Le Saint des Saints

Auteur:

T∴ O∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

En introduction, et pour respecter la Genèse que les choses n’existent que par le nom qu’on leur a donné, puisque le premier travail de l’Adam c’est de donner un nom aux choses, je me propose de vous livrer une petite réflexion sur ce Sanctum Sanctorum. D’abord, il n’est pas dit « Sanctissimus », c’est-à-dire le plus saint des saints. Mais il est le Sanctum, en latin nominatif neutre, ce qui connote beaucoup plus le lieu de la résidence de l’Arche qu’un lieu cultuel.

La seconde remarque c’est que Sanctorum est un génitif pluriel, et non pas un complément, ce qui induit que la sainteté de ces lieux procède seulement et uniquement de la présence de l’Arche d’alliance.

Ceci n’est pas sans rappeler que la sainteté des églises est due au Tabernacle, lorsqu’il est pourvu d’une hostie consacrée. Le Tabernacle dans son interprétation biblique ou chrétienne garde son sens primitif de tente, sous laquelle était abritée l’Arche.

Le Saint des Saints se dénomme également naos en grec et débir en hébreu. L’Arche d’Alliance est la clef de voûte de cette étude du Saint des saints. D’abord ce n’est pas la première alliance du peuple élu avec Dieu. La première, c’est Abraham et son signe dans la chair, par la circoncision. On peut dire que c’est une alliance physique. L’alliance est le fondement du judaïsme. Elle est le seul soutien transcendé au monothéisme. Pas d’idole, pas de temple, pas de structure religieuse.

Cette alliance d’Abraham est une alliance physique. Elle est linéaire et horizontale.

Selon le livre des sagesses l’alliance jette un pont sur l’abyme séparant Dieu et l’être humain. A la différence avec d’autres lieux réservés au culte des divinités, je pense à Abou Simbel, où il y a également un Saint des Saints qui n’est qu’un ajustement de vocabulaire pour étudiants et touristes. En effet, les divinités sont sculptées dans la pierre, donc des idoles, donc inamovibles. L’Arche, elle, dans son descriptif (livre de l’Exode), est un coffre avec quatre anneaux pour y passer des bâtons afin de transporter ce qui n’est qu’un meuble, même recouvert d’or, dont le véritable trésor est le contenu et non pas le contenant.

Le caractère nomade du peuple d’Israël justifie cette Arche d’alliance. C’est l’alliance de Moïse, qui de l’alliance physique d’Abraham devient une alliance symbolique. Dieu est où l’homme va, l’homme va où Dieu l’attend. Dieu attend Moïse au mont Nébo, et son arche d’alliance à Jérusalem. Les tables de la loi, la Torah et son peuple reposé. C’est un grand tournant du nomadisme à la sédentarisation. Sur ce qui sera appelé plus tard le dôme du Rocher, un premier temple est construit, puis démoli lors de l’invasion babylonienne. Ce temple, réalisé par Salomon, et son maître d’œuvre Hiram, offrira au monde une dimension exceptionnelle. Tant par son rayonnement dû à sa splendeur, que par la ferveur dont il est objet, ce temple rentre dans l’histoire. Je suis toujours ébloui par le destin de ce temple, de ce lieu saint et de son rayonnement. Jérusalem est alors à l’écart des grandes civilisations. Il n’est qu’une bourgade plantée dans un décor hostile à la croisée des routes caravanières. Mais qu’il soit déporté ou qu’il se disperse dans une diaspora, le peuple juif reste définitivement attaché à sa ville sainte, à son temple, à l’Arche d’alliance. « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma langue se dessèche, que je perde mon bras » est toujours récité dans les synagogues. Ce Saint des saints est alors caché dans le cœur de chaque homme de foi. Il est à l’abri des regards mais il est source de rayonnement. Nous connaissons de façon sûre la disposition du second temple, mieux bien sûr que celle de Salomon, qui sans données archéologiques, procède de la légende.

Les lieux saints sont gardés par des lévites ou maîtres secrets, seule des douze tribus d’Israël a ne pas avoir reçu de terre, afin d’exercer sans convoitise, ni jalousie, ni problème d’héritage, leur fonction sacerdotale. Ces lévites sont libérés des chaines matérielles et des métaux. Ils ont pour mission de rester les Eveillés devant le Saint des saints. Ce Saint des saints auquel ils n’auront jamais accès. Préparant par leur pureté la venue du Grand-prêtre une fois l’an, à Kippour, invoquer le nom de Yahvé. Ils ne connaissent pas mais ils savent. Moïse, le plus illustre Lévite, lui-même n’accèdera pas à la Terre promise. Il ouvrira le chemin à son frère Aaron.

L’espace où peut évoluer le Lévite est délimité par la balustrade, dernier élément rigide avant le velum. Cette balustrade sépare le monde terrestre du monde sacré dans une position horizontale. Le velum pourpre recèle le monde céleste en position verticale.

En franchissant l’une et l’autre, le Grand-prêtre quitte le monde du très bas pour le monde du très haut. La balustrade se franchit physiquement. Le velum décille les yeux. De l’autre coté de ce velum, seul le Grand-prêtre, pur et purifié peut prononcer le nom de Dieu en présence de l’Arche. Comme c’est le jour de Kippour, peut-on penser à une cérémonie propitiatoire ?

Dans la cinquième Béatitude, « heureux les cœurs purs car ils verront la face du Très haut », c’est-à-dire que si tu n’as pas le cœur pur tu ne peux pas mener à bien un acte de foi. Sans le cœur pur, la vérité, la justice et l’amour sont inaccessibles. Peu importe que ce sanctuaire soit visité une fois l’an ou dix fois par jour, car la rencontre est unique. Peu importe que le temple de Salomon fût détruit, peu importe que le second temple fût souillé par l’armée de Pompée, peu importe qu’il périsse dans l’incendie de 70 sous le commandement de Titus, l’Arche d’alliance survit dans le cœur de chaque initié. Flavius Josèphe est le témoin impuissant de ce second incendie. Titus n’a pas ordonné l’incendie du temple, mais son pillage. Il n’a pas non plus formellement interdit sa destruction. La disparition de ce lieu sacré dans les flammes trouve écho auprès de certains religieux israélites. De nouveaux chapitres s’écrivent, de Qumram aux souterrains du temple. La Franc-maçonnerie à laquelle j’adhère restitue pleinement manne que j’en attends.

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