Depuis que vous êtes Maître Secret, avez vous une conception différente du Devoir

Auteur:

H∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secret


Il m’a été donné de traiter ce soir du sujet: « Depuis que vous êtes Maître Secret avez vous une conception différente du Devoir »


« Prenez place mes Frères ». Cette expression rituellique, ponctuant les ouvertures des travaux des quatre premiers degrés est à l’Ecossisme ce que « Bereshit » 1er terme de la Genèse, est à la Bible. Elle rassemble toutes les potentialités et toute la démarche de notre rite. Par ces mots nous marquons notre conception du monde et vision de l’univers. Par ces mots, nous reconnaissons l’existence d’un principe, d’un ordre, d’un système cohérent comprenant ses lois et ses règles qui en donnent le sens. Enfin par ces mots, nous admettons que nous y avons notre place ce qui, non seulement, y implique des devoirs mais que notre Devoir est d’en chercher et d’en comprendre le principe pour y vivre pleinement en harmonie. Aussi à travers l’évolution de plus en plus subtile de la conception et de la pratique du Devoir, le rite Ecossais Ancien et Accepté nous propose degré après degré de prendre progressivement conscience de cette place puis spécifiquement à partir du 4ème, de sa nature, de sa réalité et de son sens. Fort de ce postulat, comment s’est développée ma conception du Devoir dans les premiers degrés ? Comment et par quoi a t-elle évolué depuis que je suis Maître Secret ? Pour ce faire, j’ai structuré le plus simplement possible mon travail. J’aborderai brièvement la notion de Devoir dans les premiers degrés, puis dans un second temps cette même notion au 4ème degré.


Comment s’aborde la notion du Devoir dans les premiers grades ? A reprendre le mémento d’instructions et le rituel d’initiation du premier degré, il n’est pas fait explicitement référence à la notion du Devoir mais des devoirs. Le Devoir reste, me semble t-il, pour l’apprenti une notion floue qui ne s’aborde que d’une manière minuscule et pluriel, à travers la pratique de ses devoirs. Ne sachant ni lire ni écrire, incapable de donner le moindre au sens au mot mais cherchant à prendre sa place, l’apprenti doit avant tout dégrossir la pierre brute, fuir les vices et pratiquer la vertu c’est à dire apprendre à se connaître pour remettre un peu d’ordre en lui même. Pour le compagnon, le devoir s’approche déjà d’une manière différente à travers l’accomplissement du travail l’amenant à découvrir l’étoile flamboyante symbolisant ce qu’il doit devenir. Dans les deux cas la notion de devoirs vise avant tout à nous faire prendre conscience de notre place en modifiant en profondeur notre comportement. Il s’agit, à mon sens, avant tout d’un accomplissement et non d’une recherche qui, elle, est amorcée au 3ème degré et développée au 4ème.


La notion de Devoir évolue fondamentalement à partir du 4ème degré. Le concept de Devoir dont il est question dans ce grade n’a rien à voir avec celui des degrés précédents. L’introduction aux loges de perfection contenu dans le rituel du Maître Secret nous en rappelle le principe : « il s’agit non de l’acquisition d’un savoir ou d’une culture, mais d’une connaissance métaphysique. » c’est à dire, me semble t-il, non plus de la découverte et de la compréhension de notre place mais bel et bien de son origine, de sa nature et de son sens. Pour ce faire, de la notion des devoirs pluriels et minuscules abordés dans les degrés antérieurs, nous juxtaposons une nouvelle approche du mot Devoir qui est singulière et majuscule, mise en germe au 3ème degré puis développée à partir du 4ème. Cette évolution puise naturellement ses racines dans le mythe d’Hiram et plus précisément dans sa mort. Pour autant, ce n’est pas le meurtre en lui même d’Hiram qui importe, mais la transgression fondamentale qu’il représente. Laquelle, parce qu’il n’a plus à prendre « les mots pour les idées », doit être vécu par le Maître Secret non comme une désobéissance qui l’enfermerait rapidement dans une approche sclérosante du Devoir, mais comme l’acte fondateur d’un dépassement nécessitant une nouvelle grille de lecture impliquant au 4ème degré, lucidité, questionnement et doute. « Nouvel apprentissage » donc nous précise le rituel, celui du Devoir qui est forcément symbolique et assurément initiatique. Le Devoir comme un sacrifice, un dépassement voilà une notion récurrente, un leitmotiv du 4ème degré symbolisé par la Clé dont la forme du panneton ne permet pas, selon Podzarnik, d’ouvrir la barrière le séparant du Saint des Saints ce qui raisonne chez moi comme un Devoir absolu, une nécessité impérative de dépasser les apparences, de « découvrir l’idée sous le symbole » que le Maître Secret s’impose dans sa démarche si il veut un jour ouvrir ce qui le sépare de sa source. Ce devoir absolu de dépassement marqué par les différentes sentences du rituel d’initiation au 4ème degré, n’est pas pour le Maître Secret un principe abstrait gravé dans le marbre, mais une réalité bien vivante, un art de vivre, un secret qu’il se doit de découvrir et de s’approprier, « en santé comme en maladie », « le jour comme la nuit », c’est à dire à chaque instant de sa vie tel un sacerdoce. Nous vivons dès lors une nouvelle évolution de la conception du Devoir, relayée par l’apparition au 4ème d’une mission. C’est ainsi que des devoirs artisanaux des premiers degrés aboutissant à une construction, à l’intégration dans l’ordre, nous glissons vers une nouvelle approche du Devoir que je qualifierai de sacerdotal. Parce que élevé au rang de Lévite c’est à dire de gardien mais surtout de serviteur du Temple, le Maître Secret est au service d’une mission, d’une quête, d’un Devoir celui de la recherche de la Parole Perdue symbolisant la reconstruction intime, personnelle mais universelle de notre relation au sacré. Mission qui à mon sens conduit à une nouvelle approche du devoir encore plus fine, plus subtile, mais plus mystérieuse aussi, à travers la Parole perdue présentée comme étant le Devoir complet connu des anciens initiés, ce qui en accentue la conception et la portée initiatique en devenant l’objet même de notre quête. C’est sur cette conception même du Devoir que porte aujourd’hui l’essentiel de mes interrogations. Définition qui reste pour moi l’une des grandes questions, l’un des grands mystères du degré. Quel est fondamentalement ce Devoir qui nous est demandé impérativement d’accomplir sans toutefois le connaître ? Est ce la connaissance du Plan, des lois qui gouvernent chaque chose dans son ensemble et dans son détail ? De l’ alliance qui noue lie au tout ? Enfin, est ce Secret auquel l’Homme en mal de certitudes, a donné tant de noms habillé parfois même travesti de tant de vêtements et pour lequel le Maître Secret ne voue aucun culte, aucune dévotion mais qu’il cherche inlassablement à « s’en glorifier », c’est à dire à réveiller en lui toutes les valeurs et vertus pour en éclairer et en animer sa vie.


Pour provisoirement conclure, le Devoir ne doit il pas évoluer vers ce Mot, cette notion si galvaudée que nous en avons une fois encore perdu la signification mais que le Devoir à travers le dépassement de soi, le sacrifice nous en rappelle le sens. Je me reposerai ainsi sur cette citation de Saint Exupéry qui, se faisant à la fois image et porte-paroles de ces milliers d’anonymes qui ont accompli leur Devoir jusqu’au au sacrifice ultime, écrivait : « j’ai fondé mon Amour pour les miens par le don du sang comme ma mère par le don du lait. Il faut commencer par le sacrifice pour fonder l’Amour » (St Exupéry, Pilote de Guerre)


Trois Fois Puissant et vous tous mes frères Maîtres Secret, j’ai dit.

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