Obéissance
S∴ H∴
Liberté Egalité Fraternité,
Ordo Ab Chao,
Trois Fois Puissant Maître et Vous Frères Maîtres Secrets
Une fois de plus Notre Trois FoisPuissant Maître a fait le bon choix en me proposant le sujet : » l’obéissance aux lois est-elle un facteur de libération ? » car il connaît bien son petit monde et sait que je suis souvent un peu en délicatesse avec l’autorité, limite anarchiste mais sansla violence qu’on y associe régulièrement et plutôt dans le but de rebâtir ; mais attendez la suite avant de vous inquiéter !
Obéir pour le Petit Larousse c’est « se soumettre à la volonté de quelqu’un, à un règlement, être soumis à une force, une nécessité naturelle » (pour ne reprendre que les définitions dont je vais me servir ultérieurement). On peut tout de suite évoquer cette notion très importante de PASSIVITE qui, personnellement, ne me convient pas du tout ; j’aime être ACTIF et supporte assez mal de SUBIR, je m’arrange le plus souvent possible pour être MAITRE de mes actes ou de mes sentiments et ceci est encore exacerbé depuis que je suis entré en Maçonnerie avec en point d’orgue le troisième degré.
QUELLES sont les lois auxquelles nous devons nous plier ? Tout d’abord les lois incontournables, les lois universelles : lois physiques, telles la gravitation, lois chimiques et biochimiques qui règlent la vie denotre corps et dont la violation est possible mais a pour sanction la maladie; l’obéissance à ces lois ne supporte aucune discussion et de ce fait n’entre pas dans le cadre de cet exposé.
La Loi (avec un grand L), ce que prescrit l’autorité divine, ne concerne que ceux qui croient sauf à y prélever ce qui nous convient et en faire un matériau de notre propre morale ; sans adhérer intégralement je fais miens de nombreux principes notamment, pour les plus importants : » tu aimeras ton prochain comme toi-même « , » tu ne tueras point » et d’autres tout aussi humanistes qui correspondent à notre engagement.
La loi (avec un petit l) comme » prescription établie par l’autorité souveraine de l’état, applicable à tous et définissant les droits et les devoirs de chacun « . Je pense quecette loi, élaborée par des hommes pour des hommes, ce qui explique qu’elle soit imparfaite et mal appliquée, cette loi donc est le centre de la réflexion pour la partie profane de l’exposé.
Est-ce encore mon esprit libertaire qui me porte à trouver plus aisé de parler d’obéissance par le biais de la désobéissance ? Peut-on obéir à des lois que quiconque et surtout des professionnels habiles (avocats notamment) s’échinent et souvent réussissent à contourner voire à détourner ? Ne doit-on pas obéir au fondde la loi plutôt qu’à la (dé)forme ?
Les lois sont l’émanation du pouvoir en place quel qu’il soit et ont pour but la conservation de ce pouvoir à tel point qu’à chaque alternance le nouvel arrivant ne remet pas en cause la législation antérieure. Je suis persuadé que la Liberté n’est surtout pas le but principal d’un gouvernement et que même les lois qui sont sensées mettre cette Liberté en forme la mettent en cage.
Que doit-on faire lorsque la loi n’est pas bonne? Faut-il toujours obéir? La désobéissance devient alors conforme à la loi morale qui, pour moi se situe au-dessus de la loi. Je pense à ce moment à la loi qui interdisait l’avortement, désobéir a été un moyen de faire changer une loi en mettant le législateur devant le fait accompli et pour une fois la proposition est venu des concernées et non des professionnels de la politique soutenus par un lobby religieux; qu’on soit pour ou contre cette loi, elle a été l’occasion de révéler un grand moment de démocratie. Je pense aussi à ceux qui ont bravé les interdictions de dissection des cadavres, sans leur volonté où en serait la médecine aujourd’hui ? Bien d’autres exemples démontrent que la désobéissance civique est source de progrès et que l’obéissance civique est source d’immobilisme. Vous aurez compris que ma réponse à la question posée est NON, dans le monde profane l’obéissance aux lois n’est pas un facteur de libération. Qu’il soit bien clair que mes propos restent dans le cadre d’une évolution mesurée et qu’on n’y détecte pas de relents de révolution.
Dans notre monde maçonnique, il en va autrement à cause de deux différences fondamentales, la première est la LIBRE ADHESION et pour renforcer cette adhésion, on crée des liens plus forts par ledeuxième élément de la différence, le SERMENT. Dans cette optique, ma liberté n’est pas restreinte par l’obéissance car j’ai toujours le choix de me retirer, mais si j’adhère, j’obéis! Pas question de cette option dans le monde profane.
Quelles lois vais-je devoir respecter? Tout d’abord Les Anciennes Obligations et notamment les articles 1 et 2 concernant dieu et la religion et le magistrat suprême qui demande au Maçon d’être » un paisible sujet à l’égard des pouvoirs civils… ». Il est compréhensible qu’à l’époque de la création de la Maçonnerie moderne, le pouvoir en place prenne ses précautions par crainte que des hommes de progrès réunis en grand secret ne complotent contre lui ou contre son soutien, la religion. Tout ceci repris par la première Déclaration des Principes du Suprême Conseil deFrance du 12 Juillet 1822: » tout maçon doit nécessairement être un homme religieux, fidèle à son prince, dévoué à sa patrie et soumis aux lois. Il est expressément interdit de provoquer ou d’entamer en Loge des discussions politiques ou religieuses. Les travaux maçonniques cessent de droit dès qu’il s’élève des discussions de cette nature. »Convent de Lausanne du 22 Septembre 1875: » La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute CROYANCE. Elle interdit dans les ateliers toute discussion politique et religieuse; elle accueille tout profane quelles que soient ses opinions en politique et en religion dont elle n’a pas à es préoccuper pourvu qu’il soit libre et de bonnes mœurs. » On note une grande ouverture dans la Déclaration de Principes de la Grande Loge de France du 5 Décembre 1953: » la GLDF proclame son indéfectible fidélité et son total dévouement à la PATRIE « (et non plus au PRINCE) autre ouverture: » la GLDF ni ses Loges ne s’immiscent dans aucune controverse touchant à des questions politiques ou confessionnelles. Pour l’instruction des Frères, des exposés sur ces questions, suivis d’échanges de vues, sont autorisés. Toutefois les débats sur ces sujets ne doivent jamais donner lieu à un vote ni à l’adoption de résolutions, lesquels seraient susceptibles de contraindre les opinions et les sentiments de certains Frères. » Malgré ces ouvertures il reste évident que les discussions de politique politicienne, où chacun campe sur ses positions sans écouter l’autre, ne feront guère avancer les choses, alors que les discussions politiques, dans le sens étymologique de science de la ville, pourront être source de progrès social, d’autant plus que la méthode maçonnique nous permet par le ternaire de profiter des idées de tous et d’en faire la synthèse. Pour ce qui est de la religion, je n’en ai jamais autant entendu de Dieu parler qu’ici, à croire que beaucoup font l’amalgame avec la Grand Architecte de l’Univers! Mais ceci n’est pas choquant car nous cherchons à savoir d’où nous venons et surtout où nous allons et d’autre part d’après la Constitution toujours chapitre 1: » dans la recherche constante de la vérité et de la justice les Francs-Maçons n’acceptent aucune entrave et ne s’assignent aucune limite. » Je me suis attardé sur cet aspect car je le trouve important.
Quand et comment obéir? Dans les alinéas du chapitre I de la Constitution de la GLDF: » Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l’autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement. » Est-ce à comprendre qu’ils peuvent ne pas respecter ces lois dans les pays où ils NE peuvent se réunir LIBREMENT? Peut-être trouvons-nous confirmation dans la phrase suivante » Ils sont des citoyens éclairés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience. » Je retrouve ici la prééminence de la Loi Morale sur toute autre obligation.
Au premier degré, le récipiendaire jure » d’observer consciencieusement les principes de l’Ordre Maçonnique … » Au deuxième degré: » je m’engage solennellementà agir comme un vrai et fidèle compagnon, à répondre aux signes, à obéir aux ordres… » Le serment de l’élévation au grade de Maître ne comporte pas de référence à l’obéissance. On retrouve cette notion dans le serment du 4° degré: » je promets et je jure allégeance au Suprême Conseil Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du trente- troisième degré, obéissance à ses règlements, statuts et décrets, suivant les vrais principes et les anciennes traditions maçonniques, je promets et je jure de rester fidèle jusqu’à la mort à tous les devoirs que je suis requis d’accomplir envers l’humanité, MON PAYS….. » Au-delà de ce serment j’avoue avoir ressenti profondément dans le fonctionnement de la Loge le poids de la juridiction notamment par le biais d’un administratif important dont je ne mesure peut-être pas encore l’utilité. Ce ressenti est renforcé par le sentiment de liberté qui règne au troisième degré.
Donc deux réponses à la question posée; les lois profanes me sont imposées et je ne les reconnais pas toutes adaptées ni utiles ni équitables ni même parfois » légitimes « . Les lois maçonniques sont proches des lois morales et toujours inspirées par elles, elles ne me posent pas de problème de compréhension donc d’acceptation. L’o- béissance aux lois est un carcan dans le monde profane et un facteur de libération dans le monde maçonnique. Elle est une FIN dans le profane, chez nous elle est un MOYEN.
J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître.