Les degrés de perfectionnement aident le F M à construire son Temple intérieur
C∴ D∴
A
la Gloire du GADLU
Deus meumque jus
ORDO AB CHAO
A cette affirmation déclarative, j’aimerai dans un premier temps définir comment j’imagine que nous puissions construire notre propre temple intérieur avant de voir ensuite en quoi les degrés de perfectionnement viennent y contribuer.
En propos liminaire, j’ai depuis longtemps été porté par une maxime qui présidait mon existence et qui stipule que « La Perfection n’est pas dans l’Homme mais bien souvent dans ses intentions… »
Aussi, de manière sous-tendue, mon propos tentera également d’apporter quelques éléments d’appréciation sur le perfectionnement vécu en moi-même depuis toutes ces années où je fréquente ces lieux de découverte et d’acceptation de l’autre avec un regard bien souvent différent et aimant.
Depuis mon entrée en mac, le Temple est omniprésent : il représente un des arcanes majeurs de l’ensemble des rites et notamment du nôtre.
La première signification à retenir fait bien évidemment référence à la légende mythique de la construction du Temple de Salomon, telle que décrite dans les livres bibliques des Rois et des chroniques. Il est assimilé à la Jérusalem Céleste annoncée dans l’Apocalypse.
Etymologiquement parlant, l’origine latine « Templum » est spécifiquement romaine et désignait à l’origine le secteur du ciel délimité par l’augure romain à l’aide d’un bâton dans lequel étaient observés soit des phénomènes naturels, soit le passage d’oiseaux. Plus tard, le terme « templum » est venu désigné le lieu ou édifice sacré où se pratiquait cette observation du ciel et a donné en français le mot « temple ».
Je ne mentionnerai pas ici la description du Temple mais peut être juste rappeler que dans les trois religions abrahamiques ou religion du Livre, le Temple réalisé par Salomon tient une très large place. Par ailleurs, l’étude des Anciens Devoirs met en évidence que le Temple de Salomon, ses colonnes et la symbolique qui s’y rattache ne fond pas partie du fonds maçonnique ancien. Ce n’est vraisemblablement qu’au 18ème siècle que ces thèmes ont commencé à s’agréger au corpus maçonnique que nous connaissons.
Pour René Guénon, le Temple est le lieu de la manifestation de la présence réelle de la Divinité toujours représentée comme Lumière. Nous y reviendrons en seconde partie. La F M a conservé cette expression de, je cite, « lieu très éclairé et très régulier » qui semblerait peut être et j’emploie volontairement le conditionnel bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présida à la construction des temples.
Ceci étant dit, rêvons ensemble à ce Temple que nous portons tous en nous. Je m’explique : ce Temple est infini, indéfini et invisible, c’est un temple qui jamais ne pourra se terminer mais qu’il faut cependant ardemment construire un peu plus chaque jour et très souvent après chaque tenue régulière que nous pratiquons collectivement.
Sous toutes les latitudes, un temple représente un lieu de jonction entre le ciel et la terre, projection du ciel sur la terre, le Temple matérialise ce qui est invisible.
Tout Temple, reflet de l’univers et du monde divin est aussi conçu à notre image, selon nos proportions. Il reproduit la création du monde et se trouve donc lié à la cosmologie, le système de formation de l’univers. Il devient ainsi la porte d’un autre monde. En quelque sorte un résumé du macrocosme, mais le temple est aussi l’image du microcosme car il est à la fois le Monde et l’Homme.
En effet, par extension symbolique, le Temple c’est aussi l’Homme. En entrant en mac tout comme vous mes F F, je me suis engagé notamment à construire mon propre Temple intérieur, unique objectif pour certains, Cela deviendrait-il une quête inachevée ?
A chaque tenue où j’entre rituellement dans le Temple en gardant le silence, je suis plongé dans mon for intérieur, une forme de préparation interne et mentale à ce que je m’apprête à vivre, à ressentir auprès de vous mes F F. Je perçois une force verticale, sorte de tourbillon qui vient effleurer chaque élément de mon organisme, de mon corps physique tant que mental. Construire mon Temple intérieur, c’est vivre pleinement mon initiation, remplir mes devoirs de Maçon, continuer mon cheminement spirituel sur la voie tracée et tenter également de freiner les démons qui sommeillent encore et toujours en moi.
Je reste conscient que je suis responsable de l’héritage initiatique reçu, que je dois le faire fructifier en moi, pour moi et pour les autres mais aussi le transmettre sans perdre de temps. Vous le savez, la vie se compose d’éléments qui nous construisent mais également nous vivons des moments de déconstruction lors desquels nous sommes amenés à trouver la force de nous relever, pour rebâtir, continuer à avancer, persévérer dans nos objectifs et surtout pour ne pas sombrer et flirter avec une obscurité dans laquelle nous trouverions complaisance et facilité.
C’est dans ce Temple intérieur que je tente de puiser la force nécessaire et salvatrice. Oh rien n’est jamais acquis d’avance, la pierre se pose, elle s’effrite, elle se déchausse et elle peut parfois chuter du mur ; Je ne le sais que trop ! Mais le Maçon doit reprendre le travail incessant, choisir une nouvelle pierre brute, la tailler, la cimenter et la reposer au cœur de son ouvrage pour continuer la construction de son édifice.
Les outils symboliques sont disponibles pour le faire et composer ainsi avec les péripéties d’une vie qui très souvent se conjugue de blanc et de noir, de positif et de négatif… Ainsi et pour terminer cette première partie, l’un de mes premiers devoirs en qualité de M M c’est de méditer justement sur l’ensemble des enseignements des rituels afin d’y conformer sa conduite et de tenter de trouver une paix intérieure, parfois difficile à ressentir. C’est un devoir par excellence, devoir qui comprend tous les autres et que nous pourrions rappeler notamment par ces 5 prescriptions essentielles contenues dans l’obligation prêtée : se taire devant les profanes, chercher la vérité, vouloir la justice, aimer nos frères et se soumettre à la Loi.
Mes T C F, associer la construction de son Temple intérieur avec les degrés de perfectionnement me permet ici de rappeler que notre cheminement maçonnique nous a permis de débuter la légende d’Hiram en loge bleue et qu’ici nous tentons de contribuer à notre réalisation spirituelle, de la parfaire.
Les maçons purement opératifs que nous sommes en loge bleue, nous remplaçons un peu plus que l’opérativité d’Hiram, puis nous sommes chargés d’un chantier secret et enfin nous sommes en charge d’enseigner. Ainsi progressivement, notre initiation se construit, se poursuit et se parfait.
Dès l’origine, le grade de M semble pourtant avoir été considéré comme le premier des « hauts » grades, selon la lecture que j’ai pu en faire. En effet, le récit de la mort d’Hiram reste incomplet. Des questions restent sans réponses : Que sont devenus ses meurtriers ? Comment l’enterrer selon la dignité de sa fonction ? Par qui remplacer l’architecte disparu ? Quand et comment le temple pourra t-il être achevé ? etc. Ces nombreuses interrogations restées en suspend suscitent dès les années 1745 le développement d’échelles de hauts grades qui vont avoir pour fonction de répondre à ces questions ! Je ne vais pas m’appesantir sur le développement de cette information mais juste vous relater un questionnement intérieur : A-t-on de nouvelles révélations du 4ème au 12ème degré ? ou abordons nous vraiment un autre domaine initiatique avec des éléments nouveaux ou bien enfin confortons nous la construction de base reposant sur le ternaire apprenti-compagnon-maitre et cela dans la perspective de la construction de notre Temple intérieur ?
J’ai l’intime conviction que les clefs données à partir du grade de M S sont des moyens, des enseignements supplémentaires fournis pour approfondir davantage les éléments reçus et vécus lors de nos initiations respectives en loge bleue.
Dans l’introduction générale aux grades de Perfection du 5ème au 12ème degré, il est précisé, je cite, que « le récipiendaire recevant les degrés de Perfection parcourt symboliquement toutes les étapes de la construction du Temple de Salomon.
Mais il doit, parallèlement, grâce à un travail personnel rigoureux édifier en lui-même son Temple spirituel. A cette fin, il lui sera indispensable d’aller à la découverte de l’idée sous le symbole ».
Rappelons nous un fondement essentiel : la Loge de Perfection au REAA est destinée à la formation des M M, oui à la formation et nul ne peut nier que la formation n’est pas l’essentielle moelle de la vie de chaque être humain et encore plus pour nous M M du R.E.A.A.
Les degrés de perfection viennent partiellement remplir ce rôle de formation dans la mesure où ils permettent à l’être que je suis et qui se trouve sur son chemin d’obtenir quelques éléments de réponse à la suite de l’assassinat odieux d’Hiram mais là n’est pas l’essentiel de mon sujet.
Jean Gabin disait que nous avons toujours à apprendre de n’importe qui à n’importe quel moment de notre vie… S’il y a bien un premier élément de construction c’est bien cette notion principale qui réside selon moi sur le fait de ne jamais s’arrêter à ce que l’on sait ou croit savoir mais bel et bien d’être en mode d’ouverture sur les autres pour apprendre, se remettre en question, se rectifier parfois mais et c’est là le plus beau : se parfaire intérieurement. Je pense que, si je suis ici justement, c’est pour parfaire mon cheminement intérieur par le biais de ses nouveaux degrés que j’ai été amené à appréhender dernièrement.
Le Maître Maçon, que je suis, continue à cheminer, à ressentir, à se questionner, à appréhender la vie autrement en cherchant à acquérir justement des éléments manquants à la plénitude de sa maîtrise. C’est peut être pour cela que ces grades sont en quelque sorte démultipliés et sont indispensables pour devenir M « autrement » et accéder ainsi à une autre dimension d’intériorité et d’affinement de cette conscience encore et toujours en cours de construction.
Vous le savez, les grades, dits de perfection, de M S à Grand M Architecte du 4ème au 12ème développent le thème de la mort d’Hiram. Après l’avoir pleuré, il faut lui faire des funérailles, puis comme personne n’est irremplaçable, il faut songer à lui trouver un successeur qui poursuivra les travaux interrompus mais c’est impossible tant que son assassinat reste impuni, que l’on n’a pas retrouvé et puni ses 3 assassins. Enfin, on arrive au grade qui est le mien de Grand M Architecte où le M Maçon est devenu concepteur et peut achever la construction du temple.
Arrêtons- nous quelques instants. J’ai tendance à penser que c’est à cette étape que commence à s’esquisser la question essentielle : Et s’il s’agissait non plus de construire un temple de pierre qui peut s’écrouler comme un château de cartes sous les pressions des assaillants mais plutôt d’ériger un Temple spirituel, cœur de la planche de ce jour, de bâtir pour chaque M M son Temple intérieur ?
Ce sujet malicieux ne m’aurait donc pas été donné par le plus grand des hasards par le TFPM : mais plutôt afin que je m’interroge justement sur cette question… Rien n’est hasard ! J’estime qu’il s’agit bien d’un cheminement initiatique qui appelle à une marche en avant. Le cheminement est balisé, certes, dans la succession de grades maçonniques qui marquent des étapes, des points de réflexion, des seuils à franchir et où des clefs nous sont données…mais celles-ci ne peuvent servir que si l’on se donne la peine d’en ouvrir les accès et d’en franchir…les portes.
Ces messages, cette philosophie charitablement injonctive exhorte l’ensemble des maçons à considérer son F humain comme semblable à lui-même par cette mise en pratique des principales vertus. C’est pour moi et avant tout un subliminal message d’amour fraternel prôné en loge et véhiculé par ces rituels de perfection qui doit permettre de rayonner à l’extérieur…
Comme je l’ai indiqué dans ma première partie, notre Temple intérieur rime avec la Lumière avec un « L » majuscucule.
Ainsi, lorsque j’étais dans les ténèbres, j’ai désiré voir la lumière.
Cette Lumière, visible et perceptible dès le cabinet de réflexion, elle est tour à tour perdue, puis regagnée chaque fois avec plus d’éclat, de force et d’intensité. Mon Temple s’illumine à chaque fois petit à petit et de plus en plus.
De la chambre noire au temple noir, de la lumière voilée à la lumière resplendissante, au cours de laquelle la Parole, la manifestation du Verbe, est perdue, substituée, recherchée, retrouvée sous une autre forme, voire identifiée et personnalisée selon le Prologue de Jean. De la mort physique du récipiendaire au grade d’apprenti à la mort animique du Maître, ces différentes phases m’ont amené à me construire grâce à cette Lumière intérieure.
La Lumière qui, en chacun de nous, se dévoile progressivement par paliers d’ouverture de la conscience. Le Maître tente d’agir sur lui avant d’agir sur le monde et de répandre en dehors les valeurs intérieures cherchées dans le temple Mais je ne suis pas dupe.
On ne me demande pas de construire une cathédrale ou un temple mais de faire œuvre de bâtisseur d’abord en me construisant moi-même, après quoi en rassemblant ce qui est épars, dans la recherche du Beau, du Bien, du Vrai et de la Vérité, je pourrais peut être commencer avec humilité à transmettre des repères et des valeurs à une société qui en a malheureusement perdus beaucoup.
En terme de conclusion, j’ai tendance à estimer que le grade de M ne doit être considéré ni comme un achèvement, ni comme un point final. Bien au contraire… Ce n’est que le commencement d’un nouveau cycle et qui demande l’engagement d’une vie pour se réaliser… Pour ce faire, il est ainsi demandé aux M M d’avoir eu raison de leurs mauvais compagnons et cela est davantage réalisable par l’approfondissement pratique des compléments de la maîtrise accessibles dans l’enseignement de ces degrés de perfection. Dernier point, à bien y réfléchir, je pense que sans ce meurtre, la légende n’aurait pas toute sa portée. Ce serait un peu comme Jésus sans la trahison de Judas Iscariote !
Ce sacrifice nous permet de tenter de tuer nos propres pulsions qui sont des entraves à notre évolution spirituelle, à nous libérer des parties obscures de nous-mêmes. Mais pour réaliser cet objectif, il faut que je sois capable de les trouver, d’accepter leurs existences, leurs réalités et de tenter de les corriger violemment et fermement en les ramenant en pleine lumière pour mieux les comprendre et ainsi mieux les combattre car comme l’indique un auteur profane Paul Coelho : on ne peut lutter contre ses propres ennemis à l’unique et seule condition de les…connaître !
Le REAA, grâce à l’ascèse initiatique, nous permet de nous dépouiller de soi et de nos passions. Grâce à toutes les étapes parcourues, tout au long du Rite, on se hisse à chaque fois, un peu plus à un niveau supérieur d’existence et de connaissance de soi.
Grâce à cette totale liberté de penser et de conscience, qui seules permettent de progresser et de se perfectionner, nous continuons notre chemin sur la voie tracée…en ayant la parfaite connaissance que ce ne sont ni les images, ni les concepts qui seuls peuvent donner la Vérité que nous cherchons inlassablement. C’est la transcendance qui nous offre l’opportunité malicieuse de traverser le monde sensible et les représentations comme des voiles qu’il nous faut déchirer, sans s’égarer.
Mes F F, si je ne dois retenir qu’une chose c’est bien que les degrés de perfection m’ont permis et doivent nous permettre à tous par une descente au plus profond de soi même et de nous-mêmes de trouver chacun en nous…notre propre voie de perfectionnement !
T F P M, j’ai dit.