Le M S décide par lui-même de ses opinions et de ses actions
P∴ M∴
Sans doute que les fondateurs du R E A A ont voulu
faire référence au message d’Abraham en
rédigeant le rituel d’initiation de M S.
En effet, le père d’Abraham était un
riche commerçant qui vendait des idoles. Pour Abraham la
voie de la facilité était toute
tracée : comme son père il vendait des
idoles.
Mais un jour, il entendit une voix qui lui
dit : « Tout cela ne
vaut rien – il y a autre chose – Pars et cherche ».
Abraham détruit les idoles qu’il
était censé vendre, se mit à dos par
la même occasion toute sa communauté puis il
partit seul sur son chameau dans le désert.
Ces idoles, qu’il aurait du vendre, symbolisent les
préjugés et les stéréotypes
du conformisme de la pensée humaine dont le M S est
sensé s’être
débarrassé.
La maîtrise de sa pensée conditionnant les actions
qui en découlent.
Au cours de la réception de M S nous
pouvons entendre par la bouche du T F P M :
« Mes FF,
la F M
vous a fait sortir du monde de l’ignorance, des
préjugés et des superstitions. Elle vous a
tiré de la servitude de l’erreur. Vous ne vous
forgerez pas d’idoles humaines pour agir
aveuglément sous leur impulsion mais vous déciderez
par vous-même de vos opinions et de vos actions.
Vous ne prendrez pas les mots pour des idées
et vous vous efforcerez toujours de découvrir
l’idée sous le symbole.
Vous n’accepterez aucune idée que
vous ne compreniez et ne jugiez vraie ».
Nous pouvons entendre également :
« C’est pour cela que vous devez
à vos FF
aînés confiance et défiance sans
jamais pourtant aliéner votre liberté de jugement».
Enfin :
« Les préjugés, les
passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre
l’homme et la Vérité ».
Le rituel d’initiation est donc un rituel de libération, le moyen d’y arriver c’est nous-même : nous avons le pouvoir de vouloir ou non aller au fond de nous-même et d’y trouver ce qui y est enfoui et qui a fait ce que nous sommes.
La clef d’Ivoire et la recherche de la Parole
perdue sont principes de nous-même et peuvent nous permettre
d’ouvrir notre Saint des Saints pour devenir ce que nous
devons être : on ne naît pas avare ou
généreux, courageux ou couard, on le devient.
Alors, comment se libérer si nous sommes toujours sous
influence (famille, culture, travail etc.) ?
Influences qui d’ailleurs ne sont pas toujours
forcément mauvaises. Il n’y a pas que les mauvais
compagnons ! en nous-même et autour de nous.
J’ai une réponse à vous proposer sur la
manière de vivre et d’agir qui m’est
venue à partir d’un passage du roman
d’André Gide : « Les
caves du Vatican ».
Nous sommes donc comme Lafcadio dans un train en mouvement qui
symbolise la vie. Lafcadio qui cherche à se
libérer va commettre un acte gratuit, condamnable,
censé le libérer.
Evidemment, il se trompe.
Le roman Les Caves du Vatican d’André Gide expose avec humour un immoralisme sensuel. Lafcadio, le héros du roman, est assis en face d’Amédée Fleurissoire dans le compartiment d’un train. Il décide de commettre un acte purement gratuit en précipitant ce « petit vieux » dans le vide.
Fleurissoire, occupé à son nouveau
faux col, avait mis bas sa veste pour pouvoir le boutonner plus
aisément; mais le madapolam empesé, dur
comme du carton, résistait à tous ses efforts.
– Il n’a pas l’air heureux, reprenait à part soi Lafcadio.
II doit souffrir d’une fistule, ou de quelque affection
cachée. L’aiderai-je ! Il n’y parviendra pas tout seul…
Si pourtant ! le col enfin admit le bouton. Fleurissoire reprit alors,
sur le coussin où il l’avait posée
près de son chapeau, de sa veste et de ses manchettes, sa
cravate et, s’approchant de la portière, chercha comme
Narcisse sur l’onde, sur la vitre, à distinguer du paysage
son reflet:
– Il n’y voit pas assez.
Lafcadio redonna de la lumière. Le train
longeait alors un talus, qu’on voyait à travers la vitre,
éclairé par cette lumière de chaque
compartiment projetée ; cela formait une suite de
carrés clairs qui dansaient le long de la voie et se
déformaient tour à tour selon chaque accident du
terrain. On apercevait au milieu de l’un d’eux, danser l’ombre falote
de Fleurissoire ; les autres carrés étaient
vides. […]
– Un crime immotivé, continuait Lafcadio : quel embarras
pour la police ! Au demeurant,-sur ce sacré talus
n’importe qui peut, d’un compartiment voisin, remarquer qu’une
portière s’ouvre, et voir l’ombre du Chinois cabrioler. Du
moins les rideaux du couloir sont tirés… Ce n’est pas tant
des événements que j’ai curiosité, que
de moi-même. Tel se croit capable de tout, qui, devant que
d’agir, recule… Qu’il y a loin, entre l’imagination et le fait !…
Et pas plus le droit de reprendre son coup qu’aux échecs.
Bah ! qui prévoirait tous les risques, le jeu perdrait tout
intérêt !… Entre l’imagination d’un fait et…
Tiens ! le talus cesse. Nous sommes sur un pont, je crois ; une
rivière…
Sur le fond de la vitre, à présent
noire, les reflets apparaissaient plus clairement, Fleurissoire se
pencha pour rectifier la position de sa cravate.
– Là, sous ma main, cette double fermeture – tandis qu’il
est distrait et regarde au loin devant lui – joue, ma foi !
plus aisément encore qu’on eût cru. Si je puis
compter jusqu’à douze, sans me presser, avant de voir dans
la campagne quelque feu, le tapir est sauvé. Je commence :
Une ; deux ; trois ; quatre ; (lentement
! lentement !) cinq ; six ; sept ; huit ; neuf… Dix, un
feu…
Fleurissoire ne poussa pas un cri.
André Gide, Les Caves du Vatican, Livre de poche, p. 197 sq.
(Gallimard)-
Analysons ce texte.
1 – Pourquoi, en voyant Fleurissoire, germe dans
l’esprit de Lafcadio l’idée de commettre
un meurtre ?
Dans son inconscient Fleurissoire n’est-il pas la part de
lui-même qu’il n’aime pas ?
2 – Le meurtre fait braver la morale à
Lafcadio : aucun groupe humain n’admet le meurtre
gratuit. Ce que fait Lafcadio est mal et il le sait très
bien.
3 – Lafcadio s’affranchit de l’Ordre et
de la Justice : il se dit en lui-même :
« Un crime immotivé :
quel embarras pour la police ? ».
4 – Il défie également le pouvoir
religieux : il se rend à Rome siège du
Vatican. Les 12 éclairs représentent les 12
apôtres. Il tue au 10ème éclair comme
les 10 commandements. Il brave un des dix commandements :
« Tu ne tueras point ».
Lafcadio n’est donc pas du tout libre comme ne l’est pas non plus André Gide : ne dit-il pas « Voir l’ombre du chinois cabrioler » et de conclure « Fleurissoire ne poussa pas un cri ». Sous entendu tous les chinois sont fatalistes et acceptent leur sort sans broncher.
Ainsi, nous sommes tous comme Lafcadio, toujours sous
influence si ce n’est que nous ne commettons pas de meurtre
gratuit.
Il nous fait donc agir en se trompant peu et ne pas avoir à
regretter nos actions.
De ce récit j’en retire que pour agir le moins mal
possible, il faut s’en tenir à
l’idée de Justice.
En effet, dans nos civilisations, nous n’acceptons pas comme
peuvent le faire les hindous de voir mourir autour de nous sans
réagir et nous ne pensons pas que cela est dans le cours
normal des choses. Nous ne sommes pas des fatalistes.
C’est pour cela que dans nos sociétés se sont mis en place progressivement tous les moyens nécessaires de lutte contre les injustices par l’élaboration des lois morales d’abord, puis civiques.
Nous sommes donc acteurs d’un monde
déterminé, et la clef nous a peut être
été donnée au soir de notre
initiation :
« Ne fais pas à autrui ce que
tu ne voudrais pas qui te fut fait à toi-même ».
Et sa réciproque :
« Fais aux autres tout le bien
qu’ils pourraient te faire à toi-même ».
Ainsi à défaut de trouver la Vérité dans nous-même, dont le centre est dans l’Univers qui nous entoure, nous aurons au moins la satisfaction de ne pas avoir fait le mal autour de nous.
J’ai dit