Ziza
M∴ I∴
Et puis il est passé de l’équerre au compas. De Gaia, la terre, qui enfante d’Ouranos et les choses qui vivent et meurent dans l’obscurité transparente à la cosmogonie du non manifesté. De la matière transfigurée au noos, il n’y a que la clef. Rien encore en effet hormis des mots et des couleurs ne l’a initié au grand secret métaphysique. Et s’il estimait avec la clef, posséder la serrure, il resterait un étranger désorienté ; l’architecture de son propre devenir ne serait, en face de lui, qu’une roche chaotique, une paroi de caverne où des prisonniers semblables à lui, survivent comme des fantômes, à croire éperdument, sans espoir de soleil, qu’il n’y a rien entre les mots et les idées.
Mais le mythe a quitté l’expérience terrestre, où la mesure est rythmée par les lignes du savoir-faire et les angles de l’équité. Il aborde les régions hautes où toute connaissance est désormais spirituelle, où les mouvements du ciel figurent les attributs symboliques du devoir, librement consenti, nécessaire et universel. Les outils du savoir, il les a laissé pour ses frères, en excellent état sur le chantier de la Tradition et du Progrès. D’autres mains les ramasseront. Lui il a trois fois 27 ans, l’âge de décoder l’énigme d’une clef sans porte. Il a pénétré dans le « saint », en partie occulté, maître d’un secret qu’il ne reconnaît toujours pas (mais où est donc passé le second surveillant ?) encore que, subjectivement il puisse déjà l’éprouver et le ressentir en lui-même. En cette intuition du non-dit de la Parole égarée hors du sens, il est entièrement différent de ceux qu’une science profane dispose à une démarche par la preuve, ternaire, certes, « observation, hypothèse, vérification », mais inefficace en la circonstance.
Le maître secret qui a su naguère qu’il ne savait rien, entrevoit qu’il ne sait pas ce qu’il sait : le contenu d’une telle prescience est informulable, présent, là, en lui mais fermé. I faut trouver le ressort caché de son tabernacle, actionner le verbe, l’ouvrir…sinon à quoi bon des voyages initiatiques, un dévoilement par paliers où, pour satisfaire beaucoup l’âme aventureuse que l’intelligence déductive, une charade subtile eut suffi.
Alors que raconte la clef quand le sens de la vue, du toucher, de la géométrie exotérique l’interroge ? Que son tracé le plus intéressant est le Z de son panneton inscrit dans un quadrilatère et qu’il ne s’agit pas d’une figure de hasard mais d’une géométrie ésotérique où la partie oblique est le diamètre d’un cercle et que sans l’évidence d’une ouverture, l’échappée belle est peut-être une invitation au déchiffrement de sa quadrature dans un autre temps, dans une autre salle du Temple. On n’est pas initié, on s’initie soi-même. Lors de sa réception au 4ème degré, le récipiendaire est le symbole vivant du 7èmes des lévites qu’avait désigné Salomon pour :
–poursuivre l’œuvre d’Hiram en achevant selon ses plans le travail commencé,
–édifier le tombeau du maître,
–retrouver la Parole perdue
et parce qu’il a libéré le compas de l’équerre, l’esprit d’Hiram de ses chaînes telluriques, il est détenteur de la clef d’accès aux mystères. Ils sont 7 mais portant le bijou du grade, il est seul, comme détaché des six autres, il doit décider par lui-même comment résoudre l’apparent paradoxe d’une absence de porte dont il se serait vu confier la clef…
Pour que restent closes ses lèvres certes mais son devoir de discrétion acquiert une autre dimension que celle d l’interdit. Malheur à lui qui ouvrirait dans l’insouciance, avec la clefdu sacrifice, l’Arche d’alliance pour sa seule gratification sans qu’il puisse entrevoir jamais la nature de la vérité :
–l’exigence non l’existence,
–la quête non la possession,
– l’idée sous le symbole, l’inaccessible étoile au-delà des actions humaines et l’ultime générosité.
L’initiale Z du mot Ziza, [resplendeur, balustrade, séparation, dernière escale avant le Saint des Saints] a de multiples significations.
Le 7ème voyageur peut les désemboîter, les extraire l’une de l’autre, il peut même les imaginer, dans leurs ombres, dans leur lumière, amicales, obscures, ambiguës :
–clef des songes où s’ordonne le verbe des désirs
–clef des champs où courir en apesanteur,
–clef d’harmonie qui ouvre la musique des sphères,
–clef d’Isis tenue en ses mains -son ivoire déguisé symbolisant sans l’abolir , la Connaissance –
–clef de l’énigme et qui dépossède les sphinx, lesquels en s’en retournant au désert, laissent leur place et leur prison de pierre aux pèlerins de la seule vanité,
–clef des chambres secrètes où tout peut arriver.
Le voyageur peut enfin se souvenir que dans l’antiquité méditerranéenne où le logos émergea de la mer, ceux qui faisaient halte en allant vers Delphes et se racontaient leur histoire autour du feu qu’ils avaient allumé ensemble, parlaient une langue où le mot zoein, optatif de leur rêve et de leur volonté claquait comme une voile de navire. Zoein : vivre, et même vivre toujours, de souvenir en tradition, à travers les mémores, d’une parole éparse et seulement voilée, jamais assassinée, parole d’ivoire imputrescible.
Vivre ayant à l’esprit la brièveté d’une vie, l’urgence du devoir et la justesse des choix.
Ainsi en sera t’il dans les temps à venir comme il en a été dans le passé… L’ombre des étoiles est mouvante sous la couronne tressée des alchimistes et le parfum vert du laurier…jusqu’à la fin du jour.