Le devoir
T∴ F∴ P∴ M∴
Ce travail que l’on m’a confié, m’a permis, finalement, une réflexion sur ma propre vie, sur mon cheminement dans le monde. Je me suis attaché à rechercher ce qu’a été mon interprétation du devoir, au fil des ans et de mon évolution personnelle.
Pour le profane que j’étais, le devoir était une obligation :
Je me dois d’agir conformément à un impératif qui m’est dicté par les règles inflexibles de la société sous peine de sanction, c’est la loi qui commande mes actes. Je me dois de respecter ma Patrie, les autres dans leur vie et leurs biens. Dans une société, le devoir apparait, donc, comme un ensemble d’obligations auxquelles se soumettent ses membres. De même, une religion peut, comme une société, établir ses règles, avec promesse de châtiment pour celui qui s’en éloigne.
Certes, ce principe d’obligation permet à tout individu de vivre en bonne intelligence avec autrui, mais ne laisse aucune liberté de choix, c’est une action humaine, conforme aux lois sociales religieuses, éthiques, qui nous en imposent l’obligation.
Cependant, comme nous le précise Pascal, « ce qui est vrai en deçà des Pyrénées, est erreur au-delà. Nous ne pouvons donc pas affirmer que le devoir, par obligation, engendre un comportement universel ». Puis, le devoir était aussi un acte réfléchi.
Librement consenti, incluant une notion de morale, une notion de différentiation du bien et du mal, cette appréciation du devoir est, alors, la résultante de mon éducation, elle-même conditionnée par les normes judéo chrétiennes du monde dans lequel j’évolue. Alors, je me dois d’agir conformément à mes principes, à mon raisonnement. Naturellement, la notion du devoir s’enracine dans la nature humaine qui fait que la raison suffit à décider de ce que nous devons faire ou ne pas faire.
Le siège du devoir est, en ce sens, la conscience qui doit s’appuyer sur la raison naturelle que lui inspirent l’essence et la nature même de l’homme et qui lui viennent du divin créateur. Et, tous les hommes étant de même nature, il s’ensuit que cette notion du devoir est la même pour tous les hommes. Il y a donc une universalité du devoir de moralité.
Cependant, l’homme garde entière liberté d’agir, conformément ou pas, à sa conscience, malheureusement bien souvent polluée par les vices qui l’occultent et le poussent à agir en contradiction avec sa propre vérité, en contradiction avec cette parcelle du Divin qui est en lui.
Puis, vint l’Initiation :
Déjà, dans le cabinet de réflexion, ces questions qui interpellent : que doit l’homme à ses semblables, à lui-même, à son créateur ?
Ainsi, l’homme devient le centre de la réflexion qu’il doit mener. A cela s’ajoute la formule VITRIOL, qui, quand on en a compris le sens, conduit et incite à une introspection et invite à la connaissance de soi. C’est le « gnothy seauton » ou « connais-toi, toi-même » inscrit au fronton du temple d’Apollon à Delphes.
Initié, je découvre, donc, une autre forme de devoir, le premier devoir du F M qui invite à descendre au plus profond de soi pour parvenir à la connaissance, la pierre cachée, trouver la vérité tout au fond de soi…
J’ai le devoir de mieux me connaître pour pouvoir corriger les imperfections qui m’accablent, et pour cela méditer les enseignements du rituel et y conformer ma conduite. C’est un devoir d’engagement, de nécessité du travail et de perfectionnement par la connaissance et l’exercice des vertus.
Ce devoir est centré sur l’être et sa croissance spirituelle, sans jamais nier sa nécessaire appartenance à un corps social ; C’est l’approche d’un savant dosage de connaissance de soi, de liberté et de respect qui doit conduire à la lumière, à cette étincelle de lumière divine qui est en l’homme et qui doit le rapprocher du Divin.
Puis, ce fut ma
réception au grade de M S.
.
Je l’ai vécue comme une nouvelle initiation, non
plus aux symboles de la GLNF, mais aux mystères du REAA,
avec, à nouveau, un serment
d’obéissance et de respect.
En passant définitivement de l’équerre au compas, j’ai pris conscience d’une autre obligation, nouvelle, qui n’efface pas ce qui a précédé, mais qui vient le compléter, et qui me paraît immense, démesurée, bien plus vaste et exigeante, un peu inquiétante même : « Le Devoir est la grande loi de la maçonnerie ».
En répondant : « j’y suis prêt », à assumer ce Devoir, j’ai réalisé qu’ensuite je n’avais plus le choix. « Il est le devoir parce qu’il est le Devoir », comme une fatalité qu’on ne peut maîtriser, et si respirer est une nécessité à la vie, sans assumer ce Devoir, ma vie de maçon s’arrête. Il est comme le destin que je ne peux choisir, je dois le suivre. C’est une exigence pour trouver le sacré et accéder à la plénitude.
Et d’ailleurs, malheur à celui qui faillirait, s’étant promis follement à un tel engagement, alors qu’il ne doit pas espérer de récompense, que peut être le résultat ne sera pas à la mesure de ses espérances. Celui là, en oubliant le Devoir, oublierai aussi qu’il est d’essence divine et son chemin ne serait qu’errements. Mais, il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre, ou, de réussir pour persévérer. Déjà s’installe le sentiment d’une quête sans fin, d’un chemin à suivre sans bien savoir où il va me conduire. Je dois croire et avoir confiance.
Et, pour suivre cette voie, je découvre que tout doit venir de moi, de mon moi intérieur, conforme à ma conscience, à cette étincelle divine qui est en moi. La Vérité de l’esprit, c’est son action nous dit Hegel, et, Platon nous enseigne qu’il faut aller à la Vérité avec toute son âme.
Ainsi, je ne forgerai point d’idoles humaines. Nul ne doit être un exemple à copier, je suis seul responsable de l’ordonnancement de ma pensée, de mes actes et de ma propre réalité. Si je pense que ce Devoir que j’ai accepté est un impératif, par contre je suis et dois être libre de faire ma propre conviction, libre d’ordonner ma pensée pourvu que je reste en conformité avec ma conscience la plus profonde. Le Devoir est basé sur le principe essentiel de mon moi intérieur.
Et, « écoute tous les hommes, veille à les comprendre », me donne à penser que c’est à l’examen, la réflexion, l’analyse, que je pourrai déterminer si je peux faire mienne le pensée de l’autre, si elle est juste parce la Vérité ne vient pas de conceptions humaines et ne peut, donc, qu’être d’inspiration divine. Le Devoir exige la découverte.
Et puis, certes le spectacle de l’univers est merveilleux, mais seul est admirable la loi qui l’organise, le régit dans son ensemble et ses détails. Seul est admirable son « Grand Architecte ». C’est la loi de l’univers, la loi divine, celle qu’il me faut approcher, respecter, vivre, parce que je fais partie de ce grand principe. Tout est un et un est tout. Le Devoir conduit à la connaissance.
Enfin, il me faut promouvoir la justice, c’est-à-dire la conscience au niveau le plus élevé et bien souvent en contradiction avec ce monde qui nous entoure. C’est le fondement de l’organisation du chao dans le monde et en moi-même. « Ordo ab chao » Et, le juste de la bible n’est il pas celui qui est en adéquation avec l’univers, avec le principe divin, la Vérité ? Le Devoir conduit à la vérité.
Le Devoir est donc la voie qui allie immanence et transcendance. A partir du principe essentiel, de mon moi intérieur, je dois tendre vers ce qui est au dessus de moi : « ce qui est en haut est en bas et ce qui est en bas est en haut ».
Le Devoir, c’est le chemin de la Vérité et de la parole perdue, et, il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître, aussi je m’interroge déjà : trouverai je la voie ? Cette voie intérieure qui est celle de la recherche et de la découverte, c’est-à-dire celle de la Vérité, cette voie vers la connaissance qui est celle de la liberté. Et c’est uniquement par le respect du Devoir que je pourrai, peut être, établir ce lien avec l’univers, avec le cosmos, avec le Divin, parce que seul l’Esprit Divin peut hisser mon esprit humain au-delà de lui-même : « Dieu est mon droit ».
Et, Je ne doute pas, qu’avec le temps, l’engagement, la persévérance, le besoin d’absolu, ne viennent, encore, une autre acceptation du Devoir, une autre vision de la Vérité et de la connaissance, comme me le laisse rêver le symbole de la clef d’ivoire du Maître Secret.
J’ai dit.