La Clé
Non communiqué
Lors de son initiation au 4ème degré, le néophyte qui tient la lumière de sa main gauche, prononce son serment sur la Constitution et la clef. Puis, le nouveau Maître Secret reçoit un cordon où est accrochée une clef d’ivoire portant sur son paneton la lettre Z, initiale du mot de passe ZIZA.
Cette clef, instrument et expression si communément utilisée dans le monde profane, apparaît ici au tout premier plan des symboles de ce grade.
La clef en effet, présente le double rôle d’ouverture et de fermeture, d’initiation et de discrimination, de protection mais aussi de soumission :
– la clef en musique, ouvre une portée musicale et donne la tonalité.
– en signe d’allégeance, les vaincus remettaient la clef au vainqueur.
– en architecture, la clef de voûte est une pièce d’une importance extrême, puisqu’elle ferme la voûte mais lui donne aussi sa solidité.
– le mot-clé ou le code-clé en bureautique permet l’accès direct à une information mémorisée.
– dans la Bible, le Christ dit à Pierre : » Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux » – Mat. 16-19, donc le pouvoir d’admettre ou d’exclure qui il jugera bon.
Le Pape a hérité de ce pouvoir, deux clefs l’une d’or, l’autre d’argent figurent sur ses armoiries, emblème qui appartenait auparavant au dieu romain Janus, qui ouvre les portes solsticiales et considéré comme le gardien des portes. Comme Jean le Baptiste qui « baptise d’eau » est le gardien de la « Porte des Hommes » et Jean 1’Evangéliste le gardien de la « Porte des Dieux ».
D’autres passages de la Bible parlent de la clef, en particulier dans l’Apocalypse de Jean. Et nos contes populaires qui sont les dépositaires et les véhicules d’un enseignement très ancien et profond parlent aussi de clef, soit sous forme d’objet, comme dans « Barbe bleue », soit sous forme de mot magique dans « Ali Baba ». La croix ansée d’Isis pourrait aussi être considérée comme une clef, la clef des mystères initiatiques, puisque cette déesse détient le secret de la vie, de la mort et de la résurrection.
Mais la clef du Maître Secret est une clef d’ivoire, blanche. Nous savons que le blanc est le symbole de la pureté, couleur initiatrice et couleur de la révélation, c’est aussi la couleur de la sagesse. L’ivoire est une matière noble, quasi incassable et incorruptible.
Notre clef d’ivoire sera donc une clef ésotérique qui ouvre le chemin de l’échelle initiatique et permet d’accéder au Saint des Saints, où repose le coeur d’Hiram. L’on peut considérer que lors de notre entrée en Franc Maçonnerie, et en particulier le jour de l’Initiation, le passage dans le Cabinet de Réflexion avec ses maximes : »Connais-toi toi même » – V.I.T.R.I.O.L., représentent une première clef qu’il faudra savoir méditer et utiliser. D’ailleurs, au cours de l’Initiation au 4ème degré, ne prononce-t-on pas d’autres maximes ? Par son travail sur lui-même, l’initié va atteindre la maîtrise de soi, prendre conscience de son devoir, de sa responsabilité, vaincre ses défauts et pouvoir continuer ainsi sur le chemin de la vérité.
Une autre clef symbolique donnée avec l’enseignement maçonnique, la proposition de la Table d’Emeraude : »Ce qui est en bas égale ce qui est en haut pour l’accomplissement de la chose unique ». Puis, Maître Secret, voilà une 3e clef, celle qui livre le passage du Saint des Saints. Mais ce Saint des Saints n’est-il pas dans l’Homme ? N’est-il pas dit dans le rituel : « la lumière que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement… » Cette parcelle de lumière emprisonnée dans les corps et qui devra faire sa remontée spirituelle ? A chacun donc de travailler sur soi pour mieux se connaître et ainsi connaître et aimer les autres. Ces bonshommes de nos régions, au 12ème et 13ème siècle, ne parlaient-ils pas du « tissage du corps de Lumière » ?
Et comment ne pas penser sur le plan humain, à l’arbre de vie, Arbre de la Connaissance du bien et du mal, qui nous est parvenu sous la forme de l’arbre des Séphiroth ?
Cet arbre composé de dix séphiroth se déploie suivant une hiérarchie de 3 triades, de Kéthèr à Malkuth et présente un triangle supérieur suivi de deux triangles inversés. Sur le schéma corporel, cette colonne du milieu Kéthèr – Malkuth est représentée par la colonne vertébrale, sur elle s’appuient : la tête, lé plexus solaire et le plexus uro-génital.
– La tête correspond au triangle supérieur ; elle symbolise le Divin en l’homme « et par sa forme d’oeuf, elle peut représenter la matrice de l’être divinisé.
– Le plexus solaire correspond au premier triangle inversé. Il est le reflet de la tête et le siège de l’être spirituel.
Entre ces deux triangles (tête – poitrine) se dresse le cou, avec de part et d’autre, les clavicules ou petites clefs. S’il y a rupture de communication entre la tête et la poitrine, Tipheret, la Beauté, le Coeur, ne peut plus refléter Kéthèr et se nourrit du second triangle inversé, devenant la proie des passions. Le plexus uro-génital correspond à ce second triangle inversé. Il est la nuit de l’ignorance, mais aussi le réceptacle de la toute première gestation de l’homme en marche vers son devenir, la matrice de l’Etre spirituel.
L’homme ne peut donc entreprendre son ascension vers Tipheret, le plexus solaire, qu’après avoir pris conscience de l’existence de son moi. Le Conte de la Belle au bois dormant nous le dit bien ; la Belle qui dort c’est Tipheret, la Beauté, le soleil dé l’Etre, qui ne saurait briller avant que l’homme ne fasse ascension, avant qu’il n’ait pris conscience de l’existence de la Princesse, son être spirituel. Le Conte ajoute : » c’est tout brûlant d’amour que le Prince vient déposer sur les lèvres de la Belle le baiser qui l’éveille et réveille toute la maisonnée ». Le baiser, c’est l’éveil de l’Etre, mais aussi des Règnes qui attendent le réveil de l’Humanité.
L’Homme ne pourra passer la Porte (la « Porte des Hommes ») que dans la connaissance, sous l’impulsion de l’Amour et ce n’est qu’après de nombreuses victoires sur lui-même qu’il pourra remonter sa colonne du milieu, son échelle, son squelette et atteindre les clavicules qui représentent au niveau de la gorge, organe du Verbe, les clefs de la « Porte des Dieux ».
Sur le plan humain, les clavicules se prolongent par les bras, puis les mains. Le mot hébreu Yada, connaissance est construit sur la racine Yad qui signifie main, à laquelle s’ajoute la lettre Ayin qui veut dire oeil. Vision et toucher mènent à la Connaissance, à l’Amour.
L’hiéroglyphe égyptien duquel le signe oeil tire sa figuration, représente une flèche transperçant une peau d’animal. Dans cette perspective, l’oeil peut être identifié à la flèche qui traverse notre « tunique de peau » et lui assure la vision du monde divin. Cette flèche est à rapprocher de la flèche Zaïn quisignifie arme divine. Ce Z qui apparaît sur le paneton de la clef du cordon du Maître Secret rappelle Ziza, dont le sens serait splendeur ou resplendir qui nous ramène à la Lumière (éclat de Lumière), à la Connaissance.
Nous trouvons aussi la transmission de cette Lumière divine au travers des Hiérarchies spirituelles de la Gnose. Tout en haut de l’échelle :
– la première triade entoure le Trône céleste, le Saint des Saints, armée de l’épée flamboyante, porteuse du Verbe. Cette première triade est composée par les Séraphins, les Chérubins et les Trônes.
– la seconde triade comprend : les Vertus, les Dominations et les Puissances. Elle reçoit la lumière de la première triade et s’identifie au premier triangle inversé de l’Arbre des Séphiroth. Elle ordonne les nombres et les revêt de beauté.
– la troisième triade comprend : les principautés, les Archanges et les Anges, elle guide, commande et forge le destin des hommes qui appartiennent tout comme les animaux et les végétaux à la 10eme hiérarchie.
Cette descente dans la matière est inséparable de la remontée, ce que semble traduire la corde au cou du Maître, la cordelette des Bonshommes, ou la corde d’argent qui désigne la voie sacrée et relie l’homme à l’essence universelle.
Ainsi, cette clef d’ivoire, bijou du Maître Secret, apparaît comme un symbole d’une richesse infinie.
Symbole de discrétion, il représente sur le plan matériel, de par son paneton qui fait tourner la serrure, un principe actif ; la volonté de l’initié de persévérer sur le chemin de la Connaissance et passer la Porte.
Mais pour passer cette Porte, la clef est en ivoire, matière qui exprime symboliquement des idées de pureté, de vérité et d’imputrescibilité. Car si le blanc exprime l’unité et la divinité, s’il est la couleur de la sagesse, il traduit en même temps des idées de conscience morale, de pureté également et d’intégrité.
L’ivoire blanc, exprime aussi l’idée de régénération. La tradition qui consiste à envelopper les morts dans des linceuls blancs, qui nous vient des égyptiens, ne signifie-t-elle pas que la mort délivre l’âme du corps, sépare ce qui est clair de ce qui est obscur, ce qui est matériel de ce qui est immatériel ?
L’âme symbolisée par une colombe, oiseau blanc, va rejoindre dans l’Ether, son élément originel.
J’ai dit.
Adonir P BAT