Les 3 Sentences

Auteur:

P∴ P∴

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Non communiqué

Notre entrée en maçonnerie passe par l’épreuve de la Terre, qui nous ramène à l’origine de la création mythique. Puis durant notre initiation, lorsque nous sortons des ténèbres, nous apprenons que le cheminement du maçon réside dans un travail sans relâche pour l’amélioration de notre être intérieur. Des mots qui sonnent à notre esprit comme un engagement moral, mais je crois que nul n’est capable à cet instant de mesurer l’ampleur de cet engagement.

Puis le parcours se trace inévitablement devant nous. Le passage au grade de Compagnon, qui met en œuvre notre intellect. C’est la perception, le discernement, la compréhension, Puis la découverte de l’Etoile Flamboyante avec sa lettre G, notre rapprochement avec le Divin, ce que tout profane appelle sa bonne étoile.

Puis l’élévation, l’aboutissement au plus haut grade : La Maîtrise, La hâte de connaître le secret du Maître, c’est à dire le secret de l’existence du monde ! Le mythe d’Hiram nous fait parcourir le chemin dramatique de la mort provoquée par la vanité, la jalousie. Nous, qui nous étions élevé avec l’Etoile flamboyante, nous retombons dans la matière, sur la terre où nous devons mourir pour accéder au Sacré, au Mystère.

Pour notre Renaissance, nous sommes relevés de la matière, par les cinq points parfaits de la Maîtrise, projeté dans l’espace spirituel, entre le ciel et la terre, entre l’équerre et le compas. Nous venons de subir la mort puis la résurrection : le Grand mystère nous donne la qualification de Maître. Par cette élévation, ont été réveillées en nous nos potentialités de réalisation spirituelle. Avec une carence terrible, nous avons perdu les moyens pour y parvenir : la Parole est perdue.

C’est pourquoi lors de notre initiation au 4ème degré, l’ignorance est encore plus profonde. Comme le résume si bien Johann Wolfgang von Goethe (Poète et homme d’état allemand au 18ème siècle) « Au fond, on ne sait que lorsqu’on sait peu ; avec le savoir croît le doute » Sommes nous vraiment prêt ?

La réception au grade de Maître Secret nous place face à nos responsabilités :

« Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes ! »
« Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter ! »
« Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent ! »

Vous entendez mes Frères, La Maçonnerie est un devoir !

Êtes-vous prêts à assumer ce devoir ?

Bien sur, je crois d’ailleurs que se serait un grand vide que d’arrêter en plein parcours cette quête de la connaissance. Il s’agit donc bien d’un devoir envers le créateur, envers un idéal, venant du cœur, envers un dessein fraternel ?

Car s’il s’agissait des devoirs matériels ou profanes clairement identifiés : faire vivre sa famille, élever ses enfants et leur donner la meilleure éducation et formation scolaire qui soit, honorer ses parents et les soutenir affectueusement voire les aider financièrement, accomplir le devoir de solidarité fraternelle envers ses frères etc. ; fort heureusement il n’y a pas besoin d’être maçon pour respecter de tels engagements. Les chrétiens appellent d’ailleurs les transgresseurs de ces valeurs, des pécheurs devant Dieu.

Mais « Il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître. La Connaissance, c’est ce que nous appelons la Parole perdue ». C’est pourquoi il est important de remonter à l’origine de la création, au cœur de la matière pour chercher le véritable but de la création, pourquoi nous avons un jour été mis là. C’est pourquoi je dirais que notre véritable devoir est celui que nous devons à notre Créateur !

Peter Gower, alias Pythagore, figure même du Maître Vénérable, celui qui transmet la Connaissance lumineuse vécut au 6ème siècle avant Jésus-Christ. La doctrine de ce Grand Initié, reposant exclusivement sur la recherche du perfectionnement humain, a été retranscrite au travers des Vers d’Or. Les dieux immortels sont présents à la première porte. Ils ouvrent le chemin. Ils le sont également à la dernière, la porte de l’Ether qui convient à l’être libre. Entre ces deux portes : un axe lumineux, celui de la Règle ou la Loi, que les Egyptiens appelaient Maât et que l’on peut traduire par Ordre, Vérité et Justice. L’axe de la Règle nourrit tous ces Vers d’or.

En voici quelques uns qui tintent comme des rêves parfaits, bien loin de notre monde agité :

En premier lieu honore les dieux immortels.
Vénère le serment, puis les Etres admirables élevés au rang de demi-dieux.
Vénère les êtres sages en agissant selon la justesse
La connaissance est la racine de l’action. Laisse-toi instruire sur ce qui est utile.
Exerce-toi à l’art de la justice
Et ne t’habitue en rien à te conduire toi-même sans réflexion
Les êtres malheureux sont responsables des obstacles qu’ils rencontrent.
Eux qui ne voient ni n’entendent ce qui est utile.
Peu parviennent à s’affranchir de la laideur.
Ainsi est le destin de ceux qui lèsent le cœur.
Mais toi aie confiance, puisque tu sais que les mortels ont une origine divine
Et que l’esprit, qui est offrande, produit et révèle toutes choses.
Donc si tu cherches, tu accéderas à la maitrise de ce que je t’enseigne…

Lors de notre première initiation, nous recréons symboliquement l’action d’abandonner ses métaux, c’est-à-dire ne plus compter sur ses outils matériels pour sécuriser son parcours, mais s’en remettre au G A pour devenir le prolongement de son bras, de sa parole et accomplir sa volonté.

Chaque maçon doit agir en sachant que toute action a sa conséquence et que secrètement, il met en œuvre une loi éternelle. La maçonnerie a cherché à nous mettre en garde depuis notre réception dans l’Ordre en avertissant : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fit !

Puisque nous devons travailler à édifier des temples à la Vertu, que chacun se trouve astreint à l’exercice du devoir fraternel d’assistance, tout initié ne peut, en principe, qu’agir pour aider, pour soutenir, pour éveiller l’âme et le cœur de ceux qui désespèrent de la vie et du monde. En donnant ce que j’ai de meilleur à proposer, sans attendre quoi que ce soit en retour, c’est ainsi que j’avancerai sur la Voie. Ce n’est pas sans raison occulte et mystérieuse que toutes les religions accordent une place exceptionnelle aux martyrs, c’est parce qu’il en va ainsi dans l’univers de l’initiation.

Mais ne nous y trompons pas, ces grandes résolutions qui sonnent admirablement bien à notre idéal d’amélioration sont souvent des utopies dans la réalité du quotidien. Combattre le mal consiste souvent à choisir entre la peste et le choléra ! Et rester en retrait, c’est faire preuve de lâcheté ! C’est pourquoi un vrai maçon n’a pas à observer, juger, critiquer ce que font ses frères y compris les autres hommes et femmes dans sa vie de tous les jours. Il ne doit s’occuper que de lui-même, devant travailler à éliminer la poutre qui est dans son œil au lieu de s’attacher à considérer la paille dans l’œil de son voisin. Il n’y a que sur soi-même que nous pouvons agir, non pas pour devenir des exemples aux yeux des autres, mais pour construire avec nos Frères une sorte de « Paradis Terrestre Maçonnique » et préparer notre Chemin d’Elévation.

Quant aux Sentences, elles sont bien rudes pour les humains que nous sommes ! Le terme « Malheur à ceux… » Sonne comme une condamnation face à l’inconnu qui nous attend. Serons nous capables d’assumer ces nouvelles charges, ces nouveaux devoirs, alors que seules les conséquences de nos actions seront jugeables.

Nous nous rapprochons là d’une sorte de tribunal divin où les applications de justice sont célestes. Dieu, le juge suprême, seul connaisseur de notre être intérieur décidera de l’avenir de notre âme. C’est pourquoi la religion chrétienne permet à ses fidèles de racheter leurs péchés en menant de bonnes actions pour les autres et en faisant preuve de repentir. Sorte de rachat possible avant le jour dernier, pour échapper à l’enfer.

Revenons sur ces sentences :

Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes. Comme en maçonnerie tout est symbole, cette allégorie trace nos ordres de mission pour dominer et conduire notre action :

Le pouvoir, c’est la force. Utilisons-le pour le bien commun, pas le bénéfice personnel
Lutter contre la jalousie, la convoitise et l’égoïsme.

Laisser les FF s’exprimer pour construire ensemble un édifice libre et sans contrainte
Ne pas promettre de rêve futile, ne pas tromper ses FF.

Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter. Je pense qu’il s’agit bien là de savoir rester à notre place :

Ne pas risquer de devenir un mauvais compagnon.
Maître et adulte, c’est travailler sans relâche pour se corriger au quotidien.
C’est se priver soi-même pour le bien commun.

Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent.Enfin je crois qu’en qualité de déiste, notre engagement pour l’œuvre doit être constant et éternel.
Concourir à la conservation, ou préservation de l’ordre universel.
Maintenir la tradition, seul repère pour tracer efficacement le chemin
Se recentrer en permanence, pour éviter toute dérive.
Travailler pour toujours maintenir cet équilibre entre la Sagesse, la Force et la Beauté.

Ces malheurs qui nous menacent sont également symboliques, car si malheur il y a, ce serait la mort de notre âme, de notre lumière interne qui nous distingue des autres êtres vivants.

Maître de lui avant toute chose, le Maître Secret a une vocation de constructeur. On ne lui demande plus de construire des cathédrales ou des temples, mais de faire œuvre de bâtisseur d’abord en se construisant lui-même, après quoi, en rassemblant ce qui est épars, dans la recherche du Beau, du Bien, du Vrai et de la Vérité, c’est alors qu’il pourra commencer à transmettre des repères et des valeurs à ses Frères.

J’ai dit.

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