Du carré aux sphères

Auteur:

F∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« Oh Homme, regarde-toi, tu portes en toi le ciel et la terre » Hildegarde de Bingen

La colonne gravée de ce soir prolonge celle présentée devant vous lors de mon audition en vue de mon accession au 4ème degré « De l’équerre au compas ».

Si je fus un temps « éprouvé par l’équerre », puis par le compas et, au soir mon exaltation à la maitrise, si je suis « passé de l’équerre au compas » je fus, finalement, « reçu Maître Secret » en passant une nouvelle fois « de l’équerre au compas » juste après avoir été éprouvé, encore, par l’équerre.

La boucle est-elle bouclée ? Assurément, non et le passage dont il s’agit est celui du 3ème au 4ème degré du Rite, de Maître à Maître Secret, de la Grande Loge de France à la Juridiction du Suprême Conseil de France. Plus qu’un passage, c’est un voyage initiatique, une quête.

Oh, bien sûr, mon voyage a commencé il y a quelques années déjà mais voilà, installé dans une douillette maîtrise, on relâche parfois ses efforts et il n’est pas surprenant alors que l’on puisse être toujours « entre l’équerre et le compas » alors même que l’on devrait être passé de l’un à l’autre. Comment en sortir ? Y-a-t-il une voie, un chemin, une porte ? Une clé ?

Alors que les trois premiers degrés du Rite devaient me permettre, progressivement, de répondre aux questions « qui suis-je ? », « où suis-je ? » et « où vais-je ? », le quatrième degré répondra peut-être, c’est l’objet de mon travail, à « comment ? ».

Je l’aborderai en deux parties : Du monde de la matière à celui de l’Esprit : de l’équerre au compas. De la maîtrise à la véritable maîtrise : du carré aux sphères.

Du Monde de la matière à celui de l’Esprit : L’Homme a de tout temps levé les yeux au ciel pour y chercher, à ses interrogations, les réponses qu’il ne trouvait pas sur terre. Tout ou partie des réponses échappent-elles à la condition humaine est une question à laquelle chaque tradition a pu en donner son interprétation. La franc-maçonnerie écossaise, tout en ne s’« imposant aucune limite à la recherche de la Vérité », « proclame » néanmoins « l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers ».

Il y a, pour moi, quelque chose de plus grand que moi et je dois chercher à m’élever au-dessus de ma condition pour le comprendre, pour m’en rapprocher. Maître maçon, je fus relevé par les cinq points parfaits, je m’arrachai à la Terre et je quittai l’horizontalité. Quelque chose de plus grand que moi et d’éternel ; ce que symbolise la branche d’acacia plantée non loin du corps d’Hiram lors de sa découverte. Imputrescible, intemporel, éternel. Petit et mortel, je n’en fait pas moins face à l’immensité éternelle et le compas en main, je poursuis la mise en ordre harmonieuse de mon chaos initial.

J’ai l’ambition d’être un homme debout, les pieds en équerre plantés sur la terre, la tête dans les étoiles et le cœur parmi les hommes, mes Frères. Comme un compas vivant dont l’angle d’ouverture des branches serait à comparer à celui de la rectitude, bien sûr, mais qui n’aurait, par ailleurs, de limite que la mienne.

Ainsi relevé, je m’élève et je passe du monde que je croyais droit, rectiligne et à deux dimensions à celui qui en fait est courbe, rond et à trois dimensions. La surface de la Terre, la voie lactée, l’univers, le macrocosme bien sûr mais également, mon monde intérieur, moi, le microcosme. Du monde fini à l’espace infini. Je suis sphérique même si je me m’oblige, parfois, à prendre de drôles de postures, à être carré, d’équerre, rigide. Il n’est, il est vrai, pas si simple de se détacher de la matière même si depuis ma réception Apprenti Franc-maçon, tout m’y invite.

Nous le savons, dès l’épreuve de la Terre, le Vénérable Maître demande à l’Expert si l’impétrant a bien été « dépouillé de tous ses métaux » incitation à le faire se détacher de la matérialité, à descendre au plus profond de lui et par le truchement d’une symbolique mort-renaissance, à faire ressortir ce qu’il y a, en lui, de plus beau : le monde de son esprit.

Le Vénérable Maître le rappellera à chaque ouverture rituelle des travaux « Nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple ». L’équerre recouvre alors le compas et le Volume de la Loi Sacrée posés sur l’Autel des Serments.

Plus tard, bien que demandant à être « éprouvé par l’équerre », le postulant au grade de Compagnon entendra le Vénérable Maître l’inviter à s’élever en ces termes « (…) soyez vous-même une Colonne vivante qui s’élève vers les hauteurs, tout en vous appuyant sur la terre qui vous a donné naissance ». L’équerre et le compas, entrelacés, recouvrent le Volume de la Loi Sacrée posé sur l’Autel des Serments.

Au troisième degré, je me suis redressé de terre et même si je chancèle encore, je suis debout. Je suis passé de l’équerre –norma– au compas, au-delà de la norme. Le compas recouvre alors l’équerre et le Volume de la Loi Sacrée posés sur l’Autel des Serments.

Contemplant le compas ainsi posé, je devrais voir que le monde est courbe et non carré, je devrais comprendre que tout participe à ce que je sois esprit plus que je ne suis matière, oui mais voilà « de même que je ne vois pas bien, je ne comprends pas bien » et une fois devenu maître maçon et alors que je me croyais être passé du monde de la matière à celui de l’esprit, je suis toujours entre l’équerre et le compas, au centre du cercle. Je me suis relevé, mais mon esprit reste prisonnier. Je n’en sortirai, j’en ai l’intuition, que par le haut : comme du labyrinthe de Cnossos-le rituel du 4èmedegré parlera du « labyrinthe de l’erreur », je dois m’élever pour échapper à ma condition de captif, faire s’accroitre mes cercles, leur donner forme et volume. Du cercle à la sphère.

Faire le vide, trouver mon centre, m’élever. Si j’y parviens tout en gardant les pieds sur terre, j’ai bon espoir que mon esprit s’accroisse d’autant et que peut-être alors d’autres plans de conscience s’offriront à moi. De nouveaux horizons porteurs de nouvelles aubes et de nouveaux crépuscules.

De la maîtrise à la maîtrise véritable : Dès l’entrée en Loge de Perfection, le vide s’impose à nous : dépouillement du lieu et du rituel. Les signes matériels sont ramenés à leur minimum. Ce vide est fait pour recentrer le M Ssur l’essentiel : la recherche spirituelle. Nous avons changé de plan en même temps que nous avons changé de statut : du plan à l’espace et de maître d’œuvre à Lévite. Elévation dans le lieu et dans la fonction.

Le tableau de Loge, très épuré lui aussi, est maintenant vertical, à l’Orient au-dessus du TFPM. Il « rassemble ce qui était épars » : l’imbrication géométrique des formes fait penser à une mise en ordre de ces éléments qui venant des trois premiers degrés du rite sont maintenant axés et réunis, concentriquement, en une seule figure centrale ordonnée. Le grand cercle contient le triangle équilatéral, symbole de divinité, d’harmonie et de proportion, qui renferme en son centre l’Etoile flamboyante, tracée avec l’équerre (Terre) et le compas (Ciel) et qui figure l’Homme centré sur lui-même (Homme de Vitruve) et qui rayonne dans le monde profane, comme « la lumière luit dans les ténèbres ».

Libéré du voile qui obscurcissait ma vision, recentré sur moi, une pensée spirituelle émerge qui me fait rechercher dans « les hautes régions » ce que maître maçon je n’ai pas trouvé dans la matière : la quête d’une connaissance métaphysique que le rituel du 4ème degré nomme « La Vérité et la Parole perdue ». Ma Vérité puisque je n’« accepterai aucune idée que je ne comprenne et ne juge vraie », puisque « je déciderai par moi-même de mes opinions et de mes actions ». Il paraît évident que cette Vérité est à rechercher en moi, dans mes hautes régions, et même si La Vérité est « inaccessible à l’esprit humain », je suis confiant et plein d’espoir dans mes « succès futurs et mon ultime victoire » pour un jour trouver ma part de Vérité, ma terre promise, mon Saint des Saints. C’est « sous le laurier et l’olivier » que cet espoir naquit. Y aurait-il une porte, j’en ai la clé et, par précaution, je la porte toujours avec moi. Demain, peut-être, je serai la porte, la serrure, la clé. « Persévérance ».

Il n’est « réellement admirable que la loi universelle » du Grand Architecte néanmoins, je suis la voie du Devoir depuis mon entrée en Loge et « Connais-toi toi-même » -préalable à toute recherche spirituelle centrée sur soi- en est le premier pas. J’ai fait quelque progrès et le Devoir se précise à moi : une quête métaphysique d’où la matière sans en être totalement étrangère –comment le pourrait-elle ?- n’en est pas moins à être dépassée après avoir été ordonnée puis travaillée.

Du carré aux sphères : de la sphère terrestre de l’ouvrier aux sphères célestes du géomètre, du monde fini à l’espace infini englobant l’univers, fini et sphérique, contenant toutes les sphères harmonieusement distribuées et ordonnées par le Grand Architecte.

Pas plus qu’il n’y a un seul cercle au centre duquel le maître maçon est à rechercher, il n’y a une seule sphère dans laquelle le maître secret cherche son centre, sa vérité et la parole perdue. L’essence supérieure de cette quête ne peut s’accommoder que de la perfection représentée par le cercle qui, mis en volume progressivement, devient une sphère, puis deux, puis trois : de moi, au monde, au ciel, à l’univers et, un jour peut-être, à l’espace infini. Chaque étape est une sphère, chaque pas, une progression, un accroissement. Comme une onde lumineuse se propageant vers l’espace, ma quête de Vérité me porte vers une succession de sphères, centrées sur moi. Je passe de l’une à l’autre par petits pas. Combien y en a-t-il ? Je ne sais pas mais le franc-maçon « ne se fixe aucune limite à la recherche de la Vérité ». Alors, en route

« Un point dans le Cercle,
Qui se déplace dans le carré et le triangle,
Connais-tu le point, tout va bien,
Ne le connais-tu pas, tout est vain ».
Tracés Régulateurs des Maîtres Maçons, 15ème siècle.

Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maitres Secrets, j’ai dit.

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