Du 3ème degré comme préambule du 4ème

Auteur:

H∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secret



« Comment avez vous été reçu Maître Maçon ? En passant de l’équerre au compas. Comment avez vous été reçu Maître Secret ? En passant de l’Equerre au Compas ». Ces deux questions aux réponses communes issues respectivement des instructions des 3ème et 4ème degré démontrent bien de l’intime lien existant entre les 2 grades. C’est ainsi que « passé de l’Equerre au Compas » traduit d’une part la continuité demeurant entre le Maître Maçon et le Maître Secret, même si on y trouvera des éléments de rupture, mais aussi d’autre part, la cassure existant entre le 3ème et les degrés précédents. En d’autres termes, le 3ème ne peut être le préambule du 4ème, ne peut ouvrir au degré suivant que parce qu’il constitue une rupture nette par rapport aux précédents. C’est pourquoi, afin de répondre de la manière la plus précise au sujet qu’il m’a été posé, j’ai jugé important et judicieux de tenter de montrer en quoi le 3ème degré constitue t-il une rupture par rapport au deux premiers et par voie de conséquence comment nous ouvre t-il au degré suivant avec en fil conducteur cette notion fondamentale et centrale qu’est le Sacré.


« J’éprouve l’émotion la plus forte devant le mystère de la vie. Cette émotion fonde le beau et le vrai. Il suscite l’art et la science. Si quelqu’un ne connaît pas cette sensation ou ne peut plus ressentir cet étonnement ou surprise, il est un mort-vivant et ses yeux sont désormais aveugles » Par ces quelques mots, Albert Einstein a réussi, à mon sens, à synthétiser la démarche initiatique proposée par le Rite Ecossais Ancien et Accepté. A travers notre désir du beau et du vrai, nous marquons notre recherche, notre quête de la Lumière et du Sens de notre existence. Et cette quête, nous la qualifions de spirituelle car elle ne peut incontestablement et immanquablement se concevoir que par le Sacré c’est à dire par la perception des principes et des lois qui nous conduisent et nous élèvent, par l’émerveillement face à l’Universelle, face aux mystères de la source de la Vie. Ce sentiment et cette découverte du Sacré propre à chacun, rigoureusement personnelle et intime, ne peut se vivre que par un apprentissage sans cesse renouvelé, un travail collectif autour des symboles distillés progressivement et méthodiquement par les degrés du Rite. L’apprenti qui taille sa pierre brute, le compagnon qui découvre le monde, voyage et approche les Arts libéraux, sont autant de symboles, d’outils, de méthodes que nous nommons « opératifs » car chargés de construire notre sensibilité au Sacré. Travailler en opératif, c’est nous éveiller au sacré par son aspect extérieur, construit, visible et manifesté en découvrant l’harmonie des lois et des réalités qui le compose Il s’agit donc de connaissance réflexive, indirecte à travers le reflet d’un miroir. Etape indispensable certes, mais incomplète et provisoire qui ne permet pas de percevoir l’essence et le cœur même des choses, devant donc nécessairement déboucher vers une autre dimension. Au livre de l’Exode de nous en inspirer la voie : « Fais moi donc voir ta gloire » adressa Moïse au Seigneur. « Tu ne peux voir ma face, car l’Homme ne saurait me voir et vivre »


Percevoir la face, c’est faire l’expérience directe du Sacré qui nous est amorcée par le 3ème puis développée par le 4ème. Percevoir la face, l’origine et la source de toute chose, c’est perdre les outils opératifs, pour vivre une profonde et nette rupture en entrant dans le mythe. A partir du 3ème degré, le développement du mythe d’Hiram devient alors le support de notre réflexion et de nos interrogations, et sans jeu de mot la clé de la connaissance. Arrêtons nous sur ce concept du mythe qui constitue l’ossature du grade de Maître et ouvre aux degrés suivants. Que l’on aborde ou non ce concept avec les yeux d’un ethnologue, d’un historien des religions comme Mircae Eliade, force est de constater que le mythe n’est pas qu’un simple fait culturel ou une fable. Il a pour vocation de nous révéler et transmettre une histoire sacrée, de mettre à jour un mystère sans toutefois jamais nous le dévoiler. Le mythe parle à l’homme extérieur que nous sommes, de l’Homme intérieur que nous devrions être. Il révèle nos archétypes, ce qui se cache sous les apparences dans les profondeurs de l’être. Par le mythe d’Hiram, nous nous retrouvons face à deux voies, deux conceptions du sacré diamétralement opposées mais présentent en chacun d’entre nous. La première, celle des 3 compagnons dont le drame n’est pas d‘avoir voulu acquérir la connaissance, mais d’avoir abrégé leur route en prenant des raccourcis, d’avoir pris la manifestation pour le principe, le signifiant pour le signifié, le reflet pour l’image en d’autres termes le mot pour l’idée. La seconde voie, celle du sacrifice d’Hiram, au sens étymologique du terme « rendre sacré », qui est une épreuve pour nous faire découvrir une dimension de nous même que nous ignorions. Mais quelle dimension ?
« En quel lieu sommes nous ? » demande le Trois fois Puissant Maître lors de l’ouverture des travaux « Nous sommes dans le Temple du Roi Salomon, devant le Saint des Saints. Le « lieu » ! ce mot n’a certainement pas été choisi arbitrairement par les fondateurs de notre Rite. Il est en effet chez les juifs, sauf erreur, l’un des nombreux qualificatif de l’Eternel. Pour celui qui veut bien s’attacher à sortir du domaine purement religieux tout en n’en gardant l’esprit, il est le symbole de notre rapport au Sacré. Ainsi, cet échange entre le Trois fois Puissant Maître et le 1er inspecteur révèle, me semble t-il, l’une des fonctions forte et puissante du mythe d’Hiram qui évolue vers celui de la construction du Temple : créer en nous un espace et nous éveiller progressivement à une nouvelle dimension intérieure dans laquelle va porter, se concentrer et s’opérer le travail initiatique. Le mythe construit un lieu de contact, de communication et de résonance, un lieu secret et mystérieux dans le lequel va émerger et s’exprimer notre rencontre avec le Sacré, un lieu ou vont s’exprimer toutes nos potentialités créatrices, un lieu dans lequel, si nous savons faire preuve de discernement et de jugement, nous découvrirons peut être la finalité de nos origines et de notre existence ; bref un lieu ou commence à paraître la Grande lumière .


Au de la de la justesse et de la véracité ou non de mes propos précédents, le 3ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté en ouvrant au 4ème nous apporte des axes de recherches, de réflexion, d’interrogations sur les questions existentielles qui nous tiraillent à savoir quel est le rôle, la place de l’Homme dans la création ? Et comment pouvons refléter et transmettre cette dimension dans le quotidien de nos actes car comme le soulignait Hubert Greven à la dernière fête de l’Ordre Ecossais : « s’élever, oui ! mais à condition de redescendre ! ». Ainsi, le degré de Maître en tant que préambule de celui de Maître Secret est un grade pivot et charnière qui marque la fin d’un cycle et le début d’unautre. Il nous propose, nous introduit dans une recherche, dans une rencontre avec la partie la plus intime, secrète et mystérieuse de nous même faisant ainsi écho au Maître soufiste Rûmi, fondateur de l’ordre des Derviches Tourneurs, qui face à un homme souhaitant mourir pour rencontrer Dieu dans l’autre monde, lui répondit : « comment peux tu être certain qu’il s’y trouve ? Ce que tu cherches, cherche au plus profond de toi même, car tout ce que tu désires n’est autre que toi même ».


Trois Fois Puissant Maître et vous tous Maîtres Secrets, J’ai dit.

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