Ziza
J∴ M∴ G∴
A
la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,
Ordo ab chao, Deus meumque ius,
Trois fois puissant Maître,
et vous tous mes Frères Maîtres Secrets en vos degrés et qualités,
Ordo ab chao, Deus meumque ius,
Trois fois puissant Maître,
et vous tous mes Frères Maîtres Secrets en vos degrés et qualités,
Je vais diviser mon propos en quatre parties :
1)Tout d’abord, tout ce qui rattache ce mot ZIZA à notre Rituel et à la décoration du Temple.
2)En deuxième partie, je vous donnerai les définitions du mot ZIZA et toutes les références historiques et culturelles qui s’y rattachent.
3)La troisième partie établira le lien entre le mot ZIZA et la réalisation spirituelle du Franc-Maçon.
4)Enfin, dans la dernière partie, je vous livrerai une interprétation personnelle sur la façon dont je perçois le mot ZIZA.
Avant d’aborder la première partie de ma présentation, bien qu’il m’ait été demandé de travailler sur le mot ZIZA, je souhaiterais préciser qu’il me semble difficile d’évoquer ZIZA sans parler de la lettre « Z » et sans faire allusion à la « CLÉ D’IVOIRE ».
1ère Partie
Voici donc maintenant la première partie de mon travail : ZIZA, le Rituel et la décoration du Temple.
Le mot de passe du Maître Secret est ZIZA et la lettre Z sur le panneton de la Clef d’Ivoire en est l’initiale. C’est au cours de la cérémonie de Réception et dans l’Instruction que le Maître Secret prend connaissance pour la première fois de la lettre Z, du mot ZIZA et de la Clef d’Ivoire.
Il découvre également la lettre Z à travers la décoration du Temple : au centre de l’autel, sur le Volume de la Loi Sacrée, est posée une Clef d’Ivoire avec un Z dans le panneton.
Le Maître Secret porte un tablier et unsautoir où figure la lettre Z de couleur or. Et, au bas du sautoir, est suspendue une Clef d’Ivoire dont le panneton porte la lettre Z gravée en creux.
Le mot de passe ZIZA (ou ZIZON dans certains rituels) contient deux fois la lettre Z. En fait, ZIZA ou ZIZON n’ont aucune importance par eux-mêmes : ils ne sont là que pour illustrer, souligner l’importance de la lettre Z. Comme vous le savez, le vrai symbolisme est la clef de la compréhension universelle ; c’est la raisond’être de la lettre Z, et par conséquent de la Clef d’Ivoire dont l’ouvrant affecte la forme d’un Z.
Le 4ème degré nous propose donc, à nouveau, une initiale : la lettre Z. Il convient de souligner que l’importance de la lettre fut rappelée tout au long de notre parcours maçonnique, avec les lettres-initiales des deux colonnes du Temple, J et B. En tant qu’Apprenti, ne sachant ni lire, ni écrire, nous devions communiquer une lettre pour recevoir la seconde. L’Ordre cherchait déjà à nous guider vers la compréhension des lettres en nous empêchant de parler, puis en nous proposant de recevoir notre salaire à la lettre-initiale de la colonne correspondant à notre grade.
Notre Rituel nous donne la traduction du mot ZIZA qui aurait le sens de « Splendeur », et aussi de « Re-Splendeur » dans d’autres Rituels. C’est effectivement un peu succinct. Aucun Rituel ne nous indique le processus suivi pour arriver à cette interprétation, pas plus que l’origine ou la racine de ce mot, ni sa valeur hiéroglyphique.
C’est ainsi que le Rituel, la décoration du Temple et ma trop courte expérience maçonnique ne m’ont pas permis d’aller plus loin dans la compréhension de la lettre Z et du mot ZIZA. J’ai donc dû chercher ailleurs pour poursuivre mon travail.
2ème Partie
Je vais aborder maintenant la seconde partie qui concerne les définitions et les références historiques et culturelles qui se rattachent à la lettre Z et au mot ZIZA :
En 1813, la première publication du Tuileur de Delaulnay parle de la Clé, du Z et de ZIZA. Le mot ZIZA, qui s’écrit en hébreu Zaïn, iod, Zaïn, aleph, est l’un des mots les plus difficiles à expliquer.
Il signifie saillie, proéminence. Selon certains, ce serait une projection au-dessus d’une porte, servant d’abri.
Le mot est traditionnellement traduit comme balustrade, séparant le « Saint » du « Saint des Saints », également traduit comme resplendissement. Il convient néanmoins de noter que le Tuileur de Delaulnay (en 1813) et le Tuilleur de Vuillaume (en 1830) condamne la traduction « balustrade ».
ZIZAH, avec un h à la fin (hé en hébreu), signifie léger mouvement, mais également brillance ou éclat, lumière éclatante, rayonnante.
Le mot ZIZA signifie aussi fleur, et ZIZON, force de la fleur. Il désigne aussi une lame, par référence au Livre de l’Exode (chapitre XXVIII, verset 36) à propos de l’ordre donné par Jéhova à Moïse : « Vous ferez aussi une lame (ZIZA) d’un or très pur, sur laquelle vous ferez graver par un ouvrier habile ces mots : « la sainteté est au Seigneur ».
Toujours dans le Tuilleur, Delaulnay signalait : « C’est à partir de ZIZA que les rabbins ont fait leur fameux oiseau ZIZ qui, lorsqu’il ouvrait les ailes, dérobait à la terre les rayons du soleil ».
Par extension, la signification du mot ZIZA s’éclaire par l’étymologie : lorsqu’on le réduit à sa racine bilitère, c’est-à-dire le double Zaïn, ce mot traduit l’idée de mouvement (bouger, se mouvoir). Le dictionnaire hébreu-français de Sander et Trénel (en 1858) donne pour ce mot, d’origine chaldéenne, les deux sens suivants :
– Éclat.
– Ce qui se meut.
Il faut donc, pour pénétrer le sens, associer ces deux idées. La lumière est mouvement (par référence aux ondes, au rayonnement). Le sens de la racine lui confère une valeur dynamique qui le rapproche de l’Enseignement d’Hermès : Hermès est le dieu du mouvement. IL transmet (il est le messager), il assure la circulation des choses, il crée les bornes et aide à les franchir. Hermès conduit le voyageur à son terme ou bien l’égare.
Nous pouvons également faire allusion à l’Arbre des Séphiroth qui représente l’une des conceptions les plus importantes de la théorie cabalistique. Les Séphiroth sont aussi appelées « les Splendeurs » ou « les Gloires » : ce premier mot est en relation directe avec ZIZA, mot spécifiquement cabalistique ; le deuxième est une nouvelle interprétation de la lettre « G » figurant au centre du pentagramme (au grade de Compagnon), lequel reparaît au 4ème grade avec toute sa Grandeur et sa Luminosité.
Il demeure plus intéressant encore de lire le mot ZIZA à l’envers, ce qui donne AZIZ, signifiant « fort » en hébreu, et « très précieux » ou « sacré » en arabe, tout en sachant que toute chose qui éclaire ou brille est à la fois précieuse, sacrée et donc sainte. Le recours à la technique de l’anagramme pour voiler des noms ou des mots importants demeure bien connue des anciens initiés.
Nous pouvons aussi évoquer la lettre Z, ou Zaïn, comme septième Lettre des alphabets hébreu, phénicien, araméen, grecs, etc., qui a le sens de « Javelot », arme divine, arme de jet, membre viril, germe, le plus puissant des rayons solaires qui projette la foudre en tous sens. Du reste, la représentation du signe astrologique de Jupiter (un Z barré) exprime clairement l’identification de Zeus avec la foudre. C’est le « Zaïn » projetant sur la terre le feu des germes de vie.
En fait, tout se recoupe si l’on considère le graphisme de la lettre hébraïque qui évoque le serpent dressé verticalement et qui est associé à l’antique hiéroglyphe de la fécondation.
Et en allant plus loin, la lettre Z, chez les Grecs, était l’initiale du verbe Zaô, signifiant « je vis ». C’est en ce sens que le dieu, père et générateur de vie, ne pouvait avoir qu’un Z pour première lettre de son nom. Ainsi Zeus fut-il reconnu pour père de la vie et de tous les dieux.
Pour terminer cette seconde partie, je rappellerai ce que j’indiquais plus haut : les mots ZIZA ou ZIZON n’ont aucune importance dans leur premier niveau de lecture, et encore moins dans leur traduction éventuelle. Le fait qu’il s’agisse de mots corrects ou mal retranscrits importe peu. L’essentiel ne se trouve jamais dans l’apparent, dans ce qui nous est indiqué, mais dans ce que nous devons retrouver par nous-mêmes.
3ème Partie
J’en arrive maintenant à la troisième partie : le lien entre le mot ZIZA, la lettre Z, et par extension la Clé d’Ivoire qui le contient, et la réalisationspirituelle du Franc-Maçon.
Dans notre alphabet, la lettre Z vient en dernière position (tout comme le A est la première lettre). Le A et le Z peuvent se trouver assimilés à l’alpha et l’omega, ordinairement considérés comme étant le commencement et la fin de toute chose. Par son graphisme, le Z introduit la déduction du sens inverse ; il devient le commencement dans un nouvel Ordre ou nouvel état d’être.
Le Maître Secret est devenu le gardien du Saint des Saints et, de ce fait, accède à la fonction sacerdotale. Il possède l’initiation artisanale : il a étudié les outils, il sait s’en servir et il sait tracer des plans. Il sait « Faire ». L’initiation sacerdotale le fait passer du « faire » au « dire », de la maîtrise de l’outil à la maîtrise du verbe.
L’objet de sa quête est maintenant la Parole, sous l’appellation (dont la signification profonde sera désormais le centre de sa réflexion) de « Parole perdue ».
Il convient à présent de reconstituer ce qui a été perdu, c’est-à-dire oublié. Et ce qui a été oublié réside dans les profondeurs de notre conscience, là où sont enfouies les impressions reçues depuis le fond des âges.
Cette invitation à sonder nos profondeurs n’est pas sans rappeler le mot VITRIOL du Cabinet de réflexion. A ce sujet, permettez-moi une parenthèse : l’élément Vitriol était figuré par les Alchimistes dans leur notation graphique par le schéma d’une clé.
C’est donc seulement si nous avons réussi la transmutation (qui nous a été suggérée dès le Cabinet de réflexion) que la « CléZ » nous permettra l’entrée dans le Saint des Saints.
Cette Clé a donc bien une fonction symbolique d’ordre spirituel. Moyen d’accès au Saint des Saints, elle atteste que chacun y est effectivement dès lors qu’il en prend conscience. Le Temple n’en est que le symbole car le Saint des Saints est dans chaque être. Sur un plan spirituel, on peut penser que cette Clé est celle de l’ouverture du cœur à la Vérité et à la Lumière. La poste est ouverte, encore faut-il en avoir conscience pour en franchir le seuil.
Pour résumer cette troisième partie, je dirai que la Clé d’Ivoire du Maître Secret, avec son panneton gravé de la lettre Z, est le moyen d’accès au cœur du Saint des Saints de son temple intérieur.
4ème Partie
Dans cette quatrième et dernière partie, je vais vous soumettre une réflexion toute personnelle de mon interprétation de la lettre Z. J’espère humblement ne pas commettre de contre-sens, auquel cas je vous demanderais de bien vouloir accepter toutes mes excuses.
Ainsi que je vous le disais, la Clé d’ivoire, et son panneton contenant la lettre Z, n’ouvre aucune porte matérielle, mais représente le moyen, l’outil, le sésame qui ouvre les portes menant à la Connaissance par étapes successives, véritable chemin initiatique du Franc-Maçon.
Cette Connaissance n’est pas sans rappeler la Gnose, dont l’initiale G figurait au centre de l’Étoile Flamboyante en Loge de Compagnon, cette même Étoile que nous retrouvons dans notre tableau de Loge au 4ème degré.
D’où ma réflexion : et si nous remplacions le G par le Z, qui deviendrait alors le Z de la Connaissance ? N’y avait-il pas, du reste, dans un Rituel de la fin du XVIIIème siècle, une Clé à la place de l’Étoile ? En effet, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale, nous pouvons lire ceci : « La seule différence qu’il y a du tableau de ce grade à celui des maîtres ordinaires, c’est que dans celui-ci doit être tracé dans l’endroit le plus apparent une clef qui est le vrai emblème de ce grade, cette clef doit être renfermée dans un triangle, entouré d’un grand cercle ».
Et, si ce Z devenait l’initiale de Gnose, une Gnose qui ne signifierait pas seulement « La Connaissance » (au sens où Platon l’entendait lorsqu’il écrivit ces mots : « La connaissance ne se laisse pas transmettre comme une banale suite de théorèmes ; ce n’est qu’après de longues méditations que, comme par l’embrasement d’un éclair, la flamme intérieure jaillit, et sa lumière continue, sans plus nécessiter d’aliment extérieur… car, pour celui qui a une fois pour toutes saisi cet enseignement, il n’y a pas de danger que jamais il ne l’oublie »), mais qui serait une Connaissance qui s’interprèterait surtout et avant tout comme une IMPULSION QUI CONDUIT À VOULOIR APPRENDRE DAVANTAGE.
En effet, nous ne sommes pas entrés en Maçonnerie par goût de l’érudition (ou par quelque attirance pour l’ésotérisme), mais pour nous changer, et pour contribuer, à notre mesure, à l’amélioration du monde, et ce faisant, à nous parfaire nous-mêmes.
Ainsi, le symbole, ce « Z-G » de Gnose, n’est pas à contempler, mais à assimiler, à incorporer, afin qu’il devienne notre chair et notre pensée. Il ne s’agit donc pas d’accroître son bagage intellectuel, au sens scolaire et universitaire du mot : pour être transparent à la Vérité, il ne suffit que de réveiller sa conscience, et pour cela se connaître soi-même. Démarche moins aisée qu’il n’y paraît, tant nous sommes doublement aveuglés par nos conformismes mentaux et nos passions obnubilantes.
Dans le « Catéchisme de l’Apprenti » (au REAA), on peut déjà lire ceci : « Il ne suffit pas à l’homme d’être mis en présence de la Vérité pour qu’elle lui soit intelligible. La Lumière n’éclaire l’esprit humain que lorsque rien ne s’oppose à son rayonnement. Tant que l’illusion et les préjugés nous aveuglent, l’obscurité règne en nous et nous rend insensibles à la splendeur du vrai » (comme vous pouvez le remarquer dans cette citation, on retrouve encore les mots Lumière, Rayonnement, Splendeur).
Il nous faut donc nous redécouvrir, par-delà les apparences ou les errements, nous dépouiller, concentrer notre pensée, remonter au Principe, retrouver notre réalité première, notre centre, et ainsi arriver, d’après les théosophes, à l’éclosion des facultés suprasensibles et à la « Connaissance », c’est-à-dire l’union avec le « soi-supérieur » : c’est tout cela le sens du mot Gnose que symbolise la Lettre « Z-G » ; et c’est en ce sens que la Gnose est qualifiée d’incommunicable, car celui qui ne la fait pas éclore dans son propre esprit ne pourra jamais la recevoir du dehors. Et c’est en cela que la lettre Z est le moyen d’accès au cœur du Saint des Saints de son temple intérieur.
J’espère, mes Frères Maîtres Secrets, ne pas vous avoir déplu en osant vouloir remplacer le G de notre Étoile par un Z. Ce qui m’amène à vous reposer une autre question : Et si ce Z était également l’initiale du Grand Architecte de l’Univers ? Je me permets de reprendre un passage du livre « Le Maître Secret » de Christian GUIGUE : « ceux qui veulent que les mots de passe ou lesnoms confiés par les rituels signifient
obligatoirement quelque chose de cohérent se trouvent dans l’erreur car ce qui a cours en-bas dans le monde des hommes ne relève pas des lois divines qui n’attendent pas des mots, mais des vibrations mélodiques et rythmiques ne pouvant pas être transmises par les consonnes. Ceux qui connaissent la vraie Gnose savent cela. Prenons ZIZA, retirons les deux Z, il reste l’essentiel : Ia qu’on peut aussi transcrire par Ya. Vous rappelez-vous d’où provient Ia ou Ya ? C’est ce que répondit YHVH à Moïse en réponse à la question : « Quel est ton nom ? ».
Conclusion
J’en arrive maintenant à la fin de mon propos.
Nous autres Francs-Maçons, nous autres Maîtres Secrets, nous sommes des initiés perpétuellement initiables.
Notre bijou, au 4ème degré, est une Clef d’Ivoire, et sur son panneton la lettre Z. Le symbole initiatique est immense, ainsi que j’ai pu modestement vous le faire entrevoir.
Je vais terminer en vous livrant un texte emprunté à son auteur : « Tu n’accepteras pour vrai que ce que tu devines. Tu découvriras l’Idée sous le Symbole, mais tu sauras qu’un symbole initiatique ne s’épuise jamais et que ce qu’il te dévoile ne sera toujours qu’un prélude à ce qui lui reste à te dire. Non, un symbole initiatique n’épuise jamais toutes ses significations ; t’aurait-il fait découvrir mille Idées, il te resterait encore à savoir, à sentir, à deviner mille fois mille idées, jamais contradictoires, toujours complémentaires, et ainsi tu continueras tes voyages, les degrés succédant aux degrés, vers le Zénith de la Sérénité ineffable ».
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.