Ignorance, fanatisme et ambition
M∴ M∴
Ignorance, fanatisme, ambition, voilà les 3 mots et dans cet ordre, qu’il m’a été donné de choisir comme sujet de réflexion.
J’ai essayé le plus possible de basé cette planche sur mes acquis. Ces mots sont d’un usage courant et d’apparence simple mais pour approfondir et par soucis d’exactitude, les dictionnaires et autres encyclopédies sont indispensables.
Ignorance : défaut général de connaissance, manque d’instruction ou de savoir. Définition du petit Larousse.
Notons au passage une différence entre connaissance, du latin cognoscere qui ferait plus appel à l’apprentissage, à la recherche et aux facultés cognitives. Et savoir qui serait plus du domaine du ressenti par sa racine latine sapere : Que l’on pourrait traduire par « le bon sens » où l’intuition.
Cela reste pourtant bien vague. L’ignorant est celui qui ne sait où ne connaît pas. Cette définition fait apparaître une hiérarchie. Chacun peut être considéré comme ignorant par apport à quelqu’un de plus érudit où inversement. Chacun peut se dire instruit dans un domaine particulier que d’autres ignorent. Nous n’avons donc pas de définition précise et calibrée de l’ignorance.
Mai alors qu’est ce que l’ignorance ? Je me suis souvenu des propos de nombreux frères, bien plus éclairés que moi, que je peux résumés ainsi « plus on connais plus il y a à connaître ». Je voudrais vous citer pour exemple une allégorie de notre frère J C, dite ici même dans ce temple, qui comparait la connaissance à une bougie placée dans une pièce obscure symbolisant le monde. Au fur et à mesure que l’intensité lumineuse de cette bougie augmentait, elle faisait apparaître l’immensité croissante de cette pièce ainsi éclairée. Si de tels frères nous transmettent que « plus on cherche et plus il y a à trouvé » (autre citation) Nous pouvons conclure que nous sommes tous ignorants et que par conséquent personne ne l’est. Il faut chercher autrement pour cerner l’ignorance.
Puisqu’en se disant ignorants, nous cherchons et que de ce fait nous le serions de moins en moins, la seule vraie ignorance serait de ne pas chercher. L’ignorant serait celui qui croit avoir trouvé. L’ignorance serait ainsi la certitude de détenir la vérité. Cette définition change évidemment de celle du dictionnaire mais me paraît la suite logique de ma tentative à décrire l’ignorance. Dans la suite de cette planche je ne parlerais d’ailleurs d’ignorance que dans ce sens.
Avec cette définition de l’ignorance, on voit se dessiner les dogmes sous toutes leurs formes, sectes, religions, politique, scientifique, et même philosophique, tous ceux qui pensent qu’il n’existe pas de vérité en dehors de la leur.
L’ignorant et sa vérité dogmatique seraient toutefois inoffensif si, perclus de certitude, il n’avait l’ambition de la faire partager et l’on conçoit facilement que quelqu’un d’aussi convaincu ne supporte pas la contradiction.
J’ai dit « ambition », voilà le deuxième mot que je dois étudier.
Elevé dans un milieu commerçant, et maintenant commerçant moi-même, être ambitieux, m’a toujours été présenté comme une qualité. C’était la volonté de réussir sa vie professionnelle, de s’élever socialement. Cela peut se comparer avec le désir d’entreprendre.
Quand je suis entrer en franc-maçonnerie, c’était donc par ambition. J’étais curieux, j’avais soif de connaissance, je voulais m’élever intellectuellement. J’étais, à l’époque, très jeune et je n’avais pas tout compris.
Après quelques années, quelques vicissitudes professionnelles, familiales et fraternelles, j’ai oublié le chemin de ce temple. Quand je suis revenu parmi vous, les expériences de la vie m’avaient changé. Je suis revenu plus pour donner que pour prendre et c’est peut être pour cela que j’ai reçu. Certains d’entre vous m’ont remontrer la voie et animer de ma perpétuelle curiosité, j’ai cherché plus loin et plus profondément. Est-ce encore de l’ambition d’être devant vous aujourd’hui ? Je dirais que oui, dans le sens qui m’a été inculqué dés mon plus jeune age, à savoir le désir de s’élever mais cette élévation là est initiatique et intime.
J’ai employé le mot ambition la première fois dans son sens péjoratif car c’est le premier sens qui lui est donné. Ambition vient du latin « ambitio » et qualifiait, dans la Rome antique, les démarches des candidats pour solliciter les suffrages. Par prolongement, ça signification est devenue « désir ardent d’honneurs » Dans l’acceptation actuelle, on peut dire qu’il prend sa forme négative en lui associant les termes : cupidité, avidité, orgueil, vanité, désir de pouvoir, mais peut prendre une forme positive si on lui associe « aspiration, élévation, probité, courage, altruisme, indépendance ». On pourrait traduire sa signification générale par « le désir puissant de faire ».
Notre ignorant prosélytiste, excusé ce néologisme, semble plus proche de la vanité, de l’orgueil, voir de la mégalomanie si son ambition est le pouvoir. Détenant la vérité, il veut la propager, se sentant ainsi investi d’une mission. Pourtant beaucoup de prophètes l’ont fait. La démarche semble similaire ; il faut que tous adhèrent à leur même conception du monde. L’orientation de l’ambition me paraît alors déterminant.
Le côté obscur de l’ambition mène l’ignorant, aveugle et passionné, vers une ultime étape : le fanatisme. Comme disait Voltaire « Celui qui soutient sa passion par un meurtre est un fanatique ». Je dirais, d’une façon plus générique « celui qui soutient sa passion par la violence est un fanatique » On pourrait conclure que l’immobilisme intellectuel, les dogmes, les doctrines et le prosélytisme seraient les fondations du fanatisme.
Fanatique vient du latin « fanaticus » qui veut dire inspiré, rempli d’enthousiasme, exalté. Avec la racine « fanum » qui est le temple, c’est à dire une inspiration venue des dieux. Comme les prêtres de Cybèle qui s’auto-mutilaient, s’émasculaient et versaient leur sang lors des cérémonies à sa gloire. A cette époque il n’avait pas un sens péjoratif mais avec l’adoucissement des mœurs et le développement de civilisations plus respectueuses de la vie, ces rites furent considérés comme barbares, et fanatique pris un sens négatif, notamment sous le siècle des lumières et en particulier avec Voltaire, cité précédemment, qui lui oppose la tolérance. Il est facile d’opposé ces deux extrêmes mais beaucoup plus difficile de déterminer la limite de la tolérance qui peut, à l’excès, devenir du laxisme. Comme il est facile de parler de fanatisme quand on parle de terrorisme, ou d’attentats kamikazes mais beaucoup plus difficile quand on parle de héros où de martyrs. Car il y a des formes de fanatismes dont on s’est accommodé, comme les guerres où les régimes policiers. Les fanatiques sont tous ceux qui sacrifient leur corps, leur vie où les plaisirs de l’existence à une vérité dont ils se croient investis par une entité où une autorité supérieure, cela peut tout aussi bien être un dieu, un état où une idéologie.
Ne vous méprenez pas, je loue l’héroïsme de la personne qui se jette à l’eau pour en sauver d’autres où le martyre du gréviste de la faim qui attire l’attention sur une injustice. L’humaniste n’est pas un fanatique puisqu’il écoute seulement son cœur. Je ne dirais pas de même pour le nationaliste, le matérialiste et bien d’autres.
Cela nous ramène sur l’orientation de l’ambition qui, en approfondissant un peu, serait la traduction des priorités que vous vous donnez pour vous réaliser dans l’existence, où plus simplement, ce que vous voulez faire de votre vie, ce qui revient à en chercher le but et qui nous renvoient vers les questions fondamentales.
En me relisant, j’ai eu
l’impression d’avoir donné une
définition particulière à
l’ignorance pour pouvoir mieux conclure qu’elle
induisait le fanatisme. Ce qui m’a fait penser cela,
c’est que j’avais exclu de mon raisonnement
certains groupes. A commencer par les fanatiques et les ambitieux
instruits et qui cherchent. En réalité ils
dirigent leur recherche pour n’en retirer que ce qui
corrobore leur vérité. Mais surtout je
n’ai pas parlé des fanatiques qui le deviennent
par passion. Ceux là ne sont pas nécessairement
ignorants. On comprend comment une passion dévorante peut
vous faire sombrer dans la violence car elle vous fait haïr
tout ce qui est contraire à l’objet de cette
passion. La vision des choses devient alors, pour le moins,
polarisée. Alors même si la relation de cause
à effet entre ignorance et fanatisme n’est pas
systématique, les deux sont fortement liés et ma
définition reste cohérente.
A l’inverse, sans passion et sans
préjugés, comme nous le rappelle
l’initiation avant même d’entrer dans le
temple, dans une perpétuelle recherche, comment pourrait-on
sacraliser des concepts dont nous savons qu’ils peuvent
être différents pour chacun et même
différents pour nous demain. La vie c’est le
mouvement et la diversité en fait sa richesse. Vouloir
imposer sa vision des choses est un acte de fanatisme car il y a autant
de visions que de vies. Seuls des directions et plus judicieusement,
des symboles ordonnés par un rituel peuvent aider
à transmettre.
Les personnages que je vous ai décris, même s’ils peuvent ressembler à quelques personnes ayant existées où existantes, ne sont évidemment que des caricatures. Dans la réalité, les choses sont bien plus complexes et pour vivre cette complexité, il faut souvent savoir marcher sur le fil du rasoir.
Je ne peux finir cette planche sans vous parler de symboles. En particulier des 3 mauvais compagnons qui semblent illustrer les 3 mots en question.
Ignorants ; puisqu’ils
croient savoir suffisamment pour devenir maître.
Ambitieux ; pour profiter des avantages du titre, une fois
rentrés chez eux.
Fanatique ; pour l’assassinat d’Hiram.
Pourtant sans ces compagnons,
Hiram n’aurait pu renaître en chacun de nous et
nous ne serions pas à la recherche des mots
sacrés et de la parole perdue que le maître Hiram
détenait. Ces trois mauvais compagnons ont fait de nous des
cherchants. Ils ont tué le maître, un peu comme
Judas pour Jésus et pour Osiris son frère Seth.
C’est un symbole que l’on retrouve dans la plupart
des traditions initiatiques : Il faut que l’Homme
idéal, le surhomme meure pour qu’une partie puisse
renaître en chacun de nous et pour que nous puissions ainsi
le faire revivre ensemble en rassemblant ce qui est épars.
Ordo Ab Chao