Action et comtemplation

Auteur:

E∴ L∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Comment pouvons-nous pratiquer la méditation et la contemplation dans notre vie quotidienne chargée de soucis » ? Peut-on dans cette optique unir la contemplation à l’action ou, comme disent les Grecs, la « praxis », l’action, la pratique, à la « theoria » ? Peut-on saisir spontanément, dans la même vie, l’intériorisation de l’être et son extériorisation dans l’action ? Voilà comment je compte traiter ce sujet sur la loi unique et la loi multiple.



Il y a quelques années déjà après mon entrée dans le temple par la porte basse, les yeux couverts d’un bandeau, On me donna l’usage de la vue, et j’ai promis à mes frères de mettre ma vue au service d’un « surplus » d’acuité, au serviced’une différenciation des mondes.



J’ai ainsi cherché à délimiter un espace, à ériger un temple, à dresser un sanctuaire pour y accueillir la présence du divin. Lorsque la vue m’est rendue au terme de la cérémonie d’initiation au premier degré, la sentence n’est- elle pas : « Qu’il voit et qu’il médite ? »



Cet espace qui m’accueille est le temple, terme qui étymologiquement désigne un espace découvert, d’où la vue embrasse une fenêtre largement ouverte sur le ciel.



Contempler, c’est donc «  viser » le ciel depuis le temple définissant une portion d’espace céleste. Par là même, par conversion, l’idée de contemplation induit le projet d’édification d’un espace consacré, sur la terre comme au ciel. C’est la réitération du champ d’azur où les augures procédaient autrefois aux prédictions en interprétant le vol des oiseaux. Comme l’écrit Henry Corbin : «  Ainsi sacralisé le mot templum a désigné finalement le sanctuaire, l’édifice sacré connu sous le nom de temple, lieu d’une présence divine et de sa contemplation. »


L’action revient donc à construire l’espace destiné à accueillir la contemplation pour que la contemplation commande à l’action.



Cette contemplation, cette intériorisation dans son propretemple, prend tout son sens dans nos loges, symboliques ou de perfection.



C’est à partir des caractéristiques archétypales du temple (archétype : empreinte du commencement), à partir de ses dimensions architecturales et cosmiques, que l’initié possède en son propre centre l’image subliminale de son temple qui trouve un reflet fidèle dans l’édifice monumental.


Construire un temple c’est partager avec l’Autre la révélation de la perception du divin …



Au quatrième degré du Rite, le Maître Secret a délaissé les outils des trois premiers degrés, pour s’engager dans une démarche qui n’est plus exclusivement opérative mais qui, dans la perspective des loges de perfection, devient «  métaphysique » au sens étymologique aristotélicien. Il doit apprendre à voir et pour cela il faut qu’il médite, les lèvres closes, étape nécessaire sur le chemin de la réflexion intérieure. La conversion de ce regard, tourné autant vers «  l’intérieur » que vers «  l’extérieur » doit être conquis par l’acte «  juste » de l’initié, par une purification sur lui –même, action essentielle et fondamentale de notre Rite qui précède tout engagement au sacrifice. C’est l’acte de «  rendre sacré » au sens du terme


«  sacrifier ».



L’initié devenu visionnaire, par sa capacité et sa volonté d’accueillir et d’intégrer le miracle de la création et du cosmos, devient le centre et la référence de sa propre démarche. L’œil sur le tablier invite le maitre secret a une perception encore plus vaste encore plus profonde de l’univers. Porteur de lumière, chercheur de sens, le Maitre secret est l’acteur et le spectateur principal du temple qu’il conçoit et qu’il élève. Sa pensée le pousse à agir, puisqu’en retour, son action nourrit et conforte son engagement.



L’acte de contempler, littéralement «  prendre le temple avec soi », revient à accéder à un niveau de conscience supérieur, une vision qui enseigne à ne plus confondre le profane et le sacré dans une action créatrice de lumière. Par la suite, ce niveau de clairvoyance permet le passage à l’acte qui s’auto-enrichit et engendre un retour vers la mise en pratique de la contemplation. Ainsi se réalise le Devoir.



C’est la conjonction de l’action et de la contemplation qui créera les conditions de la création de ce temple, qui apportera la «  bénédiction ». Mais cette création exige un cœur pur, un regard aimant, une ascèse, une humilité sans faille, dénuée de la moindre idée de pouvoir comme l’a écrit Carl Gustav Jung : «  Là où règne l’amour, il n’y a pas de volonté de puissance et là où domine la puissance manque l’amour. L’un est l’ombre de l’autre. »



Si la contemplation apporte découverte et ouverture d’espace célestiel, elle n’exige pas pour autant de se réfugier dans un espace vide, hors du siècle. Aussi amoureux soit- il de la lumière, l’initié sait qu’il ne peut pas se couper du monde de la manifestation. Il faut vivre dans le monde, développer les potentialités de son altérité, bref s’enrichir au contact de l’Autre, cet autre soi- même. C’estpourquoi, l’initié se construira un lieu qui pourra être tout à la fois un sanctuaire de recueillement personnel, tel le temple circulaire de Vesta où ne réside que la présence divine, et un espace de rencontre et de partage tel un temple d’Hermès, dieu des échanges et cependant dieu des mystères. Que ce soit un lieu dédiéà la contemplation, ou un lieu dédié à l’action parmi les hommes, il y brûlera toujours un feu, celui de la juste Lumière.



Le Maître Secret tire profit de l’énergie issue du double mouvement des complémentarités. La construction se fait sans précipitation, selon un temps propre à chacun et dans le calme d’une création inspirée. L’action dessine les jeux d’ombres et de lumières, l’harmonie des proportions, la Force architecturale, tandis que la contemplation apporte les vibrations du silence la Beauté intérieure.


Enfin, Force et Beauté invitent à la Sagesse car, par les vertus du binôme action/contemplation, la construction de ce temple, construction spirituelle s’entend, ne fera jamais prendre les apparences pour la réalité, ne tombera pas dans le gigantisme de Babel et rejettera toute forme, toute « œuvre » propre à flatter son ego.



Ainsi le Maître Secret, devenu Lévite, possède la clef d’ivoire qui lui suggère symboliquement accès à la théorie des trois mondes. Ces champs dévolus à son action et sa contemplation lui donnent le juste sens de cette phrase du rituel du quatrième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté :


«  Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’univers, seule et réellement admirable la loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail. »



Henry Corbin dans ses travaux sur le « ta’will » encourage à passer de l’action à la contemplation, de cheminer des formes sensibles aux formes imaginables mais encourage également à veiller à ne pas entreprendre le chemin inverse car cela risquerait de détruire la signification la plus élevée de ces formes.


Certes, voilà qui rappelle le grand combat que le Maître Secret doit mener contre les illusions, puisqu’il a reçu la recommandation de ne pas se forger d’idoles humaines. Mais la nature naturante, la vie n’existe que par un mouvement éternel d’aller retour, d’expir – inspir ou de barattement des eaux primordiales par flux et reflux.


La contemplation organise le passage du chantier au sanctuaire mais n’interdit nullement le retour du sanctuaire au chantier car l’initié, le Maître Secret fabrique, tisse, construit et établie lui-même l’espace de sa réalisation intime et secrète qui se fait autant dans le temple que dans le monde.


C’est en cela que la voie initiatique se démarque de la voie hermétique. Monde spirituel et monde du manifesté sont dans le rapport étroit que signe le verset 4 de la table d’Emeraude et l’effet miroir du haut vers le bas et du bas vers le haut.


C ‘est dans cet esprit que Ibn Arabi écrit : «  Dieu est ton miroir, c’est-à-dire le miroir dans lequel tu te contemples toi- même et toi tu es son miroir c’est à dire le miroir dans lequel il contemple les noms divins.



Action et contemplation éclaire le chemin de l’initié : intériorisation dans le cabinet de la réflexion devant la seule bougie, épreuve du feu, rencontre avec l’étoile flamboyante, puis redressement vertical lors de son élévation dans un temple qui s’illumine soudain, toutes ces aventures initiatiques ayant été révélatrice de lumière. Enfin l’entrée en loge de perfection, dans la lumière très atténuée par le bandeau sur le front symbolise une fois encore cette difficulté d’émergence en pleine clarté ainsi pourrait on dire que l’action est fils du feu et la contemplation fille de la lumière.



Selon la formule alchimique ora et labora, par le travail sur le chantier où l’élévation de l’esprit dans le secret de son sanctuaire personnel, l’initié œuvre sans fin à la différenciation, à la séparation tenèbre et lumière. C’est ainsi que la franc maçonnerie nous enseigne à construire l’espace sacralisé par les attitudes et les formules traditionnelles, gestes, paroles et attouchements éclairés par ce qui provient d’en haut.



La contemplation propose d’accomplir une totalité à partir des différents symboles présents dans les temples. «  Qu’avez-vous vu en recevant la lumière le soleil la lune et le Maître de la Loge ». Soudain derrière la simplicité de la réponse apparaît la représentation de l’invisible. Le regard devient actif et créateur d’images situées sur un plan supérieur. Par leurs pouvoirs conjugués, action et contemplation deviennent l’outil qui permet de garder le secret d’être obéissant et de rester fidèle. C’est dans ces espaces concrétisés par le temple que peuvent prendre place et se construire les vertus indispensables au rétablissement du saint Empire. Il conviendra donc de toujours maîtriser la volonté de puissance afin qu’elle ne se transforme pas en cortège d’illusions et ne serve pas une ambition personnelle.



Alors pourra se réaliser ce miracle que l’on nomme amour, capacité de transmutation de l’être en voix de perfection qui accepte de rejeter ses besoins égoïstes. Ce nouvel amour fondera sur la béance même de l’ancien monde la représentation d’un nouveau cosmos, conforme au principe des origines,fidèle et absolue reflet des archétypes.



Comme l’écrit Henry Corbin « Dieu lui-même est le temple des croyants et réciproquement les croyants sont eux même le temple de dieu ».


Cet homme temple est devenu lui-même un espace de contemplation, un espace consacré. De même il pourra devenir homme Athanor, devenu en lui-même le champ de tous les combats un espace de transmutation c’est l’à, à l’intérieur de ce nouvel homme, homme vrai en toute circonstance que résidera l’idée originale du temple.


Chez l’homme temple cette empreinte est le miroir réfléchissant du principe. Sans amour il n’y aurait pas d’évolution pas d’imagination active pas de conjonction des regards ni de contemplation.



Le Maître Secret est un acteur de la contemplation, en route vers l’action initiatique juste et la possible rencontre avec l’ange dans l’univers active de son soi.


L’action intervient en l’harmonie avec la contemplation, elle la précède comme elle la suit, car elle est l’expression pure de la perfection et de l’amour, ce dont l’initié ne peut pas faire l’économie. Une fois la volonté purifiée par l’action de contempler, la contemplation devient au delà même de l’action une merveilleuse manifestation du devoir.



Notre seul devoir c’est d’être immortel.

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