Enseignements constructivistes

Auteur:

M∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« Le grade de M S est le symbole d’une ascèse intérieure… » comment comprenez vous cette expression et n’y’a-t-il pas dans cette forme de vie maçonnique un risque de contradiction avec les enseignements « constructivistes » des trois premiers grades ?

La question soumise à l’étude des frères semble poser la contradiction entre élévation progressive des 3 premiers grades, le « constructivisme », et la recherche en profondeur des enseignements reçus ou acquis dans les 3 premiers grades par le M S, recherche qui mène à la route du devoir : cette descente à l’intérieur de soi-même qui pourrait ainsi s’apparenter à une régression, un repli sur soi.

Pour tenter de répondre à cette question, il parait nécessaire de revenir aux « fondamentaux » de la maçonnerie en s’interrogeant notamment sur les aspects suivants : Qu’entent-on par constructivisme des 3 premiers grades ? En quoi consiste-t-il, quelle est sa finalité ? Quelle est cette vie d’ascète qui caractérise le grade de M S ? Quelle est sa spécificité ? Ces 2 notions, constructivismes et ascétisme, sont elles vraiment contradictoires, opposées ? Ne présentent elles pas certaines analogies ? Complémentarités ? Ou bien ne forment elles pas une suite logique dans une démarche initiatique globale ?

Quelques éléments de vocabulaire : Le constructivisme : est une théorie de l’apprentissage fondée sur l’idée que la connaissance est construite par l’apprenant sur la base d’une démarche active et progressive, tirée de l’expérimentation et de la réflexion. Le constructivisme est basé sur l’hypothèse que, en réfléchissant sur nos expériences, nous construisons notre propre vision du monde dans lequel nous vivons. Chacun de nous produit ses propres « règles » et « modèles mentaux », que nous utilisons pour donner un sens à nos expériences.

Selon certains scientifiques, PIAGET par exemple, et en vulgarisant, le constructivisme présente 2 stades pouvant se succéder, un stade concret, figé, correspondant à la capacité de faire des hypothèses et un stade « terminal », plus avancé, permettant de résoudre les problèmes, de tirer des solutions du stade précédent.

Les 3 premiers grades pourraient ils être assimilés à cet apprentissage par étapes, par « stades » jusqu’à une avancée « terminale », la « pensée maçonnique », peut être initiatique, pourrait elle se construire par évolutions successives, les acquis antérieurs se coordonnant pour former une globalité plus aboutie, le résultat de la démarche dépassant la simple addition des étapes précédentes ? Le « et » se substituant ainsi au « ou »…

L’ascèse ou ascétisme : vient du grec askêsis, « exercice », dans le domaine physique, puis du latin chrétien asceta, asceteria dans le domaine spirituel.

L’ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers la perfection. Il s’agit de s’imposer une discipline et d’exercer ainsi sa volonté contre certaines tendances naturelles. L’ascèse vise à atteindre un idéal élevé, comme la santé, le bonheur, la sagesse, le salut, la vérité.

L’ascétisme est la recherche d’un l’équilibre, à ne pas assimiler avec ses formes extrêmes ou détournées, axées plutôt vers la volonté de pénitence ou de mortification.

Le M S cherche en effet à atteindre un idéal élevé, à travers une introspection particulièrement poussée, suite au choc que constitue la mort du maître Hiram, du modèle, du phare qui éclairait, par son enseignement, le chemin de vérité.

Après le deuil, que faire, que devenir ?

La nature a horreur du vide, et il est exact que le Maître, confronté à la disparition du guide, se retrouve face à lui-même, avec ses questionnements, ses peurs, ses doutes, peut être le retour de certitudes pourtant combattues par le passé.

Sur ses épaules repose le fardeau de l’héritage d’Hiram.

Or la parole est perdue, les outils sont dispersés, comment et pourquoi reprendre le chantier de la construction du temple Universelle ? Comment réparer l’irréparable ? 2 voies s’offre aux frères : se morfondre dans les lamentations stériles, le deuil infini, le ressassement du crime et de ses conséquences, la réclusion dans le souvenir idéalisé, la fabrication d’idole, la culpabilisation, sorte de péché originel pouvant mener au dogme ; ou bien l’introspection, le bilan critique et objectif pour reprendre le travail, plus ou mieux armé, pour repartir de l’avant sur la route du devoir : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.

Véritablement, c’est la deuxième voie qu’il convient d’emprunter : la poursuite du chantier, la continuation de l’œuvre du Maître.

Il en va de la responsabilité du franc-maçon, mais, pour ce faire, une intériorisation parait alors nécessaire pour être capable d’assurer, pleinement et sereinement, ce devoir.

Le MS ne se satisfait pas du mot sacré qui fut enseigné au 3ème grade, car il pense que c’est une parole substituée, qu’elle évoque la mort et l’horreur. Au contraire, la parole perdue est une parole d’espoir d’harmonie et de vie.

C’est pourquoi le Maître doit à nouveau tailler sa pierre, mais d’une certaine manière de l’intérieur. Trouver de nouveaux outils, peut être plus adaptés, voire les inventer, et les construire pour reprendre le travail sans Hiram, mais avec son enseignement et les leçons que nous en tirons.

En passant de l’équerre au compas, le M S pourra s’élever au dessus de la surface de la terre et pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle afin de remporter les victoires sur soi même et mériter ainsi le laurier et l’olivier qui lui ont été remis.

Il s’agit néanmoins plus d’un recommencement, d’un approfondissement que d’une rupture ou d’une renaissance. C’est pourquoi l’ascétisme prônée par le M S parait plus un prolongement du travail de Maître qu’un renoncement, qu’une rupture ou qu’une régression…

En outre, l’ascétisme du M S ne le confine pas dans l’isolement, dans le repli total, dans le retrait du monde sacré ou réel : il accomplit ce travail sur soi au milieu d’autres frères qui ont fait ce même choix en toute conscience, il partage un même but avec d’autres selon le même cheminement : n’oublions pas que les meilleurs maçon sont ceux qui le mieux travaillent et le mieux s’entendent…avec les autres !

En effet, le rituel énonce bien que, si la vérité est la lumière sont placés à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux, le nouvel initié vient se joindre aux Maîtres Secrets pour retrouver, ensemble, la parole perdue en suivant scrupuleusement la route du devoir, avec la ferme volonté de l’accomplir quel qu’il soit, sans songer à une récompense pour la seule satisfaction de sa conscience.

Lors de l’initiation, le 3ème voyage enseigne ou rappelle que si la loyauté envers soi même est impérieuse, elle est aussi la condition capitale de toute vie harmonieuse en communauté, chaque homme est un frère à la recherche de la vérité. Véritablement, le grade de M S permet de retrouver la paix intérieure nécessaire à la recherche de la parole perdue, travail sur soi nécessaire à l’accomplissement de la tâche que le M S s’est imposée.

Ce travail se fait au milieu des autres, il est impérieux car, ne l’oublions pas : « Malheur à celui qui aspire à ce dont il est indigne ! Malheur à celui qui assume une charge qu’il ne peut porter ! Malheur à celui qui accepte légèrement ses devoirs et ensuite les néglige ».

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