De l’Equerre au Compas
Non communiqué
A la Gloire
du Grand Architecte
de l’Univers Ordo Ab Chao Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien
et Accepté
pour la France
Dans le manuel d’instruction au 4ème degré figurent les lignes ci-dessous :
– Comment avez-vous
été reçu Maître Secret ?
– En passant de l’Equerre au Compas.
– Que signifie cette réponse ?
De même que le géomètre passe des lignes droites et des angles, afin de mesurer la surface de la terre, aux courbes et au cercle pour mesurer le mouvement des astres, le F M aspire à s’élever spirituellement.
L’équerre, « Norma » en latin classique, est une pièce à l’origine uniquement en bois servant à tracer des angles droits ou élever des perpendiculaires. En fait, c’est l’outil de tout métier de construction. En Loge symbolique, l’équerre est disposée sur l’Autel des Serments et a deux branches égales et ouvertes à 90. Sur le sautoir du Vénérable Maître, se trouve une équerre figurant le triplet de Pythagore, l’équerre parfaite, et la démonstration géométrique de son théorème associe les nombres successifs 3, 4 et 5. Pour Pythagore tout est nombre et c’est par ces nombres que le cosmos triomphe du chaos. En outre le triplet de Pythagore permet entre autre la construction d’un rectangle d’or, l’un des « carrés longs » qui caractérise le plan d’une Loge maçonnique. Le carré est le symbole de la Terre et du monde terrestre où nous sommes.
Il symbolise également le 2.
En franc-maçonnerie, l’équerre est par définition l’outil de l’Apprenti dont le premier travail est d’apprendre à se structurer. Notre processus d’Initiation, sous l’axe vertical du fil à plomb, commence par la prise de conscience que nous sommes constitués d’une foule d’éléments disparates qui pourtant ne forment qu’un seul être.
Nous devons rassembler ce qui est épars par la connaissance de nous-mêmes.
Le terme « compas » provient du latin compassare (mesurer avec le pas, c’est-à-dire avec exactitude). Il désigne un instrument de tracé ou de mesure qui, composé de deux branches articulées à une extrémité et dont les formes sont adaptées, sert à mesurer des angles, transporter des longueurs ou permet de décrire des cercles. A l’inverse de l’Equerre qui nous pose, voire nous impose deux directions et deux seules, le compas prendra l’aspect et donc l’orientation que celui qui le manipule voudra bien lui donner.
Ainsi un compas ouvert au maximum à 180 ne peut plus agir. Ouvert à 90, il devient aussi équerre. Au-delà de 90 il devient mal aisé de le mettre en œuvre. Le compas est par définition l’outil du Maître maçon. Si l’équerre est fixe, le compas est mobile. Là où l’équerre rend les corps carrés, le compas trace des cercles en fixant sa pointe au centre de gravité et d’action du Maître Maçon, lieu de prédilection où peut agir sa pensée, car il ne peut s’y perdre.
Autrement dit le cercle tracé sera le champ des connaissances spirituelles de l’Initié, qui n’aura de limites que celles que l’Initié se sera lui-même fixées. Par analogie, la vision macrocosmique de la chose place l’homme au centre du cercle où il est figuré par le point central, et l’aire du cercle symbolise l’Univers.
Ces cercles, qui sont autant de différents modes de pensée et de raisonnement, symbolisent la pensée juste qui explore différentes possibilités clairement et précisément. Le compas est l’outil de l’Initié ouvert à la Spiritualité et qui a acquis de ce fait la liberté d’action intérieure.
Il symbolise le 1 donc l’unité primordiale.
C’est sur le fondement de la terre, de l’équerre, que le franc-maçon trace la voûte céleste. La Terre a parfois été symbolisée comme étant un carré et le Ciel comme étant un Cercle. Le maçon se situe entre terre et ciel, entre l’équerre et le compas.
Un Maître Secret passe de l’équerre au compas.
La Loge symbolique est le Temple de la réflexion qui s’opère autour de la construction opérative. En son sein figurent les deux premiers degrés où l’on découvre son édifice personnel, où l’on le construit, où l’on assemble sa pierre à l’édifice universel, ceci à l’aide d’un certain nombre d’outils. Au troisième degré s’opère une rupture. Il n’y est plus question d’une construction lente mais sûre. Déjà dès le premier degré on avait convié l’Apprenti à« tuer le vieil homme ». Au 3ème degré il est confronté à un meurtre, à la mort devant laquelle chaque homme est impuissant. En outre, on entre dans le domaine de l’intellect (moins d’outils matériels et introduction de la légende d’Hiram). A travers l’étude de lui-même et des autres, le Frère explore la voie Initiatique, non seulement avec sa tête mais aussi et surtout avec son cœur. Il est plongé au beau milieu de la construction du Temple de Salomon mais c’est encore Hiram qui dirige les travaux et non lui.
La Loge de perfection conduit le constructeur du chantier au sanctuaire où il évolue dans un monde de spiritualité. Il y acquiert une nouvelle initiation. Il débute un nouvel apprentissage. Il ne construit plus matériellement avec règle et angle droit. Il dessine et bâtît des projets intellectuels et spirituels à l’aide du compas. Il apprend que le Saint des Saint est en l’Homme et il s’aperçoit rapidement qu’il en détient la clé.
Il est prêt à devenir l’Architecte qui conçoit et évolue maintenant dans un Monde d’action qui lui permettra d’accomplir son Devoir qui est de rechercher la Parole Perdue et la Vérité, Devoir « impératif comme la Destinée ». Voici le maître mot du 4ème degré : devoir. Ecrit en minuscules, il désigne un ensemble de réflexions d’ordre moral qui sont autant de préalables à sa propre purification mentale. Ainsi l’équerre est là pour nous tracer une ligne de conduite parmi nos devoirs : « que cette équerre qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous devez marcher droit devant vous ». Là où l’équerre vérifiait le travail des constructeurs opératifs en Loge symbolique, elle va vérifier dorénavant le respect des devoirs du maître Secrets. Une fois bien posée devant soi, le Maître Secret pourra attaquer l’accomplissement de son Devoir, sa quête active de la Parole Perdue qui est sa propre recherche spirituelle.
Recherche qu’il effectuera grâce au compas et qui doit être « portée jusqu’au sacrifice ». Le Maître Secret n’est plus un substitut d’Hiram, il est l’un des sept Maîtres Lévites qui conduisent la construction du temple avec une obligation de l’achever car il en va de l’unification des tribus d’Israël autour de l’Arche d’Alliance. La géométrie, c’est le point de rencontre entre le concret et l’abstrait, et c’est bien par deux symboles géométriques que le Maître Secret quittera le Monde Opératif de sa Loge symbolique pour entrer dans l’Univers du symbolisme Intellectuel.
En passant de l’équerre au compas, nous changeons de plan. Nous gardons un axe horizontal dans la Loge au 4ème degré, lien entre le T F P M et le F Inspecteur mais le tableau de Loge dirige nos regards selon un axe vertical. Chemin déjà indiqué au Maître lorsqu’il est relevé pendant de son élévation.
Je vis le 4ème degré comme une préparation à ce qui va suivre, la recherche de la Parole Perdue, une purification nécessaire aux degrés supérieurs. On possède la clé du Saint des Saints mais on ne peut pas y accéder encore, et cette clé est en ivoire, donc relativement fragile.
Nous arpentons le Temple dans le but de le construire, ou plutôt, de nous construire. Paul Valéry disait : « A force de construire, je crois bien que je me suis construit moi ». On parle alors de Temple intérieur à la recherche de la perfection.
En fait, c’est dans le voyage initiatique que s’effectue la construction du Maçon. Il devra s’instruire lui-même par son travail personnel, en se préparant spirituellement à la recherche de la vérité qui est probablement à l’intérieur de lui-même et au fond de son inconscient. En évitant les impasses qui ne conduiraient pas vers de nouvelles portes à franchir, pour aller vers cette connaissance qu’on ne peut atteindre seul. Avec l’aide de nos Frères tout devient possible. Cette chaine d’union, indispensable pour faire ce chemin étape par étape, dans la nuit de nos doutes, de nos peurs, de nos passions.
Il nous reste à méditer dans le silence, faire le vide en nous, y placer ce que nous avons déjà reçu, et préparer ce qui va venir. Notre être adhère à la recherche d’un état supérieur. Etat supérieur, quête du centre, objet de la démarche de l’homme dans une société traditionnelle qui ne peut être atteint que par l’intériorité, que nous découvre l’initiation.
Cette traversée du désert longue et éprouvante, est une marche initiatique que chaque Maçon découvre dans son cheminement vers la Connaissance. Dans la traversée de mon désert par l’horizontalité, j’essaie de découvrir mon moi intérieur avec l’aide de vous tous mes Frères, sous l’œil vigilant du G A D L U. Lui seul connaît la fin du chemin. C’est peut-être quand le Maçon a rejoint la loge d’en haut par une dernière initiation que l’on appelle la mort, qu’il découvrira enfin cette Lumière Divine.
J’ai dit T F P M