Ce qu’un MS doit savoir

Auteur:

D∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
La Perfection Ligurienne

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
LIBERTÉ – ÉGALITÉ – FRATERNITÉ

Ce qu’un M S doit savoir

« Aucun homme ne peut rien vous révéler sinon ce qui repose déjà à demi endormi dans l’aube de votre connaissance. Le maître qui marche à l’ombre du temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de son amour. S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la maison de sa sagesse, mais vous conduit plutôt au seuil de votre propre esprit… Car la vision d’un homme ne prête pas ses ailes à un autre homme. Et de même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, de même chacun de vous doit être seul dans sa compréhension de la terre… ».

Si je cite cette pensée du grand poète libanais Khalil GIBRAN pour commencer cette planche, et bien que le rituel nous mette en garde de ne pas nous payer de mots, c’est pour illustrer l’esprit dans lequel j’entends vous entretenir de ce que doit savoir un Maître Secret. C’est aussi parce que vous vous trouvez dorénavant, Mes Très Chers Frères Maîtres Secrets, dans une position singulière, et ce pour la première fois depuis votre Initiation ! Vous avez été jugés dignes d’accéder à ce 4ème grade qui vous a fait passer du degré le plus élevé de votre loge symbolique où vous êtes les Maîtres, au plus bas des « hauts Grades », où vous êtes redevenus des disciples.

Cet acte, volontaire et courageux, est l’aboutissement d’un travail bien conduit et la prémisse d’une action difficile qui consiste à oeuvrer à la totale compréhension et au perfectionnement incessant de chacun à son être essentiel. Et donc, je souhaite seulement, pour ce travail, vous faire part de ce que je ressens dans ce degré et vous le communiquer plutôt sous forme d’échange, un peu à la manière Socratique, en laissant le soin, à ceux qui sont ici, à la fois des maîtres et des disciples, d’en extraire l’anagogie.

La réponse à l’interrogation « Comment avez-vous été reçu Maitre Secret ? » est : « J’ai été reçu sous le Laurier et l’Olivier, en passant de l’Equerre au Compas… ». Le symbolisme végétal de la Franc-Maçonnerie nous indique bien quel est l’esprit des grades et le chemin à suivre en leur sein. La grenade rouge que voit l’apprenti a ses grains enfermés qui font corps avec la matière.

L’épi de blé du compagnon est le symbole du travail incessant nécessaire à l’accomplissement de l’oeuvre ; l’Acacia dont la verdure est persistante témoigne de la pérennité de l’esprit…

Aujourd’hui, le laurier et l’olivier sont associés en couronne ouverte pour symboliser à la fois les victoires sur nous-mêmes et nos passions que nous avons remportées en gravissant les degrés précédents, mais aussi la paix intérieure que nous ressentons dans cet état, et encore la richesse spirituelle à laquelle nous avons l’honneur d’accéder, en tant que membres des hauts grades du R E A.

La couronne qui orne la tête du Maître Secret est aussi peut-être l’anticipation d’une récompense symbolisée par la primauté de la vie spirituelle de l’initié. S’il persévère sur le chemin du devoir, cette promesse d’absolu lui permettra de se rapprocher d’avantage encore de la Sagesse, de la Vérité et de la Lumière. Les arbres dont est issue la couronne vivent indépendamment des fruits ou des fleurs qu’ils engendrent ; le Maître Secret doit oeuvrer détaché du fruit de son action, comme le rappelle la maxime du Taciturne « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour
entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Le devoir pour le Franc- Maçon est de travailler sans cesse à la pérennité de l’oeuvre. Le devoir, grande loi de la F M est inflexible comme la fatalité qui conduit le fruit à se détacher de son arbre, exigeant comme la nécessité pour cet arbre de produire des fruits et impératif comme la destinée de celui-ci qui lui commande de porter puis perdre ses fruits. L’exercice du devoir pour le F M a pour conséquence son élévation spirituelle, à l’instar de l’arbre qui, après avoir perdu ses fruits, et avant chaque floraison, s’élève encore un peu plus haut en bourgeonnant. Cet état imperceptible, mais néanmoins réel, ne s’observe qu’après de nombreuses années, mais ce qui semble à l’humain être une éternité n’est parfois qu’une nanoseconde à l’échelle de la nature.

La couronne de Laurier et d’Olivier ouverte et de forme arrondie, issue d’arbres dont les feuilles sont courbes, est assimilable au compas qui est l’instrument exclusif du maître devenu secret. En effet, si le Maître Maçon se perd, celui-ci sera retrouvé entre l’équerre et le compas ; en revanche, il a été reçu Maître Secret « en passant de l’équerre au compas ».

Cette phrase du rituel dépasse très nettement la simple progression que nous constatons sur la dialectique entre l’équerre et le compas depuis le premier degré, et le jeu de rôle entre la matière et l’esprit qui se relient différemment selon le grade où nous travaillons aux trois premiers degrés.

Si nous soupçonnions que le compas symbolise au grade de maître notre élévation dans la troisième dimension, elle-même symbolisée par le pas de la maîtrise, il y a un acte volontaire d’abroger l’équerre qui se retrouve allégoriquement dans le fait de retirer le voile noir marqué de cette équerre dès lors que le Maître Secret a prêté son serment. « Cette équerre », dit le rituel d’Initiation au grade, « qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous devez marcher droit devant vous et ne pas vous laisser entraîner dans les sentiers de l’erreur… ». La disparition symbolique de l’équerre est un affranchissement de la matière afin d’accéder, comme le dit encore le rituel « aux plus hautes régions de la connaissance spirituelle ». A mon avis, il s’agit là d’une incitation à un véritable changement de plan quant à notre vision de la Franc-Maçonnerie et un appel incontestable à une métanoïa de notre approche conceptuelle de la spiritualité…

D’abord, et avant toute chose, le Maître Secret exerce ses prérogatives dans un cadre nouveau, c’est le Suprême Conseil de France qui détient le pouvoir temporel et spirituel et qui a autorité tant en matière législative qu’exécutive ou judiciaire ; et si il y a délégation aux ateliers, celle-ci est sous contrôle permanent de la juridiction. Le serment d’allégeance prêté par le Maître Secret le lie indéfectiblement aux obligations qui sont prononcées par la juridiction, y compris dans son comportement dans les ateliers symboliques.

Ensuite, il nous faut bien noter que nous ne sommes plus en loge symbolique, mais en Loge de perfection, car, comme il est dit dans le rituel, « sous le symbole se cache l’idée que l’on doit s’efforcer de découvrir » …Ainsi, ce voile frappé de l’équerre que l’on nous ôte peut sembler dire qu’il faut dorénavant se libérer de la partie charnelle de l’idée qui s’exprime à travers les mots ; ou en clair, passer de l’allégorie à l’anagogie, surtout si l’allégorie n’est que l’interprétation anagogique d’un autre. L’élévation de la conscience qui s’opère dans les trois premiers degrés du rite est le catalyseur de la quête de sens, mais cette quête est personnelle, et uniquement personnelle au 4ème degré ; c’est le sens des sentences délivrées aux 3 premiers voyages de la cérémonie d’initiation.

Ainsi, le rituel est un support d’étude et de compréhension de la méthode maçonnique, mais il n’est qu’un outil. L’accès à la dimension supérieure doit être apprécié essentiellement au moyen de l’esprit et non exclusivement d’une quelconque matière fut-elle remarquablement bien écrite, comme le sont nos rituels, ou les planches des plus éclairés. L’équerre d’argent, si elle marque notre esprit, est devant nos yeux, donc elle peut aussi nous empêcher de voir bien. De même la recherche de connaissance métaphysique à laquelle nous sommes conviés, de manière de plus en plus insistante, au fur et à mesure de notre avancement dans la graduation du R E A A, ne saurait à travers les écrits, les mythes et les légendes proposés par les hauts grades être l’objet d’une quelconque révélation mais bel et bien d’une quête intime et personnelle dont nous seuls avons le secret, et dont nous détenons la clé qui reste en permanence attachée à notre cou ; ceci pour bien marquer que nous en sommes les farouches gardiens… Cette clé posée sur le volume de la loi sacrée y enferme symboliquement son exotérisme et, à l’inverse, ouvre l’accès à l’ésotérisme contenu dans les textes.

L’oeil n’est plus au centre d’un inaccessible delta lumineux mais sur le tablier du M S, au centre de la bavette représentée par un triangle pointe en bas, pour bien lui indiquer qu’il est détenteur et gardien de l’unité absolue. La vérité, bien qu’inaccessible à l’esprit humain est très proche, dès lors que l’on se soumet, sans réticence, ni à priori, à l’admirable loi universelle qui régit toutes choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail. Si le Maître Secret cherche avec zèle et dévouement la parole perdue, en y consacrant tout son être, s’il exerce son devoir jusqu’au sacrifice, il constatera que l’étoile flamboyante du cartouche du grade est aussi le pentagramme archétype de l’homme parfait, structuré en harmonie avec le cosmos, les pieds sur terre et la tête dans la voute céleste. Il s’inscrira naturellement dans le ternaire du triangle, lui-même enfermé dans le cercle, symbole de l’unité absolue ; et le Maître Secret détient le compas, instrument dont il s’est justement servi pour réaliser le cercle, son premier travail de maîtrise.

Le Maître Maçon est incité, par le T V M, dès son élévation, à rechercher ce qui est perdu, sans préciser quoi, mais en quittant l’Orient pour l’Occident ; c’est néanmoins au centre du cercle qu’il est conscient qu’il retrouvera les secrets du Maître Maçon. Arrivé au 4ème degré, bien qu’encore affligé par la disparition du maître, il a fait son deuil et sait donc dorénavant ce qui a été perdu.

Il s’agit de la Vérité et de la vraie Parole ! Ce n’est plus en parcourant le monde qu’il va accomplir sa recherche, mais au contraire dans un lieu unique et sacré : le temple de Salomon. Tendu de noir, ce temple est l’athanor dans lequel le Maître Secret doit réitérer, en silence, l’oeuvre au noir, première étape nécessaires à une nouvelle transmutation. Le chantier d’oeuvre, arrêté par la mort d’Hiram, va pouvoir reprendre grâce au mot de passe qu’on lui a fourni ; Le M S est maintenant devant le Saint des Saints qui resplendit (Ziza !) ; Il est en charge de le protéger sans être autorisé à y pénétrer car une balustrade défend l’accès à celui-ci (toujours Ziza !), détenteur de la clé des mystères (encore Ziza !) sans vraiment savoir ce que cette clé ouvre, soupçonnant que sa quête passe par le chemin de lui-même et convaincu que son devoir le condamne au silence.

C’est à ce prix que le Maître Secret se met en route sur la voie qui le conduira de la maîtrise symbolique à la maîtrise parfaite, puis peut être au-delà. A l’instar du parcours qu’il vient d’effectuer dans son ascension vers la brillante maîtrise dont l’apparente continuité l’entraîne en réalité vers une silencieuse redescente en lui-même, l’itinéraire dans les hauts grades fera passer le Franc-Maçon par tous les états et tous les âges, lui octroiera toutes sortes de fonctions et combinera le voyage intérieur à la dimension cosmique de l’univers. Pour ce faire, le Maître Secret doit s’attendre à passer par tous les nombres, traverser de nombreuses traditions, progresser, régresser et parfois transgresser…

Tel est le destin du Maître Secret qui est passé du binaire manichéen au ternaire de rassemblement et qui voyage dorénavant vers l’unité absolue. Ce voyage se fera au moyen de la réconciliation nécessaire et féconde des oppositions qui transforme le binaire manichéen en complémentarité et, ce grâce à l’amour qui est le carburant nécessaire au voyage de tout Franc-Maçon : S’il n’est pas particulièrement mis en évidence au 4ème degré, l’amour que prodigue le Maître Secret ne peut être tu malgré le signe du silence ; en effet, il s’autoproclame en jaillissant de son coeur où tous les autres mystères restent enfermés…

J’ai dit.

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