La Tradition

Auteur:

J∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la gloire du G.A.D.L.U.
Trois Fois Puissant Maître,


Et vous tous, mes FMaîtres Secrets, en vos grades et qualités.

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », ainsi Winston CHURCHILL exhortait-il ses contemporains à ne pas oublier les horreurs de la guerre qui venait de s’achever, et notamment les camps de concentration nazis.

N’est-il pas d’autres circonstances où la prise en compte du passé est un moyen d’avancer positivement au présent et dans l’avenir !

Avant, sur le sujet de la tradition, d’aller du général au particulier, je ne manquerai pas de rappeler les nécessaires définitions, afin que mon exposé soit au moins balisé.

Grâce au site Wikipédia, je vous dirai que la « tradition désigne la transmission continue d’un contenu culturel à travers l’histoire depuis un événement fondateur ou un passé immémorial »

L’étymologie latine du mot « tradition » exprime l’idée d’une transmission, (de traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner) , et signifie « acte de transmettre », néanmoins le nom commun français met davantage l’accent sur le contenu de ce qui est transmis.

La tradition transmet quelque chose du passé au présent, en s’inscrivant dans une temporalité, un devenir. Ainsi, une communauté considérée d’un point de vue culturel, social, religieux, moral, etc., continue au présent de son existence de la faire perdurer, par-delà la finitude humaine.

Parce que l’humain est mortel, il y a tradition, transmission. La tradition est indissociable de la notion d’héritage. Héritée du passé, une tradition consolide le lien communautaire et l’identité d’un groupe d’individus dans le temps. Il y a un double mouvement de transmission : la tradition forge la communauté des individus qui en héritent, et la communauté héritière garantit à son tour la continuité de la tradition.

La tradition est transmise et reçue, transmise pour être reçue, et c’est parce qu’elle est reçue comme héritage qu’elle apparaît comme tradition. Si en effet la tradition n’était pas reconnue comme telle par ceux qui la reçoivent, fut-ce pour la rejeter, elle ne serait pas « tradition ». Ceux qui la reçoivent en décident finalement : héritée du passé, la tradition se vit et existe au présent, le présent la réactive comme tradition, sans quoi elle ne serait rien.

Mais que veut dire hériter d’une tradition ? Est-ce que cela signifie préserver le passé sans rien en changer, et en ayant peut-être la responsabilité de ne rien en changer ? Faut-il respecter et sauvegarder la tradition comme telle, justement parce qu’elle est « la tradition » ?

Là réside la difficulté, dans la notion d’autorité que toute tradition tend à représenter. En appelant au respect du passé, la tradition exige d’être conservée et respectée comme telle; mais si elle a comme finalité d’assurer le devenir communautaire d’un groupe, ne risque-t-elle pas de contrarier le devenir de son évolution, qu’elle est pourtant censée sauvegarder, si elle retient, voire aliène la communauté dans le passé ?

Comment recevoir et perpétuer la tradition comme telle, sans la trahir, si elle engage ceux qui en héritent à perpétuer un passé dont peut-être le présent ne veut plus, avec parfois des raisons légitimes ?

Mais il n’est pas constitutif de la tradition d’être suivie aveuglément. C’est tant la manière de la transmettre qui peut engendrer cet aveuglement, que la manière de la recevoir.

Les représentants de la tradition peuvent souhaiter une soumission servile, ceux qui sont soumis à la tradition peuvent également souhaiter leur adhésion servile.

Un respect servile de l’héritage en pervertit la noblesse. Une communauté unie sur la base de préjugés ne peut l’être sans une bonne part d’hypocrisie. Ce n’est que librement que l’on peut recevoir et assumer pleinement un héritage. Autrement dit, il faut le faire en tant qu’« individu ». Un individu pris au sein d’une communauté, certes, mais en tout cas un individu avec sa liberté. Sans un investissement individuel et profond, le culte de la tradition risque de n’être qu’un conformisme, au sein duquel les pensées communes et le fait de penser comme les autres deviennent l’unique critère de vérité et de justice.

Cette tradition, la tradition humaine dans son ensemble,  n’apparaît pas sous la figure d’une autorité aliénante. En un sens, elle lègue tout et ne lègue rien. Il importe à chacun de choisir ce qu’il fera ou ne fera pas de ce qui est légué par l’histoire, d’en sélectionner telle ou telle partie, pour la cultiver encore, et toujours.

Que nous soyons héritiers de part en part ne signifie pas que le passé nous dicte quoi que ce soit. Il y a certes une injonction qui vient du passé. Mais cette dernière nous met en demeure de répondre maintenant, de sélectionner, de critiquer.

Il n’y a pas d’héritage plus respectable que celui qui est librement légué aux générations suivantes. Et il n’y a pas de meilleurs héritiers que ceux qui choisissent librement de cultiver ce que le passé leur a transmis, confié, pour inventer encore. À tout héritage reçu, il convient d’apporter sa pierre afin d’en compléter l’édifice.

La définition, posée en tête des Constitutions de la Grande Loge de France, précise : La franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité.

La Franc-maçonnerie se veut traditionnelle, comment respecte-t-elle notre définition liminaire de la tradition?

Existe-t-il un contenu culturel purement maçonnique, utilisant un véhicule assurant sa transmission ?

La Franc-maçonnerie spéculative moderne s’est développée à partir des débuts du XVIII e siècle, en Angleterre et en Écosse, et a élaboré un enseignement et une propagation de valeurs immuables.

Grâce à l’utilisation de symboles, au cours d’une progression fondée sur une succession d’initiations, et dans un cadre rituel, le franc-maçon apprendà progresser sur les voies de la Vérité et de la Connaissance.

La Franc-maçonnerie est sans conteste traditionnelle, tant par le contenu culturel des valeurs qu’elle propage, que par la transmission dans le temps qu’elle en assume, de génération en génération, immuablement.

On peut considérer que la tradition maçonnique émane de la prise en compte, d’abord d’une pensée judéo-chrétienne, mais également de la somme de tous ce que les penseurs de toutes les civilisations, depuis les tribus africaines en passant par l’Empire du Milieu, LAO-TSEU, BOUDHA, MAHOMET et tous les autres plus ou moins célèbres.

La tradition maçonnique s’honore de respecter tous les courants de pensée, de les prendre en considération, de les comprendre même lorsqu’ils nous heurtent.

Si la franc-maçonnerie est traditionnelle, celle de Rite Écossais Ancien et Accepté, telle que nous la pratiquons, ne décrit jamais à ses membres le chemin à suivre, mais en indique la direction.

A la différence des religions et de toute autre doctrine, cette tradition initiatique ne transmet pas un contenu, mais un « SHEM », une forme. La transmission de cette forme s’effectue au moyen de l’ésotérisme dont le vecteur est le symbole.

Au REAA, notre credo est une méthode ouverte à tout mode de pensée, et cette méthode ne s’enferme jamais dans aucun mode de pensée dogmatique.

Notre méthode est d’adhérer sans avoir d’idole, afin de pouvoir à tout moment rectifier par la mesure, la droiture, l’équerre et le compas.

Libéré de tout assujettissement, libre de ses rêves comme de ses choix, « l’écossais » peut assimiler, comparer, admettre ou repousser tous les modes de pensée que des traditions lointaines ont appliqués.

« Ecossais », je suis preneur évidemment de toute proposition de correction, d’amélioration de mon point de vue.

Que faisons-nous en maçonnerie ?, au REAA, nous travaillons à polir notre pierre et à tenter de faire progresser l’humanité, vaste programme !

Au risque de surprendre, si j’ai longtemps cru que la Franc Maçonnerie avait pour objectif l’amélioration de la société, après plus de 20 années de pratique, je crois que son premier objectif est de travailler sur l’individu, afin qu’il devienne meilleur.

Celui qui détient l’harmonie, la sérénité, ne peut être qu’en égrégore avec l’humain et a la capacité de relativiser, de traiter ou de mettre à distance les problèmes de la vie.

La tradition qui est la notre réalise un syncrétisme dans une quête perpétuelle de tous les modes de pensée qui nous ont précédés.

Nul ne détient la vérité, seule l’attitude des hommes dans leurs discours mais surtout dans leurs actes est à retenir, seuls les actes de compassion, de fraternité humaine, de don de soi, d’amour, sont à prendre en compte.

T.F.P.M., j’ai dit

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