La Vérité

Auteur:

H∴ E∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
Trois fois puissant Maître, et vous tous Mes Frères Maîtres Secrets,





C’est vrai, à dire vrai, en vérité,… Quel mot galvaudé, mais qui recèle cependant une extraordinaire puissance, et qui est selon l’usage que l’on en fait le moteur tant de notre vie intellectuelle que de notre Vie tout court.


La VÉRITÉ, vous dira n’importe quel dictionnaire, est une propriété que possèdent certaines de nos idées : elles consistent dans ce fait qu’elles sont « d’accord » avec la réalité, de même que l’erreur consiste en ce qu’elles sont en « désaccord » avec cette réalité. Jusque là tout va bien, et nous admettons cette définition comme une chose qui va de soi.


Là où la difficulté commence, c’est qu’il importe dans cette problématique, de distinguer :

  • Le problème moral : « dire la vérité », véracité s’opposant à mensonge, ex. Toute vérité est-elle bonne à dire – ce qui constitue un problème de morale, d’avec :

  • Le problème scientifique : vérité s’opposant à fausseté, ex : La vérité se découvre-t-elle par hasard – ce qui n’est pas un problème de mœurs.

A cet égard, le discours scientifique qui consiste à communiquer une connaissance, suppose que la vérité est une affirmation universellement acceptable, c’est-à-dire valable pour tous les esprits.


Ainsi celui qui ne l’accepte pas est obligatoirement de mauvaise foi ou dans l’erreur. Cette vérité est à ne pas confondre avec un préjugé, qui est une affirmation vraie ou fausse acceptée par un certain nombre, voire une majorité ; elle est à ne pas confondre également avec une hypothèse qui est un préjugé consciemment utilisé comme tel. Il s’agit d’une affirmation non fondée, mais acceptable. Ceci se voit en physique, où elle est utilisée dans le raisonnement, faute de mieux.



Allons plus avant dans la difficulté, et nous voyons que celui qui énonce que « c’est à chacun sa vérité », se contredit immédiatement. En, effet, il affirme ainsi comme devant être universellement accepté, que rien n’est universellement acceptable.


Tout discours scientifique suppose donc qu’une affirmation vraie est une affirmation objective, c’est-à-dire indépendante du personnage qui l’énonce, mais en poussant plus avant, on peut dire qu’une vérité humaine n’est pas une vérité, car comme l’écrit le philosophe et logicien HUSSERL , je cite :  » ce qui est vrai est vrai absolument, est vrai en soi ; la vérité est identiquement une, que ce soit des hommes ou des êtres d’une autre espèce, que ce soit des anges ou des dieux qui l’appréhendent en la jugeant. » fin de citation.


De plus la vérité est objective, c’est-à-dire qu’elle dévoile les choses en elles-mêmes, la réalité et non sa déformation
subjective et imaginaire.



Mais, QUEL EST LE FONDEMENT DE LA VÉRITÉ ?



L’enjeu majeur de la détermination d’une réflexion sur le fondement de la vérité est le suivant : La vérité étant universelle, elle n’est pas compatible avec la tolérance. La détention de la vérité permet de rejeter en toute légitimité toute affirmation contraire. La vérité ne tolère par définition, qu’elle-même. Or c’est du droit de la vérité que s’autorise nombre de fanatisme ou d’extrémisme . Le philosophe ALAIN résume ceci en une formule :  » Le fanatisme, ce redoutable amour de la vérité. »


En réalité, ce n’est pas l’amour de la vérité, c’est l’amour de la croyance et de soi, ce qui est bien différent de l’honnêteté intellectuelle, laquelle permet à la philosophie, appelée aussi science de la vérité, l’étude de l’ ETRE en tant qu’être, ce qui débouche nécessairement sur des questions métaphysiques sur le monde tel qu’il est en soi et non pas tel qu’il nous apparaît.


Je ne peux faire l’économie de la question qui est de savoir si nous pouvons accéder au vrai par nous-mêmes. Pouvons-nous échapper aux préjugés et sortir de l’hypothèse par nos propres moyens ?



A cet égard, PLATON nous propose d’accéder au réel par notre propre effort intellectuel. C’est dans cet esprit que notre Frère René DESCARTES a écrit le célèbre « Discours de la Méthode ». Cette idée de l’Homme autonome, accédant par ses propres moyens à l’ ETRE grâce à une méthode soulève toujours nombre de réticences. On lui oppose en effet, l’idée qu’il ne pourrait accéder à la connaissance que par une intervention extérieure, voire une révélation . C’est l’idée de l’Hétéronomie opposée à l’autonomie. On peut dire que ceci tient à deux raisons : – Des raisons de pouvoirs : A savoir que seul l’élu y aura accès et détiendra alors l’autorité.


et aussi parce que l’Homme est inquiet : Il est en effet des Pourquoi qui restent sans réponse… et pour lesquelles PASCAL a traduit ces inquiétudes par une pensée demeurée célèbre : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »


Il a pu ainsi distinguer entre « la nature » qui nous donne les évidences première et spontanées, et « la raison » outil par excellence des sceptiques qui permet de comparer, de confronter la pensée à elle-même pour en dégager les incohérences, montrant par là que la raison est une arme contre le dogmatisme et son extrême : l’idéologie ou le fanatisme.


Il relève que ces deux attitudes sont instables, la seconde cependant menant à l’inquiétude, voire au mal être, la connaissance autonome ne pouvant apporter de réponse à la question du sens de notre existence. La question posée de la vérité en termes de paraître ou d’être, permet de définir ce qui est POUR NOUS ( L’apparaître – le subjectif ) et ce qui est EN SOI ( l’être – l’objectif ), ce qui permet de dégager deux volets, à savoir :



Le problème des questions existentielles : Derrière la vie telle qu’elle nous apparaît, il y a le sens de la vie, – et le problème des explications scientifiques : Derrière les théories, il y a le réel expliqué.


Le fondement de la vérité serait donc l’être ; mais quel rapport avons-nous à l’être ? A cette question métaphysique nous ne pouvons répondre que par des hypothèses : La révélation, la raison, voire la sensation.



LA VÉRITÉ D’UN HOMME C’EST D’ABORD CE QU’IL CACHE….



Cette petite phrase anodine, mais néanmoins lourde de sens me permet la transition entre le préalable général que je viens d’émettre et une approche plus maçonnique du sujet.


Pour aborder cette seconde partie, je m’appuierai sur une anecdote historique mais affreuse. Devant le siège de BÉZIERS durant l’impitoyable répression à l’encontre des cathares, Arnaud d’Amalric , conseiller de Simon de MONTFORT, donna comme consigne aux officiers qui demandaient s’il fallait séparer les catholiques des cathares, la réponse suivante :  » Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » .


La Franc-Maçonnerie, à l’instar des autres sociétés initiatiques, transforme l’initié qui, mourant de sa condition profane, renaît pour s’approcher des états de conscience supérieurs qu’il ne peut pas atteindre s’il n’a pas procédé aux ruptures de niveaux nécessaires, non seulement dans l’espace / temps, mais aussi dans son être profond, et ceci sans pour autant lui proposer une forme de Rédemption .


Les Vérités Maçonniques seraient ainsi véhiculées en fait par le biais du Secret, mais quelles vérités ? Et est-ce que le Secret Maçonnique apporte une réponse à la recherche de la Vérité ?


De tout temps, les hommes ont cherché à atteindre l’inaccessible, du moins ce quelque chose de supérieur qui a été nommé Connaissance, Lumière, Dieu, Immortalité ou encore Vérité.


La légende et l’histoire fourmillent de cas divers et variés, tendant tous vers cette recherche. Ainsi le GRAAL, la Toison d’Or, l’Odyssée, la Pierre Philosophale et les Pyramides symbolisent ce nécessaire dépassement, et nous incitent à nos élever au-dessus de notre simple condition matérielle, à nous remettre en question, et tenter d’approcher des formes d’énergies plus subtiles.


Mais l’accès à ces dimensions se fait par un labyrinthe où l’on se perd inexorablement. On n’en sort pas indemne, mais on y est métamorphosé, comme doté de nouveaux sens qui nous permettent d’appréhender d’autres sphères et d’approcher des champs de perception différents, chacun marchant à « son pas ».



Je ne considère pas Ma Vérité comme une fin ou un aboutissement, ce serait plutôt une sorte de phare qui me guiderait sans que je puisse résister, et qui serait un jalon parmi beaucoup d’autres sur mon chemin tenant à l’acquis et à l’inné, valable seulement pour moi et aujourd’hui, car phénomène évolutif qui m’ouvre les yeux, demain il peut en être autrement….


Cette recherche de la Vérité, c’est pour moi cette quête incessante, ce petit déclic qui m’incite à être autre chose qu’un être végétatif, et qui permet mon évolution en m’appuyant sur les outils que la franc-maçonnerie met à ma disposition.


Le paradoxe de cette recherche de la Vérité est que tant que cette recherche reste une quête, elle garde sa dynamique, son mouvement et sa progression. Par contre, et hélas, ici ou là chez nous, le phénomène est parfois visible, dès que l’on croit avoir trouvé, on devient dangereux…. Cette recherche de la Vérité est donc une quête sans fin. Mais toute quête engendre un changement pour celui qui cherche. Ce « cherchant » va se poser des questions , être confronté à d’autres quêtes, il réfléchira, doutera et sans doute se sublimera.


Je conclurai par ce mot d’Albert CAMUS que je prends à mon compte :


« Ce qui compte c’est la Vérité, et j’appelle Vérité tout ce qui continue ».



Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres secret,



J’Ai dit.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter