Le Symbole
R∴ M∴
Le symbole est au centre de nombreuses études dans tous les secteurs de l’activité et de la pensée humaines. Ecarte comme un danger au cours de la période qui va du cartésianisme au positivisme et au scientisme, il retrouve en ce siècle un fabuleux regain d’intérêt à la suite, notamment, de la psychanalyse et de l’anthropologie. Ces deux secteurs lui redonnent ses lettres de noblesse et l’élèvent au rang de fondement de l’équilibre psychosocial de l’être humain. Se développe alors une science du symbole, la symbolique, qui touche à des domaines aussi variés que l’art, la littérature, les sciences humaines ou la philosophie. Cette science tente de définir le symbole et d’en rechercher les propriétés. Le symbole est enfin, et surtout, l’élément clef de toute tradition initiatique et nous essaieront d’entrevoir comment il agit sur nous et vers quoi il peut nous emmener.
Approche psychosociale du symbole
Le rationalisme auquel nous amène la
société actuelle assèche
l’être humain en le coupant d’une part de son inconscient et
d’autre part des traditions morales et spirituelles qui l’aidaient
à vivre :
1. L’inconscient n’est plus vu que comme le siège d’une libido sexuelle refoulée qui s’exprime à travers des pulsions incontrôlables que les « bonnes mœurs » censurent et dont le seul intérêt s’exprime en termes d’impact publicitaire !
2. La perte des traditions a fait disparaître
le sens du sacre et le mystère des choses. L’homme est ainsi
séparé de l’univers qui l’entoure et il est
incapable de trouver un sens à sa vie.
Cet état de dissociation d’avec lui-même et d’avec
le monde qui l’entoure l’amène à vivre dans la
peur et l’ignorance. Seuls les rêves peuvent assurer un
certain équilibre, mais nous avons tendance à les
rejeter car le langage symbolique qu’ils utilisent reste
incompréhensible à notre raison.
Des psychanalystes, comme C.G. Jung, et des historiens des religions,
comme M. Eliade, ont montré l’importance du symbolisme comme
nécessaire réponse à ces
problèmes.
3. Le travail sur les symboles permet d’instaurer un dialogue avec son inconscient, de se réapproprier son monde intérieur nocturne par la fonction de l’imagination, et ce, afin de retrouver « l’esprit originel de l’homme », sa « psyché primitive » (C.G.Jung).
4. Le symbole raccroche l’humain à son
espèce, à sa culture et à son
histoire. Il l’aide à retrouver sa place dans le cosmos et
redonne un sens à sa vie. L’imagination symbolique, en
permettant la création, équilibre ainsi la
fatalité de la mort biologique.
Le symbole assure ainsi le rapprochement entre les hommes et la
connaissance de son propre mécanisme intérieur
invite à accepter la pensée de l’autre et
développe la fraternité, ciment de la vie sociale.
Approche symbolique
G.Durand différentie le symbole des signes arbitraires et
des signes allégoriques lorsque la
réalité représentée n’est
plus du tout présentable. Il n’est pas, comme les autres
signes, un « subterfuge
d’économie », le
« signifie est incarne dans le signifiant »
(C.G.Jung). On peut reprendre la formule de A.Lalande :
« signe concret évoquant, par
un rapport naturel, quelque chose d’absent ou d’impossible a percevoir »,
ou celle de G.Durand : « le symbole est
une représentation qui fait apparaître un sens
secret, il est l’Epiphanie d’un mystère ».
Comme l’indiquent les noms mashal en hébreu et sinnbild en
allemand, le symbole est sumbolon, il rassemble les deux
moitiés que sont le signifiant et le signifie, le
saisissable et l’insaisissable (R.Alleau), il « rassemble
ce qui est épars ». Il est le
médiateur entre le conscient (le sens) et l’inconscient
(l’image) ; le sens ordonne la libido, tandis que celle-ci charge le
conscient de l’énergie de l’image (G.Durand). Il n’est pas
un simple signe charge d’un sens statique, ce que R.Alleau appelle un
synthème, mais se charge de sens de façon
dynamique : « le synthème
devient symbole lorsqu’il apporte une compréhension
nouvelle, par une invention, une création, une vision ».
A ces tentatives de définition du symbole, il
faut rajouter pour en préciser le sens un certain nombre de
caractéristiques importantes qui le différentie
du signe :
· Il est fondamentalement multi-sens. Contrairement
à la science, il procède tout d’abord par
« éclatement de l’un vers le
multiple » (J.Chevalier).
· Il admet les contraires apparents (la
dualité) et constitue un système dans lequel les
polarités antagonistes restent intactes et sont sources de
dynamisme et de liberté. Par opposition au signe
scientifique, le symbole répond à la logique du
tiers-inclus (S.Lupasco, cite par G.Durand).
· Il possède le caractère de
redondance (G.Durand), et c’est par le pouvoir de
répéter qu’il perfectionne par accumulations (ex.
des symboles rituéliques).
· Le travail symbolique ne peut être purement
rationnel, mais un mélange de raison, d’intuition et
d’imagination créatrice. « Analyser
intellectuellement un symbole », dit
P.Emmanuel (cite par J.Chevalier et G.Durand), « c’est
peler un oignon pour trouver l’oignon ».
· Le symbole possède un pouvoir
d’évocation et d’expression qui permet de transmettre, non
des connaissances, mais une dynamique de découverte du Soi.
Il est source du langage symbolique qui n’est pas « simple
communication de sens, mais convergence d’affectivité »
(J.Chevalier), ce qui fait de lui le vecteur principal de la tradition.
Approche initiatique : le travail
symbolique
H.Corbin nous dit que « le symbole n’est
jamais expliqué une fois pour toutes, mais toujours
à déchiffrer de nouveau, de même qu’une
partition musicale appelle une exécution toujours
nouvelle ». Cela nous ramène a
nous-mêmes au sens ou le symbole nécessite une
interprétation subjective et non une traduction objective.
Non utilise, il meurt et redevient un simple synthème. Le
signifie ne pourra être découvert que par
soi-même et pour soi-même. Pour vivre et permettre
la création, le symbole doit entrer en résonance
avec soi, il est l’expression de ce qui est pressenti, mais non encore
reconnu (J.Chevalier).
Ce travail symbolique s’appuie sur une confrontation de plusieurs symboles qui s’éclairent les uns, les autres, de façon cohérente et harmonieuse. Ce système de symboles est lie au social; il a son histoire, sa tradition, et ce n’est que par la proximité culturelle et spirituelle de cet ensemble symbolique et grâce à sa transmission fidèle que l’on peut espérer réaliser pleinement son initiation.
Il met alors en ouvre l’Etre dans son intégralité, son conscient et son inconscient, sa raison et son imagination, dans un état de « rêveur éveillé » cher a G.Bachelard, et permet ainsi d’accéder à des niveaux de conscience différents du rationnel pur. Le signe travaille sur un plan, tandis que le symbole donne accès à une dimension verticale. Il relie sur l’axis mundi les domaines de l’inconscient, du conscient et du surconscient, les mondes inférieur, terrestre et céleste. Il associe l’image et le sens, la transcendance et la réalité objective, l’éternité et le temps; il est « médiation de l’éternel dans le temporel ». C’est l’état de tension permanent entre ces deux pôles qui engendre l’équilibre du sage et le pouvoir de création de l’initie.
J’ai dit
Bibliographie :
5. Le Symbole. B.Decharneux, L.Nefontaine. PUF. Que Sais-Je ? 1998
6. La voie symbolique. R.Berteaux Edimaf.1975
7. L’homme et ses symboles. C.G.Jung et élèves.
Laffont. 1964
8. L’imagination symbolique. G.Durand PUF/Quadrige.(1964) 4emeedition
1998.
9. Images et symboles. M.Eliade Gallimard. 1952
10. Dictionnaire des symboles : Introduction. J.Chevalier Laffont.
Coll.Bouquins. 1982
11. De la nature du symbole. R.Alleau Flammarion. 1958
12. L’imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn Arabi.
H.Corbin Flammarion 1958
13. La poétique de la rêverie. G.Bachelard PUF.
1960
14. Vocabulaire critique et technique de la philosophie : article
« symbole sens »
N°2. A.Lalande.