Des commandements divins aux commandements du 4ème Degré

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Ordo ab Chao
Trois fois Puissant M, et vous tous mes Frères.



Lors de l’élévation de salaires au grade de Maîtres Secret j’ai été frappé par les phrases, proférées par le Trois fois Puissant Maître et les Frères Inspecteurs, et qui scandent les voyages des M bleus. J’ai cherché d’où venait ce sentiment de déjà entendu. J’ai fini par réaliser que j’établissais un rapport entre ces sentences (c’est ainsi que je les nommerai dans la suite de cette planche), et les dix Commandements ou plus exactement traduits par les dix Paroles.
Le Rite de Perfection de Franken est à l’origine du REAA ; il date de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le rituel de Maître Secret de ce rite plaçait le déroulement de l’élévation du Maître bleu dans le Debir et ce n’est que relativement récemment que le M Secret est passé dans le Heykhal. Dans son instruction il est dit, je cite :

 « – Qu’avez-vous vu dans le Saint des Saints ?
– L’Arche d’Alliance, le Chandelier d’or à sept branches, et la Table des pains de proposition…
– Que contenait l’Arche ?
– Le témoignage que Dieu avait donné à Moïse, et les deux Tables de la Loi.
– Que contenait les deux Tables et de quelle matière étaient-elles faites ?
– Elles étaient faites de marbre blanc. Elles contenaient les Dix Commandements que Dieu avait dicté à Moïse, en Hébreu, et ils se répartissaient ainsi : sur la première Table, les quatre premiers, concernant nos devoirs envers Dieu, sur la seconde les six autres, concernant nos devoirs envers l’Homme.
 »

Il est donc évident que le quatrième grade est placé sous le signe de la Révélation. Même si ultérieurement le texte a été modifié, nous pouvons penser que l’esprit, lui, n’a pas changé. D’une manière où d’une autre on doit retrouver dans la version actuelle des rituels un rappel des Tables de la Loi et des Dix Paroles.

Et précisément, je prétends qu’on retrouve dans les sentences un rappel des dix Paroles, parfois tellement proche, que l’on comprend qu’il s’agit simplement d’une transposition maçonnique, –c’est cela qui avait attiré mon attention– parfois de façon plus lointaine; il faut alors prendre le temps de la réflexion.

Je vous propose de vérifier la coïncidence ainsi mise à jour. A cette fin je vous ai fait remettre un texte avec les dix paroles et les dix sentences du Maître Secret, pour ne pas perdre de temps.

1/ Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage.
1/ La F M vous a fait sortir du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle vous a tiré de la servitude de l’erreur.
Il y a là peu à dire, la seconde phrase est manifestement calquée sur la première, l’Egypte est le pays de l’ignorance, des préjugés, des superstitions qui nous tiennent en esclavage. Simplement il faut raison garder et bien comprendre que la F M n’est pas l’Éternel. Elle n’est qu’une construction humaine, une tentative pour vivre selon la Parole du G A D l’U.

2/ Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi. Tu ne te feras pas d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne les adoreras point ; car moi l’Eternel, ton Dieu, je suis un dieu jaloux, je poursuis le crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération pour ceux qui m’offensent, et j’étends ma bienveillance à la millième pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements.
2/ Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leurs impulsions, mais vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions.
Là encore le parallélisme est évident, le seul commentaire concerne la formule « idoles humaines » qui paraît être un pléonasme, l’idole étant par définition une création humaine. Pourtant on comprend bien l’intention qui est de mettre en garde à la fois contre les faux dieux, créés par l’Homme et contre les maîtres à penser de tous poils : dictateurs, tyrans, gourous, etc. Suivre les règles de la Franc-Maçonnerie garantit contre ces dérives, tout comme l’unicité de Dieu préserve du culte des idoles.

3/ Tu n’invoqueras point le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain ; car l’Eternel ne laisse pas impuni celui qui invoque Son Nom en vain.
3/ Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole.
Invoquer un nom n’est jamais que proférer un son, car bien souvent on ne pense pas vraiment. Certaines paroles sont du domaine de l’automatique, du tic verbal. Pourtant derrière le son, l’idée est présente, par delà le nom de l’Éternel on peut trouver Dieu…si on le cherche! Si l’on y pense. Ceci nous apprend que le mot n’est pas l’idée ; comme on a dit, la carte n’est pas le territoire, il faut chercher le signifié derrière le signifiant. L’idée sous le symbole. Et il y a bien une punition à ne pas chercher l’idée sous le symbole, qui est de succomber aux sirènes des discours, à l’ivresse des mots.

4/ Souviens-toi du jour du shabbat pour le sanctifier. Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de tes affaires ; mais le septième est la trêve de l’Éternel ton Dieu – tu n’y feras aucun travail, toi ton fils ou ta fille, ton esclave, ta servante, ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes murs. Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, et Il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du chabbat et l’a sanctifié.
4/ Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie. Il faut ici s’interroger sur le rôle ou la fonction du Sabbat. Comme l’indique cette Parole c’est un jour de repos ; de repos pour tous. Il est dit aussi que ce jour doit être sanctifié. Comment sanctifier un jour ? Par la réflexion sur ce qui a été fait, sur ce qui a été dit. Ainsi le retour sur soi-même permet de remettre en question les idées qui ont été proposées (ou imposées) et d’émettre un jugement sur notre vérité à ce moment, car bien sur la Vérité avec majuscule nous est inaccessible.

5/ Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.
5/ Ne vous payez pas de mots, n’accordez à qui que ce soit une confiance aveugle, mais écoutez tous les hommes avec déférence. Ayez la ferme résolution de les comprendre.
On se doit d’honorer les auteurs de notre existence. Les rabbins, dans leurs commentaires, insistent sur le fait que ceci est valable même lorsqu’on se rend compte que les parents, père ou mère, sont dans l’erreur. Les parents sont susceptibles de fautes On doit les honorer, mais ne pas les suivre aveuglément. Cela reste valable au-delà du cercle familial proche, car si les parents sont ceux à qui nous devons directement notre existence, les autres humains sont ceux qui rendent possible notre vie en société. Il faut donc, tout en accordant notre déférence, décider par soi-même. Ne pas se payer de mots.

6/ Tu ne tueras point.
6/ Respectez toutes les opinions, mais ne les acceptez pour justes que si elles vous apparaissent comme telles après les avoir examinées.
Nous sommes un peu dans la même perspective que précédemment, mais on considère ici les conséquences. Si l’on n’accepte pas toutes les opinions, le respect est du, ne pas respecter c’est quelque part tuer, au moins intellectuellement, celui avec lequel on n’est pas d’accord. L’irrespect peut mener à la dérision, et celle-ci peut conduire celui qui en est la victime à se sentir très mal, ridicule même, ce qui revient à une sorte de mort devant les autres : « le ridicule tue » dit-on. L’opinion non respectée amène à systématiquement déconsidérer son auteur, qui par la suite, même s’il énonce des choses justes, ne les verra pas examinées de manière impartiale.

7/ Tu ne commettras point d’adultère.
7/ Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines.
La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain ; il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais.
Dans la mesure où la Vérité est inaccessible, faire semblant de croire, ou croire, que les mots l’expriment, c’est non seulement tromper les autres et se tromper, mais c’est aussi tromper la Vérité, qui n’est jamais qu’un des aspects du Grand Architecte de l’Univers. Il en est de même pour l’adultère qui au-delà de la tromperie d’un être par autre, est une tromperie par rapport à Dieu devant qui un engagement fut pris.
Je remarque que le législateur vient d’abolir de facto la notion d’adultère dans les mariages civils en supprimant la notion de faute : le divorce pour faute vient d’être supprimé. Il est bien évident que croire détenir la Vérité absolue est une faute lourde, capable de mener à des catastrophes. Profaner la Vérité, et commettre l’adultère sont donc deux choses équivalentes.

8/ Tu ne voleras point.
8/ Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité.
Le désir est ce qui nous pousse à être plus et mieux demain. Voler c’est s’approprier le bien d’autrui, pour satisfaire ce désir Mais au-delà c’est aussi confondre l’être et l’avoir; le voleur confond ce qu’il est et ce qu’il possède. Ce faisant, il s’attribue une place indue dans la société, dans le monde. Il se place à un endroit qui n’est pas « juste » Le Trois fois Puissant Maître ; nous rappelle qu’il faut savoir garder la notion de notre place dans l’univers et dans le monde. Nous rejoignons Pascal qui définit l’homme comme infiniment petit dans l’univers, mais infiniment grand en ce qu’il se sait infiniment petit. Le voleur est celui qui ne connaît pas sa place, et qui doit la chercher au détriment d’autrui.
Il ne s’agit en aucun cas de considérer, comme dans certaines philosophies ou religion, que nous ne devons pas évoluer, ou que nous devons rester à « notre place », celle que Dieu ou le destin nous aurait donné une fois pour toutes, mais il s’agit de comprendre que la place se gagne par un effort personnel, fruit d’un long travail. C’est le Devoir, ce qui ne saurait surprendre le Maître Secret.

9/ Tu ne rendras point contre ton prochain un faux témoignage.
9/ Il n’y a de réellement admirable que la Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble, et chaque chose dans son détail. Ne pas reconnaître la grandeur de la Loi Universelle, c’est rendre un faux témoignage contre l’ouvre du Grand Architecte ; c’est induire son Frère en erreur. Plus profondément il faut comprendre que le témoignage n’a de sens que par rapport à une loi, serait-elle tacite. Or la loi doit être étudiée et creusée, et cela mène naturellement à la Loi Universelle.

10/ Tu ne convoiteras pas la maison de ton voisin. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni sa servante, ni son bouf ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain.
10/ Ce que la FM vous demande c’est d’aimer la justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cour et de toute votre âme.
Pour la dernière Parole on retrouve de nouveau l’évidence directe. Ne pas convoiter c’est aimer la justice. Il n’est besoin d’aucun autre commentaire.
Pourtant il faut remarquer que les Dix Paroles débutent par « Je » et s’achèvent par le mot « prochain ». Elles nous invitent donc à un voyage entre le « Je » et le « Il ». Il faut noter également que le prochain, est une forme particulière de l’autre ; forme apprivoisée en quelque sorte. L’Hébreu le marque particulièrement car « prochain » et « mal », reou et raa, proviennent de la même racine « ra » qui nomme l’instabilité, le vacillement. Ce qui transforme l’autre, le mal, en prochain, c’est la Justice. Celle qui est rendue à l’autre, celle qui nous guide, afin de ne pas faire le mal.

Au terme de cette comparaison quelle conclusion peut-on tirer ?
Comme les Dix Paroles marquent un commencement, ou peut-être plus exactement un nouveau départ (de la Loi de Noé à celle de Moïse), de même l’initiation au quatrième degré, marque également un nouveau départ. Au-delà du fait que c’est administrativement le premier des grades de Perfection, il y a nouveau départ, car le Maître Secret est une transposition du Grade de Maître bleu ; tous deux ne passent-ils pas de l’équerre au compas. Mais chacun dans un registre qui lui est propre.

Surtout les Dix Commandements sont une mise en ordre du monde, tant sur le plan des rapports avec Dieu, que sur le plan des rapports inter-humains. De même, les dix préceptes du Trois fois Puissant Maître sont une mise en ordre de la vie maçonnique. Et on retrouve la même division en deux groupes, signalés par le rituel ancien : quatre premiers Commandements pour les devoirs envers Dieu, quatre préceptes pour les rapports généraux maçonniques, six Commandements pour les devoirs envers les hommes ; six préceptes pour les rapports entre Francs-Maçons.

J’ai insisté sur la traduction de « commandement » par « parole » car le texte Hébreu dit « Hasseret devarim » et le mot « davar » à bien le sens de parole, chose, et en aucun cas celui de commandement qui est traduit par tsivouÏ ou pekouda. Cette remarque n’est pas gratuite car le Maître Secret est toujours à la recherche de la Parole perdue…et pas des commandements perdus.

Enfin les manuscrits Regius et Cook, premiers des « Anciens Devoirs » indiquaient également un certain nombre de règles, énoncées sur un plan très pragmatique, pour permettre une vie en commun sans heurts sur les chantiers.
D’évidence, la morale du quatorzième siècle est chrétienne, et basée sur la Bible et les dix Commandements, et celle du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, reste construite sur les mêmes fondations. On peut donc penser que, –même si l’histoire moderne considère qu’il y a eu substitution, et non transition de la maçonnerie opérative à la maçonnerie spéculative– il y a bel et bien eu reprise de la tradition ancienne et de son but : réguler la sociabilité afin que chacun vive, tout simplement.

Dans cette planche les mises en perspectives sont certainement discutables ; chacune mériterait une étude à elle seule. Même le découpage des sentences peut être sans doute remis en cause. Il me paraît clair cependant qu’il y a eu une tentative pour créer un parallèle avec les dix Commandements et rappeler l’Arche d’alliance, avec toujours la même finalité : permettre la vie ; mettre de l’ordre dans le chaos.

J’ai dit

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