Que cherche le Maître Maçon
Non communiqué
Deus meumque jus
Rite écossais ancien et accepte
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité
Le Maître Maçon, désormais situé entre l’équerre et le compas vient d’être relevé de sa mort initiatique par les cinq points parfaits de la Maîtrise. Sa quête initiatique va se poursuivre, mais dans une autre dimension. Il a, en effet, pris de la hauteur et pourra contempler le chemin parcouru jusqu’alors d’une autre manière, d’un autre œil.
Pour parvenir à ce stade de Maître
Maçon, le jeune apprenti a d’abord
regardé en silence ; puis, devenu compagnon, il a
appris à discerner, aidé de ses outils et par
l’expérience de ses voyages. Le Maître,
lui, va savoir coordonner ses actions et ses pensées car il
a accompli une révolution, au sens propre du terme, en
lui-même. En témoignent les deux pointes du compas
posées sur son cœur lors de son serment. Lors de
la cérémonie d’initiation au premier
degré, seule une pointe est sur son cœur, et
l’autre dans l’espace du monde profane avec ses a
priori, ses préjugés et certitudes.
Le Maître Maçon aura donc appris à
rassembler ce qui est épars et à en faire une
synthèse personnelle qui sera ramenée au point
initial ou initiatique : son cœur d’homme
et de maçon.
Le Maître Maçon sera capable de comprendre et de faire comprendre aux autres l’enseignement qu’il aura reçu de part le Rite Ecossais Ancien et Accepté et de son travail personnel, au terme de cette étape de son chemin initiatique. Il sera descendu jusqu’au fond de l’insondable puits où la vérité se cache. La gnose initiatique sera alors accessible à son intelligence.
Ceci n’est pas qu’un échafaudage de connaissances pratiques, basées sur une observation superficielle, sur un empirisme le plus souvent grossier ; il y a là une coordination méthodique de vérités éprouvées donc a priori durables à l’épreuve de la fantaisie humaine. Ce qu’il a assimilé de la Tradition va lui permettre de lutter contre les préjugés, de combattre les erreurs qui s’opposent à la réalisation de l’idéal désormais formulé par son expérience. Ainsi, le Maître Maçon, spiritualisé, peut tutoyer le domaine spirituel, représenté par le compas auquel il s’est assimilé.
Relevé de sa position horizontale par les cinq points parfaits de la maîtrise, le Maître Maçon se dresse alors vertical, tendu vers le ciel. Il passe du cercle à la verticalité et change de dimension. Il sera le lien entre le macrocosme et le microcosme et se projettera, tel un point au centre du cercle qui assurera une base concrète pour éviter au chercheur qu’il est de se perdre dans des imaginations rêveuses où l’initiation n’a pas sa place. De là, le Maître Maçon va donc poursuivre son chemin initiatique, sa quête et chercher des réponses aux questions qu’il se pose.
Avant tout, il va chercher la Lumière. « Que la Lumière nous éclaire » est dit dans le rituel d’ouverture des travaux au premier degré. La connaissance de ce que nous sommes et la compréhension de ce que nous pouvons être, dessinent une finalité à notre vie et à nos actes. Si notre finalité passe par une succession d’étapes, nous conduisant de l’inconscience à la conscience, de l’ombre à la lumière, alors notre vie prend un sens différent. Pour atteindre ce but, la Franc-Maçonnerie fait appel à autre chose que ce qui génère le chaos. Seul le désir de pureté conduit vers la Lumière et pas l’ego qui ne ferait que nous égarer. Cette lumière que cherche le Franc-Maçon n’est pas celle du paraître mais celle de l’être. Cette quête va tendre vers la découverte du Verbe. Ce Verbe va éclairer les intelligences réceptives et stimuler les ardeurs. Il va transmuter nos métaux profanes en pierre de construction de notre temple intérieur.
La Franc-Maçonnerie conduit à la Lumière sans dogme ; il nous incombe dans notre quête de rester vigilants afin de ne pas tomber dans la facilité qui nous ramènerait alors vers le monde profane. Le Maître Maçon, en initié conscient, mettra tout en œuvre pour avancer vers la Lumière en évitant les pièges qui ne manqueront pas de se présenter devant lui. Notre lumière intérieure sera comme la flamme primordiale située sur le plateau du Très Vénérable Maître, elle va illuminer progressivement tout le Temple, notre temple d’une lumière douce, non agressive.
La lumière est générosité puisqu’elle donne sans compter, sans nécessité ni intérêt ; c’est une amie. La Lumière que nous avons demandé lors de notre première entrée dans le Temple, celle que nous cherchons, celle qui constitue notre idéal, celle qui devrait toujours briller en nous, c’est la conscience de notre vie. Elle nous amènera la connaissance qui permettra de répondre à la double question : qu’est-ce qu’exister ? quel est le but de notre vie ? La Lumière représente le monde de la conscience auquel l’homme peut accéder quand il triomphe de l’opacité de ses instincts, de ses pulsions et quand il dirige son regard vers les formes intelligibles qui constituent l’ordre du monde, dans sa vérité et sa beauté.
Tout le cheminement du Maître Maçon consiste, par l’utilisation de sa pensée à comprendre ce qui éclaire toute chose. Ceci passe par la connaissance qu’il doit acquérir de son Moi : « connais-toi toi-même, et tu connaîtra les mystères et les Dieux », et par la prise de conscience de sa place dans le monde. C’est par son propre effort et son intelligence qu’il peut y parvenir. La Lumière va le soutenir pour comprendre l’ordre qui régit l’univers, soutenir son effort pour progresser vers la vérité. La Lumière sera alors le principe du Grand Architecte de l’Univers. Ainsi, la quête de la Lumière conduit-elle l’homme à se reconstruire lui-même et à devenir fils de la Lumière. De fils de la Lumière, le Maître Maçon doit devenir un porteur de la Lumière dans le monde et universaliser son cheminement qui ne doit pas rester personnel et égoïste.
Pour cela, le Maître Maçon aura du subir sa mort initiatique. Savoir mourir, tel est, en effet, le suprême secret de toutes les initiations. Pour se relever de sa déchéance et reconquérir toutes ses prérogatives, il faut que l’homme meure à tout égoïsme, même légitime. Renonçant à lui-même, à son Moi et à tout ce qui s’y rattache, l’individu doit s’épanouir en se fondant dans l’universalité qui, s’il revient à la vie, se reflètera désormais en lui comme dans un miroir. Chercher la Lumière consiste à réaliser un travail sur soi-même afin de concilier les contraires, faire émerger une synthèse productive. Pour aller vers la Lumière, il faut partir des ténèbres, du chaos primordial du monde profane et tendre vers un ordre qui permettra d’équilibrer les forces en présence. L’exploration de ses propres ténèbres par son logos ou raison raisonnante, permet le dévoilement progressif de soi vers soi ; c’est une réalisation harmonieuse de chaque être.
Le Maître Maçon sera aussi un chercheur de vérité. Il devra pour cela être éclairé et pouvoir discerner la lumière dans l’ombre et l’ombre dans la lumière. La vérité unique et ultime n’existe pas ; elle est en chacun de nous. Ceci procède de l’adogmatisme de la Franc-Maçonnerie. Cette quête de vérité devra obligatoirement s’accompagner d’une vigilance acérée vis à vis de la tolérance afin de ne pas sombrer dans le prosélytisme, si facile lorsque l’on possède quelques connaissances qui ne demanderaient qu’à s’assimiler à du savoir. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous apporte quelques garde-fous par la rigueur du rituel et notamment la distribution ordonnée de la parole en Loge.
Etant devenu Franc-Maçon, ayant été relevé d’une mort initiatique, notre quête va bien sûr s’orienter vers la parole perdue. Notre maître Hiram est mort en emportant ses secrets, ne nous laissant que la possibilité d’utiliser des mots substitués. Ceux-ci permettront aux ouvriers du chantier de n’être point perdus.
La parole perdue, mot sacré, est la
clé des connaissances secrètes des
bâtisseurs du temple de Salomon. La mort d’Hiram et
sa résurrection, ou si l’on veut, la parole perdue
et son remplacement par les mots substitués, c’est
aussi la disparition du Maître et son remplacement par une
multitude de Maîtres.
La mort d’Hiram traduit le fait qu’il n’y
a pas de révélation et que nous ne devons pas
attendre passivement que nous soit donnée la clé
du monde pour en entreprendre la conquête. Cette mort laisse
le chantier inachevé, mais l’on ne nous donnera
pas la clé de la construction du temple. Il nous faut
chercher, par une approche empirique, les moyens de poursuivre le
chantier.
Mais ce mot sacré, qui l’avait donné à Hiram ? Si c’est une connaissance, de qui la tenait-il ? In fine, Hiram préfèrera mourir, même si sa mort signifie que ce savoir ne sera pas transmis, que les colonnes J et B n’auront pas de linteau et que les colonnes resteront sans abri sous la voûte étoilée. Mais le temple pourrait être achevé par d’autres principes, comme tant de monuments du passé passant d’un style à l’autre, selon la connaissance humaine qui sans cesse évolue, et parfois de façon violente.
Si Hiram est le Maître et nous ses disciples, alors la nécessité symbolique de sa mort est évidente. Le disciple tue le Maître pour devenir Maître à son tour. Freud nous l’a assez proclamé, même s’il remplace le Maître par le père dans « la horde tribale » de son ouvrage « Totem et tabou ». De même, Roy Lewis dans « pourquoi j’ai mangé mon père ».
La mort de l’Architecte oblige le Maître Maçon à revenir sur un parcours commencé dans l’obscurité du cabinet de réflexion. Là, il aura vu V.I.T.R.I.O.L. et ne l’aura point compris. Ce n’est qu’en étant relevé que son sens profond va pouvoir apparaître. Ce qui est relevé par les cinq points parfaits de la Maîtrise ce n’est plus Hiram lui-même mais le compagnon qui prend sa place et subira un jour ou l’autre le même sort, dans le processus de continuité de transmission de la Tradition.
La mort du compagnon a commencé dans le cabinet de réflexion et là, il va découvrir la voie à suivre et tous les dangers qu’elle comporte. A lui de jouer, et de devenir ce qu’il est, ou ce qu’il sera par le biais du thème fondamental de l’initiation qui est de mourir à ce qui est inférieur pour renaître à une vie supérieure.
Le Maître Maçon, à peine relevé, va donc se mettre en route, en quête, car il est avant tout un cherchant. La Lumière qui va l’éclairer tout au long de la poursuite de son chemin initiatique va lui faire voir les choses d’un autre abord et de là va dépendre sa progression et l’ébauche des réponses aux questions qu’il se pose.
J’ai dit.
P B