Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer

Auteur:

J∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Franc-maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Deus Meum que Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil de France

A04E-B-1

Cette maxime que l’on attribue à Guillaume d’Orange dit le taciturne, et qu’il a lui même repris à Charles le téméraire, sonne comme une sentence au soir de notre initiation au 4ème degré. Prononcée à la fin du 4ème voyage par le F 1er Inspecteur, cet aphorisme guide la conduite du Maître Secret comme il est dit dans le livret d’instruction. Comme toute maxime qui se suffit à elle même, le message semble évident et portant, mais ne nous payons pas de mots et ne les prenons pas pour des idées…toute faite en l’occurrence.

Dans un premier temps je m’attacherai à comprendre la 1ère partie de cette expression à savoir qu’: « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » et ce en répondant à 2 questions : Comment peut-on entendre le mot « Espérance » et « Peut-on agir c’est à dire entreprendre sans espérance ? »

Dans un deuxième temps j’essaierai de définir ce que peut être la « réussite » et la persévérance pour moi, Maître Secret. (à étayer ou a préciser en fonction du développement)

Mais qu’est ce que l’Espérance ? Selon le Littré, compléter par le dictionnaire philosophique, l’Espérance est : « l’attente confiante et patiente en l’avenir faisant entrevoir comme probable, plausible voire certaine, la réalisation de ce que l’on souhaite ou désire ». Elle se distingue de l’espoir, qui porte sur des objets concrets.

Elle est pour l’Eglise catholique romaine, avec la foi et la charité, la 2ème vertu théologale, dont l’objet principal est la grâce du Père en ce monde, et le salut éternel dans l’autre, et ce non en prenant appui non sur ses propres forces, mais sur le secours de la grâce du Saint Esprit obtenu par la prière. Ici l’Espérance prime sur l’action, puisque dépendante d’un Dieu révélé.

Pour les stoïciens, loin d’être une vertu, l’espérance est au contraire le pire des « maux » de l’humanité, empêchant l’homme de vivre le temps présent, seul temps réel puisque le passé n’est plus et l’avenir pas encore. C’est en ce sens que l’espérance enferme alors l’Homme dans un désir, d’un retour d’un fait passé, ou l’accomplissement d’un bienfait à venir, comme nous le rappelle le philosophe contemporain Luc Ferry, dans « Apprendre à vivre ».

Il apparaîtrait donc que l’Homme, doit se défier de cette espérance annihilante quelle soit théologale ou philosophique l’empêchant d’entreprendre, mais peut-on agir sans espérer ?

Oui répondent encore les stoïciens, et c’est cela que les maçons appelle la Vertu ! La Vertu pour elle-même, ce que Kant confirmera par je cite : « agir dans l’espoir de quelque chose n’est pas agir vertueusement ».

« Là où est le souverain bien, disait Sénèque, il n’y a accès ni à l’espoir ni à la crainte ».

Mais ne nous y trompons pas, l’espérance est présente en « puissance » dans notre Rituel :

« La Vérité est une Lumièreque l’homme perçoit plus ou moins confusément ; elle peutpourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrirles yeux et regarder » …n’est il pas question d’entreprendre et d’Espérance, « Vous avez la Clef et, quelque jour,il vous sera permis d’ouvrir et de passer » …encore l’espérance, « Vouscommencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions dela connaissance spirituelle » … « II n’est point de difficulté quel’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter », toujours et encore l’espérance et Enfin, « Je vous couronne de Laurier et d’Olivier,dans l’espérance de vos succès futurs et de votre ultime victoire ».

Ainsi il apparaît clairement que pour le F M de R E A A en général et le M S en particulier, ce n’est pas l’espérance qui est l’essence de son action, mais bien l’action qui est génératrice d’espérance, en d’autres termes pour le M S, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, mais bien d’entreprendre pour espérer.

Cette espérance n’est pas une aspiration placée en l’intervention d’un Dieu ou d’un oracle de qui nous ne devons pas attendre des réponses comme le précise le rituel d’initiation, mais bien une espérance placée en l’Homme et dépendante de sa libre volonté d’entreprendre.

Volonté d’entreprendre qui pour Jean Mourgues « est la capacité pour nous d‘agir et de penser sans autre nécessité que celle qui naît de nous et nous faisons nôtre le passage à l’acte ».

Être acteur, voilà ce que nous propose le R E A A dans la symbolique de la loge de perfection.

Ainsi comme l’a dit notre Frère Bruno Phelebon-Griolet : « Cette Espérance n’est que l’aboutissement d’un idéal qui transcende le présent, au profit de l’avenir (…) la vertu est alors le triomphe de la volonté de notre action, et la notion d’espérance apparaît veine sans avoir au préalable agi par Devoir ».

Le M S doit donc entreprendre avant d’espérer et ce en accomplissant son Devoir, il en a fait le serment, celui de rechercher de la Vérité et de la Parole perdue, même s’il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître, il doit être prêt à accomplir son Devoir parce qu’il est le Devoir, comme nous en exhorte le rituel, s’il veut qu’Hiram revive en lui. Ainsi la condition première à l’espérance est donc bien liée à l’accomplissement d’une action, du Devoir et non l’expression d’un désir.

Cette recherche de la parole perdue trace au 4ème degré, la suite de notre chemin initiatique, même s’il ne nous est pas demander de trouver la Vérité et la Parole Perdue, d’ailleurs les trouverons nous un jour ?

Non, ce qui nous est demandé c’est bien de la chercher, et non de « réussir pour persévérer », et c’est ainsi que la 2ème partie de cette maxime trouve sons sens pour le M S.

Nous avons été prévenu, nos travaux peuvent ne pas être récompensés, car celui qui sème ne récolte pas toujours. Hiram est mort, il n’a pas vu, ni reçu le fruit de son travail, le temple est inachevé, et hélas La Parole n’a pas encore été retrouvée nous renseigne le F 1er inspecteur à la fin de notre 4ème voyage.

La mort du Maître et la perte de la parole peuvent-être prises alors comme un échec, cependant Hiram n’a t’il pas accompli son Devoir jusqu’au sacrifice ultime en respectant ainsi sa parole ? Et si ce qui pourrait apparaître comme un échec était la vraie victoire d’Hiram puisqu’il faut qu’il meure, il faut qu’il meure en laissant quelque chose d’inachevé car, dans le cas contraire, ce serait toute notre démarche qui cesserait d’être et dès lors qu’il y aurait un message, c’est à dire une révélation ; et ce qui fait toute notre démarche, c’est l’absence fondamentale de toute révélation comme l’a écrit Jean-Claude Bousquet, ancien G M de la G L D F.

Il nous faut donc persévérer dans notre quête, emprunter et ré-emprunter sans relâche le chemin, sans peur de l’échec, « car le but n’est pas le but mais la voie : le but c’est le chemin »,et ce sans chercher d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons notre devoir, avec la seule satisfaction de l’approbation de notre conscience, comme le précise encore notre rituel, décidément si riche.

C’est ainsi que peut se définir la « réussite » initiatique ou plutôt la « progression » du M Squi ne doit donc « pas réussir pour persévérer, mais bien « persévérer pour réussir… » en combattant ses passions que sont l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition démesurée, et cela en commençant, par descendre en nous pour y trouver l’étincelle, cette petite lumière d’espérance, cette parcelle divine immanente à dévoiler et non à révéler qui seule peut donner à l’homme, mesure de toute chose, la faculté de se transcender. C’est ainsi me semble t’il qu’il pourra accéder progressivement aux degrés supérieurs de la Sagesse et de la Connaissance que nous propose le R E A A, en s’élevant en conscience vers les hautes région de la spiritualité, nous y aspirons sinon pourquoi serions-nous en Loge de Perfection ?

Le chemin est long, mais n’est il pas nécessaire d’entreprendre pour espérer et de persévérer pour réussir cette ascension vertigineuse.

TFPM et vous tous mes FF MMSS, j’ai dit.

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