J’ai appris à rester fidèle

Auteur:

R∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire Du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite ecossais ancien et accepte
Ordo ab chao
Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté – Egalité – Fraternité

Le jour de l’initiation, le récipiendaire se présente à la porte du Temple, il se courbe pour franchir le seuil, puis il sort peu à peu de ses ténèbres, son déplacement est limité, il marche à trois pas, il ne sait ni lire, ni écrire et ne peut qu’épeler, il est revêtu du tablier emblème du travail, rappelant qu’il doit consacrer sa vie tout entière au labeur.

Il prends acte de ce devoir essentiel pour le Franc-maçon. Il souscrit de façon active et constante à l’engagement de dégrossir la Pierre Brute. S’il ne mesure pas, pour l’instant, l’envergure du chantier, l’Apprenti vient de faire ses premiers pas réguliers dans la pratique de l’Art.

Ce choix volontaire, cette résolution de pratiquer l’Art est une lente construction de soi, par soi, contre soi, pour et avec les autres. Cette résolution devient, par fidélité, obéissance aux valeurs. L’initié qui pratique cet Art, promet d’être fidèle. « Tenir sa promesse » se traduit par : Fidélité. Fidélité de ses engagements, c’est être fidèle à soi-même.

Être fidèle à soi-même c’est le contraire de se renier. Si on dissimule ce que l’on est, si on laisse croire qu’on est différent, si on traite les aspects de soi comme s’ils étaient étrangers ou extérieurs, alors on se manque de fidélité. À l’inverse, être fidèle à soi-même, c’est assumer ce qui est nous. Être fidèle à son engagement c’est être conscient que notre être intérieur est relié au Grand Tout. Ce sacré, petite parcelle intime au cœur de chacun. Sans fidélité, l’homme ne peut pas prendre conscience de lui même.

C’est donc de vérité que se nourrit cette fidélité. Nous sommes fidèles à nous-mêmes lorsque nous acceptons ce qui est vrai pour nous et lorsque nous l’affirmons comme notre réalité. Dire la vérité, accepter, reconnaître et assumer ce qui est vrai pour nous, voilà les ingrédients essentiels de notre fidélité.

Mais être fidèle, c’est agir en conformité avec ce qui est Bien, en tenant compte de l’importance de cette réalité.

Etre Fidèle à ses valeurs est probablement la dimension la plus importante. Il est essentiel d’agir conformément à ce qui est Bon, Vrai et Bien. Salomon a demandé à l’Eternel d’être muni d’un cœur intelligent pour juger son peuple, pour discerner le Bien du Mal (L. Rois III, 8).

Étymologiquement, « apprendre » a pour origine le latin « apprehendere » qui signifie saisir ou prendre. Il y a donc dans le fait d’apprendre une certaine forme d’appropriation, de prise de possession. Cependant, l’étymologie ne paraît nous livrer qu’un aspect tronqué de ce que signifie apprendre. En effet, apprendre c’est certes acquérir une connaissance ou un savoir-faire, mais c’est aussi enseigner, c’est-à-dire faire acquérir une connaissance ou un savoir-faire. Le fait d’apprendre n’est donc pas à sens unique, mais traduit plutôt un double mouvement entre un maître et son apprenti. La plupart des enseignements profanes tentent d’expliquer et de transmettre un savoir, plutôt que d’éveiller la capacité à écouter et comprendre le vécu.

La Loge de perfection est la voie incontournable à l’approfondissement de la Maîtrise, celle qui permet de passer de l’équerre au compas. relisons le rituel : « Vous commencez, maintenant, à vous élever au-dessus de la surface de la terre et à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle ».

A la clôture des travaux du 4ème degré, nous arrivons à la fin du jour, moment propice à la méditation des symboles mis en œuvre par le rituel. A la demande du Trois Fois Puissant Maître « Que vous a t-on appris » le 1er inspecteur réponds « A garder le Secret, à être obéissant, à rester fidèle ».

Cette réponse résume le déroulement de la cérémonie d’initiation au 4ème degré et symbolise le serment du Maître Secret. La clôture des lèvres, la corde à nœud coulissant, le flambeau et la main sur le cœur.

Ne prenant pas les mots pour les idées et cherchant l’idée sous le symbole, examinons ces préceptes.

Garder le Secret. Le sceau du secret qui scelle nos lèvres, intériorise la parole et permet la concentration spirituelle. Etre gardien d’un secret nous demande de la vigilance et de l’implication personnelle pour le bien de chacun et celui de l’ordre. Garder le secret devient un Devoir. Il n’est pas question de le cacher mais de le protéger afin que rien ne vienne l’entacher. Le rendre audible à des oreilles profanes serait un parjure.

Au sens premier le Secret est d’essence humaine puis par le travail, il devient essence spirituelle. Le Maître Secret part à la recherche de son propre secret derrière les lèvres closes, au cœur de lui même, rencontre intime, essentielle, secrète donc sacrée.

St Paul affirme : « Croire dans le cœur ». Le cœur, dans la Bible, est le centre de l’homme, le lieu où s’entrecroisent toutes ses dimensions : le corps et l’esprit. L’ouverture au monde et l’intériorité de la personne. Si le cœur est capable d’unir ces dimensions, c’est parce qu’il est le lieu secret où nous nous ouvrons à la Vérité et à l’Amour.

Garder le Secret le métamorphose et lui permet de rester fidèle à la Tradition. Transmettre le Secret intact et vivant. Un secret qui ne se transmet pas est un secret qui meurt. Le Maître Secret est un lévite, gardien du Saints des Saints, gardien de l’intime, de l’indicible.

Etre Obéissant. Mais à qui et à quoi ?

Nous avons prêtés serment, nos chaînes profanes sont tombées et nos chaînes initiatiques sont librement consenties. Le verbe « être » employé ici fait référence à notre être intérieur. Il faut transcender notre Moi, lutter contre notre ego qui ne connaît ni la modestie ni l’humilité. Pour le Maître Secret, être obéissant, est un voyage au centre de soi même. L’obéissance est la condition indispensable et juste pour vivre notre parcours en accomplissant notre Devoir sans attendre d’autre récompense que celle de notre conscience. C’est une qualité qui doit vivre en nous et non une obligation morale venue de l’extérieur.

Ce lien fait souvent référence à l’Alliance. Il n’est pas question d’obéissance à un dogme ou à une personne, mais notre devoir, notre conscience nous invite à accepter une alliance et une allégeance.

L’Alliance avec ses frères est un pacte d’Amour. Cette alliance sacrée est symbolisée par l’Arche d’Alliance déposée dans le Saints des Saints. Cette Alliance nous conduit à l’Allégeance.

L’Allégeance est une sorte d’accord où chacun trouve son compte: obéissance et fidélité du chevalier envers le Seigneur d’un côté, allègement des charges et sécurité procurés par le Seigneur au Chevalier, de l’autre côté. Nous pouvons, me semble t’il, transposer cet accord entre le Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème Degré et les Frères Maîtres Secrets. En effet, l’Allégeance se situe à un niveau d’ordre spirituel, constitué pour l’essentiel par le rituel. L’Allégeance n’exprime pas ici le sens profane de « soumission à une autorité » car nous ne sommes contraints par personne, c’est un acte librement consenti que nous formulons et qui nous ouvre sur le chemin de la Liberté. Le Maître Secret accepte la Tradition, accepte la transmission. Etre fidèle c’est être libre.

L’Allégeance est un « lâcher prise » qui permet à la confiance de prendre place dans les cœurs afin d’accéder à l’Harmonie. C’est dans la profondeur cachée et silencieuse de son cœur que le Maître Secret va essayer de comprendre ce que le rituel lui rappelle : si la Franc-maçonnerie « nous a fait sortir du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions, qu’elle nous a tiré de la servitude de l’erreur », elle insiste sur la nécessité de « découvrir l’idée sous le symbole ».

Le Maître Secret prête allégeance le Flambeau en main, il doit continuer son ascension. Nul ne s’élève s’il ne s’éveille à la conscience, l’œil de notre tablier nous invite à aller dans le secret de notre intériorité.

Cette obéissance a ici un caractère symbolique qui recouvre une réalité spirituelle. La Franc-maçonnerie nous invite à passer par divers plans de conscience qui devraient nous conduire à retrouver « la Parole Perdue » et donc retrouver « l’Unité ». Au 4ème Degré, cette recherche, constitue le Devoir.

Le Maître Secret jure Fidélité à son Devoir sans ne jamais faillir. Le rituel précise « qu’il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître ».

Le nouveau Maître Secret a conscience de l’importance de son engagement. Il sait que le Maître Secret est un homme d’action, qu’il doit en permanence rechercher la Justice et la Vérité ; que rien ne dispense du Devoir et que son Devoir ne concerne pas seulement ses agissements en Loge, mais qu’il s’impose partout où se trouve le Franc Maçon.

Le dernier précepte, « rester fidèle » est lié au précédent. Le verbe « rester » entend la présence d’un acquis avec une notion de projection permanente.

Fidèle vient du mot « fides » qui signifie foi. Nous avons choisi le sens de notre vie. Donner un sens à la vie, c’est passer d’une vie subie à une vie choisie.

« Rester fidèle », la formulation de la phrase prouve que le Maître Secret est déjà fidèle mais qu’il persévère et persiste dans sa foi dont la clé de voûte serait la mémoire. Chaîne permanente et universelle des hommes entre eux et entre l’homme et le divin. N’avons nous pas, la main droite sur le Volume de la Loi Sacrée et la main gauche sur le cœur, prêtés serment pour sceller notre Devoir, maître mot de ce degré ?

Liée à la Foi, la Fidélité est l’ossature spirituelle. Sans elle, notre démarche serait inerte ou confrontée aux doutes et aux passions. Si nous mettons notre raison en avant pour prêter serment et prendre conscience de notre engagement, et si nous restons fidèle, nous pouvons entrer dans les voies de la métaphysique.

Par sa nature, la foi demande de renoncer à la possession immédiate que la vision semble offrir. C’est une invitation à s’ouvrir à la source de la Lumière. L’idolâtrie est l’opposé de la foi. L’histoire d’Israël nous montre la tentation de l’incrédulité à laquelle le peuple a succombé plusieurs fois en préférant adorer les idoles matérielles. Le rituel nous précise : « Vous ne vous forgerez pas d’idoleshumaines ».

C’est donc avec Force et Persévérance que, devant le Saint des Saints dont il garde le seuil, Le Maître Secret, Lévite au service du Temple, promet de :

Garder le Silence
Etre Obéissant
Et Rester Fidèle

J’ai dit T F P M

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