Œdipe Philosophe, La posture philosophique d’Œdipe et le Maître Secret

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A∴ G∴

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A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL DES SOUVERAINS GRANDS
INSPECTEURS GENERAUX DU 33° DEGRE DU
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE POUR LA France
PRESENTATION DU LIVRE DE JEAN-JOSEPH GOUX
ORDO AB CHAO
DEUS MEMQUE JUS




Dans son introduction JJ Gouxpose le problème suivant : est-ce qu’une analyse plus aigue et plus ramifiée de la logique du mythe d’Œdipe par les moyens de l’anthropologie, de la mythologie comparée, pourrait modifier, voir bouleverser, l’approche de l’Œdipe, tel que Freud l’a situé à partir de l’expérience psychanalytique Pour JJ Goux qui différencie le complexe et surtout apporte la réflexion et, compare oedipe à l’homme moderne dont il serait le prototype


C’est toute l’approche du livre.


A partir de l’œuvre de Sophocle « Œdipe Roi », JJ Goux établit un parallèle entre différents mythes, mais avant de décrire quoi que ce soit, résumons la tragédie de Sophocle.


Il semble qu’elle pourrait avoir été écrite vers 430 avant JC.


Dans l’épisode traité par la tragédie, Œdipe, pour avoir débarrassé Thèbes de la Sphinge en donnant réponse à l’énigme posée, a reçu le trône de Thèbes et pris Jocaste, la reine veuve, comme épouse.Quand on découvre qu’il est le fils de la même Jocaste et du roi précédent, Laïos (qu’il a assassiné), Œdipe se crève les yeux ,et Jocaste se suicide.


Mais que s’est-il passé ?


L’oracle de Delphes apprend a Œdipe que la peste qui ravage la cité est due à la présence en ses murs des meurtriers du roi Laïos. Il invite tous ceux qui ont des informations sur ces événements à les dévoilés.


Tirésias le devin aveugle, est convoqué le premier. Il connaît la vérité mais refuse d’abord de la divulguer.Accusé par Oedipe de comploter contre lui avec Créon, le frère de Jocaste, il révèle alors la vérité, mais elle parait trop incroyable pour être acceptée.


Œdipe se tourne ensuite contre Créon, qu’il accuse de vouloir le détrôner. Il est profondément troublé par la description que donne Jocaste de la scène de la mort de son mari Laïos et de l’escorte qui l’accompagnait alors : tout correspond aux circonstances dans lesquelles Œdipe a autrefois tué un inconnu.


Sur un point, il semble alors recevoir un éclaircissement décisif : un messager venu de Corinthe lui annonce la mort du roi Polybe et le choix d’OEdipe pour lui succéder, redoutantencore d’épouser involontairement sa mère, ce qui accomplirait alors l’oracle, hésite à retourner à Corinthe.
Mais le messager révèle alors qu’en réalité ; c’est lui en personne qui remit Œdipe, encore bébé, au roi et à la reine ; après l’avoir reçu d’un berger du mont Cithéron.


Qui étaient ses parents ? Jocaste devine la vérité et se retire ; tout le reste est révélé lorsqu’on envoie chercher un vieux berger, le seul survivant de l’escorte de Laïos au moment de sa mort. C’est lui qui avait porté Œdipe enfant, le fils de Laïos et de Jocaste, sur le Cithéron et l’avait par pitié, donné au Corinthien.


Œdipe découvre que Jocaste s’est pendue, et il se crève les yeux avec sa broche. Il a compris que l’oracle « tu tueras ton père et tu épouseras ta mère » s’était réalisé.


Créon reprend le pouvoir et Œdipe s’exile.


Cette tragédie de Sophocle est le premier volet d’une trilogie, à suivre Œdipe à colone, puis Antigone


Dans l’œuvre de Sophocleune épreuve attend Œdipe, vaincre la Sphinge ; c’est une créature fantastique, ellea un buste de femme, un corps de lion et des ailes d’oiseau. Ayant appris des Muses une énigme, elle pose la question suivante aux jeunes hommes, avant de les dévorer en cas d’échec de leur part :
Quel être pourvu d’une seul voix, a d’abord4 jambes, puis 2 et 3 jambes ensuite ; Œdipe trouva la solution, il s’agissait de l’homme :
Enfant il est à 4 pattes donc il a 4 jambes, adulte il marche sur 2 jambes, quand il est vieux, sur 3 jambes car il s’appuie sur une canne. Furieuse d’avoir perdu, elle se jette du haut de son rocher et meurt.


La première thèse de JJGoux est de comparer quelques mythes Grecs d’investiture Royale avec celui d’Œdipe.


Pour ceux-ci :
un roi craint qu’un homme plus jeune ou à naître ne prenne sa place, il doit donc l’éliminer
2° Le héros échappe au projet meurtrier du roi.
3° Il combat un monstre, qu’il arrive à vaincre non pas seul mais avec l’aide des dieux
4° Enfin victorieux, il épouse la fille d’un roi.


Au début un roi persécuteur qui veut tuer,ensuite un roi mandateur qui donne l’épreuve, enfin un roi donateur qui donne sa fille.


Pour Œdipe la différence avec l’histoire est flagrante, au point qu’on peut y voir une anomalie majeure. On ne trouve pas dans le mythel’épreuve assignée par un roi.


Récapitulons


A. Le motif de l’épreuve imposée par un roi est absent ; en son lieu et place se trouve le « meurtre d’un roi », qui est le père du héros
B. La confrontation risquée avec un monstre femelle présente les différences suivantes :
Pas d’assistance des dieux
Pas d’assistance des mortels
Pas d’échelonnement des épreuves conduisant à la victoire
 Pas de mobilisation de la force physique, profération d’un seul mot provoquant le suicide du monstre
Pas de mariage avec la fille d’un roi, mais avec sa propre mère.


C’est l’exception d’Œdipe, ce sont les conséquences d’un mythe irrégulier


L’auteur met en avant ces différences, et propose que la victoire d’Œdipe sur la sphinge est une anomalie mythique.
Aucune autorité n’impose quoi que ce soit a Œdipe, sa réussite est autodidacte car pas de transmission, athée, et intellectuelle car pas d’épreuve physique.



« La triple épreuve », que Goux retrace de Socrate-Platon, Plutarque à Hégel en passant par Descartes, caractérise le mythe d’Œdipe : « le mythe d’Œdipe est le mythe de la sortie grecque hors de l’idéologie de la tripartition fonctionnelle » page 94 chapitre la subversion grecque



L’accession d’Œdipe au trône n’a pas été légitiméepar l’observance des rituels initiatiques. Armé de sa seule raison, héros, Œdipe est considéré par les Thébains, comme l’égal des dieux ; mais du point de vue de la tradition, c’est un individu sacrilège, dominé par l’orgueil démesuré du paranoïaque. La confrontation avec Tirésias montre son absence de respect vis-à-visde la fonction sacrée du représentant de l’ordre religieux.


Ce qui veut dire que ce mythe ne correspondrait pas au mono mythe traditionnel, ou il n’y a pas d’esquive de l’initiation et ou il n’y a pas de « péchés » contre les trois fonctions : le blasphème ou le sacrilège contre la souveraineté des dieux, le meurtre père-roi contre la protection des gardiens et l’inceste contre la fécondité. Goux affirme même que trois vers de Sophocle illustrent « directement les trois péchés fonctionnels : « la fraude qui enrichit, péché de jouisseur, l’action impie, péché de guerrier, la profanation de ce qui est sacré, péché de prêtre » pages 101 :102 même chapitre.


L’insistance de Goux sur la résolution de l’énigme de la Sphinge par 0edipe, gouvernant ses actes à partir d’une position humaniste, le conduit à privilégier le cogito de Descartes qui, lui aussi « récuse tous les Maîtres »,dissout ,supprime,écarte les pensées obscures et indistinctes par cette forme aigue de la conscience de soi qu’est la certitude, page 165/166 , s’accapare la nature: trois péchés :contre la souveraineté contre la guerre, contre la fécondité, propos repris également par Hegel.


Débattant avec la psychanalyse et jouant Lacan contre Freud ou le mythe contre le complexe, il montre, sinon démontre, que la Sphinge réunit les trois fonctions : la fécondité par sa tête de femme, la guerrière par son corps de lionet la souveraine par ses ailes. En résolvant l’énigmede la Sphinge, Œdipe accéderait à la souveraineté de la conscience de soi et ainsi à la subjectivité, ce qui ferait donc de lui le premier philosophe, le roi philosophe réunissant et harmonisant lui-même les trois fonctions, mais dont l’envers est le philosophe pervers, le tyran. Page 182/183.


C’est la la thèse du livre de JJ Goux, celle de Descartes, et de l’Occident, c’est la capacité de penser par soi-même


Cette thèse comment résonne-t-elle avec les sentences des deux premiers voyages du 5° degré ?
1°) En vérité si vous voulez obéir à la voie de votre conscience, vous veillerez à l’harmonie : CORPS-AME-ESPRIT. Vous aurez le trésor de la sagesse. La terre est votre royaume comme elle est également celui de vos frères.


2°) Soyez réceptif aux appels que vous dicte votre conscience, c’est ainsi que vous deviendrez votre propre architecte. Il n’y a pas de contradiction contre cette obéissance et la liberté de l’homme.
Vivez libre mon frère, et vous vivrez éternellement ;


Œdipe est un malin, son savoir est inné, il n’a reçu aucun engagement initiatique. Deux anomalies dominent le mythe Oedipien ; d’une part le roi-père en est absent en tant que mandant et donateur, ensuite il n’y a pas de vrai combat avec le monstre femelle.
A la place de ces anomalies, que trouve-t-on ? Le parricide et l’inceste.


Ce qui fait écrire à JJGoux de « DEREGLE » le mythe d’Œdipe.


Œdipe ,s’il est bien ce héros de la raison et de l’autonomie, s’il est le premier individu au sens fort du terme, qui s’identifie à ce qu’il pense et dit en son nompropre, il faut bien voir, comme le précise JJGoux, dans sa conclusion, que le saut accompli, dans l’évitement de toute initiation, équivaut effectivement à rejeter la tradition et le sacré que celle-ci préservait, à tuer le père et à rouvrir les chemins régressifs qui ramènent à la mère des origines. En cela, Œdipe est le premier grand coupable. C’est bien pour cela qu’il se crève les yeux


Un grand changement intervient dès le moment ou l’autorité est intériorisée en vertu du Surmoi. Alors les phénomènes de consciences morales se trouvent élevées à un autre niveau, et l’on ne devrait parler de conscience et de sentiment de culpabilité qu’une fois ce changement opéré.
S’il avait été initié, Œdipe n’en serait jamais arrivé à cette extrémité.On sait, que dans les société archaïques, ni le suicide, ni l’automutilation n’existent. La perte de l’identité de groupe fragilise l’identité personnelle.


La conscience comme conscience morale, la conscience fut tout d’abord entendu comme notion du bien et du mal, comme instance de jugement. Elle est voie intérieure Cette première conception est restée présente dans toute l’histoire de la Maçonnerie.La conscience morale peut relever du sentiment (Rousseau) mais aussi de la raison (Kant).


L’idée de la conscience comme rapport à la pensée à elle-même et comme fonction de la connaissance des activités mentales, de la vie psychique, est née avec Descartes notamment.


La conscience morale a pu être contestée comme n’étant rien d’autre qu’un ensemble de préjugés, d’opinions, d’interprétations ou encore comme intériorisation de l’autorité.


C’est dans la conscience que le monde nous apparaît. C’est par la conscience que le sentiment est connu, que les choses sont décrites et pensées, que l’image est imaginée ou que le jugement est prononcé. Nous connaissons tout par la conscience. Mais connaissons nous la conscience elle-même ? Ce qui est trop proche, n’est pas nécessairement compris clairement. Nous passons notre vie dans la conscience sans la connaître et nous connaître, c’est pourquoi le monde de l’extériorité parait toujours plus clair que celui de l’intériorité. Dans le monde extérieur, il y a des objets aux contours précis, des choses qui sont distinctes, mesurables, bref le monde de l’objectivité et de la matière qui s’impose directement à la pensée.


Mais au plus proche de soi, de la subjectivité de la conscience elle-même, que savons nous, que savons nous de notre propre conscience . Rien peut-être ??


J’ai dit


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