Des Ténèbres à la Lumière

Auteur:

J∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A La Gloire du Grand Architecte de L’Univers


Deus Meumque Jus


Rite Écossais Ancien et accepté


Ordo Ab Chao


Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France


Liberté, Egalité, Fraternité.


TCF Président et vous tous VM,

BERESHIT BARA ELOHIM ET ASHAMAYIM VE-ET AHARETZ…


C’est la première ligne du volume de la Loi Sacrée, dans la version en Hébreu.

Pour aborder le sujet “des Ténèbres à la Lumière”, j’ai tout d’abord cherché l’origine des unes et de l’autre. C’est dans les premières lignes du premier verset de l’Ancien Testament que j’ai trouvé la réponse. Voici ces lignes, dans la traduction la plus commune :

1.1Au commencement, Elohim créa les cieux et la terre.


Ensuite il est dit :


1.2La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit d’Elohim planait au-dessus des eaux.


1.3 Elohim dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.


1.4 Elohim vit que la lumière était bonne; et Elohim sépara la lumière d’avec les ténèbres.


1.5 Elohim appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Je pense que dans le sujet de cette planche il faut considérer ces premières lignes de l’Ancien Testament comme données essentielles. Vous le savez, le texte Hébreu dit “Elohim”, c’est-à-dire un pluriel, pour désigner ici celui que nous appelons le GADLU, alors que le verbe (bara) qui suit est au singulier. Mon interprétation est qu’il y a plusieurs identités du Créateur et qu’en utilisant un pluriel on peut les adresser tous en même temps. Et le monothéisme est affirmé par toutes les religions se réclamant de l’Ancien Testament.

De même, on lit “les Cieux” et “La Terre”, puis “Les Ténèbres” et “La Lumière”. Tout étant au commencement dans l’obscurité, le GADLU a décidé qu’il fallait la Lumière pour commencer l’œuvre de création, c’est pourquoi il l’appelle en premier, directement. La Lumière, en Hébreu, se dit “OR”. Sans doute de là vient que l’éclat a donné son nom au métal précieux.

Ensuite, nous constatons que, logiquement, dans l’ordre de la création des éléments, le premier jour commence par les ténèbres du soir, et continue avec la lumière du matin. Toutes les fêtes juives commencent en effet la veille au soir. Voilà ce que nous apprend le premier texte qui mentionne les Ténèbres et la Lumière et la transition des uns à l’autre. J’ai également trouvé par hasard, une mention du “passage des ténèbres à la lumière” dans un livre du XVIIIème, citant Hippocrate, à propos du mystère de la naissance “ la naissance des animaux n’est qu’un accroissement qui les fait passer des ténèbres à la lumière”. Il s’agissait d’expliquer comment une cellule peut donner un être entier.

La transition des Ténèbres à la Lumière est célébrée en de nombreux rites dits “rites de passage”, variant avec les cultures et les traditions. Ainsi la naissance (accession à l’autonomie physique), l’initiation religieuse (accession à la libre décision de la foi), la majorité (accession à l’autonomie sociale), le mariage (où l’on “enterre” sa vie de célibataire pour entrer dans la vie de couple), enfin la mort, quand l’âme quite le corps physique pour accéder au domaine des Esprits, où les coupables vont dans les Ténèbres, les bienheureux dans la Lumière.

Quelle est la nature physique et symbolique des Ténèbres et de la Lumière ? Comme on l’a vu dans la Genèse, les Ténèbres constituent l’état initial du monde avant sa création, ce que certains physiciens appellent le “Chaos originel”, que la Science prétend “organiser”, comme nous travaillons sous la bannière “Ordo ab Chao”. On ne peut appeler Ténèbres l’absence de Lumière, puisque la Lumière n’existait pas encore, mais c’est l’arrivée de la Lumière qui va faire réaliser que l’état précédent était “les Ténèbres”. En revanche, on voit que la Lumière a été créée dans les Ténèbres, puisqu’il a fallu “séparer” la Lumière des Ténèbres. La Lumière a pour effet de révèler, de permettre de voir, distinguer les formes et les couleurs : elle confirme leur existence et leur identification par un nom donné par le Créateur. On pourrait opposer la Lumière aux Ténèbres en ce sens que la Lumière est une forme d’énergie, et on a beaucoup plus étudié la Lumière que les Ténèbres, puisqu’il y a même une polémique à propos de sa nature (corpusculaire ou vibratoire), sa constitution (les photons, sans existence matérielle). C’est ainsi que l’on a pu définir la vitesse à laquelle la Lumière circule et confirmer par l’expérience sa nature vibratoire, par les interférences, la spectroscopie, enfin les hologrammes. Le manque de Lumière fait d’abord disparaître les couleurs (la nuit tous les chats sont gris) puis les formes (nuit noire, on ne perçoit plus les objets). L’obscurité est la condition nécessaire à la création de la Lumière, c’est pourquoi le profane doit passer par l’épreuve de la Terre ; je considèrerais même comme souhaitable que la bougie qui éclaire le cabinet de reflexion s’éteigne quelque temps avant qu’on ne lui mette le bandeau pour l’amener dans le Temple.

La vie terrestre, incarnation de l’âme dans le corps physique pour une durée limitée commence dans les ténèbres de la vie intra-utérine, pour se prolonger après la naissance dans la lumière et se terminer lorsque la lumière disparaît pour le corps physique, lorsque les yeux se ferment pour la dernière fois. Mais certaines expériences de la vie après la vie ont indiqué que l’âme rencontrait, immédiatement après avoir quitté le corps, une lumière d’une autre intensité, dans le domaine divin où elle se rend ensuite.

Nous retrouvons les rites de passage dans la démarche Maçonnique, à chaque augmentation de salaire. A commencer par l’Initiation au premier degré, quand le profane doit “mourir” à sa vie antérieure pour “renaitre” en tant que frère dans la Maçonnerie. Dans le cabinet de reflexion où il séjourne avant les épreuves, il confirme sa mort profane en rédigeant son testament philosophique, puis il pénètre dans les ténèbres du bandeau. Et quel éblouissement quand on lui retire une première fois le bandeau pour apercevoir les épées et le parjure chatié ! Ce “passage” restera gravé éternellement dans nos mémoires. Mais on lui remet tout de suite le bandeau, car il reste des conditions pour qu’il soit “créé, constitué et reçu”, et des engagements à prendre sur les Trois Grandes Lumières. Puis commence la démarche d’apprentissage, cheminement long et laborieux, mais dans une nouvelle vie. Chaque augmentation de salaire sera également l’occasion d’une nouvelle initiation, avec de nouvelles épreuves, de nouveaux décors, de nouvelles attributions, un nouveau grade, une nouvelle Lumière.

J’ai identifié trois types de transition des Ténèbres à la Lumière : instantannée, progressive et indéterminée. Instantannée, comme lors de la sortie d’un tunnel, en train, car on ne voit que le travers de l’avancement et la Lumière apparaît brusquement ; c’est le retrait brusque du bandeau, la révélation (révéler c’est ôter le voile) du nouveau monde dans lequel on entre au sortir des ténèbres. La

transition progressive vers la sortie du tunnel, c’est en auto alors qu’on voit arriver l’issue du tunnel, on se prépare à la sortie : de même lors de la première année de silence, l’apprenti voit travailler les autres Frères et prend conscience du rôle qu’il aura à jouer dans le futur de sa vie maçonnique. La transition indéterminée, enfin, c’est quand la durée ne peut être prévue, par exemple si on circule à pied dans un tunnel, et en particulier si, le tunnel n’étant pas rectiligne, on ne sait combien de temps il faudra pour atteindre la sortie que l’on ne voit pas encore. Il en est sans doute ainsi du passage dans les Hauts Grades.

Avant d’accéder à la Lumière, notre existence est semblable au cheminement dans le tunnel : de plus, lors du passage sous le bandeau, le profane fait l’expérience de l’obscurité en sachant que les assistants le voient, mais il ne sait pas encore combien ils sont, si le lieu où il est interrogé est grand ou petit, il est dans le “vide informe” dont il était question tout à l’heure. Il lui faudra encore du temps avant de connaître la Lumière de la Loge au deuxième retrait du bandeau à la fin de la cérémonie d’Initiation. Il réalise alors qu’il était “dans les Ténèbres” jusque là.

Autre exemple de transition : on a souvent parlé, à tort, d’obscurantisme à propos du développement intellectuel du Moyen Age, comme si les Esprits de ce temps étaient dans les Ténèbres. A tort car c’est dans cette période que les hommes, ayant accumulé des connaissances dans tous les domaines, ont voulu les inscrire dans l’éternité en taillant des pierres didactiques et en façonnant des vitraux destinés aux églises et cathédrales, comportant tous les symboles et les personnages de référence, traçant même les premières bandes dessinées. C’est aussi dans cette période que la Maçonnerie opérative a pris naissance, pour être prolongée par la Maçonnerie spéculative à partir justement… du siècle dit “des Lumières”, le XVIIIème.

Le monde moderne qui court après la performance à tout prix a créé le déclanchement instantané de la Lumière avec l’interrupteur électrique, mais aussi les éclairages en lumières spéciales (lumière noire, infra-rouge, ultra-violet, rayon X), chacune d’entre elles révélant des aspects nouveaux des éléments. Ces manipulations de la Lumière peuvent être considérée par rapport au Créateur comme un crime de lèse-majesté, mais on voit mal l’utilisateur rendre grâce au Créateur à chaque fois qu’il manipule un interrupteur, comme le chef de famille qui ouvre le pain quotidien ! Le monde matérialiste a ainsi intégré ce qui autrefois serait passé pour sacré, miraculeux ou maléfique.

Dans le rituel d’ouverture du REAA, on fait “apparaître” les Lumières, ce qui dit bien qu’elle existent, mais sont cachées à la vue des profanes. Cela nous est confirmé lors de la fermeture des travaux. Je pense qu’il y a là une volonté de marquer qu’il ne s’agit pas d’une création, donc qu’il n’y a pas lèse-majesté. Nous sommes détenteurs des symboles, nous les utilisons, nous les conservons, nous ne les modifions pas. Mais nous avons le devoir de les transmettre.

Les Ténèbres et la Lumière sont deux domaines bien distincts, et comme nous venons de le voir le passage s’effectue lors d’un changement d’état, souvent considéré comme une Initiation. A ce propos, le philosophe Autrichien Rudolf Steiner, créateur de l’Antroposophie, mais qui n’était pas maçon, a écrit sur l’Initiation, ces quelques mots que je vous livre : “vous pouvez ête l’ami intime d’un initié ; vous serez séparé de lui tant que vous ne serez pas initié vous-même” puis plus loin “rien ne le décidera à trahir une parcelle de ce qu’il ne doit pas vous livrer parce que, au degré de développement où vous vous trouvez, cette révélation n’éveillerait pas en votre âme la résonance juste”. Dans tout processus d’Initiation, la situation initiale apparaît comme “les Ténèbres”, et la situation finale comme “la Lumière”. Ceci implique une notion de discontinuité dans la hiérarchie des situations, avant et après l’Initiation.

Car c’est bien d’une Initiation qu’il s’agit chaque fois que l’on passe symboliquement des Ténèbres à la Lumière. Et nous savons qu’il y aura une autre Lumière au delà de celle qui nous est actuellement révélée, et c’est pourquoi nous continuons à travailler.

A l’approche de la prochaine Initiation, la Lumière d’aujourd’hui apparaîtra sans doute comme les Ténèbres de demain.

TCF Président, j’ai dit.

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