Mort et Renaissance Initiatique

Auteur:

M∴ J∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers


V . : M. :, et vous tous, mes F. :, en vos grades et qualités.


Mort et Renaissance Initiatique

La mort symbolique et la renaissance constituent, avec les épreuves à surmonter, une donnée constante du voyage initiatique.
Le principe essentiel de l’initiation maçonnique, la mort au monde profane, suivie de la résurrection dans le monde de l’esprit a magnifiquement inspiré GOETHE dans un poème « Meurs et deviens » :

Ne le dites à nul autre quau sage,
Car la foule est prompte à linsulte.
Je veux louer le vivant
Qui aspire à mourir dans la flamme.



Dans la fraîcheur des nuits damour,
Où tu reçus la vie, où tu la donnas,
Te saisit un sentiment étrange
Quand luit le flambeau silencieux.

Tu ne restes plus enfermé
Dans lombre ténébreuse
Et un désir nouveau tentraîne
Vers un plus haut hyménée.

Nulle distance ne te rebute,
Tu accours en volant, fasciné
Et enfin, amant de la lumière,
Te voilà, ô papillon consumé.

Et tant que tu nas pas compris
Ce : « Meurs et deviens »
Tu nes quun hôte obscur
Sur la terre ténébreuse.

La mort est le seul événement qui permet de quitter un état pour accéder à un nouveau, en sachant que jamais, il ne sera possible de revenir à l’état antérieur.


Il convient de faire le deuil de ce dernier, en abandonner la mémoire pour accéder à de nouvelles connaissances.


Tous les processus initiatiques, toutes les grandes spiritualités ont rencontré le problème de la mort.


Cette dernière pose la question de l’existence, de la réalité d’une éternité et de la nécessité de l’esprit comme victoire ultime.


Dans l’ascèse initiatique, il s’agit de vaincre ses peurs, mais comment réagir face à la peur suprême de la mort.


Les légendes qui évoquent les grands thèmes humains de la mort et de la résurrection ne manquent pas.


La renaissance de la végétation, chaque printemps, est incarnée par des divinités qui meurent et reviennent à la vie.

L’espoir est permis aux hommes, si la régénération de la nature est possible, incarnée par OSIRIS, ISHTAR ou PERSEPHONE, les hommes aussi connaîtront peut-être une vie après la mort.

Cette question de la mort ne laisse pas indifférent, loin s’en faut, et constitue même un problème angoissant pour celui qui se rapproche du port mystérieux, dont personne n’est jamais revenu.

La croyance en la survie constitue un trait d’union de toutes les religions.

Et, quand notre rituel maçonnique nous enseigne que la mort n’a pas le dernier mot et que les ténèbres ne l’emportent jamais sur la vie éternelle de la Lumière, et qu’à travers le mythe d’Hiram, il y a toujours un nouveau printemps, cette rassurante perspective maçonnique de l’éternité de l’esprit ne rejoint-elle pas quelque part la préoccupation majeure des « religions » ?

I – MORT ET RENAISSANCE dans le monde religieux

La prise de conscience, par l’homme, de sa propre fin est à la source de la religion, mais ce qui fait l’option religieuse, c’est une certaine certitude que le non-sens de la mort peut être dépassé par la croyance en un au-delà.

Pour illustrer le problème de la mort et de la renaissance nous disposons d’un immense gisement de symboles, de mythes, de rites.

Rappelons d’abord la célèbre légende du Phénix utilisée par les apôtres de la chrétienté pour faire comprendre la résurrection du Christ.

Cet oiseau fameux, le Phénix, tous les cinq cents ans, abandonnait son pays situé en orient pour voler jusqu’en Egypte, vers l’autel du temple du soleil, à Héliopolis.

L’oiseau se construisait un nid tombeau fait de toutes sortes de plantes aromatiques, les rayons du soleil mettaient le feu au nid et réduisaient l’oiseau en cendres, tandis que les plantes aromatiques se transformaient en une coque rigide à l’intérieur de laquelle un embryon se formait sous l’effet de l’humidité ; Puis, en trois jours, un nouveau Phénix se développait, et s’envolait pour retourner en orient.

Dans bon nombre de religions on trouve l’idée qu’une partie de l’homme subsiste, alors même que le corps disparaît. Une bonne partie de la population croit, (espère) qu’il doit y avoir quelque chose après la mort. Les morts disparaissent, ils n’appartiennent plus à notre monde, mais une partie d’eux doit continuer d’exister.

Ce quelque chose est leur dimension spirituelle, leur être profond ou essentiel, ce qui en eux résiste à la mort. La croyance en la vie éternelle intervient à un double titre. D’une part elle cautionne la croyance en un au-delà en suggérant que la vie, au moins la vie humaine, est sans fin. D’autre part la notion de vie éternelle apporte une nouveauté et désigne une dimension cachée ou oubliée de la vie courante.

Pratiquement il y a trois grandes manières de se représenter la vie éternelle : l’immortalité, la réincarnation, la résurrection.

On peut d’abord envisager qu’existe en l’homme une âme ou un esprit, un principe spirituel. Cette réalité peut être affectée par la mort, mais elle ne peut pas mourir, puisqu’elle est indépendante du corps mortel. C’est pourquoi les morts continuent d’être, même si leur corps est voué à la disparition. Cette représentation vient à la fois d’une réflexion sur l’identité humaine en ce qu’elle a d’essentiel et du sentiment que les défunts restent mystérieusement engagés dans une forme d’existence, sans être réduits à rien.

Une deuxième conception de la vie éternelle s’inscrit dans la croyance dans la réincarnation. Selon cette croyance, les défunts reviennent, après leur mort en ce monde pour mener une nouvelle vie. L’au-delà se fait en deçà ; après la mort, la vie recommence dans des conditions identiques à celles qu’elle était auparavant, quelles que soient les variantes qu’implique l’opération. La vie présente est loin d’avoir sa forme dernière et elle est porteuse d’éternité en ce sens qu’elle est animée d’une énergie qui la relance sans cesse.

Une troisième manière de comprendre la vie éternelle, est celle que propose la Bible et que l’on nomme la résurrection. Ici la vie éternelle prend une figure originale, car elle est envisagée non seulement comme fondée dans un principe spirituel mais comme impliquant quelque chose du corps ; le paradoxe est que la vie éternelle, sous la mouvance de la résurrection, ce n’est pas seulement la vie de l’âme, c’est une existence à la fois spirituelle et corporelle. L’éternité entre en rapport avec ce qui est périssable dans l’existence humaine, le corps, pour le renouveler. La vie éternelle est corporelle. Ajoutons cependant que le corps que postule la résurrection n’est pas banal, c’est un corps autre, d’un autre ordre que celui de nos habitudes, un corps spirituel.

Renaître après la mort, pour apaiser l’angoisse humaine ou,mourir pour renaître, afin d’élever la spiritualité humaine ?.

II – MORT ET RENAISSANCE en Franc Maçonnerie

Le rituel d’initiation au premier degré commence par la mort symbolique dans le cabinet de réflexion.

Avant d’être admis en loge, le profane est enfermé dans un lieu clos, peint en noir, qui préfigure la mort physique. Ce lieu de méditation qui met en scène tout ce qui concerne la mort, permet au récipiendaire de faire une incursion dans sa tombe avant l’heure. Le cabinet de réflexion invite le postulant à mourir à lui-même pour renaître. Ce moment privilégié de méditation permet de faire un bilan du passé, et d’effectuer par anticipation une mort symbolique virtuelle, qui, comme toute mort, sera un passage devant déboucher sur un nouveau commencement.

Mourir, c’est passer d’un mode d’existence à un autre ; Le pain posé devant le récipiendaire évoque le symbolisme du grain de blé ;La graine meurt comme telle, quand son écorce se brise, et au sein de la terre, une plante naît de sa substance. Ainsi le récipiendaire meurt aux faiblesses profanes pour naître à la vie initiatique.

Le crâne et les ossements, ou un squelette, déposés dans le cabinet de réflexionsymbolisent la fin d’un cycle de vie. Le crâne nous rappelle combien la vie de ce monde est relative et la chair une apparence, tout est passager et transitoire, en traversant l’épreuve de la mort, on peut vaincre la mort.

La rédaction du testament philosophique est un acte qui devance l’échéance naturelle de la destinée, car c’est par une volonté libre que le récipiendaire veut mettre un terme à une phase de son existence. Ce testament peut être considéré comme un pont virtuel reliant le passé profane à l’avenir de l’initié.

C’est aussi un point de passage vers un autre devenir, une nouvelle qualité d’être.

Sorti du cabinet de réflexion, débarrassé de ses métaux, ni nu ni vêtu, une longue corde autour du coup, les yeux recouverts d’un bandeau, le profane doit franchir une porte basse qu’il ne voit pas. Le franchissement de la porte du temple maçonnique correspond au passage du domaine profane à celui de sacré ; Cette porte qui permet l’accès à un changement d’état fait penser aux portes de la naissance et de la mort, franchissements inéluctables et imposés, alors que celui de l’initiation est choisi librement. Cependant celui qui est initié par l’épreuve de la mort, éprouvé en ce monde par anticipation, a le privilège par cette connaissance, de s’affranchir de toutes les peurs.

Pour être admis en loge de compagnon, le maçon prononce le mot de passe Schibboleth, qui signifie épi. Deuxième symbole végétal, après le grenadier qui, lui, peut pousser tout seul, le blé est le fruit d’un long travail.

Rappelons l’évolution du grain de blé, confié à la terre, et qui doit mourir pour libérer l’énergie, renaître sous forme d’épi. Celui-ci est symboliquement lié à la croissance spirituelle, le blé est porteur d’une promesse d’immortalité et de continuité par une génération de transmissions futures. La germination est précédée d’une décomposition préalable comme toute vie nouvelle. L’épi de blé contient le grain qui meurt, soit pour nourrir, soit pour germer. La mort prend un aspect de fertilité puisqu’elle perpétue la vie.

Le blé est le fruit de la culture par le travail de l’homme. Sans travail persévérant aucune récolte n’est possible.

Il en est de même pour le compagnon qui doit faire croître en lui les fruits de l’initiation par son travail intérieur et l’action de l’influence spirituelle.

De même, le mot de Mac Benah, qui met fin à l’existence du compagnon, ne signifie t-il pas : « fils de la putréfaction » ?

Le compagnon accède à la chambre du milieu en mourant pour la seconde fois, car l’initiation au troisième degré impose à l’impétrant de changer d’état.

Devant jouer le rôle d’Hiram, il est Hiram qui reçoit les coups des mauvais compagnons qui le tuent. Basculant dans le cercueil il subit un état de putréfaction qui peut rappeler la phase de l’apprentissage, où le néophyte fut mis symboliquement en terre. La mort détruit tout l’artificiel qui est en soi et permet à l’âme de se manifester sans voiles. Il ne subsiste plus désormais que la pérennité de l’esprit du maître.

Au corps d’Hiram s’est substitué l’être d’un nouveau Maître qui n’est plus seul car le relèvement par les cinq points parfaits s’accomplit avec les autres Frères. La mort n’a pas le dernier mot, les Ténèbres sont vaincues par la vie éternelle de la lumière. Si la chair d’Hiram a quitté ses os, l’acacia, c’est à dire la connaissance, et la méthode initiatique nous restent.

La vie s’achève pour mieux se renouveler, l’esprit parce qu’il est infini, continue.

Après avoir subi la mort profane et l’avoir vaincue par la mort initiatique, le Franc-Maçon a reçu le viatique pour exercer la véritable maîtrise. Il a franchi un seuil irréversible qui, par la mort, lui a fait vaincre la mort. Il faut impérativement mourir pour renaître, ce n’est qu’à partir de ce moment là qu’il est donné de réaliser l’étendue du travail et du chemin à parcourir entre la réception très virtuelle de ce grade et le commencement de sa réalisation effective. La maîtrise n’est pas une fin en soi, mais le simple franchissement d’un seuil où le chantier de l’univers attend la réalisation d’une œuvre.

Le travail à accomplir devra être inlassablement poursuivi sur le chantier des jours.

Comme le Phénix, oiseau fabuleux qui s’exposait au bûcher pour renaître victorieux, chacun est appelé à s’exposer aux flammes de la vie pourmourir à son passé et devenir celui qu’il est réellement.

J’ai dit V

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