Que la Volonté de Dieu soit Faite
J∴ M∴
A La Gloire Du Grand
Architecte de L’Univers
ORDO AB CHAO – DEVUS MEUMQUE IVS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION
DU SUPRÊME CONSEIL POUR LA FRANCE
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU 33e ET DERNIER DEGRE
DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
RESPECTABLE LOGE DE PERFECTION
Trois Fois Puissant Maître,
Très Illustre Frère,
Et vous tous mes Frères, Maîtres Secrets,
ORDO AB CHAO – DEVUS MEUMQUE IVS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION
DU SUPRÊME CONSEIL POUR LA FRANCE
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU 33e ET DERNIER DEGRE
DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
RESPECTABLE LOGE DE PERFECTION
Trois Fois Puissant Maître,
Très Illustre Frère,
Et vous tous mes Frères, Maîtres Secrets,
Nous sommes à la fin du jour et nous clôturons nos travaux. Le Trois Fois Puissant Maître, suivant notre rite au 4e degré, demande au Frère Inspecteur « Que vous a-t-on appris ? ».
A cette innocente question, le Frère Inspecteur répond « A garder le secret, à être obéissant et à rester fidèle. » avant d’ajouter la déroutante invocation sujet de mon propos « Que la volonté de Dieu soit faite. »…
Déroutante invocation en effet, tant notre démarche n’est pas religieuse mais initiatique. Bien que nous nous accordions tous sur l’existence d’un Principe supérieur, il ne s’agit pas ici de confondre la réponse du Frère Inspecteur avec la supplication théiste de Matthieu (6:9-10 LSG) et son « …que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Il m’apparait donc opportun, pour entrer dans le vif du sujet et éviter toute confusion, de tenter de définir la place du concept de Dieu en maçonnerie avec celui de Grand Architecte de l’Univers sachant qu’il n’y a pas qu’un seul concept, et que mes propos seront inévitablement subjectif, personnel et sujet à discussion.
Le monothéisme défini Dieu comme seule source de création de l’univers, le faisant sortir comme l’homme, du néant. Dieu est inengendré, impérissable, éternel, infini et indépendant. En somme, transcendant au monde qu’il a créé. Pourtant, deux systèmes de pensé s’opposent dans les modalités de son action dans le monde, le Théisme (du grec théos) et le Déisme (du latin deus) voulant dire dieu dans les deux cas.
Le Théisme prône le Dieu de la Révélation biblique, celui des trois religions d’Abraham, faisant l’homme à son image (généralement un vieil homme barbu) et organisant l’univers pour l’accueillir. Il « EST », et son action aux « ETANT » est providentielle. Il a d’ailleurs consenti à l’homme sa révélation pour lui dévoiler sa Volonté au travers des écrits sacrés afin de le conduire vers le rôle lui étant assigné. Bien que de nombreuses institutions aient érigées un Dieu tout puissant et inconditionnel qui sépare les hommes en fidèles et infidèles, en cultivant l’ignorance et le fanatisme, être Théiste n’implique pas forcement une acception des dogmes ou la pratique de la religion, sans recherche de preuves de la Révélation.
A l’inverse, pour certain Déiste, bien que Dieu soit un Etre suprême, infiniment supérieur au monde qu’il a créé, il ne parle pas aux hommes et son action n’est pas providentielle du fait qu’il ne peut intervenir dans l’Univers qu’il a créé, et qui est régie par un ensemble de lois physiques, elles aussi créées par lui. Le Déiste substitue ainsi la foi religieuse des Théistes par celle de la raison, une religion révélée par une religion naturelle qui se vie par l’expérience, sans dogme ni superstitions, mais aussi de plus en plus distante d’un Dieu indifférent aux affaires humaines.
A travers le concept de Grand Architecte de l’Univers, la franc maçonnerie réconcilie la foi et la raison, la matière et l’esprit, la religion révélé et la religion naturelle, en accordant les contraires, en les harmonisant par une démarche initiatique unifiante. Le Grand Architecte de l’Univers représente un Principe supérieur qui n’exige aucun crédo, immanent et transcendant à la fois, c’est un principe de vie créateur et organisateur qui régit le monde manifesté.
C’est dans cette acception qu’il faut comprendre « Que la volonté de Dieu soit faite ».
La Kabale nous dit que la Volonté est la première des créations de Dieu, car « Dieu par définition ne veut rien. Ainsi, pour sortir de sa sphère infinie, il créa la volonté pour créer le monde ». Suivant la loi d’analogie qui fonde la démarche maçonnique et qui nous pousse tous à chercher l’idée sous le symbole, cette volonté de Dieu, créatrice, ne se placerait-elle pas comme un prolongement de l’être qui, sorti d’une condition d’individus contingents par l’initiation, se découvrirait en puissance comme un médiateur des différents plans céleste et terrestre, plaçant ainsi l’homme en son centre, sur la voie de sa réalisation pour en faire un homme relié ?
La tradition nous parle d’un homme universel, en adéquation avec les lois qui ordonnent le monde. C’est cette formidable quête que nous propose la franc maçonnerie à travers sa méthode, nous éveiller à ce que nous somme et au « connais-toi toi-même » que nous suggère VITRIOL dès notre mort symbolique. Cette mort, sans retour à la vie profane et qui nous conduit à la renaissance à un autre monde, est proche du Chaos originel. Ainsi purifié, innocent et vierge de tous métaux, notre Volonté nous conduit vers le centre de nous-mêmes.
Ainsi la devise du Suprême Conseil « ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS » pourrait vouloir dire que notre devoir est de faire apparaître l’Ordre à partir du désordre apparent, en réunissant ce qui est éparse en nous et dans l’Univers, puisque « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose » (nous dit Hermès Trismégiste).
Ainsi l’invocation du Frère Inspecteur suggère aux Maître Secret d’influer sur le cours même de leurs existences en s’éveillant à la connaissance, en décillant leurs regards et en regardant en eux pour percevoir les Lois universelles qui gouvernent le macrocosme et qui régissent l’individu au microcosme en prenant conscience du lien intime qui relie l’homme et l’univers.
L’obéissance, la fidélité et le secret qui nous lie, nous invitent à nous con-centrer (cum), à nous recentrer continuellement sur nous même, afin d’approcher par paliers successifs en passant continuellement du chao à l’ordre, par un travail de destruction et de reconstruction sans cesse répété, à annihiler la frontière entre l’homme et le divin pour que le centre de l’Univers et le centre de l’homme ne face qu’un.
Et puisque sur le chemin du Devoir, il nous a donné le pouvoir de devenir « Enfants de Dieu » nous dit Saint Jean l’Evangéliste, gagions que « Dieu veuille être connu ».
J’ai dit