour du cou au cours des voyages ramène, le corps et la tête lieu de la perception spirituelle, dans le vrai chemin …Il y a régulation et non élimination. Contrairement au grade précédent, c’est une formidable liberté qui est atteinte. L’éthique du Maçon, sa générosité, sa rigueur, sa loyauté, sa tolérance ne sont pas le résultat d’une pression extérieure comme la menace du châtiment, mais le déploiement d’une libre et authentique volonté intérieure. Il découvre une cohérence dans l’organisation de son existence, dans le lien entre son désir et son action. C’est lui qui gère sa pensée, ses paroles et ses actes.


L’apposition du sceau de Salomon sur les lèvres du récipiendaire introduit le signe des 2 premiers doigts de la main apposés sur la bouche, signe volontaire du Maître Secret, signe de maîtrise et de détermination, de fermeture mais aussi d’ouverture.


C’est tout le travail au 4ème degré, glorifié depuis le grade de Compagnon mais qui devient maintenant un devoir, devoir pour soi mais aussi devoir pour les autres.


On peut dire qu’il devient lui-même responsable en passant du « je » au « nous ».


Il ne s’agit plus de tailler sa pierre mais de développer une pensée personnelle et critique dans une intégration de la pensée symbolique qui a été au centre de notre démarche dans les 3 premiers degrés.


D’ailleurs la corde à nœud coulant passé autour du cou du Maître les reliant aux uns et aux autres au cours des voyages d’accession au 4ème, permet de prendre conscience que le chemin ne peut plus être individuel et qu’il est nécessaire de s’accorder au rythme de l’autre, au rythme de l’Univers entier.



Nous sommes dans la considération pour les autres et l’accomplissement du devoir : justice, prudence, tempérance ne nous laisse espérer d’autre récompense que la satisfaction de la conscience.


Au 4ème degré, dans l’exhortation à l’amour du devoir et de la justice, il n’est même plus question du mythe d’Hiram, de la recherche du cadavre, du Maître, de la découverte du rameau d’acacia, symbole d’immortalité… C’est dans l’intériorisation du devoir qu’on assistera à l’extériorisation du spirituel naissant, de la raison à la résonance.


On voit aussi dans les trois premiers degrés la notion de devoir omniprésente mais il s’agit des devoirs au sens moralisateur ou philosophique et non du Devoir celui de la recherche de la Lumière, le Devoir fondamental dans toute progression initiatique.


Au 3ème degré, le Maître a vécu la perte de la Parole dans une certaine inconscience. Il n’a pas réalisé le bouleversement provoqué par la situation de deuil et la nécessité de retirer le voile et descendre en soi dans une quête intérieure vers l’essence de son être.



J’ai vécu ce passage au 4ème degré comme une véritable rupture par rapport au 3ème degré. C’est en travaillant au plus près du rituel que je réalise qu’il n’est en fait qu’une continuité, un approfondissement, un autre regard porté sur la quête intérieure.


La compréhension et l’intégration de ma démarche en Loge de Perfection se fait lentement car il y a à la fois continuité et rupture, continuité sur le fond : il s’agit d’approfondir la Maîtrise et rupture sur la forme car la méthode de travail est différente.


Je suis désormais plus consciente que la progression sur le chemin initiatique n’est pas seulement linéaire ou labyrinthique, mais multiforme.



J’ai dit T F P

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