L’œil sur le tablier du Maître Secret

Auteur:

J∴ M∴ J∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secrets.


Ce sujet m’a interpellé car à de nombreuses reprises j’ai été confronté au symbolisme de l’œil. Avant


d’aborder l’œil sur le tablier du Maître Secret, je souhaite vous parler brièvement de 4 souvenirs de


voyage, représentant 27 ans de vie et d’évolution :


– Le billet d’1 dollar américain


– L’oudjat égyptien


– les stupas en Inde et le 3e oeil


– La statue de Ste Odile à Walschbronn (pays de Bitche) tenant un livre ouvert.



Le billet actuel de 1 dollar, monnaie universelle du voyageur, comporte sur l’une de ses faces, deux


sceaux. Le sceau gauche est composé d’un cercle renfermant une pyramide surmontée d’un pyramidion contenant un oeil. Ce billet étant le plus répandu dans le monde, beaucoup ont dû voir ces symboles et se poser la question de leur signification. Le Département du Trésor en donne l’explication suivante : « L’œil symbolise une divinité qui voit tout et sait tout ». En 1982, je m’étais contenté de cette explication.


Mais comme il n’y a pas de pyramide aux Etats-Unis, j’ai supposé que ces symboles ont été empruntés à la mythologie égyptienne, ce qui m’a été confirmé par la suite.


En Egypte ancienne, l’œil représente le dieu Horus. Cet oeil est appelé oudjat.


Je cite « d’après le mythe, Horus, fils d’Isis et d’Osiris, aurait perdu un oeil dans le combat mené contre son oncle Seth pour venger l’assassinat de son père. Au cours du combat, Seth lui arracha l’oeil gauche, le découpa (en six morceaux, d’après une version de la légende) et jeta les morceaux dans le Nil. À l’aide d’un filet, Thot repêcha tous les morceaux sauf un. Il suppléa miraculeusement le 6e fragment manquant pour permettre à l’œil de fonctionner de nouveau, rendant ainsi à Horus son intégrité physique.



L’Oeil Oudjat avait une fonction magique liée à la restauration de la complétude et à la vision de


« l’invisible ». Il fut représenté sur les sarcophages et sur les pectoraux. Les innombrables amulettes en


forme d’Oudjat protégeaient leurs porteurs. Lors de la momification, les embaumeurs le plaçaient sur les incisions qu’ils avaient pratiquées. L’Oeil Oudjat était aussi peint sur les proues des bateaux, leur


permettant de « voir » et de tenir leur cap. »



L’oudjat était aussi utilisé par les égyptiens comme indicateur des fractions de l’hékat qui est une unité de mesure de volume. Cependant, la somme des fractions de l’oudjat ne fait que 63/64. En effet, dans la légende, lorsque Thot rassembla l’œil perdu d’Horus, il en manqua un morceau. Thot ajouta donc le 1/64 restant pour permettre à l’œil de fonctionner.


Ainsi, l’oudjat devint également un symbole de connaissance car c’est Thot qui apportait le 1/64


manquant aux calculs des scribes, qui se plaçaient ainsi sous sa protection.


De l’Egypte, j’étais revenu époustouflé par le raffinement des civilisations passées et l’omniprésence du symbolisme. Mais je ne faisais pas de lien avec les symboles plus actuels.



Par la suite, lors d’un voyage au Népal, je découvrais les stupas. Ces monuments sont généralement


composés d’un piédestal carré sur lequel repose une demi-sphère renversée, représentant un bol à aumône retourné. Au-dessus de ce dôme, il y a une structure cubique avec les yeux de Bouddha regardant dans les quatre directions. La base représente le monde entier et l’éveil, au sens bouddhique, est symbolisé par les yeux de la sagesse et de la compassion. Parfois, on y voit un oeil surmontant les deux autres et parfois il n’y en a qu’un. Cet oeil, ce 3e oeil, représente le but ultime de la voie bouddhique, le fruit de l’éveil. « Voir clair », la clairvoyance, permet de voir au-delà de l’œil physique, au-delà de notre monde terrestre. Voir clair permettrait de percevoir « les phénomènes des différents mondes d’existence, terrestres ou non terrestres, proches ou lointains, inaccessibles à l’œil physique de l’homme non perfectionné. ».



En Inde, le troisième oeil est appelé l’œil de la connaissance. Il est localisé au niveau du front (sixième


chakra). Les divinités ou les saints sont représentés avec un point ou une marque sur le front à cet effet.


Cette pratique d’un point sur le front (bindi) s’est généralisée aux femmes mariées ou en signe de


bienvenue.



Dans les Upanishads (partie des Vedas vers -800 à -500), un être humain est décrit comme une cité aux dix portes : les neuf portes (2 yeux, 2 narines, 2 oreilles, bouche, urètre, anus) conduisent au monde des sens, le troisième oeil est la dixième porte qui conduit au monde intérieur.


Lors de ce voyage, je lisais, entre autre, le livre de Rampa intitulé le troisième oeil. Cet auteur m’avait marqué par sa vision du Tibet, du bouddhisme et du perfectionnement de l’homme. Par la suite, certains prétendaient que les écrits de Rampa (15 millions d’exemplaires vendus) étaient à considérer comme l’un des plus gros canulars littéraires du XXe siècle. J’en concluais que ce n’est pas dans un livre de vulgarisation qu’on peut progresser.



Récemment, j’ai découvert une statue de Sainte Odile tenant un livre ouvert. Sur chaque page de ce livre est représenté un oeil. Dans le contexte de ce travail, cette statue m’a amené à approfondir le rapport entre l’œil, sainte Odile et la religion en général.



Odile serait née fille de duc d’Alsace vers 660. Née aveugle, rejetée par son père, élevée dans un couvent, elle a recouvré la vue lors de son baptême, vers 12 ans. Avec cette vue physique, elle a également reçu une foi inébranlable puisqu’elle lui a permis de fonder un monastère réputé. Autrefois, sa fête était célébrée le 13 décembre, jour de la sainte Lucie. Odile signifie « fille de lumière ».


Par cette légende, l’église catholique nous dit qu’on « ne naît pas chrétien, mais on le devient », la cécité rappelle l’obscurité, le manque de spiritualité. Le baptême par l’eau versée sur le front puis plus tard par la lumière de l’esprit saint donne l’ouverture à la spiritualité chrétienne, constituant ainsi une initiation.



De tout temps, la religion chrétienne a utilisé le symbolisme de l’œil. Souvent l’œil créateur est au centre d’un triangle, renvoyant la lumière par 5 rayons. On reconnaît là le triangle divin, la trinité, envoyant la connaissance à l’homme.



En recevant la Lumière, le profane a devant lui, ce même symbole, le Delta Lumineux, représentant non pas Dieu mais un Principe Créateur appelé Grand Architecte de l’Univers. Le Delta est omniprésent au 1eret au 2e degré ainsi que les références à la Lumière et au Soleil : durée des travaux, position des Officiers et des Frères sur les Colonnes, objets symboliques… Lors de l’élévation à la maîtrise, le temple est obscurci, le Delta n’est plus visible mais reste éclairé. Le T V M dit « Compagnon, vous nous voyez plongés dans le deuil et les larmes. La Lumière qui nous éclairait a disparu… » Par la suite, le relèvement du nouveau Maître peut être interprété comme sa naissance avec en lui un maître intérieur en devenir, ayant acquis une connaissance de soi et des autres, nécessaire et suffisante pour éloigner les mauvais compagnons que sont le fanatisme, l’ignorance et l’ambition. Hiram est devenu le maître intérieur, la Lumière, la conscience du nouveau maître. La lumière rythme toujours les travaux mais commence à apparaître en chacun suivant son travail.



Au 4e degré, les travaux sont ouverts lorsque « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et que la grande


Lumière commence à paraître ». Il n’y a plus de Delta Lumineux et le tablier des Maîtres Secrets


comporte une bavette bleue revêtue d’un oeil.



L’instruction au 4e degré le décrit ainsi : « L’œil figuré sur la bavette du tablier est le symbole du Soleil, OEil de l’Univers, qui était, pour les Anciens, l’archétype de la Lumière, l’image de la Divinité. C’est aussi l’œil d’Horus, gardien des secrets, qui ne les révèle qu’à ceux qui en sont dignes». (Wikipédia définit un archétype comme étant un modèle général représentatif d’un sujet). Comme je l’avais constaté au cours de différents voyages, le Soleil et l’oeil représentent la lumière et la connaissance depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations. Mais encore ?


Pour moi, Maître Secret, il symbolise ce maître intérieur, ce champ de conscience que je dois élargir


progressivement. Ce maître intérieur révélé au 3e degré et qui se développe par degré, grâce à votre aide.



Lors de la cérémonie d’initiation au 4e degré, le TFPM dit « Telle la lumière que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement au travers du bandeau qui trouble votre vue, la Vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder ». Comme dans le symbolisme du stupa népalais, il faut dépasser le niveau de la vision terrestre pour acquérir ce 3e oeil, l’oeil de la clairvoyance, de la perception spirituelle et avoir une vision synthétique du monde. Vouloir ouvrir les yeux et regarder, signifie travailler à son propre développement mais également ouvrir « l’œil de son cœur ». Dans mon cheminement, je dois essayer de faire abstraction du mental pour passer de l’intelligible au sensible, passer de l’avoir à l’être, mettre en avant les vertus prônées par notre Ordre telles la fraternité, la justice, le devoir…Je dois arriver à enlever ce bandeau qui trouble ma vue, donc travailler à mon perfectionnement personnel.



Dans La Caverne, Platon écrit en parlant d’un prisonnier libéré et soumis à la lumière, «Il aura, je pense, besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure. D’abord, ce seront les ombres qu’il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes… ». La connaissance s’acquiert progressivement et passe


principalement par la vue qui permet de percevoir le monde et de lui donner une réalité. Mais il faut lui donner une réalité différente, sans bandeau et sans voile. Il me faut chercher la lumière qui se cache


derrière le symbole et la rendre apparente, compréhensible à ma vue.



L’œil figure sur la bavette du tablier, formant ainsi un triangle retourné, inversé. Je l’interprète à l’inverse du Delta Lumineux, comme l’œil de l’homme, d’un monde fini, et qui a besoin de l’aide et du jugement des autres pour exister et progresser. Arrivé à ce degré, je devrais me « maîtriser », mais il reste du chemin à parcourir. C’est dans le regard des autres qu’on se voit et qu’on voit ses faiblesses. Conscient que la Lumière recherchée est en moi, je dois la faire croître et la rayonner, ouvrir mon regard, élargir ma vision.



Avant d’être reçu franc-maçon, j’étais dans les ténèbres, les yeux bandés. Ma place était ensuite sur la


Colonne du Nord, silencieux, avant de m’asseoir au Sud, en pleine lumière.


Lors de mon initiation au 4e degré, j’avais un voile devant les yeux et le TFPM m’a clos les lèvres par le sceau du secret. Je ne suis plus Apprenti, mais je suis comme un apprenti, à chercher à éveiller un autre mode de communication et développer le langage du cœur. Je veux ouvrir mes yeux, ceux du cœur pour dire avec Saint Exupéry « on ne voit bien qu’avec le cœur ».



TFPM, j’ai dit.

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