A4F-D : En quel lieu sommes-nous ? Devant le Saint des Saints
F∴ P∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux
du 33ème et dernier degré du R E E A
Le libellé de ce devoir introduit, d’une part une notion implicite de déplacement entre chambre du milieu et Saint des Saints, témoin de la poursuite de notre voyage initiatique, mais d’autre part une impossibilité, celle de pouvoir aller au-delà d’une limite symbolisée par la Balustrade.
De ce fait il parait important de débuter par une explication de ce que peut évoquer la notion de Saint des Saints, dénomination nouvelle au sein du rituel et imaginer sa signification avant que de comprendre l’obstacle qui nous en sépare.
Dès l’ouverture des travaux au 4ème degré, la première parole du T F P M est la question adressée au F Inspecteur :
« Frère Inspecteur en quel lieu sommes-nous ? ».
Celui-ci répond :
« T F P M nous sommes devant le Saint des Saints ».
Le Saint des Saint abritait l’Arche d’Alliance qui contenait elle-même les Tables de la Loi. C’était le lieu de résidence de la « Shekhina », l’Emanation de la présence Divine lorsqu’elle se manifestait aux hommes.
Autrement dit le Saint des Saints constitue la représentation symbolique de la présence principielle et la question que nous sommes en droit de nous poser est : Sommes nous pour la première fois en présence d’une telle symbolique ?
À l’évidence la réponse est non. En effet dès notre initiation, de par notre situation en un lieu sacré, la présence divine est symbolisée tout d’abord par le Delta lumineux puis par notre présence dans la chambre du milieu dont il convient de dessiner la signification.
Le Temple de Salomon était divisé en trois parties successives : Le Parvis ou Oulam, dans laquelle se déroulaient les tenues au deux premiers grades. Le Saint, sanctuaire (Kodech), chambre intermédiaire ou Hekhal, où seuls sont admis les Maîtres. Le Débir siège de la parole (De la racine Hébraïque « dalet- bet- rech » signifiant parler.
Ainsi du premier au troisième degré la qualification divine va évoluer du Delta lumineux à la parole pour enfin se concrétiser au grade de maitre secret par le Saint des Saints.
Au grade de maitre nous sommes en chambre du milieu autrement dit nous avons derrière nous le Oulam réservé à tout ce qui n’est pas maitre et devant nous la parole.
Dans la chambre de Maitre Secret nous abandonnons cette triple partition, nous sommes devant le Saint des Saints et nous évoluons dans un monde intermédiaire entre le monde d’en bas, siège d’Adonhiram et celui d’en haut ou se trouve le Trois Fois Puissant Maitre représentant le roi Salomon.
En tant que Compagnon nous avions évolué de la perpendiculaire au niveau, en tant que Maitre nous avons été élevés entre l’équerre et le compas, et ce qui nous autorise à être devant le Saint des Saints est le fait d’être définitivement passé de l’équerre au compas autrement dit du monde de la matérialité à celui de la spiritualité.
Nous constatons que ce troisième degré, avec la parricide d’Hiram, nous laisse, à tout le moins sur une incomplétude, voir un malaise, celui de ne pas avoir respecté notre engagement du premier degré : « Fuir le vice et pratiquer la vertu ».
Notre travail sur nous-mêmes a failli puisque nous nous sommes laissé aller à nos penchants néfastes, que constituent le symbole des trois compagnons, ambition, fanatisme et ignorance.
En l’état, le degré de Maître tout en constituant un progrès, ne peut qu’appeler une indispensable nouvelle progression. Ce sont nos progrès constatés par des Maitres qui nous permettent de postuler au grade de Maître Secret, comme mentionné dans notre rituel du quatrième degré.
Ce progrès significatif dans notre cheminement initiatique est attesté par différents éléments qui contrastent avec tout ce que nous avions auparavant connu :
La disparition du pavé mosaïque, témoin du progrès que nous avons pu effectuer dans la compréhension et l’atténuation de notre dualité. La disparition également de la colonnette Sagesse, car en tant que Lévites nous sommes en charge de l’entretien du lieu siège de la Sagesse absolue.
L’absence des outils dont nous disposions dans les degrés précédents, afin de tailler la pierre brute que nous étions, remplacés par cette invitation à rechercher l’idée sous le symbole, autrement dit à imaginer le pré existant, l’inné platonicien, l’éternel, la vertu et la vérité absolue. L’élévation du tableau de loge qui de l’horizontale passe à la verticale, exposé à la compréhension de notre entendement.
Ce tableau de loge constitue un résumé symbolique de tout ce que nous avons jusqu’à présent accompli et du chemin qui nous reste à parcourir :
Présence centrale de la lettre ג , rappel des différents centres déjà rencontrés et lieu de nos retrouvailles si nous perdions la direction de notre recherche. Intégration de l’étoile flamboyante quintessence de notre réalisation, au sein du triangle équilatéral et du cercle. Neufs rayons rappel de la perte de la parole, et de notre mission à venir, à savoir sa recherche en même temps que celle de la Vérité. « Nous sommes des initiés incomplets » pour employer une expression de Claude Guérillot. Le nombre 9 présent dans le rituel de Maitre, confirme ce manque, cette insuffisance. C’est le nombre dix, chiffre de la réalisation, du tetractys Pythagoricien, union parfaite de l’unité, de la dualité, du ternaire au travers de la matérialité, moins un ; ce manque que pourrait symboliser la Parole Perdue. Lettres hébraïques évocatrices du principe et de ses différents attributs, annonciateurs du chemin de notre perfection.
Mais force est de constater que le voile transparent et l’équerre sur notre front constituent la marque de l’imperfection factuelle de notre cheminement et l’appel à de nouveaux progrès.
Jean-Claude Mondet dans son ouvrage « la Maitrise parfaite » se pose la question en ces termes : « Le voile masquant la lumière que l’on cherche serait-il de nature matérielle, serait-ce notre nature matérielle qui gêne notre élévation spirituelle ? »
Le passage définitif de l’équerre au compas pourrait en constituer une réponse, mais nous sommes couronnés du Laurier, symbole de victoire et de l’Olivier symbole d’amour et de paix, en prémices de nos succès futurs.
Devancer une victoire peut vouloir dire que nous ne sommes pas encore victorieux et que le chemin de la perfection reste à parcourir, mais également que la difficulté de ce parcours est telle que ce couronnement en constitue un encouragement.
Ce voile simplement translucide est différent du bandeau opaque d’Apprenti qui obstruait complètement notre vue. Nous commençons à percevoir la lumière. « L’éclat du jour a chassé les Ténèbres et la grande Lumière commence à paraitre ».
En tant que Maitre Secret nous allons devenir l’un des sept Lévites chargés du service du Temple et qui devront remplacer Hiram Abif avec le Frère Inspecteur dans la poursuite de l’édification du Grand Œuvre.
Cette qualification nous investit d’une double responsabilité celle d’un service à Dieu et aux autres par le biais de notre prise de conscience.
Elle nous impose également les devoirs de sa charge : « Garder le secret, être obéissant et rester fidèle. Que la volonté de Dieu soit faite ».
Secret et non silence, obéissance et fidélité témoins à présent de l’appartenance à un Ordre, dont la devise est « ordo ab chao », « Deus Meumque Jeus », autrement « dit ordonner le chaos » et « Dieu et mon droit ».
Cette double devise peut-être envisagée comme le début d’une réponse à l’équation à plusieurs inconnus que constituait le V I T R I O L (Visita Interiora Terrae Rectifcando Invenies Occultum Lapidum) du cabinet de réflexion, lui conférant une dimension divine dans le chemin de notre perfection et répondant en écho à l’injonction : « Que la volonté de dieu soit faite ».
C’est cet aspect Sacerdotal qui est à mon sens la caractéristique de ce Grade.
Notre volonté d’accéder au quatrième degré est l’expression de notre recherche à plusieurs interrogations :
Qui sont les assassins de Maitre
Hiram ?
Que sont devenus ces assassins ?
Qu’elle doit être notre conduite future, peut-on
laisser le vice supplanter la vertu ?
Que faire de la sépulture de l’Architecte ?
Comment rétablir le ternaire, l’édification du temple étant devenu problématique depuis la mort d’Hiram et la perte du ternaire. Celui-ci reste imparfaitement remplacé par le couple composé de Salomon et d’Hiram roi de Tyr, comme en atteste la disparition d’une circulation triangulaire de la parole depuis l’orient. Celle-ci ne se fait au grade de Maitre Secret que de façon binaire entre le T F P M et Adon Hiram.
Le quatrième degré loin de répondre aux interrogations du degré précédent, soulèvent de très nombreuses interrogations qui justifient les différentes mises en garde prononcées lors de notre cérémonie de réception.
Mais à ce degré un obstacle nous empêche de trouver les réponses adéquates.
La Balustrade nous interdit d’accéder au Saint des Saints et ceci est symbolisé par :
La marche serpentine qui au cours de la cérémonie de réception, nous conduit invariablement du monde d’en bas vers celui d’en haut, nous refoulant telle une barque venant heurter un rocher. Cette marche tel le tableau de loge des trois premiers degrés nous situe dans un monde intermédiaire symbole de notre inachevé mais aussi de notre progrès depuis notre initiation. Le fait que contrairement aux autres degrés c’est le T F P M qui descend de sa chaire pour nous donner l’accolade fraternelle.
La clef d’ivoire dont la forme du paneton ne laisse aucun doute sur le fait qu’elle ne puisse ouvrir aucune porte matérielle. Je ne peux ici résister au plaisir de citer ici un passage d’un travail de mon Frère et Parrain Jean-Pierre Mocheff qui écrit à propos de cette clef d’ivoire : « Elle n’est pas un outil de bâtisseur mis en œuvre dans les trois premier degrés, la clef est un signe, elle n’ouvre pas, elle est l’ouverture. Elle traduit l’intention et le pouvoir de son porteur d’ouvrir le Saint des Saints donc lui-même, pour se découvrir et se créer ». Le fait d’être Lévite, ce qui nous interdit l’accès au Saint des Saints.
Jean-Claude Mondet dans l’ouvrage déjà cité plus haut a également écrit : « La méthode initiatique en général et maçonnique en particulier, consiste à amener chacun à découvrir sa vérité secrète qui ne sera Vérité que pour lui » et je partage tout à fait cette idée.
Savoir donner et recevoir, est devenu pour moi le principe que j’essaie d’appliquer à chaque instant dans ma vie Maçonnique et au cours de ma vie profane. Mais il faut cependant le faire dans un esprit de justice et de justesse tel que cela est réclamé en ces termes dans le rituel :
« Ce que la maçonnerie te demande c’est de promouvoir la Justice ».
Arrivé à ce stade de ma vie Maçonnique, je réalise que le but de mon engagement, est effectivement de continuer à réaliser mon Unité Intérieure. Cette fusion de mes contraires me permettra peut-être un jour de d’approcher cette Sérénité que la philosophie bouddhiste nomme l’Eveil.
Pour ce faire il me faut utiliser cette nouvelle dimension qui m’est proposée au Grade de Maitre Secret : savoir lâcher prise, dépasser la voie du rationnel qui limite le champ de la Vision. Par l’œil du cœur qui est sur mon tablier, laisser mon intuition prendre le pas sur ma raison, entrer en résonnance avec le Cosmos et faire mienne cette affirmation, « Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’Univers, seule est réellement admirable la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».
Passer de la chambre du milieu au-devant du Saint des Saints c’est passer de Boaz, Jakin et Moa bon à YOD, ADONAI, et IVAH, respectivement, dixième lettre de l’alphabet hébraïque, nom de Dieu et déclinaison du Nom ineffable.
Le quatrième degré, et le Saint des Saints, ne serait-ce pas cette partie la plus sacrée du Temple intérieur, enfuie au plus profond de moi et qu’au moyen d’une introspection redoublée j’essaie de Connaitre pour tenter de retrouver l’étincelle de Divinité dont chaque être humain doit recéler ?
Telle est la question à laquelle je vais devoir m’attacher à répondre.
J’ai dit T F P M.