Le Pardon, une exigeance pour le Franc-Maçon ?
F∴ P∴ M∴ H∴ E∴
Le
Pardon, une exigence pour le Franc-Maçon ?
PLAN
ANALYSE DU SUJET
UNE SEMANTIQUE PLURIELLE
1.Le pardon comme un concept dual
2.De l’exigence à la résignation et la dualité continue
3.Le point d’interrogation
a.A propos du pardon
b.A propos de l’exigence
c.A propos du Maître Secret
PARDONNER, UNE QUESTION COMPLIQUEE
1.Demander pardon
2.Les produits de substitution
3.Le pardon sur ordonnance
SE PARDONNER, UNE QUESTION D’HERITAGE UNE QUESTION BIBLIQUE
1.La repentance comme préalable
2.Le pardon sans repentance
3.Le secours de la notion de besoin
LA RECONCILIATION EN QUESTION
CONCLUSION
« Qui
cherche l’amitié oublie les torts ;
y revenir sépare de l’ami »
Proverbes 17.9
y revenir sépare de l’ami »
Proverbes 17.9
ANALYSE DU SUJET
Tel qu’il m’a été proposé, le sujet comportait trois mots et un degré : le pardon, l’exigence et le franc-maçon, l’ensemble devant se débattre au sein du 4° degré. Si d’emblée m’est imposée l’évidence que l’exigence est un concept fusionné au franc-maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté, le pardon et le Maître Secret par contre n’ont pas rempli les conditions minima pour satisfaire ne serait-ce qu’un pacs.
Conforté par l’expérience d’avoir plus souvent observé les victimes pardonner et les agresseurs faire l’économie du repentir, convaincu d’être un initié absent de ces deux catégories, je me suis donc interrogé surtout sur le moyen de satisfaire TPM l’honneur de ta confiance.
J’ai donc sollicité ta bienveillance d’ajouter une ponctuation interrogative pour présenter au sein de cette Loge de Perfection, une proposition de réflexion signée
d’un éternel apprenti meurtrier d’un vieil homme, qui a bien entendu l’expert à la porte de la Loge annoncer qu’il sort victorieux de cette épreuve et non homicide, d’un maître reparu plus radieux que jamais après un triple meurtre et un maître secret prêtant serment d’obéissance et d’allégeance à remplir son devoir de vengeance de la mort de maître Hiram.
Je n’ai rien trouvé qui puisse exiger de tout ce petit monde qu’il reçoive ou octroie le pardon de quoique ce soit.
Ceci étant, de quoi parlons nous lorsque nous évoquons le pardon ? L’exigence suppose-t-elle l’économie d’une condition ? Comment s’y prendre ? Notre spécificité a-t-elle le monopole et la primauté de son usage ? Voyons ces questions et si les réponses mènent à l’exigence nuancée ou pas de la pratique du pardon et si cela contribue au tracé d’un chemin de progression dans la voie initiatique.
UNE SEMANTIQUE PLURIELLE
1.Le pardon comme un concept dual
Le pardon est un concept relationnel puisque son objet se situe dans la dualité.Il n’y a pas de pardon sans conflit, offense, souffrance, blessure, pères et mères du ressentiment, cadenas de la raison, jusqu’au lâcher prise qui colore le NON en « PEUT-ETREun jour », et illumine enfin ce dernier en OUI, qu’il prenne place.
Le pardon tourne autour de l’offenseur et de sa cible, de la blessure du second et de la dette du premier, d’une demande et d’un octroi des mêmes individus.
Ainsi n’y a-t-il pas de pardon sans reconnaissance de l’offense. Le pardon ne se conçoit pas hors d’une dualité, tant il est évident que pardonner sans contrepartie revient à cautionner l’offenseur et condamner l’offensé.
Nous connaissons la forme intime qui nous est chère, celle créée dans le miroir de l’ancien néophyte et récent récipiendaire introduit dans la première chaîne d’union.
Notre histoire profane s’était alourdie de ces bactéries gourmandes de notre paix intérieure, ces pourvoyeuses d’indignitéde soi, où la culpabilité trouve son terreau et certaines Eglises leur fond de commerce. L’épreuve de la terre a naturellement aseptisé l’initié en devenir. Il n’a pas fallu « exiger » de soi, mais seulement « accepter » de perdre les scories de l’Extérieur au profit des caresses de l’Intérieur … si tant est que mourir et renaître à autre chose est une démarche caressante.
Enfin, une autre forme de dualité pardon – vengeance apparaît dans le déplacement de l’offense, du délit sur un autre que soi, mais qui nous touche, nous implique dans le processus de la suite à donner. Et pour être complet, citons ce qui nous intéresse à ces deux degrés que sont la chambre du Milieu et la loge de Perfection, au travers de la légende d’Hiram où il est à la fois question de l’architecte et de soi.
2.L’exigence ou la résignation
Dualité encore tant la question de savoir si le fait de se pardonner n’est pas une forme de résignation à l’égard du passé pour re-construire. Et cette démarche immanente n’en est-elle pas le préalable au pardon de l’autre ? L’équité comptable de la souffrance vécue se satisfera-t-elle de cette fermeture à l’autre alternative, la vengeance prétendant justement réparer ce déséquilibre ?
Que l’exigence du pardon soit héroïque ou qu’elle se révèle résignation couarde, le saut dans la confiance est un investissement à haut risque, pas seulement narcissique, mais touchant à l’identité de soi, je l’ai écrit ailleurs, à l’authenticité de soi.
3.Le point d’interrogation
a.A propos du pardon
Parce que pardonner ce n’est ni oublier ni nier, au degré qui nous reçoit, la dualité pardon – vengeance et le choix que le rituel a fait peut solliciter notre interrogation ne serait-ce qu’à propos des notions qui lui sont liées : la colère réparatrice, le mal qui répond au mal, la mort à la mort, dont cette Ancienne Loi devant laquelle nous travaillons relate les faits les plus sanglants. Quand viendra le renoncement ? Quand donc le baume de l’acceptation à tout cela ôtera ces tentures noires, descendront les larmes blanches se disent les Maîtres Secrets déçus que tu ne sois pas Trois Fois Conciliant Maître ?
Le chagrin, la tristesse appellent ici à s’interroger là où hors ces murs, certaines confessions maintiennent un supplicié sur une croix alors qu’un troisième jour l’en a délivré. C’est la redondance d’une culpabilité entretenue qui réserve à ce type de vérité le monopole de la distribution du pardon.
Ne serait-ce que pour notre refus de cette certitude, l’interrogation est nécessaire.
b.A propos de l’exigence
Le manquement à une valeur morale de haute importance s’inscrit dans la durée pour faire éclore le ressentiment qui grandira en haine.
Le pardon ou la vengeance en sont des réponses.
Dans la même démarche, l’erreur connaîtra la gomme spontanée de l’excuse, ce pardon « d’entrée de gamme » porté par la bonne foi de se décharger de toute responsabilité là où la faute attendra longtemps le pardon que seule l’exigence déplacera pour contrarier ce qui a été pris pour une mauvaise intention.
Il est évident dans ce dernier cas, que l’éclat de la vengeance rétablit la puissance perdue dans l’offense que la Sagesse n’a pu apaiser. L’égo sur ses hauteurs est soutenu par une force, qui n’est pas la nôtre. Le sens de l’honneur, du droit, la peur de l’oubli et donc la vigilance de mémoire, l’entretien d’une Histoire sont régulièrement arrosés de l’engrais de l’humiliation pour mieux fonder ce qui ne sera jamais que du passé ressassé et donc rien de beauté.
Ne serait-ce que pour l’incertitude d’accéder au dépassement de cette victimite aigüe lorsqu’elle est singulière et chronique lorsqu’elle devient collective, l’interrogation est nécessaire.
c.A propos du Franc-Maçon Maître Secret
A ce grade de juste combat, de vengeance accréditée par les textes, où la lute continue pour la quête du sens, de cette parole perdue, il est bienvenu de s’interroger sur l’opportunité de pardonner alors qu’une substitution s’est imposée dans l’urgence, procédé qui ne satisfait pas l’exigence de perfection.
En cette Loge Salomonienne nous avons soif de justice, et devons donc arbitrer, alors même que nous souhaitons rassembler ce qui s’est désuni.
Ce n’est donc pas simple parce que le pardon reste conditionné à l’aléatoire de l’autre, et notamment sa disposition à se repentir ou non.
Et le Maître Secret ne connaît ni pardon, ni repentance mais se fait devoir de justice. L’exigence cherche un résultat, le pardon attendra, la question ne se pose pas.
PARDONNER : UNE QUESTION COMPLIQUEE
1.Demander pardon
Cela implique la reconnaissance d’une faute dont on espère la diminution du poids dans le fait de l’assumer et éviter en cela l’accusation et les reproches. Notre monde profane dilue cette initiative majeure dans des concepts plus doux tels que l’excuse, le regret, l’indignation, l’amnistie, la prescription.
A noter que la demande d’excuse est très prisée dans notre société profane où la simple affirmation d’une conviction, sans aucune intention de nuire, va spontanément froisser une susceptibilité de cortex réduit, qui s’empressera de se draper d’indignation médiatique, socle indispensable à l’exigence d’excuses.
Pour exemple, les regrets de l’Eglise d’avoir protégé des criminel nazis ou de manquer d’arbitrer lors de crimes pédophiles au sein de sa congrégation là où d’autres se contentent d’assurer « qu’ils n’oublient pas d’avoir été responsable».
C’est dire que le vrai pardon relève de l’impossible, ce qui rend son expression forcément plus noble que la sanction.
2.Les produits de substitution
Alors, parce que c’est compliqué et que cette enceinte spécifique de notre Ordre contribue par la lettre et par l’esprit à la pérennité d’une langue aux nuances subtiles, rappelons quelques alternatives, satellites du pardon, dont le Franc-maçon pétri d’humilité et de sagesse en fera les pierres d’un édifice de concorde fraternelle.
La clémence qui apparaît plus comme une abstention de châtier en faisant preuve de magnanimité, de mensuétude et en contre partie, affirmer sa puissance. L’amnistie plus politique, l’indulgence et son sentiment de minimiser à la fois la faute et l’auteur, la générosité et son aînée la compassion avec encore pour traduction, l’avilissement du bénéficiaire.
Pouvons-nous raisonnablement nous reconnaître dans ces méandres relevant certes de la nuance nécessaire au jugement, mais dont les subtilités des interprétations nous éloignent du sens que nous avons de notre mission?
3.Le pardon sur ordonnance
Le pardon ne gomme pas le souvenir et ne peut donc être résignation sans véhiculer une part consciente ou inconsciente de résidus d’amertume.
Le pardon se donne sans rien en attendre, il vient guérir la mémoire de ses anastomoses avec la blessure. La grandeur de sa gratuité, l’audace de son projet dans l’inconnu de sa mission, ne peuvent délibérément pas se situer hors de l’amour dont il est l’un des acteurs.
L’intellect fourbit ses arguties d’intérêts compensatoires, de gain d’influence, voire même de pouvoir à verser aux bénéfices secondaires lorsque le cœur fait l’économie du retour sur investissement.
La pensée émancipe la raison formatée quand le cœur se jette dans l’inconnu.
SE PARDONNER : UNE QUESTION D’HERITAGE
Un Himalaya dans le rapport à soi parce qu’il conditionne notre rapport à l’autre. C’est parce que nous traînons les regrets de ce que nous n’avons pas entrepris, les remords de nos méprises, de cet amour que nous n’avons pas reçu ou donné à la mesure de notre demande et de notre capacité, que nous n’avons jamais accepté que des évènements incontrôlés aient dicté notre vie. Même un temps.
C’est de cette fable cognitive passéiste déconnectée d’une réalité vivante que vient notre difficulté à nous pardonner. Elle est de ces métaux qui ont franchi la porte basse et qui polluent la réconciliation avec soi. Il faudra des ruines de temple, des lutes, des exils et des retours pour qu’un droit de passer s’octroie à l’amour de soi.
Le pardon de soi participe de cette démarche orientée évoquée par le TIF Henri THORT NOUGUES, l’opportunité d’un pari éthique de régénération, de transformation de l’erreur de soi en sens de soi, dans le creuset alchimique de nos morts et renaissances initiatiques.
C’est un pari parce que l’épreuve de la terre ne nous a pas assuré d’en assumer la charge, tant la culture du désert des servitudes de l’erreur qui nous a conduit à la porte du temple était chargée de culpabilité, tant l’ennemi reflétait ses rides dans le miroir de l’initiation.
Nous devons donc comprendre que l’écriture de notre légende personnelle s’est opérée à l’encre de ces dernières expériences et de l’acceptation de leurs conséquences sur notre vie. Comprendre que nous devons exclure totalement la notion d’une responsabilité collective, dans l’implication, la colonisation, voire le tatouage laissé par les erreurs d’un autre.
La faute en héritage, la culpabilité en attribut génétique, la honte en cicatrice trans-générationnelle inhibent toute velléité de construire du sens parce qu’elles tendent à nous faire agir aveuglément sous leur impulsion.
C’est la relecture ou la retraduction des principes édictés par les dogmes de la Vérité dite universelle, qui nous écartera du chemin du besoin, qui nous déliera de la dépendance à la faute originelle. C’est parce que nous n’aurons plus besoin de convoiter, voler, tuer que nous accèderons à la paix intérieure fille du pardon de soi. C’est parce que nous comprendrons que l’important n’est pas le fait mais l’idée que l’on s’en fait, que nous verrons mieux et comprendrons mieux.
Et spécifiquement devant cette balustrade, au pied de ce livre des Rois, témoin d’aussi fragiles fondations, en cette perfection qui nous oblige, notre quête d’excellence ne suggère aucun pardon, parce qu’elle n’en a pas besoin.
UNE QUESTION BIBLIQUE
1.la repentance de l’offenseur préalable au pardon de l’offensé
Luc 17 verset 3 dit ceci : « Si ton frère a pêché, reprends-le et s’il se repent, pardonne-lui ». Ce texte prescrit le processus idéal conduisant à la réconciliation dans la mesure où les deux intéressés font un pas l’un vers l’autre, démarche qui libèrera chacun de la blessure.
Observons néanmoins l’impérative obligation de la repentance préalable au pardon. Elle évite la fuite, l’évitement de la victime dans un choix spontané de pardonner sans contre partie et s’exposer alors au déni, à la frustration de n’avoir pas été reconnu dans sa souffrance. Ce pardon spontané cache bien souvent la peur d’exprimer cette blessure et d’en demander réparation, elle permet aussi à l’agresseur d’ignorer le poids de son acte et de récidiver.
Le pardon n’est donc pas la voie de l’évitement conflictuel et le Franc-maçon du REAA ne peut souscrire à cette voie s’il veut promouvoir la Liberté et la Justice.
2.Le pardon sans repentance
Marc 11 verset 25 dit ceci : « Si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi de vos faute ».
Voilà qui rejoint ce qui est demandé au néophyte qui va entrer dans la chaîne d’union : « Vous avez connu beaucoup d’hommes ; vous avez peut-être des ennemis.Si vous en rencontriez dans cette Assemblée ou parmi les Francs-Maçons, seriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ? ”
Aucun préalable et urgence de l’exécution de cette trilogie infernale, confrontation, repentance, pardon. Cette circonstance de temps et de lieu suppose-t-elle la réussite de fait de l’entreprise ?
3.Le secours de la notion de besoin
La réponse à la trilogie évoquée peut solliciter plus de temps qu’en a pris la Lumièrede cet instant, chargée d’une resplendeur à venir.
C’est là que s’impose la notion d ’absence de besoin. Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, ne jugez point et vous ne serez point jugés, n’offensez pas et vous ne serez pas offensé, vous n’aurez pas besoin ni de pardonner ni de prier pardon.
LA RECONCILIATION EN QUESTION
Il ne faut pas confondre pardon et réconciliation qui consisterait à retrouver la situation initiale d’avant l’offense. Cette confusion représente un mélange de lâcheté, l’absence d’audace d’affronter l’offenseur et d’hypocrisie en faisant comme si de rien n’était alors que la blessure est bien présente.
Pardonner n’exige pas de renoncer à ses droits, de démissionner de la volonté de justice.
Le pardon en notion pénale gomme la faute, la réconciliation en notion relationnelle supprime l’inimitié.
CONCLUSION
Le pardon apparaît donc comme un maillon d’une chaîne complexe menant à la réconciliation qui dans notre cadre du 4° degré n’est même pas annoncée.
Le schéma de ce processus se décompose ainsi : offense, chez l’offensé démarche intérieure de libération de la haine, confrontation à l’offenseur dans un souci de reconnaissance de l’atteinte, repentance, pardon et réconciliation.
Voilà qui confirme qu’entre la disponibilité de l’offensé et la réaction de l’offenseur, cela prendra du temps, surtout si l’un craint la récidive du second. Il faut le tempsde la mobilisation de facultés telles la volonté, la sensibilité, le cœur, l’intelligence, le discernement, l’imagination, la foi et la capacité à abandonner des parts entières de convictions parfois rigides.
C’est selon ce mode opératoire que nous pourrions envisager que, dans ce cas, le pardon serait une exigence ; mais nous sommes bien conscient qu’en amont de celui-ci, doit s’opérer une autre exigence, celle qui satisfera le désir de justice préalable au pardon libératoire … jusqu’à la prochaine offense.
J’ai dit T