Réflexions sur le Logos

Auteur:

F∴ P∴ M∴ I∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué



Le devoir est à ce grade « La recherche de la Parole perdue » dit le rituel.
« La parole perdue est la Connaissance du devoir complet des Anciens initiés » ajoute le mémento d’instruction à ce grade.
On n’est pas sorti de l’auberge ! De cette auberge peut-être où mourut Archipè, disciple de Pythagore, qui a donné son nom à ma loge mère. Archipè, donc, vieux et malade et sans ressources, fut accueilli et soigné jusqu’à la fin par un aubergiste qu’il était incapable de payer. Sentant sa mort prochaine, il dessina sur la porte de la maison de son hôte des signes mystérieux disant : « Soyez sans crainte, un jour un de mes frères viendra acquitter ma dette ». Quelques années plus tard un étranger arriva à l’auberge et vit les signes gravés sur la porte : « Je suis le frère de l’homme que vous avez hébergé et qui est mort ici , dit-il, dîtes-moi ce que je vous doit pour lui ».


La parole, le verbe, le logos


En arkhei en ho Lógos


Au commencement était le Verbe : c’est le mot logos qui a été traduit par « Le Verbe » puisque c’est en grec que nous a été transmis l’évangile de St jean


D’où cette majuscule visant peut-être à attirer notre attention sur un sens particulier à donner au mot et pas seulement référant à la parole divine mais surtout me semble-t-il à la pluralité des sens.
Les philosophes contemporains lorsqu’ils étudient les textes anciens choisissent souventde ne pas traduire le mot Logos, de dire simplement « le logos » car dès qu’on essaie de le traduire on se heurte à la difficulté d’une multiplicité de sens.


Dans la langue grecque le logos est une parole ou la parole. Ce peut être une parole profane comme celle de l’ individu isolé ou celle de la rumeur sur l’Agora des citoyens ou les altercations des barbares dans le port. Ce peut être la parole sacrée connue par le truchement de l’Oracle de Delphes . C’est à la fois la parole et la raison, l’intelligence : le logos, c’est même la parole en tant quelle est raison et intelligence.


Dans le cheminement de la pensée grecque, nous passons du mythe au symbole et ce passage se fait par le Logos, la parole qui ordonne le monde (ordonner au sens de mettre en ordre, donner sens). L’olivier, par exemple, à partir du mythe fondateur est devenu un symbole auquel chaque époque, au nom de la mémoire mais aussi de l’oubli, apporte son interprétation, utilise comme outil de connaissance du monde, matériau de construction d’une culture.



Une autre traduction possible du Prologue pourrait être :« c’est le logos qui est l’élément premier, le Principe ».


Interrogeons les anciens



Dans l’antiquité grecque, l’universel (le logos) est le bien commun de tous les esprits, au même titre que la loi est commune à tous les humains. La conception d’une cité, d’un État, considéré comme une communauté, unie par une participation commune à une justice commune, tributaire du logos, donne naissance à la démocratie. Tôt au ~VIIe siècle. Solon s’en inspirera pour une réforme des institutions(-700)


chez Héraclite (540-580) le logos est ce qui constitue, éclaire et exprime l’ordre et le cours du monde. Le logos d’Héraclite c’est à la fois, le discours du penseur qui pense le monde , montre le chemin mais c’est en même temps le chemin. C’est une methodos. Une méthode, étymologiquement une voie qui nous guide vers l’harmonie par l’union des contraires. Logos est employé pour la <parole> ou pour la <mesure>, le rapport, le ratio mathématique selon lequel le Feu se change en Eau.


Pour Parménide (-504) Le logos est identique à la vérité


Epictète et les stoïciens pour eux : le Logos universel est l’architecte des mondes, le principe actif de la création, une présence dont la puissance pénètre toute chose.
 Par rapport aux anciennes croyances qui séparaient le domaine des dieux du domaine humain, cet Architecte vit avec les hommes et dispose toute chose dans l’univers en leur faveur . On conçoit alors d’une manière toute nouvelle les rapports entre l’homme et l’univers : comme un rapport d’analogie entre la raison humaine (le lógos humain) et la raison universelle (le Lógos), cette dernière demeurant supérieure mais non étrangère à celle des hommes. Ce qui revient à dire que pour la pensée stoïcienne l’idée de Lógos conduit à proposer un univers organisé, intelligible à la sagesse humaine dont la vertu consiste à accepter et à collaborer à cette œuvre.



Le logos, depuis Pythagore (580-520, constitue l’art des rapports : il associe le logos et la réalité aus nombres. En mathématique, en philosophie, en musique et en poésie. Notre rapport occidental à la musique est marqué par cette sémiologie. mais dans les vers dorés Pythagore emploie aussi le mot logos dans un sens plus familier, dans l’expression « Praesi d’eike logois » : cède aux tendres paroles..


C’est Platon(427-347) lui apportera, qui nous apportera le concept de logique
« Le son, nous dit-il,ne devient parole que dans la mesure où les hommes lui donnent un sens. L’apparition du langage (premier sens de logos) est un préalable à la réflexion « métaphysique » sur ce qui est « vrai », « réel », et ce qui ne l’est pas, ). Le logos devient la raison, la pensée organisatrice .


Le raisonnement qui deviendra chez Aristote(384-322) la cause formelle Le logos en vient à signifier une notion .


C’est dire là, à la fois l’évolution de mot et sa pluralité, aucun sens n’en excluant un autre. Et en même tant, on trouve toujours comme point commun mais c’est le sens commun, le Logos qui ordonne le monde. Ce qui se trouve ainsi mis en évidence, c’est la puissance créatrice du Lógos : nommer c’est créer.
En tant qu’image symbolique de cet univers ordonné avec lequel nous existons en symbiose La Loge, est le lieu de notre pensée, de notre réflexion, de notre compréhension, de notre propre création.


Cette idée d’ordre ( ordo ab chao) nous conduit vers une idée d’intelligibilité ; elle n’impose ni créationnisme, ni fatalisme, ni déterminisme absolu. Il ne s’agit pas de comprendre passivementl’ordonnancement, d’en être le témoin stupéfait et silencieux. S’il est un Dieu il ne joue pas plus aux dés qu’il ne joue à cache-cache. Il s’agit plus activement d’user du Verbe, de savoir ordonnancer à notre tour. A un déterminisme écrasant je préfère substituer la détermination, la volonté d’aller plus loin, fondée sur la certitude d’une perfectibilité sans limites de l’homme, et, pourquoi pas, de l’univers.


Dans cette perspective, et à l’exemple des Anciens, le travail initiatique devrait aider chacun de nous à comprendre ce qu’est ce Lógos par lequel l’homme vit et agit, la puissance qu’elle lui confère et dans le respect de cette initiation que nous avons demandée et reçue, chacun découvrira où est son devoir et comment accomplir son devoir dans le travail mais aussi peut-être dans le silence, silence de la méditation, silence fertile, fécondé par le Verbe.


J’ai dit, T

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