Le Laurier et Olivier
D∴ B∴
Le laurier
Selon Ovide, Daphné (nymphe de la mythologie grecque), fut le premier amour d’Apollon le dieu grec du chant, de la musique et de la poésie. Comme Daphné fuyait Apollon et allait être rattrapée par lui au terme d’une longue poursuite, Pénée, dieu-fleuve et père de Daphné, métamorphosa sa fille en laurier pour la protéger. Dès lors, Apollon fit du laurier son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes.
Lorsqu’Apollon rendait ses oracles par la Pythie à Delphes, celle-ci mâchait des feuilles de laurier afin d’obtenir les qualités divinatoires d’Apollon. Est-ce un clin d’œil à l’arbre de métamorphose de Daphné ? Toujours est-il que ceux qui obtenaient une réponse favorable de la Pythie s’en retournaient chez eux avec une couronne de laurier.
En définitive, dédié à Apollon, le laurier représente l’immortalité acquise par la Victoire et représente les conditions mêmes de la victoire : la sagesse unie à l’héroïsme. C’est ainsi qu’est née la tradition d’une couronne de laurier sacrant la tête des héros, des génies et des sages.
Et puis, on a observé que le laurier est, avec l’épicéa et le sapin, l’un des rares organismes végétaux qui restent vert en hiver. Cette caractéristique a été relevée pour faire du laurier un symbole d’immortalité. A partir de là, Apollon et les dieux qui président aux arts libéraux ont des couronnes de laurier pour signifier que les ouvrages de génie sont consacrés à l’immortalité. La doctrine chrétienne s’inscrit aussi dans cette interprétation : ici le laurier est symbole d’immortalité et de chasteté car ses feuilles restent toujours vertes et ne flétrissent jamais.
Il en va différemment dans la Rome antique : le laurier est consacré à Jupiter (l’équivalent du Zeus grec et le père des dieux).
Composée de deux rameaux, la couronne de laurier devient l’attribut de l’empereur, marquant son pouvoir suprême ; elle est placée sur la tête en symbole de gloire. En ce sens, elle est aussi utilisée comme récompense de compétitions sportives. Le laurier est vraiment le symbole de la victoire.
Au Moyen Age la couronne de laurier est utilisée pour symboliser la gloire de la poésie et l’immortalité. Les grands poètes et les savants distingués dans les universités sont couronnés de laurier. Il semble que le mot « baccalauréat » soit issu de la remise de « baccae laurae » (rameaux de laurier à baies) aux diplômés de l’époque.
A la Renaissance, l’allégorie de la Victoire est souvent représentée offrant un rameau de laurier au vainqueur.
Sous le Consulat les uniformes militaires portaient des feuilles de laurier. Et c’est avec une couronne de lauriers que David représente Napoléon lors de son sacre.
L’olivier :
Les feuilles de l’olivier, petite et persistantes, vert sombre sur le dessus et argentées sur la face inférieure, rappellent l’éternelle dualité de la manifestation et de sa permanence par rapport à la cyclicité figurée par la production de ses fruits.
Dans tout le bassin méditerranéen on rencontre des oliviers millénaires, voire plus. Ainsi, cet arbre est le témoin de notre histoire qu’il accompagne à chaque instant.
L’olivier a pour jour le 23 septembre, autrement dit l’équinoxe d’automne. Dans le cercle celtique, il se trouve exactement à l’opposé du chêne : au printemps la force vitale primitive, à l’automne la perfection dans la sagesse.
En fait, l’olivier livre les trois secrets d’une vie équilibrée : 1. Etre frugal, 2. Ne pas craindre les transplantations, 3. Rechercher la lumière.
La richesse symbolique de cet arbre est abondante : récompense, purification, force, paix, victoire, fécondité.
Pour commencer, cet arbre de la Méditerranée se rencontre dans la mythologie grecque. L’historien Hérodote raconte que le lendemain de l’incendie du temple par les barbares, une pousse avait jailli du tronc d’un olivier brûlé proche du Temple.
Homère dit que la massue d’Hercule et le pieu d’Ulysse servant à terrasser le Cyclope sont tous deux taillés dans le bois d’olivier réputé pour être très compact, très lourd et très dur. Souvent les représentations des divinités étaient sculptées dans le bois d’olivier.
La tradition raconte que l’olivier est un cadeau de la déesse de la sagesse, Athéna. Cette dernière est en compétition avec Poséidon pour la possession de l’Attique (Athénes aujourd’hui). Zeus, en tant que médiateur propose à Athéna et à Poséidon de choisir une offrande ; celui qui fournira le présent le plus utile au peuple sera déclaré vainqueur. Poséidon d’un coup de trident crée une source d’eau de mer ; Athéna fit pousser un olivier et remporta le concours. Depuis lors les symboliques principales de cet arbre sont la sagesse et la force, la victoire et la gloire, l’abondance mais aussi la fidélité.
Le symbole du loyalisme n’est pas un hasard. C’est en bois d’olivier qu’est fait le lit d’Ulysse et Pénélope. Comme l’épouse patienta fidèlement pendant l’absence du héros, le bois du lit devint symbole de fidélité.
En tant que symbole de victoire, des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olive sont offerts aux vainqueurs des Jeux Olympiques en complément à la couronne de laurier.
Et c’est sous un olivier, symbole de sagesse, que Platon enseignait la philosophie à ses disciples.
A Rome, l’olivier est l’attribut de Minerve, symbole de victoire et de paix. Lors des fêtes annuelles à Minerve, le vainqueur de la grande course à pied était récompensé par une couronne de rameaux d’olivier et une jarre d’huile d’olives.
Et après la victoire, les soldats romains portaient des branches d’olivier afin de symboliser le retour de la paix.
Evidemment, l’olivier apparaît aussi dans le corpus judéo-chrétien. L’épisode le plus connu est ce rameau d’olivier que la colombe de Noé tient dans son bec, marquant la fin du déluge et symbolisant le pardon de Dieu et la paix. On pourrait aussi parler de réconciliation.
Les livres de la Genèse et des Ecclésiastes citent l’olivier comme arbre mythique et sacré à l’époque Tarsis, le petit-fils de Noé.
La nuit précédant son arrestation, Jésus se retira sur le mont des oliviers pour se recueillir. Dès lors, l’olivier devient symbole de sacrifice, de bénédiction, de réconciliation et de paix.
Alors qu’au Moyen Age l’olivier renvoyait à l’amour et à l’or, de nos jours l’olivier symbolise la paix universelle au travers du drapeau de l’O.N.U. qui représente le globe entouré d’une couronne de rameaux d’olivier.
Enfin, pour finir ce paragraphe, n’oublions pas le fruit. Longtemps la lumière de la nuit vint de lampes remplies d’huile d’olives.
Le laurier et l’olivier au 4e degré du REAA :
Mais, après ces énumérations des significations du laurier et de l’olivier, venons-en au rituel du 4e degré.
L’instruction du grade nous apprend que le récipiendaire est reçu au rang des Lévites sous le laurier et l’olivier. A ce stade on ne précise pas la forme sous laquelle ces végétaux se présentent (rameaux, palmes ou couronnes). C’est que le symbolisme des deux éléments végétaux doit s’imposer, sans que la forme entre en considération.
Nous fêtons ainsi la sagesse et la victoire du Maître du 3e degré qui à l’issue d’un travail de perfection devient serviteur du temple. Ce dernier représentant bien-sûr le travail sur soi, le temple intérieur que tout Maçon s’oblige à construire.
C’est pour signifier cette progression que le rituel précise que le Maître est passé de l’équerre au compas, a vu le tombeau de notre respectable maître Hiram et a versé des larmes sur ce tombeau.
Puis, dans la suite de la cérémonie de réception, le Trois Fois Puissant Maître descend une marche et pose sur la tête du récipiendaire une couronne de laurier et d’olivier. Le successeur de Salomon précise que le laurier est l’emblème de la victoire que le Maçon doit remporter sur ses passions et que l’olivier est celui de la paix et de l’union qui doit régner entre Maçons.
Finalement, une couronne de laurier et d’olivier est posée sur l’autel dans le saint des saints. Et une branche d’olivier est dessinée sur le tablier du grade, rappelant la fécondité de la paix qui fait suite à la victoire.
Mais pourquoi les branches de laurier et d’olivier sont-elles tressées en couronne ?
C’est pour additionner voire multiplier la puissance de leur symbolisme.
Mais encore ?
Le Frère Jean-Baptiste Fayol a écrit que sous la couronne de le front est radieux, preuve que la lumière intérieure inonde l’être au plexus solaire.
La couronne d’olivier et de laurier reflète le plus fidèle symbolisme initiatique.
La couronne marque le caractère transcendant d’un accomplissement, en l’occurrence le travail sur soi du Maître devenu Maître Secret. La forme de la couronne, circulaire, indique la perfection et unit dans le couronné ce qui au-dessus de lui et ce qui est en-dessous de lui, tout en marquent la frontière entre le divin et l’humain. Enfin, elle est promesse de vie immortelle.
Par ce biais, entre autres, le grade de Maître Secret développe la conscience du changement de plan dans lequel le Maçon va devenir le véritable bâtisseur de son temple intérieur. Au sortir de ce degré, la Lumière de l’Etre l’habite et il devient intérieurement vivant.
Finalement, le 4e degré le franc-maçon quitte l’expérience terrestre pour pénétrer dans le monde cosmique. L’âge symbolique en témoigne d’ailleurs (3 x 27 = 81 = 34 ; le cube est le monde de l’espace).
En conclusion, je reprendrai une formule connue : ce que vous avez appris jusqu’à présent n’est rien auprès de ce qui vous reste à apprendre.
Ce sera ma conduite.